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Intelligent Design dans Prédictions (Knowing) d’Alex Proyas (2009)

Attention, cette critique est un peu pointue. Elle nécessite de savoir ce qu’est l’Intelligent Design et ses impasses.

Le premier extrait est un cours introductif de John Koestler, professeur au M.I.T., joué par Nicolas Cage. L’acteur présente aux étudiants le « thème du libre arbitre contre le déterminisme dans l’univers » (sic, voir extrait suivant). Mais ce thème va dériver ensuite vers une opposition Dessein intelligent contre hasard, comme le montre le passage suivant. Télécharger ici.

 Le passage est retranscrit car il demande de l’attention :

« (…) essayez de penser comme il faut à la succession exemplaire de circonstances qui ont placé cette gigantesque boule de feu céleste [le Soleil] exactement à la distance adéquate de notre merveilleuse petite planète pour que la vie s’y développe (…)  C’est quand même une idée rassurante qu’il y ait un fondement pour tout, que tout ait un certain ordre, et soit déterminé. Mais ce point de vue a forcément son côté opposé : la théorie du hasard, selon laquelle tout n’est que pure coïncidence. Le fait que vous et moi existions n’est rien d’autre que le résultat d’un enchainement aussi complexe qu’inévitable d’accidents chimiques et de mutations bio-organiques. Il n’y aucune grande idée maîtresse, ni raison d’être fondamentale ».

Reprenons. Etait annoncé libre arbitre (thèse 1) contre déterminisme dans l’univers (thèse 2). Mais c’est dans l’ordre inverse que va être traitée cette présentation.

Dans le cours du professeur, la seconde thèse (déterminisme dans l’univers)  est illustrée (en premier, attention à ne pas s’emmêler les pinceaux) par l’argument du réglage soi-disant adéquat de la distance Terre – Soleil en vue de l’apparition de la vie.

Or cet argument est un classique de cette catégorie d’arguments dits « de l’horloger », très défendus dans les courants créationnistes et Intelligent Design (comme par exemple le créationniste musulman Harun Yayah, ici). Ce sont des raisonnements qu’on qualifie de panglossiens (cf. Outillage), car ils raisonnent à rebours : au lieu de s’extasier sur le caractère miraculeux d’un tel « réglage », il suffit de retourner le problème : la vie n’a pu apparaître que sur une planète dont la distance à l’étoile était propice à cela (et donc nous sommes nés sur cette planète).

Utiliser un argument Intelligent design pour démontrer « Que tout ait un certain ordre, et soit déterminé » est plutôt tendancieux. Que tout ait un certain ordre, que les chiens ne fassent pas des chats par exemple, n’implique pas qu’il y ait un « projet » divin derrière. Que tout soit déterministe (c’est-à-dire le fait que chaque événement est déterminé par un principe de causalité) est juste. Dire que tout est déterminé n’est par contre pas rigoureux : il y a des exemples comme la météorologie qui sont déterministes (si on connaissait tous les points, tous les paramètres, toutes les vitesses, etc, on saurait ce qui va se passer)  mais qui ne sont pas déterminés, car leur sensibilité aux conditions initiales les rendent peu prédictibles. Penser que tout est déterminé, selon un plan pré-établi, est un saut métaphysique dans l’argument du professeur.

Résumons ce premier tour de passe-passe : son argument est déterministe, mais finaliste (avec une finalité prééxistente, comme dans les discours de création divine). Que tout ait un ordre ne veut pas dire que tout soit « déterminé », qui plus est à l’avance. Donc :

Déterminisme -> argument déterministe finaliste de type « intelligent design »
 
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La première thèse devait être le libre arbitre. Koestler la présente en second et la résume ici en ce qu’il appelle la « théorie du hasard ».  Le problème est que la « théorie du hasard » n’existe pas en physique. Je présume qu’il veut parler de la contingence, le fait de ne pas être nécessaire (donc ne relevant pas d’un finalisme) tout en pouvant être déterminé quand même – en clair, le fait que le monde soit comme il est par hasard. Mais ce n’est pas parce que le monde est contingent qu’il n’y a aucune raison d’être, ni au sens physique (il y a une chaine d’événements déterministes qui a produit cette Terre), ni au sens métaphysique (on peut choisir sa raison d’être, justement).

Le second glissement se résume ainsi :

Libre arbitre -> théorie du hasard -> pas de raison d’être fondamentale.
 

Le scénariste nous coince ainsi dans un faux dilemme*, entre le déterminisme « Intelligent design » et un libre arbitre hasardeux et désenchanté sans raison d’être. Et la question du libre arbitre humain s’est étrangement dissoute en cours de route.

On s’en doute, toute la trame du film consistera à faire évoluer la pensée de John Koestler d’une interprétation contingente du monde à une interprétation mystique, ce qui n’est pas à proprement parler une avancée citoyenne majeure, et bien au contraire suit le courant orthodoxe du moment.

On relèvera également :

  • L’argument d’autorité lié au prestigieux institut.
  • Les équations différentielles qui couvrent le tableau noir dans le dos de l’acteur, et qui tranchent avec la rusticité du petit planétarium qu’il manipule.
  • Son nom, directement inspiré du nom d’Arthur Koestler (1905-1983)**.
Richard Monvoisin
*Ce dilemme, à titre d’anecdote, est l’exacte transposition de celui défendu par le Pape Benoit XVI, par le président de la République française et par nombre de personnalités à fort fondement religieux qui partent du principe que le désespoir social en particulier nait du manque de foi.
 
**Écrivain, essayiste et grand fan de parapsychologie – il a fait un legs pour la création d’une chaire de parapsychologie à Édimbourg, devenue le KPU, The Koestlet Parapsychology Unit.
 
 
en physique

Techniques corporelles – idée reçue dans le film l’Arme fatale

  • Accréditer le Taï-chi comme une discipline « de tueur »

Voici un extrait  de L’arme fatale 1 (Lethal weapon 1) de Richard Donner (1987), où le sergent Murtaugh questionne le héros Martin Riggs de la manière suivante :

Murtaugh :

« Ton dossier dit aussi que tu es spécialiste en arts martiaux, le taï chi… et autres trucs de tueur. Je suppose qu’on devrait t’inscrire à l’arsenal comme l’arme fatale. »

Télécharger l’extrait

Précision : le taï chi est le nom réduit de taï-chi-chuan, est une gymnastique énergétique de tendance taoïste, inspirée effectivement d’arts martiaux pieds-poings, basée non sur la force musculaire mais sur une « force énergétique globale » appelée jing, dont la concentration se fait au niveau du dantian, « chakra » situé sous le nombril. Utilisée comme gymnastique douce, elle a un intérêt indéniable en termes de souplesse. Mais ce qu’apporte le taï chi aux arts martiaux (jing, dantian) est sans réel fondement autre que symbolique, tout comme ladite force énergétique. Quant au chakra dantian, il n’y a pas d’évidence qui vienne étayer son existence physique.

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Donc le taï-chi n’est pas vraiment un « truc de tueur », loin de là. Ce qui peut éventuellement tuer dans le taï-chi n’est semble-t-il pas le taï-chi, mais les coups normaux sous le drap du symbole.

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Biologie, évolution – Erreur dans L’odyssée de l’espèce

L’Odyssée de l’espèce, de Jacques Malaterre (2002), ou comment accélerer le processus de l’évolution et du redressement de l’humain.

Pour introduire la question des représentations fausses sur l’évolution, j’utilise en cours un extrait du docu-fiction l’Odyssée de l’espèce, réalisé par Jean Malaterre et Yves Coppens.
Le voici :

Réaction à chaud de Cyrille Barrette, professeur de biologie à l’université Laval, Québec.

https://www.dailymotion.com/video/xhcisv
 
Cela pose la question de la mauvaise vulgarisation, orchestrée par un personnage médiatique controversé comme Yves Coppens, et soulève le problème du type hybride du docu-fiction : surajouter à la science une narration ne peut se faire que si cette narration ne corromp pas le contenu (à moins d’être dans de la fiction pure, bien sûr).

RM

Effets Cigogne – corrélation vs. causalité

Corrélation, causalité… Attention, on peut confondre les deux ! C’est ce qu’on appelle l’effet cigogne en zététique. Quelques explications s’imposent pour y voir plus clair…

Corrélation

Deux événements (appelons les X et Y) sont corrélés si l’on observe une dépendance, une relation entre les deux. Par exemple, le nombre de cheveux d’un homme a tendance à diminuer avec l’âge : âge et nombre de cheveux sont donc corrélés.

 

Corrélation ou causalité ?

Une erreur de raisonnement courante consiste à dire : « X et Y sont corrélés, donc X cause Y ». On confond alors corrélation et causalité car en réalité, il se pourrait aussi que Y cause X, ou bien que X et Y aient une cause commune Z, ou encore que X et Y soient accidentellement liés mais n’aient aucun lien de causalité.

 

Effet cigogne ?

cigogne

 

Par exemple, dans les communes qui abritent des cigognes, le taux de natalité est plus élevé que dans l’ensemble du pays. Conclusion : les cigognes apportent les bébés ! Voici une explication plus probable : les cigognes nichent de préférence dans les villages plutôt que dans les grandes agglomérations, et il se trouve que la natalité est plus forte en milieu rural que dans les villes.

Voilà pourquoi l’on nomme « effet cigogne » cette tendance à confondre corrélation et causalité.

Note : des doctorants-moniteurs ont réalisé des Zétéclips sur l’effet cigogne.

  • L’un sur l’exemple de la lune rousse (voir ici)
  • L’autre plus transversal, avec illustration sur le chat du Dr House (voir )

Quelques exemples…

Voici quelques effets « cigogne » classiques pour illustrer vos démonstrations. Pour certaines, nous avons quelques proposition d’explication, pour d’autres, à vous de jouer !

  • Le fait de dormir avec des chaussures est corrélé au fait de se réveiller avec le mal de tête. Peut-on en conclure que dormir avec des chaussures fait mal à la tête ? Une explication plus vraisemblable est que ces deux événements font suite à des soirées trop arrosées…
  • Les climatologues ne peuvent nier le phénomène : plus la température globale de la planète augmente, plus les sous-vêtements féminins  rétrécissent. Peut-on en conclure que le réchauffement climatique entraîne la diminution de la taille des culottes ? Il semble pourtant que la véritable explication soit à chercher du côté de la mode…

CorteX_climat

  • Imaginons que la consommation de cannabis soit corrélée avec des résultats CorteX_fumeurscolaires inférieurs à la moyenne. Il se peut que fumer soit la cause de moins bons résultats. Mais il se peut aussi qu’avoir de moins bons résultats conduise à fumer. Ou encore que les gens plus sociables tendent à la fois à fumer du cannabis et à prendre leurs résultats moins au sérieux.
  • Plus une entreprise compte de femmes cadres dans ses effectifs, moins son cours de Bourse a baissé depuis le début de l’année. (Le Monde, 16/10/2008, dans “Les femmes, antidote à la crise boursière”) (le choix du titre vous paraît-il pertinent ?)
  • Plus il y a de pompiers combattant un incendie, plus les dégâts seront importants. On pourrait alors espérer que la caserne la plus proche soit presque vide de réservistes. L’explication vraisemblable est certainement que plus l’incendie est grave, plus le nombre de pompiers pour le combattre est important.
  • La sensation d’avoir froid précède généralement une affection fébrile. Peut-on en conclure qu’avoir froid déclenche ces affections ? Contrairement à une opinion répandue, le fait d’être assis sur des bancs de pierre froide, de marcher avec des chaussettes mouillées ou de sortir après s’être lavé les cheveux n’entraîne pas la sensation de froid ou la fièvre. La sensation de froid constitue le premier symptôme de la fièvre.
  • Il existe une corrélation positive entre utilisation de crème solaire et cancer de la peau. Peut-on en conclure qu’il ne faut plus utiliser de crème solaire lorsque vous allez à la plage ?
  • Les ventes de crèmes glacées augmentent avec le nombre de morts par noyade. Peut-on en conclure qu’il serait urgent de mettre en prison tous ces criminels qui nous proposent leurs sorbets sans penser aux conséquences ?
  • Une étude japonaise portant sur 40 000 quadragénaires montre que ceux qui se brossent les dents après chaque repas parviennent mieux que les autres à garder la ligne. Peut-on en conclure que les régimes sont inutiles pourvu que votre entretien buccal soit impeccable ?
  • Le prix des cigarettes est négativement corrélé au nombre des agriculteurs en Lozère. Peut-on en conclure que le lobby du tabac est partout ?
  • La longévité moyenne est supérieure dans les pays où l’on mange le plus de viande. Peut-on en conclure que si vous mangez uniquement de la viande, vous vivrez vieux ?
  • Le nombre d’écoles maternelles dans une ville est positivement corrélé au nombre de crimes et délits. Peut-on en conclure que repousser nos écoles en banlieue sauverait des vies ?
  • Dans les grandes villes, les gens portent statistiquement moins souvent assistance à leurs congénères qu’en milieu rural. Peut-on en conclure que l’urbanisation a déshumanisée nos relations ?
  • Des chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Pittsburgh, en Pennsylvanie, ont déterminé le temps passé à regarder la télévision, devant un ordinateur à jouer à des jeux vidéo notamment, ou à écouter la radio, de 4 142 adolescents qui ne souffraient pas de dépression au début de l’étude en 1995. Ils ont alors constaté que des risques nettement plus grands de dépression étaient corrélés avec le nombre d’heures passées devant la télévision ou les jeux vidéos. Peut-on en conclure que le fait de consacrer un long moment à regarder la télévision ou à jouer à des jeux vidéo contribue au développement de symptômes dépressifs ?
  •  Coca-cola et le père Noël : Nos amis de Hoaxbuster le résument ainsi : CorteX_dead_pere_Noel« Avant, le Père Noël était vert, Coca-Cola a fait une pub avec un Père Noël rouge, donc Coca-Cola a changé la couleur du Père-Noël ! » (merci à Nico, Hoaxbuster Team).
  • Si l’on enquête sur les accidents de circulation survenus entre 9 et 11h du matin, on se rend compte que 80% des conducteurs avaient bu du café dans les 3h précédant l’accident. Réflexion : faut-il à l’instar de l’alcool, interdire ou restreindre l’absorption de café au volant ? A quand le caféinotest ? (merci à la Dr Monique Dupas Chauny)
  • Faire la vaisselle nuit à l’activité sexuelle,

(…) plus un homme marié accorde de temps aux tâches ménagères comme la cuisine ou les courses, moins il a de relations sexuelles, affirme une étude publiée dans la Revue Américaine de Sociologie de février 2013. Et l’inverse est vrai s’il se consacre davantage à la voiture ou au jardin, assure l’étude «Egalitarisme, travail ménager et fréquence des rapports sexuels dans le mariage» (…)

  •  Le site (anglophone) de Tyler Vigen recense un paquet de corrélations CorteX_Tyler_Vigen_spurious-correlations-bookfumeuses, éditées récemment en livre. Merci à Jordane Billon pour cette base de données incomparable.

 

 

  • Lien entre fille en pantalon et syndrome des ovaires polykystiques

CorteX_Calamity_Jane« I have heard theories on why girls suffer from PCOD at an early age. When they dress like men, they start thinking or behaving like them. There is a gender role reversal in their head. Due to this, the natural urge to reproduce diminishes right from a young age and therefore they suffer from problems like PCODs (Poly Cystic Ovarian Disease). »

Traduction-maison : « J’ai entendu des théories sur les raisons de l’apparition du syndrome des ovaires polykystiques à un âge précoce. Quand les filles s’habillent comme des garçons, elles commencent à penser ou se comporter comme eux. Il y a un renversement du rôle du genre dans leur tête. En vertu de quoi, l’envie naturelle de se reproduire décroit, et cela à un jeune âge, et par conséquent, elles souffrent de problèmes comme le syndrome des ovaires polykystiques. »

On doit ce magnifique effet cigogne à Swati Deshpande, présidente du Collège polytechnique gouvernemental, à Bandra, municipalité située dans la banlieue ouest de Bombay. Les propos sont rapporté par The Times of India du 7 février 2017.

Pour le dépaysement, cette vidéo, sans sous-titre, de Namn news.

Vous aussi, vous tenez un effet cigogne ? Envoyez-le nous !

 

Naturel_chimique_complet

Chimie – Naturel, chimique, artificiel, synthétique

Le but de ce cours est de clarifier des notions complexes, le plus souvent mal maîtrisées et liées à des idées reçues sur le concept de nature ou naturel.
Ce cours a été présenté en classe de 3ème (physique-chimie), dans la partie A du programme : La chimie, science de la transformation de la matière. Sous-partie A2 : Synthèse d’espèces chimiques. Pré requis : notion d’atome, ion, molécule.

1.     Quelques rappels

Définitions :

– Un ensemble d’entités moléculaires, ioniques ou atomiques identiques constitue une espèce chimique.

– L’entité de base de l’espèce chimique est elle-même constituée à partir de la centaine d’éléments chimiques décrits dans la classification périodique de Mendeleïev.

– Toute espèce chimique possède un nom et peut être représentée par une formule ou un symbole.

– Une espèce chimique possède des propriétés physiques et chimiques intrinsèques comme la température de changement d’état, la densité ou la solubilité.

– Une espèce chimique peut être reconnue en utilisant (à bon escient) les cinq sens ou en effectuant des tests de caractérisation.

  • Exemple 1 : l’eau est une espèce chimique constituée de molécules identiques appelée molécule d’eau H2O
  • Exemple 2 : le chlorure de sodium (sel de cuisine) est une espèce chimique.
    Il n’a pas une structure moléculaire mais une structure ionique. On le représente aussi par une formule chimique NaCl qui n’a pas la même signification que celle de la molécule d’eau. Le chlorure de sodium est un cristal. Il est formé d’un assemblage compact et ordonné d’ions chlorure et d’ions sodium. La formule du chlorure de sodium est une formule statistique. Elle traduit le fait que dans le cristal, il y a autant d’ions chlorure que d’ions sodium (1Na+ pour 1 Cl).
  • Exemple 3 : le fer est une espèce chimique atomique constituée d’atome de Fer de formule Fe.

 

2.     Démarrer le cours

On peut démarrer ce chapitre par une sorte de jeu qui consiste à écrire un (ou plusieurs) mot au tableau puis à demander aux élèves, sans parler, de venir écrire le premier mot qui leur est venu à l’esprit. Les manières de procéder sont multiples mais de façon générale et simple, on fait passer le feutre entre les élèves et chacun peut écrire ce qu’il veut (pourquoi pas deux ou trois fois).

Le but de cette introduction est de mettre sur la table les idées des élèves liées aux mots introduits.

En principe, j’écris les mots naturel et chimique. Les résultats sont toujours à peu près les mêmes : il ressort bien souvent qu’on associe chimique à dangereux, artificiel, produits toxiques, etc. alors que naturel se voit gratifier de bon, bien, normal, bio, sauvage, végétal, terre, etc. On engage alors la réflexion sur la signification de ces termes, dans le langage de la vie quotidienne et dans langage scientifique.

Mais pour entrer dans le débat, il faut faire attention et bien maîtriser les concepts. En effet, il m’est arrivé, les premières fois où je proposais ce cours, de me planter assez lourdement : autant la définition de chimique est aisée, autant celle de naturel peut poser problème. Par exemple, si l’on définit naturel comme « ce qui existe dans la nature sans intervention de l’espèce humaine », on se retrouve vite devant des questionnements du type : « mais alors, si un chimpanzé construit un abri avec des morceaux de bois, c’est naturel mais pas si c’est un bûcheron canadien ? » ou « L’abeille qui fabrique du miel dans une ruche (placée là par l’apiculteur), ce n’est pas naturel alors ? »

Devant ces difficultés, il est important de préciser les expressions employées en ayant en tête quelques pistes pour discuter : il faut par exemple éviter de parler de « ce qui est naturel » ou de « la Nature » au sens large car cette notion ne signifie pas grand-chose (voir TP Nature). Je préfère alors utiliser le terme de « réalité » pour désigner tout ce qui existe, nous y compris. En effet, pour beaucoup la Nature est synonyme de ce qui est extérieur à l’être humain, non altéré. Ne revenons pas sur l’étrange chose qui ferait de l’Homme un être hors nature : nous faisons partie de la réalité et ce fait est difficilement discutable.

Mais ce concept du « naturel » renvoie à nombre de dérives, tels le racisme ou toute forme d’extrémisme idéologique, et c’est là que résident les écueils majeurs. Le problème n’est pas de vouloir définir une réalité non modifiée par l’Homme mais plutôt de vouloir lui donner des vertus particulières : il serait « normal », et donc « bon », d’être en accord avec « La Nature », donc pas de mariage ou d’enfants adoptés pour les homosexuels, pas de fécondation in vitro, pas d’avortement, pas de préservatif, pas de clonage, pas d’OGM et si l’on va plus loin, pas de substances artificielles, donc pas de plastique, pas d’ordinateur, pas vêtement synthétique, pas de papier, pas de ruches, pas d’agriculture, pas de feu, bref, retour à l’homo primitus naturalis (oui, j’invente) qui cueillait des plantes et mangeait du mammouth cru (oui, bon, j’exagère un peu). Attention, le but ici n’est pas de dire que toutes ces pratiques sont équivalentes et sont forcément à promouvoir ou à utiliser sans vigilence, réflexions, ou contrôle : ceci relève d’un autre débat. Non, le but est de mettre le doigt sur la confusion largement acceptée et qui assimile automatiquement tout produit qualifié de naturel en sacré, authentique, traditionnel, immuable, dans l’ordre des choses, etc. Tout débat sur ces thèmes devrait dès lors se détacher des idées reçues concernant cette fameuse Nature bonne et bienveillante.

Voilà pourquoi les définitions mentionnées ci-dessus deviennent primordiales pour la suite. En effet, on pourra définir que toute espèce chimique non créée/inventée par l’être humain est une espèce chimique naturelle (sans pour autant supposer qu’elle ait des qualités supérieures à d’autres, ou qu’elle soit dans un certain « ordre des choses »). Plus précisément, c’est l’entité de base de cette espèce (atome, molécule, ion) qui est naturelle si elle existe indépendamment de toute création/invention humaine. Évidemment, on peut objecter à cela le coup du chimpanzé : et si un jour un de ces primates arrive délibérément à fabriquer une espèce chimique inconnue ? Eh bien la définition changera !

Parler d’espèces chimiques permet d’éviter de confondre avec des termes comme objet, matière, substance, mélange, etc. En effet, une substance contient plusieurs espèces chimiques. Du coup, la question « Une épée en fer est-elle naturelle ? » n’a pas de sens car il faudrait alors préciser quelles sont les espèces chimiques qui la constituent. « Du jus d’oranges pressées est-il naturel ? » Oui, si les espèces chimiques le constituant sont naturelles (et pourtant il y a eu pressage par une main humaine !)

 

3.     Le cours

Ces précisions étant faites, il est temps de clarifier le plan du cours. Je n’ajoute pas de numérotation, chacun étant libre de procéder comme il le souhaite. Cette façon de faire est celle que j’utilise, mais n’est pas figée :

– Tout d’abord, définir le terme chimique : il est connoté péjorativement dans le langage quotidien, associé à danger, pas naturel, toxique. Mais en réalité, chimique signifie l’ensemble des éléments qui constituent la matière : les atomes, molécules, ions, etc. Comme je dis aux élèves : tout est chimique ! J’aime beaucoup ce passage car les élèves se prennent au jeu et me proposent toutes sortes d’objets, matières, substances : « Mais monsieur, donc l’air/l’eau/les fruits/etc., c’est chimique ??? » Je pose alors toujours la même question : de quoi sont-ils/elles constitué(e)s ? D’atomes ? De molécules ? D’ions ? Oui ! Donc… ils/elles sont chimiques ! C’est un moment important car il permet aux élèves de revenir sur ce qu’est la matière, et de quoi elle est constituée, conception qui a parfois du mal à être bien digérée.

– Ensuite, il faut préciser ce que l’on entend par espèce chimique : un ensemble d’entités moléculaires, ioniques ou atomiques identiques constitue une espèce chimique. Par exemple, la substance que l’on nomme « eau » désigne un ensemble de molécules identiques appelées  molécules d’eau et a pour formule H2O. C’est une espèce chimique. Parfois je rappelle aux élèves  que l’eau provenant de n’importe quel endroit sur Terre, du pôle Nord à la Méditerranée, n’est jamais pure : c’est toujours un mélange de plusieurs espèces chimiques. On peut également parler du fer qui est une espèce chimique atomique constituée d’atomes de Fer de symbole Fe.

– Puis on définit une espèce chimique naturelle : toute entité – morceau de base – (molécule, atome, ion) de l’espèce chimique ou bien l’espèce chimique elle-même non créée/inventée par l’être humain est une espèce chimique naturelle. Avec les élèves, on peut se passer de tous les détails (entité ou espèce) et se contenter de « toute espèce chimique non créée par l’être humain ». On utilisera le terme de substance naturelle dans le cas d’un mélange d’espèces chimiques naturelles. Je donne cet exemple en général : si un extraterrestre débarque avec de l’eau pure de la planète Melmac (gloire à Alf) et qu’il la pose dans un verre à côté d’une carafe d’eau pure provenant de la Terre, les deux sont identiques et naturelles. Autre exemple : si j’ajoute du jus d’oranges pressées avec du jus de citrons pressés, j’obtiens une substance naturelle, même s’il y a intervention humaine.

– On peut alors revenir sur les idées reçues évoquées dans le jeu au tableau. Par exemple, tout ce qui est naturel est-il forcément bon ? Les exemples sont fournis en pagaille grâce à toutes les substances naturelles présentent dans les poisons, venins et autres acide sulfurique, chlorhydrique, fluorhydrique que la « Nature » nous fournit. Le pétrole est typiquement un moyen de faire comprendre qu’une substance naturelle n’en est pas pour autant « bonne » à rejeter n’importe où.

– Un dernier écueil : il faut en outre éviter de définir naturel par  « présent dans la Nature », le concept de Nature étant lui-même flou : on trouve du plastique dans la « Nature ». Est-ce pour autant naturel ? (voir ci-desus)

 
Ces étapes franchies, on peut passer aux suivantes. Il nous reste en effet à introduire et définir les termes artificiel et synthétique.

– Des paragraphes précédents, on déduit qu’à l’opposé des espèces chimiques naturelles, il existe des espèces chimiques qui sont créées, inventées par l’être humain (à l’aide de transformations chimiques). On les nomme espèces chimiques artificielles. On peut alors les mélanger entre elles (ou avec des substances naturelles) et obtenir des substances artificielles. Eh oui, du moment qu’une substance contient des espèces chimiques artificielles, elle sera considérée comme artificielle. Des exemples peuvent être donnés : tous les polymères (plastiques, nylon) dérivés du pétrole, des arômes (éthylvanilline), des médicaments (aspirine), des atomes (einsteinium), etc. Attention là aussi aux termes utilisés : au départ, je ne faisais pas vraiment de nuances et j’employais des verbes comme « créer », « fabriquer », « inventer », « produire », « préparer » indifféremment. Or c’est très important de faire la distinction entre créer/inventer et fabriquer/produire/préparer. Les premiers s’appliquent aux espèces artificielles spécifiquement (notion de donner existence à) alors que les seconds s’appliquent aux espèces synthétiques (notion de mise en œuvre technique, voir paragraphe suivant).

– On introduit donc enfin la notion d’espèces chimiques de synthèse (ou synthétiques). Celles-ci proviennent tout simplement d’une transformation chimique opérée par l’être humain. Elles peuvent donc être artificielles ou naturelles.  Les premières sont crées/inventées, les autres copiées. J’aime bien donner l’exemple de l’eau, que l’on peut synthétiser (au sens de copier dans ce cas) de diverses manières, comme en faisant réagir du dioxygène avec du dihydrogène (2H2+O2 = 2H2O). L’eau obtenue est une espèce chimique de synthèse naturelle (= copie) mais totalement identique et indiscernable d’une molécule d’eau sortie d’une rivière au Canada. On peut multiplier les exemples en présentant quelques molécules aux propriétés diverses que l’être humain a reproduit à l’identique, notamment tous les arômes des fruits : la vanilline peut être utilisée à ce moment du cours ; c’est une molécule présente dans les gousses du vanillier mais que l’on synthétise aussi à partir du clou de girofle, de la lignine du bois ou de la pulpe de betterave.

Pour résumer, voici un schéma que je trouve intéressant et que les élèves comprennent plutôt bien. Je le construis avec les élèves (voir ci-dessous) et, à mon avis, c’est indispensable pour qu’il soit bien assimilé :
Naturel_chimique_complet
Voici les commentaires associés et l’ordre dans lequel je bâtis ce schéma :
1. Il existe des espèces chimiques (pointillés) :
chimique
2. Parmi celles-ci, certaines sont naturelles (bleu) et d’autres artificielles (rouge) :
naturel
3. Les espèces chimiques artificielles sont forcément inventées/crées par l’être humain, mais on sait également copier des espèces chimiques naturelles : elles forment l’ensemble des espèces chimiques de synthèse (vert hachuré) : toute espèce chimique fabriquée (obtenue par transformations chimiques) par l’être humain est alors nommée synthétique:
naturel_chimique_mini
On peut également résumer sous forme de phrases :

 

– Il existe des espèces chimiques naturelles que l’on sait copier : ce sont des espèces chimiques de synthèse.

– Il existe des espèces chimiques qui sont crées par l’être humain : ce sont des espèces chimiques de synthèse artificielles.

 

4.     Une vidéo à décortiquer

En fonction du temps dont vous disposez, je trouve intéressant de diffuser un document vidéo tiré de l’émission Envoyé Spécial (France 2) intitulé : Vanille, aux sources du goût (si le téléchargement s’arrête, le relancer pour obtenir la vidéo en entier). On peut y décortiquer les propos des journalistes et des personnes interrogées et les comparer aux informations données dans le cours.
La vidéo ci-dessous commence à la dix-huitième minute :

Voici un « décorticage » possible :

– Le début du documentaire présente la culture de la vanille à Madagascar.

18’ (0′) Le journaliste parle de vanilline naturelle comme principal composant de la vanille. Il ajoute ensuite qu’il existe de la vanilline synthétique fabriquée par l’industrie chimique. Les industriels feraient passer cette dernière pour de la vraie vanille. On peut s’étonner ici qu’il ne soit à aucun moment précisé que les deux molécules sont parfaitement identiques et que seul le mode de fabrication est différent. On note également l’amalgame fait entre synthétique et industrie chimique, pas que cette relation soit fausse, mais simplement parce qu’elle est connotée péjorativement dans le langage de la vie quotidienne. Enfin, dire que les industriels font passer la vanilline pour de la « vraie vanille » ne veut rien dire. Il faudrait dire que les industriels utilisent les étiquettes (images de gousses ou fleurs de vanilles et appellations) et peuvent ainsi induire le consommateur inattentif en erreur, persuadé qu’il va trouver de la vanille (inutile de dire vraie, personne de sait faire de la fausse vanille) dans son yaourt. Par contre, on peut faire réfléchir les élèves sur la suite du reportage qui pointe la législation sur les appellations (saveur vanille, goût vaille, arôme vanille = vanilline synthétique). A ce moment, je précise aux élèves que si la vanilline présente dans ces yaourts était issue de l’extraction des gousses de vanille (ce qui serait idiot car inutile : on sait faire la même chose pour beaucoup moins cher !), il n’y aurait aucune différence, ni sur le goût, ni sur la composition. C’est assez difficile à comprendre pour les élèves car pour eux, les deux ne doivent pas être identiques : elles ne sont pas obtenues de la même façon ! N’oublions pas qu’en procédant à l’extraction sur des gousses de vanilles, on obtient plusieurs centaines d’arômes ce qui ferait une grande différence dans nos yaourts ! Mais là n’est pas la question, et j’insiste vraiment sur la parfaite copie obtenue par synthèse.

19’50 (1’50) Le journaliste évoque le prix de revient de la vanilline chimique et naturelle. On peut, là aussi, faire réagir les élèves qui savent dorénavant que l’expression « vanilline chimique » ne veut rien dire puisque « tout est chimique ». Qu’aurait-on dû dire ? Vanilline synthétique et vanilline naturelle pardi !

20’15 (2’15) On entend parler « d’arôme naturel ». J’arrête alors la vidéo et je pose la question aux élèves : qu’est-ce que cela peut être ? En général, ils répondent que c’est de l’extrait de vanille. Eh bien non ! C’est une catégorie d’ingrédients aromatisants d’origine biotechnologique… ! L’explication suit : ce serait une technologie utilisant « des produits naturels qui n’ont rien à voir avec la gousse de vanille ». On peut déjà discuter des termes « produits naturels », le journaliste précisant que la vanilline est obtenue à partir de pois, betterave, riz, bref, « plus rien de chimique ». Il faut là aussi rebondir sur ce terme connoté : on sous-entend que la vanilline obtenue par les industriels « classiques » serait faite à partir de produits chimiques, donc mauvais, dangereux, polluants, etc.

21’08 (3’08) Le journaliste pose la question à l’exploitant : « c’est quoi la différence entre la vanilline d’origine biotechnologique et la vanilline de synthèse » Avant de commenter la réponse, le journaliste utilise encore des termes inadéquats car les deux vanillines sont synthétiques. Le patron répond : « la différence réside dans le mode de fabrication. » Il parle de « catalyseurs chimiques » opposés aux « catalyseurs biologiques ». Le journaliste ajoute « en clair, l’une vient de la chimie, l’autre de la biologie ». Si la différence de forme justifie ce genre de précisions, il est vraiment important de faire comprendre que dans chaque cas, ce sont des transformations chimiques qui sont responsables de la synthèse ! Sauf que dans le cas des biotechnologies, cela passe par l’intermédiaire d’enzymes. Heureusement, le journaliste précise : « au bout, aucune différence », ce qui est exact. La question est alors posée « mais alors, pourquoi payer plus cher pour la fabriquer ? » Simplement car elle bénéficie de l’étiquetage « arôme naturel », ce qui, d’après l’exploitant, est très demandé par les consommateurs qui « veulent du naturel ». On doit alors vraiment insister sur la non différence entre les deux formes de vanilline.

22’10 (4’10) Sans trop de rapport avec le débat naturel-chimique, on entend parler de l’importance de la vanille auprès des enfants prématurés pour lesquels on diffuse des effluves de vanille pour les soulager ou les aider à mieux respirer. Un chercheur au CNRS précise que les enfants présentent les signes d’un état amélioré grâce à la vanille. Le problème vient du commentaire du journaliste qui pose les questions : « Sommes-nous prédisposés à aimer ce parfum ? Possédons une attirance inscrite dans nos mémoires collectives, au plus profond de nous même ? » Si la première partie peut être comprise comme un lien avec la génétique, la seconde a des allures de pensée magique aux relents ‘newageux’ : qu’est-ce donc que la mémoire collective d’un nouveau-né ? Nous n’aurons pas de réponse du journaliste. Mais le meilleur est pour la suite : on s’attend à ce que le journaliste enquête au sein d’instituts de recherche en génétique ou apparentés. Eh bien, non. C’est auprès d’un parfumeur que les réponses sont cherchées, un certain Jean-Paul Guerlain…(voir : http://www.dailymotion.com/video/xf9uc7_jean-paul-guerlain-ses-propos-racis_news

DC

3 décembre 2010 – Jean Bricmont à Grenoble

Le CorteX ne peut qu’encourager le public à accourir exercer son esprit critique avec Jean Bricmont, physicien bien connu tant pour son canular avec Alan Sokal en 1996 que pour ses analyses politiques.

L’esprit post-moderne et le relativisme : la science raconte-t-elle des histoires ? 
Vendredi 3 décembre à 17h, dans l’amphithéâtre du LPSC, 53 avenue des Martyrs à Grenoble
 
 

Résumé

La science n’a plus, dans le public cultivé, l’image favorable qu’elle a pu avoir dans le passé. Cela est sans doute dû à toute une série de facteurs historiques, sociaux, politiques etc., qui sont trop complexes pour être abordés ici. Néanmoins, en parallèle à cette évolution, on constate également une méfiance croissante envers l’idée que la science est objective ou que le discours qu’elle tient est plus solide que celui des religions et des pseudo-sciences. L’exposé se concentrera sur ce dernier type de critiques, en passant en revue les différentes étapes de la philosophie, de l’histoire et de la sociologie des sciences au XXème siècle.

22 et 23 novembre 2010, université de Rennes 1 – cours de méthode critique, M2R nutraceutique

Lundi 22 et mardi 23 novembre 2010, le corteX dépèche R. Monvoisin pour une série de trois cours pour des Master 1 et 2 de Nutraceutique, sous la direction de M. Bureau.

Lundi 22 novembre
14h-16h Zététique, science & pseudoscience

Mardi 23 novembre
8h-11h pseudo-médecines

  • étude de l’homéopathie
  • étude des élixirs floraux
  • Débat

13h-15h Nutraceutique et autodéfense intellectuelle

  • Études de cas (selon le temps, aspartame, sel, lait, béta-carotène…)
  • Démarche scientifique : que garder à l’esprit ?

Novembre 2010 Le CorteX dans le Journal Diari de Sabadell (Richard Monvoisin)

Richard Monvoisin, zetètica : «Només demano a les teràpies alternatives una estadística d´èxit o fracàs»

Va omplir l’auditori de l’Alliance Française en una xerrada que desmuntava teràpies alternatives, tècniques endivinatòries, bruixeries, ovnis i fenòmens sobrenaturals.

L’escèptic Richard Monvoisin, amb estudis de Física i Química, Filosofia i Didàctica de les Ciències, és co-fundador de l’Observatori de Zetètica de Grenoble i un dels màxim representants a França del moviment zetètic que aplica l’esperit crític a les suposades ciències paranormals.

De debò oferiu 200.000 euros al mag, bruixot o sanador que passi el filtre d’exigència científica del vostre Laboratori de Zetètica?
Ja no, però ho vem fer fins el 2005. Vem tenir un 200 candidats però ho vem deixar córrer perquè la majoria només venien pels diners.

Quin tipus de personatges es presentaven?

Gent que suposadament movia objectes sense tocar-los, que trobaven aigua o petroli sota terra, que veien àurees i energies…
Els va desemmascarar a tots?
La nostra intenció no és anar en contra de ningú. Nosaltres no acusem. Totes les investigacions es van fer en un bon ambient de col·laboració mútua.

A Estats Units ofereixen un milió de dòlars, diuen.

Sí James Randi ofereix un milió de dòlars a qui demostri que té poders sobrenaturals. Per ara no els ha pogut donar a ningú.

Somnis premonitoris, aparicions, fantasmes, curacions… tot és mentida?
Jo no dic això. Cal examinar cada cas amb una ment oberta i a la llum de la ciència. El meu somni és poder trobar algun dia un fenomen d’aquest tipus que funcioni de veritat.

Com investiga, per exemple, l’aparició d’un fantasma?
Els fantasmes són complicats perquè mai saps quant de temps has d’esperar. Jo he passat nits senceres a un cementiri sota la pluja esperant veure un fantasma i només he agafat un gran refredat. Però potser no he esperat el temps suficient. Científicament no puc concloure que no hi ha fantasma.
Gaires fantasmes per Grenoble?
 
Rumors molts. Però quan remontes els rumors fins a la font original tot s’esvaeix. Quan arribes al castell fantasmagòric resulta que va desaparèixer fa 500 anys o que el propietari cobra per fer visites de fantasmes.
Si els esperits no existeixen per què en parlen des dels aborígens australians fins a les llegendes centroeuropees, passant pels sioux de Nordamèrica i les tribus africanes?
Que la creença estigui molt estesa en la humanitat no vol dir que els esperits existeixen. Jo interpreto aquesta universalitat com la ignorància de coneixements científics.
Aplicar el mètode científic a fenòmens que no són científics no és com intentar mesurar amb wats el volum d’aigua d’una piscina?
Efectivament, per la meva àvia era molt evident que Déu intervenia en la seva vida i això no es cap fet científic.

I si no és científic no és cert?

Jo no dic això. Nosaltres, des del Laboratori de Zetètica només intervenim en els casos en què el mag o endevinador diu que la seva pràctica és científica.

Posi’m un exemple d’un guariment investigat per vostè.

La meva tieta tenia càncer, va fer sis mesos de quimioteràpia sense resultat. Va anar a un magnetitzador i li va anar bé. Per ella el magnetitzador era millor que la quimio. Però no ho va provar, per tant potser va ser la quimio que la va curar.

Tampoc es pot provar.

El cas es que la meva tieta va recaure, va refusar la quimio i ha acabat molt malament.

Per què no exigeix a la medicina el mateix grau de cientificisme?

Efectivament la quimio no és infalible, només té un 63% d’èxit, però ho sabem i aquesta informació és pública. Jo només vull que la gent estigui informada perquè pugui triar. Però les teràpies alternatives no tenen una estadística d’èxit o fracàs.

Passaria l’església catòlica el filtre del seu laboratori?

Només entrem en els cassos que ells diuen ser científics com en el Llençol Sant o el degoteig de sang de crucifixes. I cap del dos està provat.

Quin fenomen li agradaria demostrar?
Posats a triar… els extraterrestres.
Qüestió de temps
MILLENIUM

Juntament amb el director de l’Alliance Française que el va convidar, Sébastien Bauer, el «zetetista» Richard Monvoisin va arribar a Sabadell després d’enregistrar un debat del programa Mil·lenium que presenta Ramon Colom al Canal 33.
Tots dos van ser escollits entre altres experts per debatre sobre «La zetètica i l’esperit crític».

S’emetrà properament.

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Le CorteX dans le journal Avanguardia « porque la razón es revolucionaria » (Richard Monvoisin)

altENTREVISTA Richard Monvoisin, que enseña zetética: explicación racional de fenómenos paranormales


 
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“La homeopatía y las flores de Bach son eficaces… placebos”

Tengo 33 años. Nací en Toulon. Enseño Didáctica de la Ciencia en la Universidad de Grenoble. Puedo verificar un milagro, pero no la fe. Soy escéptico en ciencia como Pirrón y en política como Chomsky. Verifique sus creencias: no hace falta ser un científico, sólo un ser racional

Eso de zetética suena a paraciencia…
Pero es lo opuesto: viene del griego zetein (examinar). La zetética aplica el método científico para dar explicaciones racionales a fenómenos paranormales y verificar creencias empíricamente, con experimentos. Por ejemplo. Hemos probado que la homeopatía no tiene efectos terapéuticos clínicamente demostrables, ni tampoco las flores de Bach ni otras muchas terapias alternativas…

¿Cómo lo han probado?
Con estudios clínicos, por supuesto.

¿O sea, que no sirven para nada?
Sirven, pero no más allá del efecto placebo.

¿Qué quiere decir?
que a muchos de quienes las toman, les hacen bien, pero no por su efecto clínico, sino sólo por el psicológico.

No es eso lo que dicen los homeópatas.
Nosotros no afirmamos nada sin probarlo. Hacemos experimentos o divulgamos otros ya conocidos, pero sin juzgar a nadie, y en eso me diferencio de un pionero de la zetética, el Nobel de Física Georges Charpak…

Fue huésped de La Contra.
Y gran científico, pero trataba con paternalismo a quienes creían en esas terapias.

Supongo que algunos pacientes seguirán usándolas, pese a la zetética.
Sí, y están encantados con su efecto placebo, pero la zetética les muestra que es el único que tiene. Después, ya sabiéndolo, podrán elegir entre los hechos y sus creencias.

Parece justo y necesario.
Es imprescindible, pero incómodo. En Francia, la homeopatía es un lobby protegido por varios ministros que tienen intereses en una gran multinacional de productos homeopáticos y ningún interés en difundir los resultados de los ensayos clínicos.

¿Por qué la gente cree en su eficacia?
Porque es más cómodo creer que verificar, ergo tomamos más decisiones irracionales que racionales. Muchos creen que si creen se curan y en parte es cierto por el efecto placebo. Lo mismo nos pasa con otras creencias, no sólo terapéuticas, sino políticas y económicas. Yo les animo a que las pongan a prueba con sus propios experimentos.

Díganos cómo.
Para verificar cualquier creencia, empiece por deconstruirla: remóntese a sus orígenes para localizar sus fuentes y aclare después su cui prodest (a quién beneficia).

Si un estudio dice que el tabaco rejuvenece, comprobar si lo paga la tabaquera.
Eso no invalidaría necesariamente sus conclusiones, pero si al final resultara falso, explicaría a quién beneficia su falsedad. Si verifica, por ejemplo, la eficacia clínica de la terapia de las flores de Bach, verá que en sus orígenes sólo está la pura intuición de un señor inglés, Edward Bach, que clasificó a los humanos en siete categorías…

Eso ya lo hacía Hipócrates.
… Y asoció sus bacilos intestinales con ciertas propiedades de 36 categorías de flores. Y hoy aún no tienen más que esa intuición para fundar esa creencia terapéutica.

Pues no son terapias baratas.
Cuanto más pagas por un placebo, más efectivo es. El dinero, el tiempo y el esfuerzo que cuesta una terapia dudosa la refuerza.

Miel sobre hojuelas para el terapeuta.
Insisto en que la zetética debe verificar, experimentar, mostrar y difundir resultados, pero no juzgar ni condenar a nadie: las falsas creencias son como muletas irracionales para muchos humanos, por eso no hay que quitárselas de golpe, sino demostrarles que pueden andar sin ellas… Si quieren.

En algo hemos de creer.
A menudo el propio terapeuta cree sinceramente en sí mismo. En mi universidad hicimos un experimento para demostrar la eficacia de un terapeuta por magnetismo.

¿Curaba con las manos?
Él y sus pacientes juraban que sí. Y es muy difícil verificarlo con un test clínico serio, porque necesitas voluntarios enfermos de la misma dolencia en el mismo grado; un test doble ciego y… En fin, es muy complejo.

¿Entonces…?
Cuando alberguemos dudas sobre creencias, podemos recurrir a experimentos no tan sofisticados: “Si usted cura con el magnetismo de sus manos – le dijimos al magnetista-,podrá detectar también si una persona está o no en la misma habitación con usted aun sin verla: sentirá su energía, aunque no vea a la persona”.

¿Aceptó?

Le propusimos experimentarlo con cien personas y aseguró que acertaría el ciento por ciento de las ocasiones. Y… El tipo era fantástico: sudaba, temblaba, se retorcía… Si hubiera elegido meramente al azar, habría acertado el 50 por ciento de las pruebas: esto es 48, 49 o 51, 52… Si hubiera acertado 63 veces, hubiera sido paranormalmente bueno; y si sólo hubiera adivinado 37 ensayos, sería paranormalmente malo. Y… Acertó 52.

Paranormalmente normal.
Y lo publicamos. Fue pedagógico: si desafiáramos con experimentos sencillos nuestras creencias económicas, políticas y personales, cambiaríamos nuestras vidas.

Debe usted de tener muchos ejemplos.
¿Por qué compra determinadas marcas? ¿A quién vota? Teste sus creencias: apunte, mida, compare y verá que muchas de sus creencias carecen de razones.

Conférences "Esprit critique & Zététique", par Richard Monvoisin – Barcelone (Esp) – Novembre 2010

Le corteX s’est offert une petite balade en Espagne, début novembre.
Mandaté par le laboratoire Zététique, le CorteX a dépêché Richard Monvoisin pour un petit cycle de conférences et d’inteviews avec les médias, pour parler d’Esprit critique et de zététique.


Mardi 9 novembre 

  • Emission catalane Millenium, sur TV3 présentée par Ramon Colom : les thèmes centraux sont la zététique et de l’esprit critique. Hélas, le format TV privilégie toujours les beaux-parleurs, même quand ils ne connaissent pas le sujet, et handicape ceux qui ont une oreillette de traduction.
  • Interview avec le journal central de Barcelone, l’Avanguardia (édition du 16 novembre 2010).

Comme d’habitude, le journaliste scénarise un propos d’une heure à coups de slogans, et met en scène le personnage sans aborder le réseau derrière.

  • rencontre avec les joviaux sceptiques catalans, qui publient la revue El esceptico.

Mercredi 10 novembre 

  • Interview pour le journal de Sabadell Diari de Sabadell dans la rubrique cara a cara (édition du 13 novembre 2010). Mêmes remarques que pour l’Avanguardia.
  • Conférence généraliste Zététique & éducation à l’esprit critique (en français) à l’Alliance Française de Sabadell, invité par le directeur, par ailleurs professeur de philosophie Sébastien Bauer.

Jeudi 11 novembre 

  • Deux ateliers-débats d’1h30 avec des lycéens du lycée français de Barcelone, sur invitation du professeur de Physique Keran Le Foll et d’une équipe d’enseignants très stimulants.

Le responsable de la culture scientifique de l’Institut Français, Guy Molénat, fut non seulement un organisateur hors-pair, mais un partenaire de réflexion doublé d’un guide touristique sans égal. Merci également à Anne-Laure Fize, son assistante.