Santé – Sceptique en herbe en lutte à Cardiff

Histoire stimulante de ce jeune garçon, sceptique en herbe et combattif, rapportée par The Guardian. 

Lutter contre des entreprises de produits faussement miracles dès l’âge de 15 ans peut nous faire penser que l’esprit critique, parfois, s’affute très tôt. 

(Merci à Mathieu Ruiz)


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Pourfendeur de mensonges en ligne

A cause de sa propre maladie, un adolescent s’est intéressé de près à ce qui se publie sur Internet en matière médicale. Constatant que nombre de traitements miracles y sont vantés, il s’est, depuis, lancé dans leur dénonciation, relate The Guardian.

16.01.2012, Steven Morris

Comme beaucoup d’adolescents, Rhys Morgan adore les jeux vidéo, le rock et les sorties avec ses copains. Mais ce jeune de 17 ans trouve aussi le temps de lutter contre de puissantes organisations qui font de la publicité pour des traitements alternatifs miracles contre des maladies graves.
 
Il mène campagne depuis le salon de la maison de ses parents, à Cardiff. “Je déteste l’idée d’être mené en bateau”, dit-il.
 
C’est quand on lui a diagnostiqué une maladie grave – la maladie de Crohn – que Rhys a basculé dans le scepticisme. L’an dernier, alors qu’il n’allait plus en cours, il a cherché des informations sur la maladie et a été alerté par certains “traitements miracles”. L’un d’eux a particulièrement retenu son attention : la Solution minérale miracle (SMM), présentée sur Internet comme la “réponse” au sida, aux hépatites A, B et C, au paludisme, à l’herpès, à la tuberculose et à “la plupart des cancers”.
 
La Food and Drug Administration [autorité de contrôle des médicaments aux Etats-Unis] avait recommandé aux patients de cesser immédiatement de prendre ce produit. Des avertissements similaires ont été lancés au Royaume-Uni. “Mais, sur des forums, des gens recommandaient la SMM. Alors, j’ai commencé à expliquer que ce traitement n’était pas aussi bon qu’on l’affirmait.” Il a même été chassé d’un forum : “On m’a dit que j’étais provocateur.”
 
Début 2011, Rhys est entré en rémission – grâce aux traitements “classiques” – et il est retourné à l’école. Durant les vacances d’été, il s’est intéressé à une campagne de collecte de fonds en faveur d’une jeune femme souffrant d’une tumeur cérébrale inopérable qui souhaitait se faire admettre à la clinique Burzynski, un centre de recherche situé à Houston, aux Etats-Unis. Cette clinique, dont le mot d’ordre est de “soigner aujourd’hui le cancer de demain”, traite des patients à l’aide d’“antinéoplastons”, des composés chimiques qu’elle décrit comme des “interrupteurs moléculaires stoppant le processus vital des cellules anormales”.
 
Rhys a cherché des informations sur la clinique et les résultats de ses recherches ne l’ont pas convaincu. “Je n’ai rien trouvé de sérieux sur Internet pour étayer leurs affirmations.” Irrité de voir que des gens désespérés passaient peut-être les derniers jours de leur vie à se rendre à l’autre bout de la planète pour s’en remettre à des traitements dont l’efficacité n’était pas prouvée, il a parlé de cette clinique dans son blog. En novembre, il a reçu un courriel d’un certain Marc Stephens, qui l’accusait de tenir des propos diffamatoires sur la clinique Burzynski. “J’étais un peu effrayé. Je ne savais pas qui était cet homme”, raconte l’adolescent. D’autres courriels ont suivi. Rhys craignait qu’un procès en diffamation ne fasse perdre à ses parents tous leurs biens – maison, voiture et économies. L’homme se montrait de plus en plus menaçant : il allait informer son école de ses activités et lui adressait en pièce jointe une vue satellite de la maison de ses parents. Le jeune Rhys publia ces échanges sur son blog. La clinique finit par publier un communiqué de presse dans lequel elle prenait ses distances avec l’homme en question. Elle y expliquait qu’elle l’avait embauché en tant que “prestataire extérieur” pour “tenter de stopper la propagation d’informations inexactes”. Elle reconnaissait qu’il n’était pas correct d’envoyer une photo satellitaire et des commentaires personnels à des blogueurs. L’établissement présentait ses excuses et précisait qu’il n’avait plus de relations professionnelles avec Marc Stephens.
 
Le communiqué de presse ne nomme pas Rhys Morgan, mais souligne que les blogueurs qui ont fait des déclarations “fausses et diffamatoires” seront contactés par les avocats de la clinique. Il précise que la patiente pour laquelle une collecte de fonds a été lancée se porte bien et que sa tumeur est en voie de résorption. Il cite ensuite 13 articles publiés depuis 2006, qui reconnaissent l’efficacité du traitement par antinéoplastons.
 
Rhys ne baisse pas les bras. Il est convaincu d’être sur la bonne voie. “Ils cherchent à m’intimider, à me faire taire.” Il a l’intention de faire des recherches sur les travaux d’une autre clinique spécialisée dans le traitement du cancer et de s’en prendre à d’autres traitements alternatifs et à des produits de beauté. Après le lycée, il envisage d’aller à l’université pour devenir médecin et journaliste. Sur sa page Twitter, il se présente déjà comme un “journaliste. Sceptique.”