Mode d’emploi – monter un atelier Zététique en Collège/ Lycée

L’objectif du CorteX est de fournir de la ressource pédagogique pour tout enseignant qui souhaiterait développer l’esprit critique de ses élèves ou étudiants. Alors à chaque nouvelle initiative qui voit la jour, faire un petit topo s’impose.
Voici la description d’ateliers en 2011 :

 


 

 

Atelier zététique au Collège Lycée Elitaire pour Tous (CLEPT) de Grenoble, par Richard Monvoisin

CorteX_CLEPT

Voici comment, à partir d’une présentation Zététique & autodéfense intellectuelle le 21 avril 2011 au Collège Lycée Elitaire pour Tous (CLEPT) de Grenoble, j’ai créé un atelier Zététique pour les Terminales. Je suis d’autant plus ravi d’y apporter le savoir-faire du CorteX que le CLEPT est une structure en grave danger de fermeture.
 
Le CLEPT, sous l’impulsion pédagogique tout à fait novatrice de son équipe*, accueille des élèves dits « raccrocheurs », c’est-à-dire des élèves ayant décroché du système classique et souhaitant tout de même rattraper le cursus. Parmi toute une gamme de méthodes, l’une d’elle consiste à élargir les possibilités de rapports pédagogiques non-évaluant pour des élèves malmenés habituellement. Aussi des professionnels sont-ils conviés et, accompagnés d’enseignants du CLEPT proposent une transmission de savoir non sanctionnée par une note.

Le contexte : une classe de 15 terminales de diverses sections, en début d’année, et deux enseignantes, l’une de SVT (Elisabeth David), l’autre de philosophie (Emmanuelle Rozier)*.

Qu’ai-je proposé ? J’ai fait un exposé simple de la zététique, des enjeux, des rapports entre science et croyance, science et foi, science et idéologie, puis j’ai expliqué cette démarche universelle qui consiste à vérifier la source de l’information qui nous est délivrée. J’ai alors donné un exemple factuel de méthode appliquée à un support « paranormalisant » (car l’accroche est vite faite, quel que soit le public). Il s’agissait en l’occurrence de l’affaire de la momie Ötzi et de la présumée malédiction qui frappe ceux qui l’approchent.

Pourquoi ce choix ?

  • D’une part parce que TF1 proposa en 2007 une séquence lors de l’émission « Les 30 histoires les plus mystérieuses » qui regroupe un incroyable nombre de biais et de malfaçons journalistiques (voir ici).
Pis, TF1 lors de son Journal Télévisé de 20h du 16 mai 2005 consacra quelques minutes à cette « malédiction » dans des termes pratiquement similaires et ne laissant aucune part à l’analyse critique (PPDA se trompe même dans sa référence littéraire).
  • D’autre part parce qu’il s’agit d’un sujet que je connais bien pour m’y être consacré en 2005 avec mon ami François Blaire. Je peux donc répondre à un certain nombre de questions sur la momie. Je pus surtout avec les élèves illustrer quelques manufactures journalistiques grossières.

Enfin, j’en vins à mon propos : leur proposer une enquète complète, de toutes pièces, sur un sujet du même genre : le Triangle de la Burle, ce fameux triangle « des Bermudes » des cévennes et ses fameux accidents d’avion.

Vrai ? Pas vrai ? Sources d’information, témoignages, livres, nous avons scanné la séquence qui porte sur le Triangle dans l’émission « Les 30 histoires les plus mystérieuses« .

Nous avons 7 séances programmées.

La première sert à les envoyer à la recherche d’informations. La deuxième devrait normalement servir à repartir avec méthode, et aller fouiller les informations de manière quasi-enquêtrice.

Je vous tiendrai informé des résultats et du rendu de l’expérience – qui devrait en tout état de cause être présenté en public courant novembre 2011.

A votre disposition pour toute question.

Richard Monvoisin

* L’équipe en question est emmenée par Dominique Bocher, Marie-Cécile Bloch et Bernard Gerde. Je tiens à remercier tout particulièrement Thomas Antoine, professeur d’Education Physique et Sportive, ainsi qu’Elisabeth David et Emmanuelle Rozier qui m’accompagnent hardiment dans cet atelier.



 

Atelier Physique-Chimie et Esprit critique au collège Stéphane Mallarmé, à Marseille, par Denis Caroti

La tâche est rude : parler de sciences physiques et chimiques à des élèves de 15 ans, en rupture scolaire pour la plupart, placés (avec leur accord) dans une classe spécifique pour bénéficier d’une alternance stages-cours au collège et dont la motivation pour ces derniers n’est pas toujours au rendez-vous, loin de là.

Cette classe de 3ème regroupe une vingtaine d’élèves, et se rapproche de ce que certains connaissent sous le nom de 3ème insertion.CorteX_loupe

Je les vois toutes les semaines, 1h en demi-groupe, en alternant le premier et le second d’un lundi à l’autre.

De ce profil particulier auquel je n’ai jamais été habitué, il fallait faire les choses autrement. Parler de physique-chimie je sais faire en principe c’est mon boulot mais centrer mon enseignement autour de l’esprit critique avec des élèves en décrochage scolaire, ça, c’est tout nouveau. J’ai donc décidé de semer quelques graines de sciences et d’esprit critique dans leurs cours. Comment ? C’est que je vais tenter de décrire ici.

Entrée en matière

L’idée de ces cours est simple : enseigner les sciences physiques sous un jour différent, sans lien direct avec les programmes de 3ème tout en suivant une ligne directrice « officielle », et en ayant pour objectif de former l’esprit critique des élèves.

Dans ce premier rendez-vous, j’ai donc commencé par présenter aux élèves l’objectif de cette année : faire des sciences, faire la chimie, de la physique avec plaisir et surtout en rendant cet enseignement utile pour eux. Rappel : pour eux qui n’en feront certainement jamais plus, de physique et de chimie…

Ensuite, nous avons discuté du sens de l’expression « esprit critique ». Oui, préciser ce genre de choses n’est pas inutile puisqu’aucun n’a pu me dire exactement de quoi il était question. « La critique monsieur, c’est quand on dit que c’est pas bien » fut sans doute la phrase la plus proche du sens réel.

Après quelques explications et exemples de critiques positives, nous sommes parvenus à une ‘définition’ simple : faire preuve d’esprit critique = être capable de distinguer le plutôt vrai du plutôt faux, donner et faire son avis en connaissance de cause.

Mise en application

Pour mettre en application concrètement ce premier travail sur le sens des mots, j’ai proposé de visionner cette vidéo :

…qui souleva bien des réactions telles que « Je le savais, j’avais déjà vu un truc sur ça » ou « C‘est dingue ce que ça peut faire les ondes« .

Puis j’ai tout de suite enchaîné par celle-ci :

… qui suscita elle aussi de vives réactions, différentes néanmoins : « Ahhh, c’est un blague monsieur !! » ou « C’est truqué, ça se voit !« 

Ces réflexions m’ont permis d’enchaîner avec une question simple : pourquoi pensez-vous que la seconde est truquée et pas la première ? Les élèves, étonnés, ont pu alors revoir la première vidéo et mettre en doute de sa véracité. Pourtant, toujours pas d’unanimité.

Mais comment trancher ? Je n’ai pas eu à attendre longtemps pour entendre « Il faut le refaire monsieur ! » L’occasion pour moi d’insister sur le rôle de l’expérience en sciences.

Et voilà comment nous nous sommes retrouvés, lors de la deuxième séance, à apporter bananes et graines de maïs au collège Stéphane Mallarmé…

La suite, bientôt.

Denis Caroti
Pour me contacter : caroti@cortecs.org

 

 



 

Atelier Zététique au collège Champollion à Grenoble, par Nicolas Gaillard

La 1ère séance de l’atelier Atelier Science, zététique et esprit critique s’est déroulée avec un groupe d’une dizaine d’élève de 4ème du collège Champollion le 19 septembre 2011.

Première difficulté : le contexte. L’atelier est proposé ponctuellement pour l’instant. Il n’y a pas forcement de continuité dans les séances avec ce groupe ou un autre. Cela m’oblige à élaborer des contenus uniques d’une heure, qui doivent se suffire pour une première approche de l’esprit critique. L’idée générale est de proposer une séquence stimulante, basée sur la zététique, pour introduire la démarche scientifique.

J’ai donc commencé par une présentation de la zététique, les domaines mystérieux, paranormaux ou étranges, et les enjeux d’une pensée critique sur le monde qui nous entoure. J’ai profité des échanges avec et entre les élèves pour insister sur l’intérêt d’apprendre à se forger sa propre opinion face à ce qui nous surprend.

J’ai pu ensuite exposer quelques exemples d’outillages critiques, choisis parmi les plus ludiques (effet paillasson, effet canard de bain, par exemple.)

Deuxième difficulté : la présentation un peu magistrale de la démarche et des outils est apparue obscure  sans exemple concret et immédiat.

Je suis donc passé plus rapidement que prévu sur cette partie pour présenter un exemple concret : le monstre du Loch Ness.

altAprès une courte vidéo de présentation de la créature du Loch Ness, nous avons abordé les questions que pose ce phénomène. Et là, troisième difficulté : il m’a fallu un peu d’énergie pour dépasser les idées reçues et les explications farfelues sur ce sujet qui remportaient l’adhésion d’une majorité !

Finalement, en pointant l’origine des affirmations, j’ai pu (enfin) susciter l’intérêt à vérifier les « preuves » .alt

Les élèves ont donc pu me questionner ensuite sur la validité des témoignages et des documents (photos et vidéos) pour finalement découvrir des extraits vidéo de démystification, notamment sur le fameux cliché de 1934. Nous avons conclu sur l’importance de la vérification des sources.

 

Fort de cette expérience, j’ai construit différemment la deuxième séance (le 22 septembre, avec le même groupe) en inversant les supports. Plutôt que de parler de l’esprit critique et de la démarche scientifique illustrés avec des exemples « étranges », j’ai préféré plutôt faire l’inverse : présenter des phénomènes étranges avec la démarche scientifique en filigrane.

J’ai procédé par mystification/démystification. altJ’ai présenté quelques tours de prestidigitations, comme des divinations ou de la télépathie, suggérant mes pouvoirs paranormaux. Je leur ai ensuite proposé de tester mon affirmation « j’ai des pouvoirs ».

Les élèves ont formulé des hypothèses et les ont testées en faisant varier les paramètres de mes tours.

J’ai ensuite repris le déroulé de la séance pour leur montrer qu’ils avaient simplement mis en action les bases d’un protocole scientifique.

Observation du phénomène = hypothèse d’explication provisoire = expérimentation = conclusion et formulation d’une autre hypothèse, jusqu’à la découverte de l’explication.

J’ai mêm pu aborder avec eux la notion du rasoir d’Occam et l’intérêt de privilégier d’abord les hypothèses les moins « coûteuses ».

 

altLes séances suivantes ont été consacrées au décorticage de vidéos de fantômes sur internet.

Ce support a été particulièrement apprécié par les élèves, habitués à recevoir ce genre de vidéos sur les réseaux sociaux, sans aucune prise de recul. Le principe était de regarder une vidéo, de faire des hypothèses rationnelles et enfin de découvrir l’explication.

 

3 catégories distinctes de vidéos de fantômes se sont révélées :

1/ Des trucages vidéos – souvent issus de publicités virales

2/ Une explication rationnelle du phénomène

3/ Les mises en scène – volontairement par des personnes pour faire croire au phénomène.

Pour finir, le groupe a lui-même réalisé une vidéo de chacune des catégories.

Réalisé avec 2 bouts de ficelle, ce TP permet de se familiariser avec les 3 catégories pour mieux les repérer dans le futur, seul devant son ordinateur au fond de sa chambre !

Nicolas Gaillard