Faux dilemme

Le sophisme est un raisonnement qui n’est logiquement correct qu’en apparence. Il se distingue des paralogismes dans le sens où il est volontairement fallacieux, conçu avec l’intention d’induire en erreur.

Le faux dilemme

Méthode : consiste à n’offrir que deux alternatives déséquilibrées en omettant toute autre alternative pourtant possible. Il peut s’agir de réduire le choix à deux alternatives qui ne sont pas réellement contradictoires. Au final, le choix est confisqué et la décision étriquée.

Exemples :

L’argument de G. W. Bush : Ceux qui ne seront pas avec nous seront contre nous

Si tu n’es pas ceci, alors tu es comme ça, si tu n’es pas contre, tu es pour, si tu n’es pas pour le complot du 11/9 tu es pro-Bush… nous avons là un mode de pensée assez primitif où il n’y a pas de troisième, de quatrième ou cinquième voie, non, c’est le yin yang, le noir et le blanc, le lumière-ténèbres du manichéisme perse du IIIe… En fermant les yeux, on entendrait résonner la voix de Michel Fugain : Qui c’est qui est très gentil (les gentils) Qui c’est qui est très méchant (les méchants).[1]

C’est un sophisme très rependu, souvent utilisé pour opposer le moins pire au pire :

- Marcher pieds nus ou acheter des chaussures fabriquées par des enfants en Chine ?

- La guerre en Irak ou laisser le champ libre au totalitarisme ?

- L’interdiction du voile ou l’extrémisme religieux ?

- Le Pen ou Chirac ?

- L’axe du bien ou celui du mal ?

Le faux dilemme fonctionne également avec deux propositions négatives, qui, de la même façon réduisent les choix. On appelle ce faux dilemme le « ni-ni ». « Ni pute ni soumise » en est le meilleur exemple. Le ni-ni sent parfois le brun. Il se cache par exemple dans « La France, aimez-la ou quittez-la ! » du Front National, transformé en « La France, tu l’aimes ou tu la quittes » par De Villiers.

Cette stratégie est redoutable car elle oriente sournoisement le débat en le simplifiant en un unique antagonisme. Mais celui-ci n’est qu’apparent : le fait que deux propositions soient compétitives ne signifie pas forcément qu’elles soient contradictoires. Le faux dilemme crée l’illusion d’une « compétitivité contradictoire ». Dans l’affirmation « soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous », on peut trouver des arguments acceptables pour ne pas être « avec eux » sans pour autant « être contre eux » : il n’y a pas contradiction.

Enfin, les deux hypothèses compétitives peuvent se révéler toutes les deux fausses !

Exemple dans les médias:

- Le Figaro du 28/01/10 présente en une un titre évocateur : « 9 Français sur 10 pour une réduction des dépenses publiques »

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L’article fait référence à un sondage de l’IFOP et indique que « pour faire face à la situation actuelle (crise économique, déficits publics élevés) 92% des enquêtés privilégient de réduire les dépenses de l’État et celles des collectivités locales (villes, départements, régions) ». Passons ici sur l’origine de la commande de ce sondage et son utilisation très orientée [2] pour nous intéresser à la formulation de cette question sous forme de faux dilemme :

Question 2 : « pour faire face à la situation actuelle (crise économique, déficits publics élevés) quelle solution faut-il selon-vous privilégier ?

1/ « Réduire les dépenses de l’État et celles des collectivités locales (villes, départements, régions) » ou la seule autre option proposée :

2/ « Augmenter les prélèvements obligatoires (impôts locaux, impôts sur le revenu) »

Ce faux dilemme oriente soigneusement la réponse en interdisant toute autre solution, comme par exemple : la suppression des niches fiscales et des exonérations de cotisations sociales des entreprises, l’augmentation de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, le rétablissement de l’impôt sur les successions, l’augmentation de l’ISF, etc. On évite également de préciser les domaines de réduction de dépenses publiques comme la défense et l’armée plutôt que les aides sociales. Ainsi présenté ce faux dilemme permet d’affirmer l’écrasante majorité de réponses 1, et appuyer fallacieusement le propos de fond de l’article, du journal, du propriétaire du journal, etc.

- Un exemple rigolo de faux dilemme dans le dernier « Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence » de Rob Marshall, 2011.

N’hésitez pas à nous proposer des compléments ou du matériel illustrant ce sophisme.

NG

[1] Le culboto, l’effet bof et autres ni-ni, Richard Monvoisin, La Traverse N°1

[2] Voir le brillant article sur ce sondage de l’Observatoire des médias, sur le site ACRIMED action-critique-médias.

Cette ébauche du monde de sophisme est basée, entre autre, sur la fiche « Petit recueil de 18 moisissures argumentatives« .