Journalisme, critique de l’information – Les Nouveaux chiens de garde

CorteX_Halimi_Chiens_GardeLes nouveaux chiens de garde est un essai de Serge Halimi, actuel directeur du Monde Diplomatique, paru en 1997, actualisé en 2005 et ayant pour particularité d’avoir été un grand succès de librairie (environ 150 000 exemplaires) sans jouer du marketing télévisuel qu’il dénonce dans ses pages.

 


 

J’ai lu ce livre étant encore étudiant, et j’avoue que ma naïveté prit une certaine claque. En quatre chapitres, Halimi dénonce la collusion et la mondanité entre les pouvoirs médiatiques, économiques et politiques, donnant l’impression qu’entregent, népotisme et jeu de chaise musicale sont les maîtres mots de la classe (la caste) dirigeante. Il pointe aussi la soumission des pouvoirs médiatiques aux sociétés ou industries qui les possèdent*.

Je n’ai pas le recul pour en être certain, mais il me semble que c’est l’un des ouvrages centraux qui ont, avec l’entrée en lice du sociologue Bourdieu, mené à une critique intellectuelle radicale des médias dans les années 2000, donnant les films de Pierre Carles, les émissions de Gilles Balbastre, le livre de François Ruffin Les petits soldats du journalisme, ainsi que des journaux de contestation comme CQFD, PLPL devenu le Plan B, Fakir.

 

Anecdote, le titre fait un clin d’œil au livre de l’essayiste Paul Nizan Les chiens de garde (1932), dans lequel les philosophes les plus célèbres prenaient une sévère déculottée. Halimi commence son livre avec cette phrase de Nizan : « Nous n’accepterons pas éternellement que le respect accordé au masque des philosophes ne soit finalement profitable qu’au pouvoir des banquiers. » et la termine par cet appel à l’esprit critique qui ne manquera pas de nous réchauffer le cœur :

« Parlant des journalistes de son pays, un syndicaliste américain a observé: « Il y a vingt ans, ils déjeunaient avec nous dans des cafés. Aujourd’hui, ils dînent avec des industriels. » En ne rencontrant que des « décideurs », en se dévoyant dans une société de cour et d’argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s’est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son crédit. Il a précipité l’appauvrissement du débat public. Cette situation est le propre d’un système: les codes de déontologie n’y changeront pas grand-chose. Mais, face à ce que Paul Nizan appelait « les concepts dociles que rangent les caissiers soigneux de la pensée bourgeoise », la lucidité est une forme de résistance. »

En clair, il s’agit d’un livre incontournable de la critique des médias en France. Les Nouveaux Chiens de garde, Liber-Raisons d’agir, novembre 2005, 160 p.


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Le 11 janvier 2012, une version documentaire des Nouveaux chiens de garde réalisée par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat sort en salle.

 

 

 

 


 

Voici la bande-annonce.

Description :

Les médias se proclament « contre-pouvoir ». Pourtant, la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations pré-mâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur.

 

En 1932, Paul Nizan publiait Les Chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en gardiens de l’ordre établi. Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes, éditorialistes et experts médiatiques devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social. Sur le mode sardonique, Les Nouveaux chiens de garde dressent l’état des lieux d’une presse volontiers oublieuse des valeurs de pluralisme, d’indépendance et d’objectivité qu’elle prétend incarner. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d’une information pervertie en marchandise.

Pour l’instant, au CorteX  seule Guillemette Reviron l’a vu (analyse à venir).

Une analyse de ce documentaire a été proposée par l’équipe de Là-bas si j’y suis, sur France Inter, les 5 et 6 janvier 2012, avec Jean Gadrey, Michel Naudy, Gilles Balbastre et Serge Halimi.

Voici les extraits de ces émissions :

Émission du 5 janvier  :

Émission du 6 janvier :

 

Richard Monvoisin

 

*à ce sujet, nous vous renvoyons vers le cycle d’émissions Années 80 de Là-bas si j’y suis, rediffusées du 22 au 30 novembre 2011 sur France Inter (ici) et qui sera bientôt incorporé à l’article « Matériel d’économie critique » (à venir)