Examen sur table de zététique : corrigé

CorteX_Monvoisin_engrenageVoici le corrigé succinct de l’examen de mardi 16 décembre 2014, qui clôturait l’enseignement Zététique & Autodéfense intellectuelle de l’Université de Grenoble.

Table des matières

  • Cours (5 points)
  • Protocoles expérimentaux (5 points)
  • Thérapie (6 points)
  • Analyse de titres de presse (3 points)
  • Énigme zoologique (2 points)
    (Barème sur 21 points)

Cours

Quelles sont les différences fondamentales entre croire (en la gravitation, en l’évolution, en la tectonique des plaques…) et croire (en Dieu, en une volonté cosmique) et quels sont les risques à mélanger ces deux formes de croyance ?

J’attendais les éléments épistémologiques donnés au cours N°1 notamment les six suivants :

  • différence structurale entre théorie et scénario ;
  • caractère réfutable ou non des affirmations (critère de Popper) ;
  • parcimonie des hypothèses pour le premier type de « croyance » (qu’il vaut mieux appeler « adhésion »), non pour la seconde (qu’il vaut mieux appeler « acte de foi ») ;
  • empirisme de méthode et connaissances basées sur les preuves pour le premier type, nul besoin de preuves pour le second ;
  • démarche rationnelle, visant à faire des énoncés prédictibles sur des sujets objectivables pour le premier, rien de cela dans le second, subjectif par essence, généralement non-rationnel et atavique ;
  • enfin, l’adhésion à une théorie n’a rien de moral (on dit que la science au sens N°4 de « démarche » est amorale – cf. Dialogue sur les sciences) ; la foi, elle est moraliste, ou du moins fortement morale. 

On pourra avoir quelques détails ici, ou là :  le mot « croyance », la théière de Russell, le dragon de Sagan et Dryuand.

Dans mon barème, j’ai mis 1,5 points lorsque 3 éléments sur les 6 étaient présents.

Quant aux risques, j’attendais :

  • brisure du matérialisme méthodologique / de la laïcité implicite du processus scientifique
  • mise sur le même plan de deux structures épistémologiquement différentes
  • relativisme cognitif.

1 point si deux éléments étaient donnés, 0,5 si un seul (même si les termes n’étaient pas exactement ceux-là).

 

Certains penseurs font l’hypothèse d’une volonté cosmique guidant l’évolution de tout l’univers depuis le début. En quoi le rasoir de Guillaume d’Occam nous est-il utile sur ce point ?

Ce point était offert en plus, à condition de bien manier le rasoir d’Occam, qui est plutôt trompeur car il ne priorise pas l’hypothèse conceptuelle la plus simple (car une volonté divine est simple à comprendre par exemple) mais l’hypothèse la moins coûteuse cognitivement (cf. Rasoir d’Occam, Métaphore de Haack). Ainsi, une volonté cosmique est conceptuellement infiniment plus coûteuse que l’hypothèse matérialiste de l’émergence de l’univers – et rompt d’ailleurs le contrat laïc en méthode du chercheur).

En quoi les deux affirmations suivantes posent-t-elles problème ?

« Comme tout dépend des yeux de l’expérimentateur, aucun énoncé n’est objectif. Donc les discours scientifiques ne sont pas différents des discours culturels : le Big Bang n’a pas plus de réalité que Atlas portant le monde sur ses épaules, ou le disque-monde porté par quatre éléphants, eux-mêmes portés par une tortue gigantesque navigant lentement dans le cosmos. La science n’est qu’une question de point de vue. Au fond, elle est une religion comme une autre, avec son propre clergé : les scientifiques. » Julian Peneck, You couldn’t die from tuberculosis before 1882, Oxvard, 2004.

 

Il s’agissait ici de glaner un point en pointant les immenses travers du relativisme cognitif poussé à son extrême. Pour les habitués, le titre est un clin d’oeil à un vieux texte de Bruno Latour. L’auteur, Peneck, n’existe pas : il s’agit d’une version anglaise de Julien Peccoud, mon super collègue – qui a animé avec moi le cours sur l’évolution. Même la maison d’édition n’existe pas, contraction d’Oxford et de Harvard. Quelques-un-es d’entre vous ont décelé le piège, bravo !

« Franchement, Assassin’s creed Unit, le Métronome de Lórant Deutsch, Tintin au Congo, etc. ce ne sont que des œuvres d’art. Donc ce n’est pas bien grave si leurs auteurs déforment ou ont déformé la réalité historique. De toute façon, l’histoire est subjective en soi, et il y aura autant d’histoires différentes que de gens pour les raconter ». Guillermó Manillar, Epistemológicamente sin límites, Ed. el viejo topo, 3.12.2014.

Ayant lourdement insisté sur les mésusages idéologiques de l’histoire au cours n°8, je me devais de donner un point sur ce sujet, qui est sensiblement du même ordre que le précédent (relativisme cognitif). Cette fois-ci, j’ai hispanisé mon excellent collègue Guillaume Guidon, auteur entre autres de billets percutants sur l’affaire Deutsch, en lui prêtant un texte inexistant dans une maison d’édition version espagnole de la vieille Taupe, maison connue pour ses diffusions de textes à teneur négationniste. Je n’attendais pas que quiconque relève l’imposture, bien sûr (il n’y a que Julien Peccoud qui l’a décelée, lors des relectures du sujet d’examen, en interne au CORTECS).

Protocoles expérimentaux 

Un ami vous dit être capable de savoir à coup sûr si une femme enceinte attend une fille ou un garçon au moyen d’un pendule, qu’il fait tourner sur le ventre de la future maman. Lorsque son pendule tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est qu’il s’agira d’une fille, sinon, d’un garçon. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour tester la capacité de votre ami ?

Il y avait 3,5 points à l’orée de cet exercice. J’attendais les points suivants.

  • Test en blanc.
  • Double-aveugle / triple-aveugle.
  • Nombre d’essais suffisants + petit p (je n’attendais pas la méthode de calcul).
  • dépassement des seuils de hasard pour valider le do.
  • Randomisation des essais.
  • Faisabilité technique.

Il y a avait un point bonus pour cell-eux qui préciseraient les problèmes d’échantillonnage des femmes enceintes : le sex-ratio (je n’en ai pas parlé en cours) et l’intersexuation (j’en ai parlé dans le dernier cours). Quatre étudiant-es m’ont indiqué l’intersexuation. L’invisibilité des intersexes étant criante, je les remercie ici : Thomas Cordet (Biologie), Marine Haurillon (Histoire), Pascaline Milliat (Sociologie) et Julien Pevet (Histoire).

Un (autre) ami vous dit être capable de savoir à coup sûr si une maison est habitée par un revenant (esprit d’un défunt mort dans cette maison) ou non, au moyen d’un pendule qu’il fait tourner sur la photographie de la maison. Lorsque son pendule tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est qu’il y a un revenant. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour tester la capacité de votre ami ?

Cette affirmation est intestable sans caractérisation d’un revenant. On gagnait 1,5 point en refusant de répondre à cette question (ou en présumant qu’il y ait eu une caractérisation objectivable de la présence d’un revenant).

 

Thérapie

Lors d’un repas, un proche de la famille vous raconte l’affaire suivante : « alors que chaque hiver, je suis sujet à des grippes, cette année j’ai suivi les conseils de mon pharmacien, et j’ai pris de l’homéopathie, en l’occurrence Oscillococcinum®. Et figure-toi que je n’ai pas été malade ! C’est fou, non ? Ma cousine, pareil. Pas un rhume, rien ! Alors on peut dire ce qu’on veut, ça marche. Et pour ceux pour qui ça ne marche pas, au moins ça ne leur fait pas de mal. De toute façon, c’est toujours mieux que de prendre des antibiotiques. »

Quelle analyse zététique faites-vous de ses propos ?

J’attendais, parmi maints autres détails, les éléments qui suivent :

  • Confusion grippe / rhume

  • Pas d’échantillonnage des épisodes de maladie et évaluation subjective

  • Biais de confirmation d’hypothèse

  • Généralisation hâtive
  • Post hoc ergo propter hoc ou effet atchoum
  • « ça marche » sans évaluation statistique

  • « ça marche » sans double-aveugle

  • Argument « au moins ça ne fait pas de mal »

  • Faux dilemme sur les antiobiotiques (qui d’ailleurs ne fonctionnent qu’en cas d’affection bactérienne, donc pas dans les cas de rhume ou de grippe, viraux)

  • Effet blouse blanche

Beaucoup m’ont détaillé le cours sur la « théorie » homéopathique, ce qui n’était pas nécessaire ici.

 

Analyse de titres de presse

Quelles critiques peut-on faire aux titres de presse suivants ?

Y a-t-il une malédiction africaine ? par Dov Zerah, Financial Afrik, 29 septembre 2014

Il y avait un point si les trois éléments (vus en cours) suivants étaient présents (0,33 par élément) : 

  • Deus ex machina – recherche d’une hypothèse ad hoc panglossienne, qui plus est spiritualiste ; désyncrétisation du processus qui amène au drame (non précisé d’ailleurs dans le titre)
  • Afrique perçue comme un bloc, comme un tout (racisme ordinaire)
  • point d’interrogation cache-sexe.

L’Occident ne tiendra-t-il donc pas le choc des civilisations ?, par Franz-Olivier Biesgert, Le Point, 29 novembre 2014

Il y avait un point si les trois éléments suivants (vus en cours) étaient présents (0,33 par élément) : 

  • Occident pseudoconcept sans définition
  • Choc des civilisations concept oiseux faussement clair et vraiment manichéen, emprunté à Samuel Huntington.
  • Titre trafiqué pour
    • faire une interro-négation
    • introduire un plurium interrogationum (car ce titre a été inventé : certain-es ont repéré d’ailleurs le petit jeu sur  Franz-Olivier Giesbert, et non Biesgert. 

Jeunes partant faire terroristes en Syrie : faut-il les punir ou les enfermer ?, par Garla Gregger, Das ArX-Lor, 2 décembre 2014

Il y avait un point si les trois éléments (vus en cours) suivants étaient présents (0,33 par élément) : 

  • Terroriste pseudoconcept + Effet impact
  • Faux dilemme (+ point d’interrogation)
  • Pas d’analyse des racines du phénomène : désyncrétisation les origines du phénomène.

On remarquera l’hilarant emprunt du nom de ma collègue Carla Egger, spécialiste de sciences politiques, pour l’exercice (et l’invention d’une sombre revue).

 

Énigme zoologique

À l’état sauvage, certains éléphanteaux sont porteurs de l’allèle d’un gène qui prévient la formation des défenses. Les scientifiques ont constaté récemment que de plus en plus d’éléphanteaux naissaient porteurs de cet allèle de gène (ils n’auront donc pas de défenses devenus adultes). Quelle explication donnez-vous à cette situation ?

Il s’agissait bien sûr voir si le cours de Julien Peccoud et moi-même avait été bien assimilé, en faisant réinvestir une lecture darwinienne, et non lamarkienne du processus. Une innovation ne se propage que si son propriétaire en tire un bénéfice en terme de reproduction. Pour le coup, devant la pression de braconnage, le fait de ne pas avoir de défenses est un avantage, puisque l’individu ne sera pas chassé… et pourra donc reproduire son innovation dans sa descendance, qui sera plus fournie (hélas) que celle des éléphants à défenses. Je dois cet exemple à l’excellente étude de Gérald Bronner La résistance au darwinisme : croyances et raisonnements, de la Revue française de sociologie, que je mets en lien ici.

Au semestre prochain !

Richard Monvoisin

 

Examen sur table de zététique : vous voulez essayer ?

CorteX_Monvoisin_petit_cerveauMardi 16 décembre 2014, 278 étudiant-es de l’Université de Grenoble ont eu deux heures pour en découdre avec l’examen qui suit. Vous voulez essayer ?
Tout document était autorisé. Seules les tablettes, téléphones et autres connectiques étaient refusées, dans la mesure où tout le monde n’est pas équipé de la même manière. Il y avait deux heures pour en découdre. Voici l’énoncé complet et son barème. Top chrono.

UET Zététique & Autodéfense intellectuelle
Richard Monvoisin

Table des matières

  • Cours (5 points)
  • Protocoles expérimentaux (5 points)
  • Thérapie (6 points)
  • Analyse de titres de presse (3 points)
  • Énigme zoologique (2 points)
    (Barème sur 21 points)

Cours

Quelles sont les différences fondamentales entre croire (en la gravitation, en l’évolution, en la tectonique des plaques…) et croire (en Dieu, en une volonté cosmique) et quels sont les risques à mélanger ces deux formes de croyance ?

Certains penseurs font l’hypothèse d’une volonté cosmique guidant l’évolution de tout l’univers depuis le début. En quoi le rasoir de Guillaume d’Occam nous est-il utile sur ce point ?

En quoi les deux affirmations suivantes posent-t-elles problème ?

« Comme tout dépend des yeux de l’expérimentateur, aucun énoncé n’est objectif. Donc les discours scientifiques ne sont pas différents des discours culturels : le Big Bang n’a pas plus de réalité que Atlas portant le monde sur ses épaules, ou le disque-monde porté par quatre éléphants, eux-mêmes portés par une tortue gigantesque navigant lentement dans le cosmos. La science n’est qu’une question de point de vue. Au fond, elle est une religion comme une autre, avec son propre clergé : les scientifiques. » Julian Peneck, You couldn’t die from tuberculosis before 1882, Oxvard, 2004.

« Franchement, Assassin’s creed Unit, le Métronome de Lórant Deutsch, Tintin au Congo, etc. ce ne sont que des œuvres d’art. Donc ce n’est pas bien grave si leurs auteurs déforment ou ont déformé la réalité historique. De toute façon, l’histoire est subjective en soi, et il y aura autant d’histoires différentes que de gens pour les raconter ». Guillermó Manillar, Epistemológicamente sin límites, Ed. el viejo topo, 3.12.2014.

 

Protocoles expérimentaux 

Un ami vous dit être capable de savoir à coup sûr si une femme enceinte attend une fille ou un garçon au moyen d’un pendule, qu’il fait tourner sur le ventre de la future maman. Lorsque son pendule tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est qu’il s’agira d’une fille, sinon, d’un garçon. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour tester la capacité de votre ami ?

Un (autre) ami vous dit être capable de savoir à coup sûr si une maison est habitée par un revenant (esprit d’un défunt mort dans cette maison) ou non, au moyen d’un pendule qu’il fait tourner sur la photographie de la maison. Lorsque son pendule tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est qu’il y a un revenant. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour tester la capacité de votre ami ?

Thérapie

Lors d’un repas, un proche de la famille vous raconte l’affaire suivante : « alors que chaque hiver, je suis sujet à des grippes, cette année j’ai suivi les conseils de mon pharmacien, et j’ai pris de l’homéopathie, en l’occurrence Oscillococcinum®. Et figure-toi que je n’ai pas été malade ! C’est fou, non ? Ma cousine, pareil. Pas un rhume, rien ! Alors on peut dire ce qu’on veut, ça marche. Et pour ceux pour qui ça ne marche pas, au moins ça ne leur fait pas de mal. De toute façon, c’est toujours mieux que de prendre des antibiotiques. »

Quelle analyse zététique faites-vous de ses propos ?

Analyse de titres de presse

Quelles critiques peut-on faire aux titres de presse suivants ?

  • Y a-t-il une malédiction africaine ? par Dov Zerah, Financial Afrik, 29 septembre 2014
  • L’Occident ne tiendra-t-il donc pas le choc des civilisations ?, par Franz-Olivier Biesgert, Le Point, 29 novembre 2014
  • Jeunes partant faire terroristes en Syrie : faut-il les punir ou les enfermer ?, par Garla Gregger, Das ArX-Lor, 2 décembre 2014

Énigme zoologique

À l’état sauvage, certains éléphanteaux sont porteurs de l’allèle d’un gène qui prévient la formation des défenses. Les scientifiques ont constaté récemment que de plus en plus d’éléphanteaux naissaient porteurs de cet allèle de gène (ils n’auront donc pas de défenses devenus adultes). Quelle explication donnez-vous à cette situation ?

Bon courage !
Richard Monvoisin

 

Le corrigé est ici.

Entrevue politique – corrigé de décorticage

CorteX_SeilliereVoici une proposition de corrigé pour l’exercice de décorticage présenté ici. Nous avons trouvé 71 moisissures argumentatives. Et vous ?

1) « L’analyse selon laquelle il existe une économie réelle d’un côté et la finance de l’autre n’est pas du tout une analyse objective. L’économie réelle, c’est-à-dire la production des biens et des services, fonctionne – c’est le corps, avec un système nerveux, je dirais même un flux sanguin. Et le système nerveux et le flux sanguin c’est ce qu’on appelle la finance ».

métaphore organique (cf point 7)

2) « la finance »

notion-valise : la finance recouvre beaucoup de choses très diverses telles que les entreprises du CAC 40, les places boursières, le système bancaire, etc.

3) « Il peut y avoir en effet, dans le corps, une maladie »

métaphore organique (cf point 7)

usurpation de connecteur logique

« En effet » introduit une relation de causalité. Il n’en est rien ici puisque le terme « en effet » ne sert qu’à renforcer la métaphore organique en introduisant les pathologies du système capitaliste.

4) « et il y a eu une maladie avec la crise des subprimes. Elle a d’ailleurs failli compromettre la santé du corps »

métaphore organique (cf point 7)

plurium affirmatum

« failli » veut dire qu’en réalité elle ne l’a pas compromise.

  5)  » d’ailleurs tout le monde, n’est-ce-pas… »

argumentum ad populum

inclusion abusive

couplés à un discours ralliateur

Le fait que « tout le monde » se soit jeté au « secours » du capitalisme ne prouve pas que le capitalisme soit le meilleur système possible. Par ailleurs, cet argument est faux et relève de l’inclusion abusive, car il ne prend pas en compte toutes les institutions ou personnes qui se sont opposées au sauvetage du capitalisme (notamment parmi les économistes non keynésiens).

« N’est-ce-pas » est une locution visant à rallier l’adhésion de l’interlocuteur.

6) « gauche-droite »

notion-valise issu d’une analogie douteuse

Le clivage « gauche-droite » qui est censé structurer la vie politique française est une analogie douteuse dont le sens n’est plus évident. En effet, elle fait référence historiquement à la position des différents partis politiques lors de la première assemblée nationale post-révolutionnaire (août-septembre 1789). Aujourd’hui, il y a autant de diversité au sein de la « gauche » et au sein de la « droite », qu’entre partis de gauche et partis de droite.

7) « s’est jeté au secours de ce capitalisme en crise pour essayer de lui faire reprendre santé. C’est bien ça qui s’est produit »

concept flou

« Se jeter au secours » du capitalisme est un argument flou recouvrant plusieurs types d’actions (prêts à taux zéro, nationalisation des banques, capitalisation des banques privées par l’Etat,…)

effet paillasson sur le mot crise

Le mot « crise » ici n’est pas défini. Or ce terme est employé pour qualifier des phénomènes très différents (crise au Mali, crise d’adolescence, crise de la quarantaine, crise des dettes souveraines, crise de la représentation…).

métaphore organique

La métaphore organique sur les crises du système capitaliste est ancienne. On retrouve un vocabulaire clinique sur les spasmes de folies du système capitaliste dans les Manuscrits de 1857-1858 de Karl Marx. Ici, Ernest Antoine Seillère l’emploie pour signifier que la crise est un phénomène pathologique exceptionnel chez un capitalisme, conçu comme un système économique en santé. Cette vision est contestée, notamment par les économistes qui critiquent rationnellement le modèle capitaliste.

Cette métaphore organique fait aussi office de deus ex machina, qui introduit l’idée qu’il est « naturel » que le capitalisme soit malade quand par ailleurs il est généralement en bonne santé. L’étude des responsabilités et l’analyse de ce processus de crise sont complètement évacuées. Voir l’article de Guillemette Reviron sur les arguments naturalistes.

8) « Vous n’avez pas d’alternative aujourd’hui à un capitalisme qui règne dans le monde entier »…

faux lemme 

Dire qu’il n’y a pas d’alternative au capitalisme est une sorte spécifique de faux dilemme, le faux lemme (plus qu’il n’y a aucune alternative).

généralisation abusive

argumentum ad populum

Ceci revient à ignorer les critiques rationnelles existantes sur le capitalisme et les systèmes économiques concurrents existants dans le monde (autogestion, coopérative, communisme). En outre, avancer que le capitalisme règne dans le monde entier ne prouve pas qu’il s’agisse du meilleur système possible.

notion-valise

personnification du capitalisme

Quand Ernest-Antoine Seillère parle d’un capitalisme, de quel capitalisme parle-t-il ? Le capitalisme est ici un notion-valise puisqu’il demeure peu défini. Or le capitalisme anglo-saxon diffère du capitalisme chinois, danois et français. Il existe des capitalismes très différents les uns des autres. 

9) « des milliards d’hommes l’ont choisi comme système actuellement, en Inde, en Chine »

argumentum ad populum 

sexisme 

généralisation abusive

Ce n’est pas parce que des « milliards d’hommes » (qu’en est-il des femmes ?) ont choisi ce système que cela en fait un bon système économique. De plus cet argument est faux : il existe des alternatives en Argentine, en Islande et en France au niveau local.

10) « – L’ont-ils vraiment choisi ?
– Ecoutez si ce sont les communistes chinois qui l’ont choisi pour eux, c’est encore plus extraordinaire « 

homme de paille : la position de l’interlocuteur (ont-ils vraiment choisi le capitalisme ?) est ici travestie pour la rendre ridicule.

11) « mais la réalité est celle-là le capitalisme règne dans le monde »

généralisation abusive 

notion-valise 

personnification du capitalisme (cf  point 8)

12) « Sauf peut-être, en effet, Cuba et la Corée du Nord qui ne sont pas des exemples particulièrement flagrants de réussite »

déshonneur par association 

effet cigogne

plurium affirmatum

Les exemples de Cuba et de la Corée du Nord sont utilisés comme des repoussoirs. Par ailleurs, le fait que Cuba et la Corée du Nord ne soient pas des réussites n’est pas uniquement dû à la nature du système économique mais également à des circonstances politiques particulières (mesures de rétorsion et d’embargo internationaux, autoritarisme en Corée du Nord).

L’argument suppose également que Cuba et la Corée du Nord ne sont pas des réussites sur le plan économique et social. Cet argument mérite d’être discuté dans la mesure où, par exemple, les systèmes éducatif et de santé cubains sont de très bonne qualité. Il est bon également de rappeler que l’avortement est totalement libre à Cuba, jusqu’à 10 semaines de grossesse et ce, depuis 1965 (soit 10 ans avant la France !) 

usurpation de connecteur logique

L’utilisation de « en effet » est ici dévoyée : ce connecteur sert à introduire une causalité qui est factice ici car le terme est choisi pour introduire des exemples.

13) « Donc regardons les choses en face »

technique de l’engluement

Ce discours englue l’interlocuteur en emportant son adhésion de façon spécieuse. Si vous êtes responsable et ne vous voilez pas le face, vous savez que le capitalisme est le meilleur système possible.

14) « Le capitalisme existe, il n’y pas d’alternative »

faux lemme (cf point 8)

15) « Cette crise est en voie, espérons-le, de solution »

mot fouine

Le terme « espérons-le » vide la phrase de son sens. L’information donnée est nulle.

16)« il faut vivre avec ce capitalisme »

faux lemme (cf point 8)

17) « parce que je viens ici comme auteur et non plus comme ex-patron du Medef »

argument d’autorité 

En citant, en passant, son statut actuel et ses occupations passées Ernest-Antoine Seillère se place en position d’autorité. Or ni son statut d’auteur, ni celui d’ex-patron du Medef ne garantit ses compétences en économie. Voir le jeu des 20 pièges pour débusquer les arguments d’autorité.

18) « Je crois que nous avons à regarder en face le monde qui vient »

nous inclusif

deus ex machina

Cette phrase introduit une explication fataliste. Un monde viendrait et s’imposerait à nous.

19) « est-ce que ce monde qui vient est un monde dans lequel il faut en être? »

plurium interrogatum

Cette question est purement rhétorique et conduit à avaler une couleuvre : l’idée qu’un monde vient fatalement à nous et qu’il faut s’y adapter.

20) « Ça va valoir le coup d’y vivre et est ce que ça vaut le coup notamment de passer un quinquennat d’efforts pour s’assurer en effet nous Français »

faux dilemme

usurpation de connecteur logique

nous inclusif

essentialisme

Cette phrase combine les sophismes. Une fois encore, le connecteur logique « en effet » y est mal employé. Il introduit un faux lemme : il n’y a pas d’alternative aux efforts pour vivre dans un monde meilleur à venir. Les Français sont, par ailleurs, essentialisés comme un groupe homogène.

21)« monde qui vient dont j’estime en effet qu’il est porteur d’une incroyable et formidable réussite potentielle »

→  usurpation de connecteur logique

mots fouine

Le connecteur logique « en effet » est ici dévoyé puisqu’il n’introduit aucune causalité. Les mots-fouine « j’estime » et « potentielle » vident la phrase de son sens : la réussite du monde qui vient paraît très incertaine.

22) « par la convergence de forces que je vous résume à l’extrême »

instillation de causalité

deus ex machina

Le terme « forces » a une forte connotation fataliste : des forces s’exerceraient pour nous amener vers un nouveau « monde » de façon inévitable. Cette phrase introduit une explication causale fataliste.

23) « d’une part en effet la mondialisation qui s’organise, d’autre part le capitalisme qui règne, système unique dans le monde et qui va faire réussir le monde »

personnification de la mondialisation et du capitalisme

usurpation de connecteur logique

notion-valise

Le terme « mondialisation » recouvre de multiples acceptions. La « mondialisation » désigne, tantôt, l’intégration des marchés internationaux ou les stratégies de développement des firmes multinationales. On parle aussi de mondialisation commerciale, culturelle, politique. Le terme est parfois utilisé comme synonyme de globalisation, un terme tiré de l’anglais globalization au sens voisin de mondialisation.

généralisation abusive

Le capitalisme n’est pas un système unique dans le monde, puisque, de l’aveu même d’Ernest-Antoine Seillère, des systèmes alternatifs existent.

24) « et troisièmement alors un troisième facteur qui est considérable c’est-à-dire la menace climatique et la menace de développement sur le développement durable »

notion-valise 

Les termes « développement » et  « développement durable » recouvrent également de multiples acceptions. Parle-t-on ici de développement économique, social, culturel ou politique ? Quels sont les acteurs qui vont se développer ? Les populations, les firmes multinationales, l’élite ?

Le terme « développement durable » date d’un rapport publié par les Nations Unies en 1987, le rapport Bruntland, qui lui donne un sens très imprécis. Selon ce document, le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.

oxymore

Enfin, les économistes théoriciens de la décroissance jugent que tout développement est, par essence, non durable puisqu’il implique l’idée d’une croissance basée sur la consommation de ressources rares et finies.

phrase insensée

La phrase « la menace de développement sur le développement durable » ne veut rien dire.

25) « qui, lui, est susceptible de créer aujourd’hui bien entendu par le travail des ingénieurs une véritable révolution industrielle porteuse de croissance et d’emploi »

mot fouine : « est susceptible »

technique d’engluement

La locution « bien entendu » vise seulement à emporter artificiellement l’adhésion de l’interlocuteur.

effet impact 

Le terme « révolution industrielle » est un terme à fort effet impact reposant sur un argument historique faux. En effet, l’industrialisation a été un processus lent et graduel plutôt qu’une révolution.

effet puits

Cette phrase a pour effet de noyer l’interlocuteur dans des concepts peu définis et flous.

26) « Donc j’ai une vision de ce qui vient, non pas la campagne présidentielle mais de ce qui vient qui est tout-à-fait optimiste »

deus ex machina (cf point 18)

27) « et j’aimerais bien que la France en soit « 

essentialisme

La France est posée comme une et homogène.

28) « Et ce monde-là, il profiterait à tout le monde ? Il profiterait au plus grand nombre Ernest-Antoine Seillère ou seulement à ceux qui font partie des happy few ?

– Eh bien écoutez, le capitalisme qui a donc en effet forgé l’Europe »

usurpation de connecteurs logiques

C’est le sophisme préféré d’Ernest-Antoine Seillère. « En effet » est ici combiné à « donc » : la combinaison de deux connecteurs causaux rend la causalité artificielle.

argument d’historicité faux

notion-valise

Rien ne prouve que la capitalisme ait forgé l’Europe. La terme est ici imprécis : de quelle Europe parle-t-on ? Des membres de l’Union européenne ? Des membres du Conseil de l’Europe ? De l’Europe de l’Ouest ? De l’Europe de l’Est ?

29) « est-il pour vous un système qui a conduit à un appauvrissement général de la population européenne »

renversement de la charge de la preuve

concept flou

homme de paille

Ernest Antoine Seillière renverse la charge de la preuve tout en travestissant de manière ridicule la position de son interlocuteur.

L’appauvrissement général des populations est un concept flou : quels sont les critères permettant d’évaluer l’appauvrissement général des populations? Des critères économiques? sociaux?

essentialisme

La population européenne n’est nullement définie mais posée comme homogène et une.

30) « à l’évidence non »

absence de preuve

Ernest Antoine Seillère balaie la remarque sans donner d’arguments précis qui invalideraient la position de son interlocuteur.

31) « le capitalisme a apporté l’innovation, le progrès, la croissance des niveaux de vie. C’est la modernité. »

effets cigogne

Il y a une confusion entre corrélation et causalité : on déduit de la présence d’une cause (le capitalisme) ses effets observés (innovation, progrès, croissance) alors que d’autres variables peuvent expliquer ceux-ci. Il est tout à fait possible que, par exemple, le capitalisme entraîne des effets contraires mais compensés par d’autres causes n’ayant aucun lien avec le capitalisme (le développement des connaissances scientifiques par exemple).

notions-valises

Le capitalisme n’a pas apporté à lui seul l’innovation, le progrès et la croissance des niveaux de vie. Ces trois termes sont par ailleurs des notions-valises non définis et souffrant de multiples acceptions. Parle-t-on d’innovation technologique, économique, sociale ? Quel est le progrès retenu ici ? Le progrès scientifique ? L’accroissement des connaissances médicales ? Les conquêtes sociales ? La façon de mesurer la croissance des niveaux de vie n’est pas par ailleurs précisée. Doit-on retenir le seuil de pauvreté? l’accroissement du PIB par habitant ? Le salaire moyen ? Médian ?

théorie pseudo-scientifique ethnocentrée

effet repoussoir 

« Le capitalisme, c’est la modernité » : rien ne prouve que le capitalisme se soit imposé en vertu de sa modernité, comme s’il s’agissait d’une évolution naturelle et bénéfique de l’économie. Dire que « le capitalisme, c’est la modernité » revient à adopter une posture ethnocentré sur les systèmes capitalistes et à qualifier tous les autres systèmes d’archaïques.

32) « – Oui. Mais aussi un accroissement des inégalités.
– Alors ça si vous voulez: c’est tout-à-fait en effet au centre de notre problème français »

explication creuse

La combinaison de « si vous voulez », « tout-à-fait » et  « en effet » ne produit aucune relation logique entre les arguments. Au contraire elle introduit une certaine confusion.

« notre » inclusif

Le « notre » inclusif conduit le lecteur à adhérer à la thèse qu’il y a un problème spécifique en France

Vous aussi vous disséquez de façon critique des extraits? Faites-le nous savoir!

 

Entrevue politique – décorticage

CorteX_SeilliereNous avons utilisé l’exercice suivant dans le cadre de la séance dédiée aux sophismes et « argumentocs » du cours spécialisé Sciences et pseudo-sciences politiques pour étudiant.e.s de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble (voir ici).  A vous de jouer !

Il s’agit d’un extrait d’une entrevue d’Ernest-Antoine Seillière dans les matinales de France Inter (2 mars 2012). Nous avons proposé aux étudiant.e.s d’y repérer le plus grand nombre de sophismes possible.

Les étudiant.e.s devaient décortiquer la vidéo de la minute 2’26 à la minute 5’30. Notre analyse est .

 

 

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Médias & histoire – Alexis Corbière propose d'introduire un « enseignement critique » du jeu vidéo à l'école

Voici un article paru dans Libération, Écrans le jeudi 4 décembre 2014 qui ravive une question-leitmotiv chez le penseur critique : peut-on laisser la science historique se faire malmener impunément ?
Au CORTECS, nous pensons que toute personne a droit de raconter ce qu’il souhaite, sur le sujet historique de son choix – même s’il s’agit de négationnisme simplet, d’ouranisme mal dégrossi, de nostalgisme clovissien, etc. Par contre, il faut systématiser un accompagnement pédagogique, pour que le lecteur ou le consommateur puisse se faire une opinion élaborée. Ainsi peut-il en être d’une notice dans la page d’introduction de Tintin au Congo ; d’une explication préalable dans le DVD de Lorant Deutsch du genre « ceci est une lecture orientée de l’histoire de France : prenez plaisir mais restez vigilant, car il ne faut pas prendre ce matériel au pied de la lettre ». Ainsi peut-il en être dans les jeux vidéos – la sortie d’Assassin’s Creed Unity sur la période révolutionnaire ayant attisé les discussions sur les mésusages de l’histoire.

Le credo des assassins de la Révolution

Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche, revient sur le débat qu’il a lancé à propos de la vision déformée de la Révolution française dans le jeu « Assassin’s Creed Unity ».

Qui ne voit pas les dangers d’une mémoire blessée, déformée, reformatée ? Qui peut croire que la façon dont une société transmet son Histoire est une chose innocente ? Qui peut estimer que la manière dont nos concitoyens appréhendent l’acte de naissance de la République, c’est-à-dire la Révolution française, est anecdotique sans incidence sur notre avenir commun ?

Il y a là sujets qu’il faut prendre très au sérieux.

C’est pourquoi, il y a quelques semaines, avec Jean-Luc Mélenchon (1), nous avons protesté contre Assassin’s Creed Unity, un jeu vidéo ayant pour décor la Révolution française. Amplifiée par la surprise de nous retrouver sur un terrain inhabituel où l’on ne nous attendait pas, notre controverse a pris un retentissement non seulement en France, où beaucoup de joueurs et de spécialistes de ces univers ont apprécié que des responsables politiques s’intéressent enfin à cette production culturelle qu’est le jeu vidéo, mais aussi dans plusieurs dizaines de pays étrangers, jusqu’aux colonnes de Newsweek et du New York Times.

Contre quoi protestons-nous au juste ? D’abord contre une honteuse bande-annonce diffusée par la société Ubisoft productrice du jeu, qui fait de la Révolution un moment repoussant d’une violence extrême, perpétrée par un peuple parisien sanguinaire et déchaînée par un abject Maximilien Robespierre, dictateur fou auprès duquel Néron et le Comte Dracula feraient figure de despotes indolents.

Notre critique ne s’arrête pas là. Comme d’usage dans la série de jeux Assassin’s creed dont c’est le cinquième épisode, le joueur se glisse dans la peau d’un personnage qui poignarde et assassine au gré des missions qu’il accomplit, ici dans une reconstitution 3D époustouflante du Paris de la fin du XVIIIe siècle. Entre ces combats virtuels, des séquences à prétention pédagogique sont censées nourrir l’intrigue en présentant des personnages historiques. Ainsi le joueur rencontrera notamment le marquis de Sade, Georges Danton, Napoléon Bonaparte et Maximilien Robespierre.

A la lumière des moyens exceptionnels investis par Ubisoft (plus de 200 millions d’euros rapporte la presse), notre indignation n’est que plus grande. Car Robespierre est systématiquement présenté de façon grossière, dénué de toute pensée, faisant exécuter ses opposants pour des futilités et prenant plaisir à les voir guillotinés avant que l’un des personnages principaux, guidé par le joueur, finisse par lui fracasser la mâchoire d’un coup de pistolet !

On nous a rétorqué qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Certes. Nous sommes des ardents défenseurs de la liberté de création. Mais ici, la manière dont le personnage de Robespierre s’exprime tient davantage de la propagande que de la licence poétique. Pour ne donner qu’un exemple, cité par Newsweek, en m’étonnant qu’il soit passé sous silence dans les journaux français, le jeu fait dire à Robespierre : « Je veux tuer le plus de gens possible. Ma croisade génocidaire commence ici et maintenant ». La référence, sans fondement historique et parfaitement anachronique, à un «génocide» pour décrire la Révolution témoigne d’une inspiration directement puisée dans la vulgate de l’extrême droite. Pour preuve, la reconnaissance d’un prétendu «génocide vendéen», dont Robespierre serait le responsable, a déjà justifié le dépôt de projets de loi par les députés du Front national, fort heureusement rejetés par les Assemblées. Que vient donc faire ce parti pris réactionnaire dans un jeu pour le grand public ?

Ceux qui hausseront les épaules au motif qu’il ne s’agit après tout que d’un jeu feront une grave erreur, symptomatique d’un mépris des formes modernes de la culture populaire. Le jeu vidéo est aujourd’hui une industrie culturelle qui mobilise au niveau mondial des sommes plus importantes que l’industrie du cinéma. Ses produits passionnent désormais des millions de nos concitoyens, autant voire plus que la littérature, le théâtre et même le cinéma. Par respect pour les joueurs et pour les créateurs, le jeu vidéo, mérite, comme les autres arts, la critique tant sur ses qualités techniques et esthétiques, que ses contenus idéologiques.

Et pour dire les choses simplement, tolérerait-on un jeu présentant le capitaine Dreyfus comme un espion à la solde de l’Allemagne ou Jean Moulin comme un chef de la Collaboration ? Aussitôt, le scandale serait énorme et parfaitement légitime. Alors, pourquoi accepter ainsi sans réagir l’acharnement d’Assasin’s Creed à déformer les faits, calomnier les principaux acteurs et faire détester la Révolution ?

Car enfin, ouvrons les yeux. Ce jeu offre aux joueurs de passer au minimum une centaine d’heures dans l’environnement bluffant d’un Paris révolutionnaire reconstitué. Durant toute sa scolarité, de l’école élémentaire au baccalauréat, un élève français se verra proposer au mieux 20 à 25 heures sur l’histoire de la Révolution, quatre fois moins qu’un seul parcours du jeu vidéo ! Et la Révolution française est totalement absente des programmes d’examens du secondaire.

C’est pourquoi, je voudrais faire deux propositions. Il est temps que l’Éducation nationale, comme elle le fait pour la littérature, l’image et le cinéma, propose un enseignement critique du jeu vidéo. Cela pourrait être l’occasion dans une meilleure prise en compte des centres d’intérêt de la jeunesse de réconcilier le plaisir du jeu et celui d’apprendre. D’autre part, le programme des classes de Terminale prévoit que les élèves, alors à la veille de leur majorité, réfléchissent au «rapport des sociétés à leur passé». Est aujourd’hui proposée, au choix du professeur, une étude : «L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale» ou «L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie». Ne serait-il pas pertinent d’y ajouter la question des représentations et interprétations de la Révolution ?

Ne laissons pas la mémoire de la Grande Révolution se faire poignarder.

(1) Les créateurs d’Assassin’s creed unity véhiculent une propagande réactionnaire sur la Révolution Française sur le blog d’Alexis Corbière et Le lendemain et même ensuite sur le blog de Jean-Luc Mélenchon.

Alexis CORBIÈRE

Note : outre nombre de descriptions, un léger contrepoint est apporté dans l’émission du 9 décembre 2014 de la Marche de l’histoire sur France Inter. Télécharger

 

La théière de Russell

CorteX_theiere_RussellDans un article intitulé « Is There a God? » (version originale ici) écrit pour un numéro de l’Illustrated Magazine de 1952 mais qui ne fut jamais publié, Bertrand Russell donna l’une des métaphores les plus connues du scepticisme moderne, rangée sur le même rayonnage que le Dragon dans le garage, le Monstre en spaghetti volant ou la Licorne invisible et rose. Souvent demandé par les étudiants, le texte est ci-dessous.
 
 

« De nombreuses personnes orthodoxes parlent comme si c’était le travail des sceptiques de réfuter les dogmes plutôt qu’à ceux qui les soutiennent de les prouver. Ceci est bien évidemment une erreur. Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j’aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j’affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n’est pas tolérable pour la raison humaine d’en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l’existence de cette théière était décrite dans des livres anciens, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l’école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d’excentricité et vaudrait au sceptique les soins d’un psychiatre à une époque éclairée, ou de l’Inquisiteur en des temps plus anciens. »

Note : cette histoire a récemment été développée par Richard Dawkins dans son remarquable livre Pour en finir avec Dieu, publié aux éditions Laffont.

(…) La religion organisée mérite la plus vive hostilité car, contrairement à la croyance en la théière de Russell, la religion organisée est puissante, influente, exemptée de taxes et systématiquement transmise à des enfants trop jeunes pour pouvoir s’en défendre. On ne force pas les enfants à passer leurs années de formation en mémorisant des livres farfelus sur les théières. Les écoles publiques n’excluent pas les enfants dont les parents préfèrent la mauvaise forme de théière. Les fidèles de la théière ne lapident pas les non-croyants en la théière, les apostats de la théière, les hérétiques de la théière ou les blasphémateurs de la théière. Les mères n’empêchent pas leurs fils d’épouser des shiksas de la théière sous prétexte que leurs parents croient en trois théières plutôt qu’une seule. Ceux qui versent le lait en premier ne mutilent pas ceux qui préfèrent commencer par verser le thé. (….)

Predpol : prédire des crimes ou des banalités ?

« Permettre aux agences de sécurité publique de mieux prévenir la criminalité dans leurs collectivités en générant des prédictions sur les lieux et les moments où de futurs crimes sont les plus susceptibles de se produire », tel est le slogan de PredPol, société éditrice du logiciel de « prédiction policière » (Predicting policing) du même nom. Selon celle-ci, il y aurait eu « 13% de diminution de la criminalité dans un quartier de Los Angeles après 4 mois de mise en service contre une augmentation de 0.4% dans le reste de la ville », le logiciel serait « jusqu’à deux fois plus précis que les analystes spécialisés ». Devant ces prétentions spectaculaires, il est raisonnable d’exiger des preuves spectaculaires. Mais le scepticisme n’est que la première étape du travail critique, investiguer en est la deuxième.

Dans cette perspective et dans le cadre d’un stage de Master 1 en physique à l’Université Joseph-Fourier, j’ai effectué, sous la direction de Guillemette Reviron, un travail de recherche sur ce système. Pour celles et ceux qui souhaiteraient entrer dans les détails de ce travail, les arguments plus techniques sont présentés dans le rapport de stage qui peut être téléchargé ici. Vous pouvez me contacter à cette adresse : benslimane [at] cortecs.org

Le but premier de l’étude était d’évaluer de manière objective les prétentions de Predpol concernant les précisions de l’algorithme. Un tel système pose aussi de nombreux problèmes moraux, éthiques et politiques qui seront développés dans un second temps. Nous allons voir que les résultats de PredPol sont loin d’être exceptionnels et que leur prédiction : « les crimes auront lieu majoritairement dans les zones prédites par notre algorithme complexe » n’est en fait pas plus performante que la prédiction : « les crimes auront lieu majoritairement dans les zones historiquement les plus criminogènes de la ville ».

Predpol, la prédiction policière ?

Logiciel Predpol affichant une carte avec les prédictions
© PredPol, Inc.

Predpol, par le biais d’une interface cartographique, affiche quotidiennement un ensemble de zones à risque (par exemple : 20 cases de 150m x 150m) pour lesquelles la probabilité qu’un délit se manifeste est importante. Chaque jour, les unités de polices reçoivent la carte avec les prédictions calculées par l’algorithme et sont priées de patrouiller dans ces zones à risque pendant leur temps libre.

Une présentation des résultats fortement biaisée et impactante

Utilisation abusive de graphiques imprécis

Les résultats, tels qu’ils sont présentés par Predpol, impressionnent. En effet, la société proclame sur son site web que son algorithme est deux fois plus précis que les analystes en criminologie. Analysons un instant le graphe (Figure 1) à l’appui  des présentations de Predpol.

Graphique montrant la précision des prédictions versus le nombre de cases prédites
Figure 1 – Précision des prédictions versus le nombre de cases prédites.

Je n’oserais pas appeler cette figure un graphique étant donné la médiocrité de celui-ci, en effet, le graphique ne respecte en aucune manière les règles de base pour qu’un graphique soit pertinent (voir la section Résultats obtenus pour un exemple de graphique sérieux). Des éléments essentiels devant figurer sur un graphique ne sont pas précisés :
– il n’y a pas de titre
– il n’y a ni échelle, ni origine sur l’axe des ordonnées (axe vertical)
– il n’y a pas de légende : deux courbes (rouge, bleu) pour trois titres (crime analyst, crime hotspotting, Predpol) !
– les marqueurs (cercles bleu et rouge) sont trop larges

Enfin, une telle figure devrait être suivie d’explications basiques sur les résultats :
– on ne sait pas comment est mesurée l’efficacité des prédictions ; les critères de mesure ne sont pas précisés
– les termes « crime analysts » et « crime hotspotting » ne sont pas explicités

Par ailleurs, Predpol déclare que son logiciel est deux fois plus performant que les prévisions des analystes, mais quelques mesures sur le graphe permettent de vérifier que cette valeur est valable dans une unique situation, celle qui correspond à une prédiction pour 20 boîtes ; cette situation est accessoirement celle qui est la plus avantageuse pour Predpol. Entre 1 et 10 boites, en revanche, les deux prévisions se valent. En moyenne, le rapport vaut environ 1,5 lorsque l’on évalue les courbes avec un analyseur graphique (par exemple avec le logiciel libre Engauge-digitizer).

On ne peut donc pas conclure, à la simple lecture de ce graphique, que l’algorithme est deux fois plus précis que les analystes en criminologie sans réaliser une analyse des données plus fine.

Graphique représantant l'évolution moyenne du nombre de délits par jour.
Figure 2- Évolution moyenne du nombre de délits par jour.

Le deuxième graphique (Figure 2) montrant une diminution de la criminalité est lui aussi trompeur car l’origine de l’axe est absente.

Ces imprécisions ne sont pas anodines : en simplifiant à outrance les données utilisées pour comparer deux pratiques, elles poussent à une analyse « à la hache » d’un phénomène complexe.
Pour une illustration ludique des tours de passe-passe courants que peuvent générer les graphiques, on pourra consulter l’article « Comment tromper avec des graphiques ».

Biais inhérents à la mesure de la criminalité

Les affirmations d’une réduction effective de la criminalité sont à prendre avec précautions, en effet, les chiffres sur la criminalité et la délinquance sont enclins à de nombreux biais, en voici quelques-uns :

  • Délits réels ou constatés : ne sont comptés que les crimes et délits constatés. Un changement dans les procédures d’enregistrement des délits peut facilement augmenter ou diminuer les chiffres de la criminalité sans rendre compte de la réalité. Dans le cas du système Predpol, un système d’enregistrement et de classification des délits est mis en place en même temps que le déploiement du logiciel.
  • Tri sélectif des données :
    • Type de délit : quels délits sont-ils pris en compte lors de l’évaluation ? Si il y a une réduction des vols de voitures mais une augmentation des vols à l’arraché, que faut-il en conclure sur l’efficacité ? Le capitaine de la police d’Alhambra (E-U) semble ne pas voir le problème des vases communicants.1
    • Tri géographique et problème des vases communicants : quelle zone est choisie pour évaluer la baisse de la criminalité ? S’il y a une réduction de la criminalité dans les quartiers où Predpol est utilisé, mais une augmentation équivalente dans les quartiers voisins, peut-on en conclure que Predpol est efficace pour réduire la criminalité ? Il s’agirait alors plutôt d’une efficacité à déplacer la criminalité.
  • L’effet paillasson et prédiction auto-réalisatrice : une définition floue et évasive du terme « délit » permet de valider les prédictions du logiciel selon l’interprétation de l’utilisateur. En effet, Predpol ne précise pas le type de délit prédit, ainsi, un policier orienté par celui-ci pourra interpréter n’importe quelle incivilité comme validant la prédiction. « Quand on cherche, on trouve… »
  • L’effet Barnum/Forer ou le problème de l’arbre des possibles : imaginons un policier, en pause, en train de manger un donut gras et collant dans sa voiture, l’ordinateur signale une zone à risque :
    1. il va sur les lieux, il remet le donut à plus tard :
      1. il y a un délit qui se produit, le policier valide donc la prédiction du logiciel.
      2. il n’y a pas de délit, le policier valide aussi la prédiction du logiciel car il a empêché tout incident.
    2. il ne va pas sur les lieux, il finit son donut :
      1. Il y a eu un de délit, le policier apprend la nouvelle, il validera la prédiction du logiciel car il aurait dû finir son donut et se déplacer.
      2. Il n’y a pas eu de délit, le policier finira son énième donut et oubliera l’événement car personne ne lui rappellera qu’il n’y a pas eu de délit.

Comme vous pouvez le voir, peut importe la situation, le logiciel semble toujours efficace si les critères d’évaluation ne sont pas plus précis.

  • L’effet cigogne : si la mise en place de Predpol est effectuée en même temps qu’une restructuration des services ou un changement dans les procédures de travail, il n’est plus possible de différencier les effets dus au logiciel ou à la restructuration. Le système Predpol est axé sur l’augmentation des patrouilles et il est facilement concevable de penser que la présence d’unité de police fait diminuer la criminalité. Dans ce cas, il faut pouvoir différentier l’effet propre de Predpol à l’effet contextuel.

Pour un travail pratique sur le sujet, voir l’article « Sciences politiques & Statistiques – TP Analyse de chiffres sur la délinquance ».

Une forte médiatisation

Souvent décrit par les journalistes comme la concrétisation du film Minority Report (2002) de Steven Spielberg, Predpol a été l’objet d’une promotion très importante. De nombreux médias ont évoqué le sujet, une simple recherche sur un moteur de recherche d’actualité permet d’en recenser des centaines, y compris dans les médias des plus grands groupes de presse. Le « Time Magazine » désigna Predpol comme l’une des « 50 inventions de l’année 2011 » 2 . Concernant le développement commercial, le système est mis en place dans plus d’une vingtaine de villes aux États-Unis et une au Royaume-Uni. Plusieurs articles de recherche ont été subventionnés par des fonds publics nationaux étasuniens provenant par exemple du département de recherche de la défense (Army Research Office, fond 58344-MA) ainsi que de l’organisme public de financement de la recherche  équivalent du CNRS, la National Science Foundation, avec un financement d’un montant de 1 008 105 $ pour des recherches collectives (Fond DMS-0968309 : Mathématiques sur la criminalité urbaine à grande échelle). La problématique du financement public de la recherche au profit d’agents privés est rarement débattue, mais la question est cruciale tant nos sociétés technologiques fonctionnent grâce à ces modèles de connivence.

Pour approfondir la question, voir l’article Main basse sur la science publique : le «coût de génie» de l’édition scientifique privée.

Méthodes

La première partie de l’étude a porté sur la recherche d’informations que nous avons recoupées afin d’établir un profil complet du système développé par Predpol Inc.
Nous avons contacté la société Predpol Inc localisée à Santa Cruz (Californie, États-Unis) ainsi que la police du comté du Kent située au Royaume-Uni et utilisant Predpol depuis le mois de  décembre 2012. Les démarches envers elles n’ont donné aucune suite exploitable.
L’ensemble des informations recueillies provient d’articles de recherche, de sites internet (société Predpol Inc, services de police), de présentations du produit, de conférences en ligne, de bases de données publiques ainsi que de rapports confidentiels anonymisés et déclassifiés.

Pseudo-études et pseudo-expérimentations

L’étude la plus citée par les médias est une étude réalisée pendant six mois dans la division de Foothill à Los Angeles (Californie, États-Unis) en 2011. Pour autant, aucun article scientifique n’est paru à son sujet et les résultats promus par la société Predpol Inc et par les unités de Police sont trop peu développés, ils se sont avérés inexploitables. Par ailleurs, la gestion des données criminelles est effectuée par une société privée au niveau de la police de Los Angeles, « THE OMEGA GROUP ». Cette société rend accessible au public les données géo-référencées des délits par l’interface CrimeMapping.com™ mais les données sont restreintes aux délits récents (moins de six mois). Sans réponse de Prepol, sans publication, il n’a donc pas été possible d’étudier de manière sérieuse l’expérimentation.

La seule étude exploitable est l’étude théorique rétrospective effectuée avec des données de Chicago en 2014. Deux raisons nous ont amenés à nous concentrer sur le cas de Chicago. D’une part, les données sont publiques et libres d’accès3. La base de données contient un peu plus de 5 500 000 délits répertoriés de 2001 jusqu’à aujourd’hui avec pour champs : le type de délit, la description, les coordonnées GPS, l’heure, la date, etc. D’autre part, les seules études sujettes à une analyse approfondie ont été celles concernant la ville de Chicago avec un bref rapport (Predpol Inc, 2013)4 et une publication (Mohler, 2014)5 parue dans l’International Journal of Forecasting de Juillet-Septembre 2014. Cette dernière publication d’une revue scientifique à comité de lecture est la continuité du premier rapport mais développe une analyse beaucoup plus complète.

Interface cartographique

Un long travail a été de développer une interface web permettant d’afficher, tel Predpol, l’ensemble des délits présents dans une base de données sur une carte type OpenStreetMap. J’ai aussi pu reproduire le quadrillage réalisé par Predpol en me basant sur une capture d’écran. J’ai donc pu vérifier que les algorithmes développés fonctionnaient correctement en visualisant leurs effets sur la carte géographique.

Pour avoir un aperçu et tester l’application développée, c’est par ici : (disponible bientôt)

Simulations et analyses effectuées

Le but de l’étude fut donc de comparer les résultats obtenus par Predpol en terme d’efficacité de prédiction avec des méthodes d’analyse basique pour pouvoir évaluer l’efficacité propre de Predpol.

Base de données et conditions d’expérimentation.

J’ai téléchargé la même base de données qui est décrite dans les articles (Predpol Inc, 2013 et Mohler, 2014). Celle-ci concerne uniquement les homicides et délits avec armes à feu entre 2007 et 2012. J’ai utilisé les mêmes critères de sélection que Predpol et j’ai obtenu une base de plus de 78 000 données concernant les homicides, agressions sexuelles, voies de fait, coups et blessures, vols et ports d’armes illégaux.

Développement d’algorithmes concurrents

Voici comment nous avons procédé pour évaluer l’efficacité de nos prédictions : chaque jour nous avons généré une carte selon les différents algorithmes ainsi qu’un certain nombre de zones sélectionnées comme prédiction d’un ou plusieurs délits pour la journée. À la fin de celle-ci, il était compté le nombre de délits commis dans les zones précédemment choisies par rapport au nombre de délits commis dans toute la carte.

Exemple :

Exemple d'évaluation des algorithmes prédictifs
Figure 3 – Exemple d’évaluation des algorithmes prédictifs. L’algorithme 1 est plus performant.

Notion de points chauds

Une carte des points chauds est une carte représentant le taux de criminalité d’une zone géographique. On la représente habituellement comme une carte des températures avec une couleur bleue pour les zones avec peu de criminalité jusqu’au rouge pour les zones criminogènes. Le code couleur peut être défini par le nombre de délits enregistrés dans l’année.

Exemple de carte des points chauds de la ville de Chicago, États-Unis.
Exemple de carte des points chauds de la ville de Chicago, États-Unis.

Algorithmes mis en compétition avec Predpol

J’ai développé trois algorithmes et les ai comparés à Predpol.

  • Prédiction aléatoire : il est important de comparer la prédiction de Predpol au modèle le plus naïf. Cet algorithme fait des prédictions sans tenir compte du contexte (criminalité passée, densité de population…). Toutes les zones ont la même probabilité d’être désignées comme zone de prédiction (s’il y a 253 zones, chaque zone a 1 chance sur 253 d’être tirée au sort).
  • Prédiction aléatoire avec points chauds : cette technique est une amélioration de la précédente. Cette fois-ci, on prend en compte les spécificités du terrain. On effectue un tirage aléatoire pondéré par le taux de criminalité. Il y aura donc plus de chance qu’une zone à forte activité criminelle soit sélectionnée par l’algorithme.
  • Prédiction par meilleur rang avec points chauds : la prédiction par meilleur rang utilise les mêmes principes que les algorithmes avec points chauds pour la pondération. Cependant, c’est au niveau de la sélection que cela diffère : au lieu d’effectuer une sélection aléatoire, les zones à plus haut risque sont toujours choisies prioritairement, chaque division de la carte est triée par taux de criminalité, et les n-ièmes premières divisions sont choisies comme étant nos prédictions. En résumé, on envoie toujours les unités de police dans les quartiers chauds et dans les quartiers les plus chauds prioritairement.

Résultats et discussion

Rappelons-nous que l’on compare nos résultats à ceux de l’étude (Mohler, 2014). Le résultat principal de cette étude est l’obtention d’une courbe donnant la proportion p de crimes correctement prédits en fonction du nombre de cases prédites chaque jour. Le score p est mesuré comme étant le nombre de délits figurants à l’intérieur de toutes les cases générées par rapport au nombre total de délits constatés (Figure 3). Si l’on prend l’exemple de la figure 3, le score de l’algorithme 1 sera représenté par la coordonnée (4;0,6), le score de l’algorithme 2 sera représenté par la coordonnée (4;0,3).

Voici un exemple de graphique comparant les deux précédents algorithmes fictifs :

Comparaison graphique de deux algorithmes
Figure 4 – Comparaison graphique de deux algorithmes

Résultats obtenus

Le résultat principal de l’étude (Mohler, 2014) est l’obtention de la courbe que j’ai appelée « Predpol (Mohler, 2014) ». L’échelle choisie dans la publication (Mohler, 2014) diffère du précédent graphique (figure 4), ainsi,  le graphique n’est pas complet, c’est-à-dire qu’un zoom autour de l’origine a été effectué. Pour avoir un moyen de comparaison avec la figure 4, on peut se servir des droites « Aléatoire » qui devraient se superposer si les graphiques avaient effectivement les mêmes échelles.

Fraction de délits prédits versus nombre de cases prédites chaque jour
Figure 5 – Fraction de délits prédits avec succès entre 2010 et 2012
versus nombre de cases prédites chaque jour. — Comparaison avec la publication (Mohler, 2014, Fig. 1.)

Le principal résultat que l’on obtient est que l’algorithme le plus performant (meilleur rang) obtient des scores de prédiction très proches de la courbe (Mohler, 2014, Fig.1. « marked point process »). Sur l’intervalle [250,500] préconisé pour un déploiement à Chicago (Mohler, 2014), notre algorithme est légèrement plus performant. Pour une caractérisation plus précise, se référer à l’article joint.

Pourquoi obtient-on de tels résultats ?

La répartition spatiale des délits permet d’expliquer en partie l’efficacité d’un algorithme de meilleur rang comparé à des techniques plus fines utilisées par Predpol. La courbe (Figure 6) représentant la fraction de délits située dans une fraction d’espace donnée nous indique le fait que la répartition est très inégale. Lorsque l’on quadrille la ville, la plupart des délits on toujours lieu dans les mêmes secteurs, ainsi 80 % des délits à arme à feu ont eu lieu dans 20 % du quadrillage. Cette découverte relativise grandement l’autosatisfaction de Predpol qui se félicite de prédire 50% des délits en pointant 10.3% de la surface de la ville (Predpol Inc, 2013). Le graphique nous montre que 50 % des délits ont lieu dans 7,5 % de la ville. Étant donné que la criminalité évolue peu, il suffit de prédire toujours les mêmes lieux « à risque » pour être aussi performant que Predpol : c’est ce que démontre notre algorithme concurrent.

Répartition spatiale des délits
Figure 6 – Répartition spatiale des délits — Fraction de délit versus fraction
surfacique de la ville de Chicago

Conclusion

Les résultats obtenus avec l’analyse rétrospective, nous permettent d’avoir de sérieux doutes sur l’efficacité propre de Predpol en condition réelle. Ceci amène à continuer l’investigation en recontactant les auteurs des études (Predpol Inc, 2013 et Mohler, 2014) afin de les confronter à nos résultats. D’autres suites seront envisageables selon leur réponse.
Au-delà des aspects les plus techniques, on peut se demander, si la démarche de Predpol ne désyncrétise pas la question de la criminalité en laissant penser qu’il suffit de prédire les délits pour en diminuer le nombre. Predpol et sa médiatisation véhiculent ainsi une idée répandue, « simple » et séduisante oubliant de facto les facteurs sociologiques amenant aux comportements délictueux. La question fondamentale des inégalités de répartition des richesses est, par exemple, rarement débattue. En effet, cette réflexion est beaucoup plus impliquante à long terme qu’un logiciel spectaculaire.

Annexe

Article

L’étude (4 pages) peut être téléchargée ici :
Ismaël Benslimane, Étude critique d’un système d’analyse prédictive appliqué à la criminalité : Predpol®. CorteX Journal, 2014.

Interface cartographique

Pour avoir un aperçu et tester l’application développée, c’est par ici : (disponible bientôt).

Outils utilisés*

Pour traiter les données, nous avons utilisé un système de base de données MySql, l’interface cartographique a été développée en langage web (Html, PhP, Javasript), et l’algorithme de sélection en btree a été programmé en Python. Pour l’analyse des graphiques imprimés, nous avons utilisé Engauge-digitiser. Le traitement des données a été effectué avec Scidavis. Le traitement statistique fut réalisé avec le logiciel R.

*Tous ces logiciels ou technologie sont libres.

Bibliographie

Références

  • George O Mohler, Martin B Short, P Jeffrey Brantingham, Frederic Paik Schoenberg, and George E Tita. Self-exciting point process modeling of crime. Journal of the American Statistical Association, 106(493), 2011.
  • George O Mohler. Marked point process hotspot maps for homicide and gun crime prediction in chicago. International Journal of Forecasting, 30(3) :491–497, 2014.

Sites web

Bases de données

Rapports

De petites perles chez Quae

CorteX_Quae_champignonsJ’avais déjà lu aux éditions Quae l’excellent livre de Guillaume Lecointre « Les sciences face aux créationnismes, ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs » (2011). Puis je suis tombé sur « Tous les champignons portent-ils un chapeau ? », que j’ai trouvé remarquable de clarté, de précision et de simplicité. Quae m’a fait le plaisir d’envoyer au CORTECS trois autres exemplaires, que je présente ici.

Le premier s’appelle « Mais que fait donc ce gendarme dans mon jardin ?  ». Féru de petites bêtes, j’ai trouvé maints détails que je ne connaissais pas. Regret minime : les jeux de mots et calembours de l’auteur sont un peu poussifs (et pourtant je suis bon public). Mais au fond, qu’importe !

Le deuxième, bien plus technique, est « Flores protectrices pour la conservation des aliments ».J’avoue mon incompétence dans le domaine, hormis quelques lacto-fermentations et quelques bières maisons à mon actif. C’est donc avec l’œil d’un néophyte que j’ai plongé dans cette biochimie. Et c’est riche, dense, et… technique. Je demanderai l’avis de plus experts que moi, comme Julien Peccoud.

Enfin, le dernier livre de G. Lecointre « L’évolution, question d’actualité ? ». Là, Julien me l’a déjà pris, et je l’imagine déjà en train de le déguster au coin du feu. Je lui laisse la place ici pour faire des retours.

Les éditions Quae publient vite, bien, et ont déjà un grand choix.  Quelques ouvrages sont même en téléchargement libre.

Richard Monvoisin


CorteX_Quae_Lecointre2L’Évolution, question d’actualité ? (2014).
G. Lecointre

Cet ouvrage propose une découverte inédite et ­passionnante de l’évolution du vivant où questions de société et d’actualité se mêlent aux dernières découvertes scientifiques. L’humain a-t-il inventé l’évolution ? La sexualité a-t-elle accéléré l’évolution ? Qu’est-ce qui est le mieux pour ­l’évolution : la ­fidélité dans le couple ou l’infidélité ? Etre parent, cela s’apprend-il ? Un monde sans violence est-il viable ? La technologie est-elle le propre de l’humain ? Guillaume Lecointre spécialiste des ­questions d’évolution au muséum national d’histoire naturelle entraîne le lecteur dans une ­aventure biologique surprenante au cœur de ­l’actualité et aux confins des ­temps.

Ce petit ouvrage de 107 pages est vraiment à conseiller comme porte d’entrée si on s’intéresse aux sciences de l’évolution et si on veut s’équiper un minimum face aux objections créationnistes. Le livre ne nécessite pas un ordre de lecture et on peut l’ouvrir où l’on veut, prendre une des 80 questions traitées, sachant que chacune est développée en maximum 2 pages. C’est un condensé de « pastilles » sur l’évolution. Certaines sont présentées ci-dessus mais voici celles qui m’ont le plus fait réagir (en bien !) :
– Faut-il mourir pour vivre ? Évoluer pour ne pas mourir ?
– La société est-elle un super-organisme ?
– Un monde sans violence est-il viable ?
– Les champignons nous survivront-ils ?
– L’évolution est-elle désolante ?
– L’évolution peut-elle être moche ?

Julien PECCOUD


CorteX_Quae_champignonsF. Martin, Tous les champignons portent-ils un chapeau ? 90 clés pour comprendre les champignons

22 euros.

Quels mystères, quelles ressources encore inexploitées cachent les champignons­ ? Un ouvrage original qui explique le fonctionnement complexe des champignons et dévoile leurs surprenantes vertus, les dégâts causés et leur omniprésence dans notre vie quotidienne. Les champignons sont en effet utilisés en agroalimentaire, en médecine mais aussi pour l’agriculture et l’environnement.


CorteX_Quae_gendarmeP. Leraut, Mais que fait donc ce gendarme dans mon jardin ? 100 clés pour comprendre les petites bêtes du jardin

Que font toutes ces petites bêtes qui courent, rampent, fouissent et volent dans mon jardin ? Sont-elles nuisibles ou utiles ? D’où viennent-elles et que trament-elles parmi nos légumes et nos fleurs dès qu’on a le dos tourné ? Faut-il les détruire ou les attirer ? 100 questions-réponses aussi pertinentes que divertissantes pour tous ceux – simples jardiniers, horticulteurs ou naturalistes – qui aiment observer, connaître et comprendre ce petit peuple du jardin et du potager. Plus d’une centaine d’espèces dont les escargots, limaces, mille-pattes, vers, araignées, papillons ou frelons y sont décrites avec humour et poésie…

 


CorteX_Quae_conservationS. Christieans, M. Zagorec, Flores protectrices pour la conservation des aliments

Édition 2013 Synthèse bibliographique consacrée à l’évaluation de flores protectrices pour améliorer la qualité microbiologique des aliments, cet ouvrage recense les espèces bactériennes et les mécanismes mis en jeu pour lutter contre les flores indésirables, principalement pathogènes. Les critères requis pour la sélection de flores protectrices efficaces ainsi que des exemples dans les principales filières alimentaires sont présentés. Public : chercheurs, enseignants et professionnels des filières agroalimentaires.

 


CorteX_Quae_Lecointre1Guillaume Lecointre, Les sciences face aux créationnismes, Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs (2011).

L’auteur examine les stratégies des discours pseudo-scientifiques, des créationnismes négationnistes aux créationnismes philosophiques qui sollicitent la communauté scientifique pour qu’elle participe à une « quête de sens ». À travers la théorie de l’évolution et son appropriation par le public, l’ouvrage pose la question des critères de scientificité.

A décortiquer – brèves médiatiques stupéfiantes

CorteX_intrications_mediasVoici des brèves, petites perles tirées des médias, qui peuvent être matière pour des sujets de recherche pour étudiants, ou pour des morceaux d’enseignement. Cette page est collaborative, donc n’hésitez pas à poster vos trouvailles à l’adresse contact [at] cortecs.org. Il n’y a pas d’ordre dans les brèves, sinon celui-ci : en haut, les plus récentes. Si vous en faites quelque-chose, prévenez-nous.

 

  • L’Inde se dote d’un ministre du yoga

L’Inde se dote d’un ministre du yoga, Le monde,

Le chef du gouvernement indien, Narendra Modi, a nommé dimanche 9 novembre au soir un ministre du yoga, dans le cadre d’un important remaniement ministériel visant à accélérer les réformes après son arrivée au pouvoir en mai.  M. Modi, strict végétarien et fervent adepte du yoga qu’il pratique quotidiennement, a chargé l’ancien ministre du tourisme, Shripad Yesso Naik, de la promotion des médecines et pratiques traditionnelles, telles que l’ayurvéda, le yoga, l’unani, le siddha et l’homéopathie. Le dirigeant nationaliste hindou avait demandé à l’Organisation des nations unies en septembre d’envisager l’instauration d’une journée mondiale du yoga. Lors de sa visite aux Etats-Unis, il a vanté les mérites de cette discipline indienne traditionnelle avec Barack Obama.Intervenant dimanche lors d’un congrès mondial de l’ayurvéda, médecine traditionnelle pratiquée en Inde, le premier ministre a estimé que « le yoga avait acquis une reconnaissance mondiale pour ceux qui veulent vivre sans stress et choisissent d’avoir une approche holistique de la santé ». L’ayurvéda parviendra à atteindre une reconnaissance similaire « si elle est présentée de façon correcte comme un mode de vie », a ajouté le premier ministre indien (…)

(Merci à Yannick Siegel pour cette information)

 

  • Ebola : un député vert néo-zélandais prône l’homéopathie pour éradiquer l’épidémie

MP demoted after suggesting homeopathy use in Ebola fight, New Zealand Herald, 4 novembre 2014

Steffan Browning, député vert néo-zélandais, vient d’être démi de son poste de porte-parole du parti sur les produits naturels. fonctions  pour avoir  prôné l’homéopathie dans le traitement d’Ebola. Il avait par ailleurs signé une pétition demandant à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de distribuer des médicaments homéopathiques pour contenir l’épidémie.

  • Les Français surestiment largement le nombre d’immigrés en France

Alberto Nardelli and George Arnett, Today’s key fact: you are probably wrong about almost everything, The Guardian, 29 octobre 2014

Selon une étude publiée par The Guardian, tirée des chiffres du Ipsos Mori social research institute, les Français, entre autres, surestimeraient largement le nombre d’immigrés en France, ainsi que le nombre de musulmans. Les diagrammes ci-dessous indiquent : en bleu clair, le % d’immigrés « réels », la colonne entière donne la perception moyenne globale, et donc le bleu marine la surévaluation subjective par pays.

CorteX_Guardian_perception_immigration CorteX_Guardian_perception_muslim

  • Une astrologue dans l’administration Reagan

Joan Quigley, Astrologer to a First Lady, Is Dead at 87, The New York Times, 24 octobre 2014

On en reparle depuis son décès le 21 octobre 2014 : Joan Quigley, astrologue, avait une ligne directe avec Nancy, femme du président US, et la conseillait sur les dates des meetings, les débats présidentiels, sur le cancer de Ronald en 1985. L’information avait discrètement fuité en 1988 dans les mémoires de DOnald T. Regan, ancien chef de cabinet du président.

  • Le packing : une étrange analogie avec la transfusion sanguine par le Pr Pierre Delion du CHU de Lille

Laura Spinney, Therapy for autistic children causes outcry in France, www.thelancet.com, 25 août 2007

Il s’agit d’une enquête de la journaliste Laura Spinney pour le Lancet sur la thérapie du packing. Le Pr Pierre Delion, enseignant à l’Université Lille 2 et Pédopsychiatre au CHRU de Lille, tenant de cette pratique, est questionné dans cet article. Le packing est une thérapie controversée utilisée par certains praticiens dans le cadre du traitement des enfants autistes.

 

Évaluation des pratiques utilisées par des kinésithérapeutes : la biokinergie

indexImpressionné par deux travaux de Master 1 encadrés par des membres du CORTECS, le Conseil national de l’ordre des kinésithérapeutes (CNOMK), a émis deux avis déontologiques sur les pratiques de soins non conventionnelles que sont la fasciathérapie méthode Danis Bois et la microkinésithérapie. En novembre 2013, le CNOMK a commandé un rapport au CORTECS sur le niveau scientifique de la biokinergie : Rapport CORTECS – Biokinergie. Vous en trouverez ci-dessous un résumé.

Résumé

La biokinergie est une pratique de soin inventée au début des années 80 par le kinésithérapeute et ostéopathe français Michel Lidoreau. La biokinergie s’inspire principalement de trois domaines thérapeutiques qui sont la médecine traditionnelle chinoise, l’ostéopathie et la masso-kinésithérapie. Elle dispose également d’un concept de base nommé enroulement biokinergétique.  Les formations en biokinergie proposées par le CERB (Centre d’Enseignement en Biokinergie) s’adressent essentiellement aux médecins, kinésithérapeutes, ostéopathes, éthiopathes et chirurgiens-dentistes.

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Hypothétique enroulement biokinergétique (vue d’artiste)

L’analyse de la documentation scientifique relative à la biokinergie montre qu’il n’est pas possible de conclure aujourd’hui sur son efficacité thérapeutique. En outre, son concept de base, l’enroulement biokinergétique, est à ce jour dénué de fondement scientifique.

Une évaluation scientifique rigoureuse de la biokinergie, à l’aide d’un protocole expérimental, est selon nous réalisable. Comme spécifié il y a plusieurs années lors de l’encadrement d’un mémoire étudiant, nous restons à disposition des thérapeutes biokinergistes pour les aider à évaluer scientifiquement leur pratique.

Suite à ce rapport, le CNOMK a émis un avis déontologique le 25 juin 2014 sur la biokinergie.

Le CORTECS