Psychologie du bien et du mal, de Laurent Bègue

CorteX_Laurent_begueLe domaine de la psychologie sociale nous est particulièrement utile au CorteX pour construire un outillage d’esprit critique. Nous puisons dans cette discipline des concepts pour mettre à jour les mécanismes de manipulation ou de dérives sectaires, mais aussi pour mieux comprendre l’influence des autres sur nos idées, nos croyances et nos comportements.
Dans son ouvrage La Psychologie du bien et du mal, Laurent Bègue propose justement de décortiquer le fonctionnement de notre sociabilité, l’agencement de notre sens moral et notre manière de nous représenter le « bien » et le « mal ».

 

CorteX_Psycho_du_B_et_du_MjpgLaurent Bègue est professeur de psychologie sociale à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble, où il dirige le laboratoire inter-universitaire de psychologie « Personnalité, Cognition, Changement Social ». Il est aussi membre honoraire de l’Institut Universitaire de France et chercheur invité de l’Université de Stanford, Californie.

Présentation de l’ouvrage :

« Quel sens donnons-nous à nos actes les plus quotidiens et à ceux des autres ? Pourquoi sommes-nous capables de sacrifier nos intérêts matériels au nom de grands principes comme la justice ? Par quelles mises en scène parvenons-nous à draper de moralité des conduites qui caressent notre égocentrisme ? Quelles circonstances peuvent nous conduire à trahir nos convictions les plus profondes ? Comment se forme et progresse la conscience morale et l’empathie ? Les récompenses et les punitions favorisent-elles ou non les acquisitions morales ? S’appuyant sur des exemples et de nombreuses études scientifiques récentes, ce livre explore la forme que le bien et le mal prennent dans nos têtes et les conséquences que ces idées ont sur nos vies. Une plongée au cœur de la nature humaine. »

Nous sommes friands des apports scientifiques sur les questions de morale, de normes ou de normalité, c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que nous nous sommes plongés dans cette lecture d’utilité critique.

« Je ne m’intéresserai pas au bien et au mal en soi, mais à la forme qu’ils prennent dans nos têtes et aux conséquences que ces idées ont sur nos vies personnelles et aux échanges avec les autres » annonce Laurent Bègue. Plongeon carpé, donc.

Plutôt qu’une synthèse des théories actuelles en psychologie sociale, Laurent Bègue présente des expériences scientifiques qui apportent un véritable matériel de compréhension sur l’agencement de nos pensées, nos valeurs, notre éthique et leur enjeu dans nos comportements quotidiens. Il s’agit en effet d’interroger les mécanismes de notre sens moral en décortiquant ses facettes dominantes : la sensibilité aux contrôles sociaux, le besoin d’appartenance, les fonctions mimétiques et les capacités d’apprentissage par l’observation, les compétences réflexives appliquées au domaine de la justice et l’empathie.

Comme dans tout travail critique, l’objectif est de mieux comprendre les mécanismes de notre représentation du sens moral, mieux percevoir les influences du contexte dans nos comportements et l’élaboration de nos pensées, pour nous permettre de mieux nous réapproprier une capacité d’agir sur notre environnement.

Cet ouvrage est d’une grande rigueur scientifique et d’une excellente qualité narrative, emprunt de beaucoup d’humour ce qui en rend sa lecture passionnante*. De nombreuses idées reçues sont abordées sous l’angle « Tiens, a-t-on déjà testé scientifiquement cette idée : la peine de mort est-elle dissuasive ? La Fessé est-elle efficace ? etc. »

En proposant une analyse des influences psychosociales qui s’exercent sur nos jugements et nos conduites en lien avec nos représentations morales, Psychologie du bien et du mal n’est définitivement pas un essai mais bien une application concrète de la psychologie sociale dans notre quotidien.

Les professionnels de l’éducation et du médico-social trouveront certainement de nombreuses pistes de compréhension de leur pratique, en se penchant notamment sur l‘apprentissage et la transmission des valeurs morales et des comportements sociaux, mais aussi sur les biais qui nous conduisent à penser que ce que nous faisons est « bien » pour l’autre, parfois à tort.

*Vous trouverez, par exemple, un passage où est évoquée « la masturbation à l’aide d’un poulet mort » pour illustrer les transgressions sans victime.


Sur ce sujet, l’auteur conseille son intervention dans l’émission Service Public « Pourquoi faire le bien », de Guillaume Erner, le 6 janvier 2012.

Et pour creuser un peu entre deux chapitres, on peut réécouter ici quelques autres émissions sur France Inter auxquelles Laurent Bègue a participé.

Par exemple, une application urbaine de la « Psychologie du Bien et du Mal » en compagnie de Laurent Bègue dans l’émission Un psy dans la ville de Manuelle Calmat – de Gmeline, émission de France Inter du samedi 3 décembre 2011.

Nicolas Gaillard