Sociologie, philosophie – Cours sur la discrimination de F-X. Chaise

 

CorteX_FX_ChaiseEntre octobre et décembre 2011, le CorteX, associé au Collectif de solidarité étudiante (CSE) et au collectif des Renseignements Généreux ont animé un cycle d’autodéfense intellectuelle sur le campus de Grenoble. C’était le deuxième du genre, et il a porté sur l’Histoire et quelques-unes de ses facettes cachées.

Parmi les événements proposés, l’un fut assez spécial, car il fut l’aboutissement d’un stage de François-Xavier Chaise au sein du CorteX. Validant son master 1 de philosophie, FX (comme nous l’appelons) fit son stage avec nous, et nous convînmes d’une production transversale critique sur les différents types de discriminations, qu’elles soient d’origine, de classe, de genre, d’espèce, d’âge, etc.

Mêlant matériel personnel et matériel pédagogique du CorteX, FX eut donc pour tâche de construire un cours/exposé appropriable par tout enseignant souhaitant aborder la question, de dérouler cette conférence (qui eut lieu le 9 novembre 2011) et de produire la vidéo de cette conférence, en off, spécialement pour nous – tournée le 6 décembre 2011 dans des conditions rocambolesques*.

*Il va de soi qu’un futur enseignant doit résister à toutes les pressions, et éviter de devenir sérieux et sinistre. Les divers trublions – qui laissèrent FX imperturbable – furent Denis Caroti, Guillemette Reviron, Nicolas Gaillard & Richard Monvoisin. Merci à Milo Gaillard,4 ans, fournisseur du matériel.


 

Voici le plan que déroule ici pour nous François-Xavier (alias FX), le long de quatre arguments ou stratégies argumentatives, ingrédients des discriminations classiques.

1. L’essentialisme

2. L’effet impact

3. Le traitement des exceptions

4. La pente glissante, ou savonneuse

On pourra :

  • regarder FX live. Il y a 5 vidéos qui s’enchaînent, pour une durée approximative totale de 45 à 50 mn ;
  • lire les indications de FX (à télécharger ici).

 

FX live

 [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=r8nPkdWrv1M]

Dans cette première partie, François-Xavier aborde l’essentialisme, avec deux exemples caractérisés d’essentialisme sexiste, puis raciste.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=lgBqZqDw_FU]

Le deuxième volet du cours de FX poursuit sur l’essentialisme et donne des exemples de discriminations raciales et spécistes durant les deux derniers siècles, jusqu’à nos jours. Puis il enchaîne sur l’effet impact avec des illustrations sociales.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=HyLWw5WSUQs]

A la fin de cette vidéo, FX introduit l’extrait du documentaire Espèces d’espèces, de Didier Van Waerbeke (2009) sur la représentation phylogénétique du vivant fallacieuse et morale qui prévalut longtemps.

 [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=Qq6Xm-vrF5o] FX aborde ici le traitement fallacieux des exceptions, des contre-exemples.
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=KDyE61EHUW4] Enfin, technique de la pente savonneuse, et conclusion.
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=4UjY4xR839g] Bêtisier (incontournable).

 

Vidéographie

[dailymotion id=xfkio]

Extrait du discours d’Orléans de Jacques Chirac, extrait du journal télévisé de TF1 du 19 juin 1991.

[dailymotion id=x8wiyl] Le discours de Dakar du 26 juillet 2007 à l’Université Cheickh-Anta-Diop, utilisé pourtant lors du cours public.
[dailymotion id=xf9uc7] Saillie de Jean-Paul Guerlain lors du journal télévisé de 13h sur France 2 le 15 octobre 2010.
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=kKnHlnD02dc] Extrait du documentaire Espèces d’espèces, de Didier Van Waerbeke (2008) sur la représentation phylogénétique du vivant fallacieuse et morale qui prévalut longtemps.
[dailymotion id=xospeb]

Extrait de (In)culture 1, spectacle de Franck Lepage, scop le Pavé.

[dailymotion id=x3idpq] La controverse de Valladolid (partie 1) (1992)
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=bqTt3r7l59I] Cow-boy Bebop, de Shinichiro Watanabe (1998)

 

Bibliographie

François-Xavier renvoie à plusieurs travaux, ouvrages et documents.

Dans l’ordre énoncé :

  • Travaux de Guillemette Reviron, notamment Biologie, essentialisme – Nature, écologisme, sexisme, racisme, spécisme (ici).
  • Cours de Hélène André-Bigot, anthropologie de l’altérité, université de Grenoble.
  • Juliette Rennes, Le mérite et la nature, une controverse républicaine : l’accès des femmes aux professions de prestige, 1800-1940 (2007).  CorteX_Juliette_Rennes_Merite_Nature
  • Charles Turgeon, Le féminisme français (1902) (disponible intégralement ici). CorteX_Turgeon_feminisme

Extraits cités :

[Alors que la conception est pour le père l’œuvre d’un moment, la transfusion de la vie exige de la mère une dépense prolongée d’efforts et de sacrifices qui fait passer dans l’enfant le meilleur d’elle-même. Et] ce passif énorme de la maternité, en expliquant les différences de conformation physiologique des sexes, établit péremptoirement, entre l’homme et la femme, des diversités naturelles de fonction et d’aptitude qui doivent réagir sur le cerveau et retentir jusqu’au plus profond de l’âme. [Il est donc naturel que l’intelligence s’épanouisse différemment dans un organisme qui n’est point le même chez l’homme et chez la femme]. En d’autres termes, la distinction des sexes est un fait universel et indestructible, qu’on ne supprime pas d’un trait de plume. Et cette première différence biologique a des répercussions et des prolongements nécessaires dans la psychologie des deux moitiés de l’humanité (L’Émancipation individuelle et sociale de la Femme, Ch III, 1, 1902).

[…] Les effets composés de la sensibilité et de la tendresse, de la sympathie et de la vanité, semblent vouer la femme à l’agitation du cœur, au tourbillon des petits sentiments comme au tumulte des grandes passions, en l’excluant à peu près de la sphère sereine des calmes décisions et des hautes spéculations rationnelles (ibid. ch IV, 1)

  • Paul de la Magdeleine, Les femmes françaises au service de la Patrie, éditions Couderc (1957).

« Les poils que l’on empêche de pousser sur le crâne poussent ailleurs, parce qu’il y a dans le corps une certaine quantité de sève capillaire qui doit trouver un débouché quelque part. »

  • Christine Bard, Les garçonnes, Modes et fantasmes des années folles, Paris, Flammarion (1998).
  • Yves Bonnardel, De l’appropriation à l’idée de Nature, Cahiers antispécistes N°11, 1994 (texte complet ici).
  • Charles O’Conor, discours de 1859, Justice pour les états du SudNew York Daily Tribune, 20 décembre 1859 ; dans Karl Marx, Le Capital, livre troisième, éd. Sociales, 1976, p. 358.

Extrait cité :

[…] “Eh bien, Messieurs, dit-il sous les applaudissements nourris, la nature elle-même a destiné le nègre à cette condition d’esclave. Il a la force et la vigueur au travail ; mais la nature, en lui donnant cette force, lui a refusé l’intelligence pour gouverner aussi bien que la volonté au travail. (Applaudissements) Toutes deux lui ont été refusées ! La même nature qui le privait de volonté au travail lui donnait un maître pour forcer cette volonté, pour faire de lui, dans le climat qui lui convient, un serviteur utile aussi bien à lui-même qu’au maître qui le gouverne. J’affirme qu’il n’y a aucune injustice à laisser le nègre dans la situation où la nature l’a placé et à lui donner un maître qui le gouverne. On ne le prive d’aucun de ses droits en l’obligeant à travailler en échange, pour fournir à son maître un juste dédommagement pour le travail et les talents que celui-ci déploie afin de le gouverner et de le rendre utile à lui-même et à la société“.

  • Jacques-Philibert Rousselot de Surgy, Mélanges intéressants et curieux [], ou Abrégé d’histoire naturelle, morale, civile et politique de la Laponie, Paris, Lacombe, 1766, vol. II. De l’Asie, de l’Afrique et des terres polaires.

Extraits cités :

“[…] Généralement tous les Lapons sont superstitieux, lâches et craintifs […] Ils sont encore entêtés, violents, menteurs, fourbes, dédaigneux et mélancoliques. Cette nation paraît en général très débauchée et luxurieuse. La paresse est aussi un vice très commun.”

[…] l’âme aussi noire que le corps. Tout sentiment d’honneur et d’humanité est inconnu à ces barbares […] s’ils n’avaient le don de la parole, ils n’auraient d’hommes que la forme [..]… Point de raisonnement chez les nègres, point d’esprit, point d’aptitude à aucune sorte d’étude abstraite. Une intelligence qui semble au-dessous de celle qu’on a admirée dans l’éléphant est le guide de toutes leurs actions […]. Livrés à leurs passions comme des brutes, ils ne connaissent que la jouissance. […] La seule force peut les contenir dans le devoir et la crainte est le seul motif qui les fasse agir : ils n’ont réellement point de cœur et, par conséquent, le germe des vertus leur manque. La brutalité, la cruauté, l’ingratitude, voilà qui forme leur caractère. Leur naturel est pervers ; toutes leurs inclinations sont vicieuses.” (pp.130-131).

  • Johann Friedrich Blumenbach,Vergleichende Anatomie und Physiologie den Verdauungswerkzeuge der Säugethiere und Vögel, Berlin, (1806).
  • Louis Antoine Desmoulins, Histoire naturelle des races humaines du nord-est de l’Europe, de l’Asie boréale et orientale, et de l’Afrique australe, d’après, des recherches spéciales d’antiquités, de physiologie, d’anatomie et de zoologie, appliquée à la recherche des origines des anciens peuples, à la science étymologique, à la critique de l’histoire, etc., Méquignon-Marvis, Paris (1826).

    CorteX_Demoulins_races

  • Est citée la Société d’anthropologie de Paris fondée en mai 1859, puis l’École d’Anthropologie de Paris de Paul Broca et Louis Armand, fondée en 1859. On lira avec profit la magistrale critique de Stephen Jay Gould dans La malmesure de l’Homme : l’intelligence sous la toise des savants (The Mismeasure of Man) (1981).
  • Sont également cités de manière non précise Robert K. Merton, Raymond Boudon et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.
  • Pierre Bourdieu, La main droite et la main gauche de l’État, Contre-feux, Liber, Raisons d’agir (1998) pp. 9-17. CorteX_Bourdieu-Pierre-Contre-Feux
  • Maria Deraismes, Ève dans l’Humanité, Discours et Conférences, éditions Abeille & Castor (2008 ; éd. CorteX_Deraimes_EVEL. Sauvaitre, Paris 1891).

“Dire que la femme est un ange […] c’est sous-entendre que sa spécialité est l’effacement, la résignation, le sacrifice ; c’est lui insinuer que la plus grande gloire, que le plus grand bonheur de la femme, c’est de s’immoler pour ceux qu’elle aime ; c’est lui faire comprendre qu’on lui fournira généreusement toutes les occasions d’exercer ses aptitudes. C’est-à-dire qu’à l’absolutisme, elle répondra par la soumission, à la brutalité par la douceur, à l’indifférence par la tendresse, à l’inconstance par la fidélité, à l’égoïsme par le dévouement. Devant cette longue énumération, je décline l’honneur d’être un ange” (pp. 36-37)

  • Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, ou Dialogue entre A et B sur l’inconvénient d’attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n’en comportent pas (1796).
  • Jules Verne, Les enfants du capitaine Grant (1868) p. 232.

Extrait cité :

Rien d’horrible comme leur figure monstrueuse, leur bouche énorme, leur nez épaté et écrasé sur les joues, leur mâchoire inférieure proéminente, armée de dents blanches, mais proclives. Jamais créatures humaines n’avaient présenté à ce point le type d’animalité.

Robert ne se trompait pas, dit le major, ce sont des singes, – pur sang, si l’on veut, – mais ce sont des singes !

[…] Des hommes ! s’écria Mac Nabbs ! Tout au plus des êtres intermédiaires entre l’homme et l’orang-outang ! Et encore, si je mesurais leur angle facial, je le trouverais aussi fermé que celui du singe ! 

 (…) L’angle facial de l’indigène australien est très aigu et sensiblement égal à celui de l’orang-outan, soit soixante à soixante-deux degrés. Ainsi n’est-ce pas sans raison que M. de Rienzi proposa de classer ces malheureux dans une race à part qu’il nommait les « pithécomorphes », c’est-à-dire des hommes à forme de singes.

  • Jean Jaurès, Discours pour l’Alliance française, 1884.

Extrait cité :

Quand nous prenons possession d’un pays, nous devons amener avec nous la gloire de la France et soyez sûrs qu’on lui fera bon accueil car elle est pure autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté. Nous pouvons dire à ces peuples, sans les tromper, que jamais nous n’avons fait de mal à leurs frères volontairement : que les premiers nous avons étendu aux hommes de couleur la liberté des Blancs et aboli l’esclavage (…). Que là enfin où la France est établie, on l’aime, que là où elle n’a fait que passer, on la regrette ; que partout où sa lumière resplendit, elle est bienfaisante ; que là où elle ne brille plus, elle a laissé derrière elle un long et doux crépuscule où les regards et les cœurs restent attachés.” Jean Jaurès, Albi, 1884 ; in Raoul Girardet, Le nationalisme français, Seuil, 1983.

  • Le Monde colonial, 1931

Extrait cité :

Demandez à l’enfant s’il lui plaît de s’instruire ? Demandez au soldat s’il lui plaît de défendre le pays ? Vous l’y contraignez, quand cela ne lui plaît pas. La contrainte au CorteX_Mond_Colonial_illustre_1931travail que nous exerçons vis-à-vis du primitif est du même ordre et doit rester du même ordre. Quand un gouverneur de Madagascar, comme M. Marcel Olivier, prend une partie du contingent militaire non employé pour en faire des pionniers, constructeurs de routes et de chemins de fer de SMOTIG (service de la main d’œuvre pour les travaux de l’intérêt général), il ne les exploite pas comme des forçats, il les éduque, il leur apprend à connaître l’effort régulier, méthodique, sans lequel il est impossible de passer du nomadisme à la civilisation. Il n’y a de travail forcé que là où on se sert de l’homme comme d’un moyen pour des fins égoïstes et cupides ; mais il n’y a pas de travail forcé là où l’on demande à l’homme de fournir sa juste part de collaboration à l’œuvre sociale. Faire sentir aux indigènes, engourdis dans une paresse millénaire, que la première condition pour devenir civilisés, c’est de travailler: leur inculquer cette notion du travail obligatoire comme on l’inculque à nos enfants, ce n’est pas faire œuvre de garde-chiourme, mais œuvre de civilisateur.” (Le Monde colonial illustré, 1931, in Pascal Blanchard et Nicolas Bancel, De l’indigène à l’immigré, Paris, Découvertes Gallimard (1998) p.103.

 

  • William Vogt, Sexe faible, ripostes aux exagérations, aux absurdités et aux utopies du féminisme (1908).

Extrait cité :

« [Qu’] elle sait mieux que personne ce qu’elle doit à son mari et aux maîtres dont elle suivit l’enseignement. » p.171.

 

  • Peter Singer, Libération animale (Animal Liberation) (1975) trad. fr, Grasset (1993).

 

Pour toute correction, commentaires, utilisations ou suggestions, écrivez-nous (contact@cortecs.org)

François-Xavier Chaise (avec la contribution de Richard Monvoisin)

Errata

Quelques coquilles se sont logées dans les vidéos.

  • Contrairement à ce qui est dit, animaux vénéneux est impropre. On entendra animaux venimeux.
  • Peter Singer est d’origine australienne, et non américaine.
  • Jeremy Bentham ne vécut pas au croisement des 17 et 18e siècle, mais des 18 et 19e siècle (1748-1832).
  • Le livre de Desmoulins sur les seize races n’est pas de 1825, mais 1826.
  • La loi 2005 de C. Vanneste a, contrairement à ce qui a été dit, été promulguée le 23 février 2005, mais un décret a ensuite abrogé l’article 4 alinéa 2 en 2006.
Les Femmes françaises au service de la Patrie