Le CorteX dans Visions croisées – Peut-on cauchemarder du droit au rêve ?

Peut-on cauchemarder du droit au rêve ? Comment, par une petite expérience simple, faire dérailler des amis raisonnables sur la question du droit au rêve

Court article critique publié par R. Monvoisin dans Visions Croisées (N°8, été 2010), magazine de l’Université de Grenoble.

Téléchargeable ici (pp. 8 et 9).

Cet article aborde simplement l’argument du « droit au rêve »,  et de manière souple l’impasse du relativisme cognitif et introduit la question de l’argument du Harm principle, le principe de non-nuisance.

Pour aller plus loin :

  • Sur le droit au rêve et la maxime de H. Broch : « Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance », on lira H. Broch, Le paranormal. Ses documents, ses hommes, ses méthodes, éd. Seuil, 1989.
  • Sur le relativisme cognitif & le postmodernisme , le chapitre 3 de A. Sokal & J. Bricmont, Impostures intellectuelles, Odile Jacob, 1997 est exemplaire. Cet article de J. Bricmont dans La Recherche « le relativisme alimente le courant irrationnel » est également éclairant.
  • Sur le harm principle et son énonciation originale, on pourra farfouiller dans John Stuart Mill, De la liberté (1859), Gallimard, coll. Folio Essais, 1990.

RM

 

2006 – 2015 Enseignement Médias & pseudosciences : quand la science se met en scène – Doctorants moniteurs CIES

Le CIES (Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur) est l’organisme chargé de former les apprentis-enseignants de l’enseignement supérieur que sont les moniteurs. Un moniteur ? C’est un chercheur en cours de doctorat qui effectue, en plus de ses activités de recherche, un service d’enseignement à l’Université. Dans le cadre de sa formation il/elle doit suivre un certain nombre de stage proposés par le CIES. Depuis 2012, le CIES de Grenoble s’appelle le DFI.

Descriptif de la formation

Ce stage de trois jours (deux jours consécutifs + un jour) a vu le jour en 2006 à partir des travaux de Richard Monvoisin sur le rôle des médias de vulgarisation scientifique dans la prolifération des pseudosciences. En 2011, ce stage animé par Guillemette Reviron et Richard Monvoisin a été ouvert au CIES de Montpellier. Elle a lieu depuis une fois par an au sein du Collège Doctoral Sud de France. En 2012, ce stage, en version condensée, est décliné pour les CIES de Limoges et Poitiers.
L’objectif de ce stage est d’analyser les mécanismes de vulgarisation ou de popularisation des sciences et d’évaluer leur responsabilité dans le fait que les affirmations pseudoscientifiques perdurent. Partant d’exemples simples (scénarisations, mises en scène, effets de couverture sur des revues comme Sciences & Avenir), l’enjeu est d’ensuite complexifier : affaires Bogdanof, Montagné, Coppens, construction de mythes scientifiques, analyse de personnages médiatiques comme Hawking, Coppens, Reeves, Hulot ou incursion de la politique dans la science comme dans l’affaire INSERM 2004 sur la psychanalyse, sur la détection de la délinquance, sur les positions « pseudoscientifiques » de N. Sarkozy sur la génétique, sur les lois mémorielles et la fabrique politique de l’Histoire, etc.
En abordant la question de la fraude et des dérives actuelles des systèmes de publication scientifiques, nous essayons de voir en quoi la manière dont la science s’écrit ou se montre alimente les représentations erronées et « fabrique » l’opinion.
Les futurs docteurs fournissent en fin de stage un exposé pédagogique, ou un document filmé, sur le sujet de leur choix, en ciblant leur effort sur la démarche critique utilisée.

Informations pratiques et inscriptions

  • Grenoble :
    Dates de la session 14 : 6,7 et 13 octobre 2014
    Dates de la session 15 : 18,19 et 26 mai 2015
    fiche détaillée et inscription ici.
  • Montpellier
    Dates de la session 4 : 1er, 2 et 8 juin 2015
    Fiche détaillée et inscription ici (>Informations > Calendrier des formations > Ouverture scientifique et culturelle > Médias et pseudosciences : quand la science se met en scène)

Enseignement Zététique & Esprit critique – Doctorants moniteurs CIES

Le CIES (Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur) est l’organisme chargé de former les apprentis-enseignants de l’enseignement supérieur que sont les moniteurs. Un moniteur est un chercheur en cours de doctorat qui effectue, en plus de ses activités de recherche, un service d’enseignement à l’Université. Dans le cadre de sa formation il doit suivre un certain nombre de stage proposés par le CIES.

Ce stage de trois jours (deux jours consécutifs + un jour) est né dans sa première forme de l’esprit du chimiste et vulgarisateur Pierre Aldebert, puis s’est nourri de l’expérience lyonnaise du professeur de lycée Stanislas Antczak (stages CIES Lyon, 2003, 2004). Repris par Richard Monvoisin et Christel Routaboul, puis Géraldine Fabre, il s’adresse aux doctorants toutes disciplines moniteurs de l’enseignement supérieur et brosse tout l’intérêt pédagogique des sujets étranges, « paranormaux », pseudoscientifiques ou pseudomédicaux, mais aussi des intrusions spiritualistes en science et des connivence science – idéologie.

Les futurs docteurs fournissent en fin de stage un exposé pédagogique, ou un document filmé, sur le sujet de leur choix, en ciblant leur effort sur la démarche critique utilisée.

Détail de la fiche descriptive.

En 2009 et 2010, par le truchement du Professeur Luc Morin-Allory, directeur du CIES de La Rochelle, le format de ce stage a été adapté par Géraldine Fabre et Florent Martin à La Rochelle, pour des moniteurs issus de l’Université locale, mais aussi celles d’Angers, Poitiers, Tours, Limoges, et Orléans.

 

Note : ce stage et les ateliers Zététique (généralement liés à la Fête de la science) sont des entités bien distinctes. Les ateliers Zététique, qui ne sont pas un enseignement à proprement parler, font parfois l’objet de rapports, comme en 2004. Parfois incomplets ou maladroits, ces simples comptes-rendus d’étudiants ont à coeur de présenter une démarche lors d’un atelier et non d’être un état des lieux de la recherche (ce qu’un groupe associatif relevant de l’Institut Métapsychique International – le GEIMI – feint de ne pas avoir compris, dans leurs violentes et peu utiles recensions – voir par exemple ici).

 

 

2005 – 2007 Enseignement Esprit critique – Master 1 Pharmacie

 Unité d’enseignement Initiation à l’esprit critique – Master 1 Pharmacie

Richard Monvoisin

Créé en 2005 comme une suite à l’option « Analyse critique » de licence, ce cours se consacrait à l’étude fouillée d’une théorie étrange ou d’une affirmation de type scientifique discutable. Fait notable, la dernière saison vit tous les étudiants travailler ensemble sur le même sujet (le projet Kinésiologie).

En 2007, cet enseignement a été supprimé pour des raisons budgétaires.

Liste des sujets traités par les étudiants.

Saison 1 – 2005

EC 1.01 La télépathie

Chloé Bouty, Sophie Zimero, Maud Risterucci

EC 1.02 Les phénomènes de mystification

Anne Cotte, Thomas Berendsen

EC 1.03 – Opération Crop Circle

Nicolas Csopaki, Soufyen Miladi, Pascal Garampon

EC 1.04 – Les dictons météo

Gaël Chivallier, Nicolas Zakar


Saison 2 – 2006

EC 2.01 Les blondes, sans blague !!

Laure Chappaz, Anne-Sophie Vittet

EC 2.02 La faluche, signe d’appartenance à un groupe

Coralie Alvès, Pauline Chambon, Benjamin Cotte

EC 2.03 Le QI en question

Julien Pavan, Rémi Rondin, Jennifer Zurcher

EC 2.04 Crop Circles : quand les scientifiques s’en mêlent

Valérie Dobremez, Aude Duret, Laëtitia Montagne

EC 2.05 L’empreinte du mal dans nos champs, ronds de sorcière et prés maudits

Linda Sandid, Baptiste Campillo, Émilie Reysset

EC 2.06 La combustion spontanée, mythe ou réalité ?

Maud Poirrier, Marine Grenier, Jérémy Llaurens

EC 2.07 Les Expériences de Mort Imminente (EMI)

Nassima Yahiaoui, Huguette Riva Cambrin, Aurélie Rignon

EC 2.08 Le Monstre du Loch Ness, du mythe à la réalité

Colombe Chenevoy, Jennifer Richard, Pierre Rouveure

EC 2.09 Le Triangle des Bermudes

Marion Barneoud, Albane Répellin

EC 2.10 Roswell, autopsie d’un mythe

Henri Garnier, Sébastien Ganel, Laurent Giulietti

Saison 3 – 2007

EC 3.01 – Projet K, dossier collectif Kinésiologie

Baptiste Chaboud, Audrey Seguy, Éléonore Grogniet, Wassila Rahache, Maria Rakotonanahary, Flora Chappaz, David Cohen, Paul-Emmanuel Devez, Caroline Djian, Daniel Curvat, Sabine Fercot, Élodie Troccaz, David Bellaiche, Noémie Azoulai, Sarah Martinet, Sandra Navrette, Ève Oualid

 

Sujets d’étudiants – Analyse critique L2 pharmacie

Dossiers présentés dans le cours Analyse critique du message scientifique – Licence 2 Pharmacie (Richard Monvoisin)

  • Saison 1 – avril 2004

Tut 1.01 – Lourdes

Aline Troillard, Chloé Pierson

Tut 1.02 – Guérisseurs, magnétiseurs

Maxime Coutand, Jordan Saccareau

Tut 1.03 – Crop circles, signe d’extra-terrestre ou canular ?

Anne-Laure Jouffrey, Benjamin Bertrand

Tut 1.04 – L’acupuncture

Chrystel Grenet, Caroline Vincent

Tut 1.05 – L’astrologie

Thomas Berendsen, Fréderic Miermont

Tut 1.06 – Les Expériences de Mort Imminente

Marlène Gentil, Bettina Murienne

Tut 1.07 – Le spiritisme

Sandy Araye, Arnaud Huc

Tut 1.08 – Le feng-shui

Caroline Cotterlaz, Émilie Prunier

Tut 1.09 – L’hypnose

Florence Chambard, Laurène Genevey

Tut 1.10 – La magnétothérapie

Stéphanie Boden, Amélie Hugon

  • Saison 2 – avril 2005

Tut 2.01 – La réflexologie plantaire

Cécile Barral-Baron, Valérie Dobremez, Cindy Bourne

Tut 2.02 – La théorie de la dissonance cognitive

Marjorie Durand, Aude Duret, Laëtitia Montagne, Sophie Roure

Tut 2.03 – Les méridiens

Colombe Chenevoy, Marine Grenier, Jennifer Richard

  • Saison 3 – avril 2006

Tut 3.01 – L’acupuncture

Galia Sekkai, Annabelle Richard, Anne-Sophie Berruyer

Tut 3.02 – Les coupeurs de feu

Laure Billion-Rey, Eléonore Grogniet, Camille Mollat du Jourdin

Tut 3.03 – Clonage ou clownerie ?

Baptiste Chaboud, David Cohen

Tut 3.04 – La réflexologie plantaire

Sabine Fercot, Aurélie Tireford, Élodie Troccaz

Tut 3.05 – Élixirs floraux de Bach

Samira Azeroual, Sanaa Dambri, Charline Faller

Tut 3.06 – La kinésiologie

Camille Causse, Matthieu Collomb, Anne-Sophie Lang

Tut 3.07 – Le miracle de l’ADN végétal

Aude Le Roy, Héloïse Debeaux, Anne-Laure Betegnie

  • Saison 4 – avril 2007

Tut 4.01 – Danone Essensis, comment devenir belle avec un yaourt

Aurélie Martins Gomes, Clarisse Lamy

Tut 4.02 – Comment être branché et protégé de son téléphone ?La casquette Handy-Fashions®

Sara Planes, Émilie Piallat

Tut 4.03 – Chocolathérapie®, les faits

Anne-Laure Haulotte, Marine Jacquet

Tut 4.04 – Bien dans tes baskets grâce à tes magnets, les semelles magnétiques

Colline Lacharme, Antoine Marquet

Tut 4.05 – L’extrait de pépin de pamplemousse

Marion Miramond, Amélie Perret, Nathalie Chu

Tut 4.06 – La sympathicothérapie

Guillaume Chovelon, Bruno Revol

Tut 4.07 – L’alphalipologie, ou comment réussir là où tous les autres régimes ont échoué !

Nawfel Miladi, Florian Guéraud

Tut 4.08 – Les rêves ouvrent-ils la porte du futur ?

Ophélie Muller, Lucie Delaborde & GS

Tut 4.09 – Le micromassage aux ions d’argent, Solidea Silverwave

Jean-Baptiste Martin, Thomas Rouyard

  • Saison 5 – avril 2008

Tut 5.01 –Le cactus Cereus peruvianus contre le péril électrique

Dima Muhammad & Cécile Tamain

Tut 5.02 – « Superform » de Jeanne Piaubert, ou le début des molécules intelligentes ?

Damien Mabboux & Coline Yvernay

Tut 5.03 – Minceur J365 Anti-Yoyo

Benjamin Milet & Erwan Peltier

Tut 5.04 – Profiléa ventre plat, « je veux perdre mon petit ventre !!! »

Coline Deffaugt-Sanchez & Emilie Lombard

Tut 5.05 – Œnobiol Solaire, pour un bronzage sublime et durable

Sophie Mathieu & Nicolas Sarrasin

Tut 5.06 – Le cartilage de requin

Benoît Chovelon & Lucie Tomas

Tut 5.07 – Le baume du tigre : le remède de tous vos maux

Thomas Lombard & Céline Zecchini

Tut 5.08 – La vinothérapie par Caudalie

Pauline Bonhomme, Marceline Collomb-Patton & Aurélie Hennebique

Tut 5.09 – 4321 minceur : comment maigrir grâce aux plantes

Laura Elman & Samuel Mottin T009

Tut 5.10 – Corsaire amincissant Lytess, habillez-vous, mincissez

Aurélie Sarrazin & Cécilia Thomas

Petit cours d’autodéfense intellectuelle – Normand Baillargeon

En 2006, les éditions Lux ont publié un ouvrage qui pourrait bien devenir une référence dans la littérature sceptique francophone : le Petit cours d’auto-défense intellectuelle de Normand Baillargeon, professeur en sciences de l’éducation à Montréal, membre des sceptiques du Québec, a rassemblé les bases de la pensée critique dans un livre très accessible.

Passant en revue nos principaux biais de perception, nos erreurs de raisonnement et les pièges rhétoriques, ce livre nous incite à plus de vigilance au quotidien, dans notre rapport aux médias comme face à toutes les croyances qui circulent dans nos sociétés et au développement inquiétant des pseudo-sciences et pseudo-médecines. Mais cet ouvrage ne se contente pas de pointer tous nos défauts, il nous donne également quelques outils indispensables pour développer et exercer notre esprit critique comme, le kit de Poutine (voir ci-dessous) et le modèle ENQUETE.
Ponctué d’anecdotes et illustré de dessins humoristiques, ce guide pratique est véritablement un manuel pédagogique d’autodéfense intellectuelle. Il a reçu en 2005 le prix Sceptique.
Interview de l’auteur (réalisée par l’Observatoire zététique)

Observatoire zététique – Qu’est ce qui a motivé l’écriture de ce livre ? Quel était votre but ?

Normand Baillargeon – Ce livre est le point de rencontre de trois séries de préoccupations et d’intérêts qui me sont chers. L’éducation, d’abord : j’enseigne la philosophie de l’éducation à l’université ; le politique, ensuite : je n’ai jamais caché que je suis un anarchiste, et suis connu comme tel au Québec, mais d’un anarchisme rationaliste, qui est celui qui va, disons, de P. Kropotkine à N. Chomsky ; la pensée critique, enfin : je suis un rationaliste et un amoureux des sciences.
Sur ces trois plans, mes idéaux restent, sans aucun repentir, ceux du Siècle des Lumières. Je crois donc que l’éducation devrait viser à garantir l’autonomie rationnelle des êtres dont elle s’occupe ; qu’un espace public de libre délibération devrait exister et rendre possible l’exercice de cette citoyenneté active et critique sans laquelle la démocratie reste un concept largement vide ; que l’autogestion économique et la démocratie participative sont des idéaux raisonnables ; que les sciences sont un modèle sur le plan épistémologique et restent une irremplaçable école de rationalité.
Or, je suis passablement inquiet de ce qui se déroule en ce moment sur tous ces plans dans nos sociétés. L’éducation me semble tendre de plus en plus à être instrumentalisée, transformée en outil d’adaptation fonctionnelle à l’économie et vidée de sa substance, notamment par des travaux de prétendues sciences de l’éducation qui me désolent bien souvent. Par ailleurs, la concentration des médias et le travail, méconnu mais gigantesque, des firmes de relations publiques (pour en rester à ces deux institutions) dévoient la circulation de l’information et sa libre discussion en propagandisme et préparent l’avènement d’une « démocratie de spectateurs ». Finalement, s’il y a toujours eu des formes d’irrationalisme et d’antirationalisme dans le grand public et chez les intellectuels, depuis quelques décennies ces phénomènes sont apparus dans les milieux académiques (sous le nom de postmodernisme, de programme fort en sociologie des sciences et ainsi de suite) où ils ont été vantés et où ils ont eu une audience considérable.
Or, cela me semble déplorable intellectuellement, mais aussi suicidaire sur le plan des combats, notamment politiques et économiques, que nous devons mener. Pour le dire en un mot, lorsque nous confrontons les institutions dominantes, c’est le plus souvent à mains nues, si je peux dire et la seule arme dont nous disposons est celle du savoir, des faits et de la raison : or voilà que des intellectuels voulaient faire croire qu’il serait sage d’y renoncer ! Ma réaction à tout cela, que j’ai lancé ici un peu en vrac, a été d’écrire ce « Petit cours… », comme une sorte de compendium et d’effort pédagogique de vulgarisation de la pensée critique. J’ai fait le livre le plus complet et le plus accessible possible, en fait, je voulais écrire celui que j’aurais aimé qu’on me donne à lire à 20 ans.

OZ – Pourquoi avoir choisi ce titre ?
NB – C’est une référence à Noam Chomsky, qui a déjà dit que notre système d’éducation (il pensait aux États-Unis, mais on peut penser que la remarque se généralise) était un système d’imposition de l’ignorance et que si nous avions un véritable système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. Cette idée de « judo mental », si je peux dire, m’a séduit. Il me semblait aussi que les gens sont en général fort conscients de s’en faire beaucoup conter et qu’une invitation à la résistance formulée de la sorte pouvait être attirante.
[« Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. », Noam Chomsky ]

OZ – Quelles sont les erreurs de jugement que nous commettons le plus facilement ?
NB – C’est une question empirique et il faudrait donc aller voir. Cependant, si on devait entreprendre une étude de ce genre, je soumettrais pour ma part les candidats suivants, comme étant des erreurs à la fois répandues et lourdes de conséquences.
La tendance à ne considérer que ce qui confirme nos hypothèses préférées et à résoudre ainsi nos dissonances cognitives ; notre difficulté à évaluer les probabilités et partant les coïncidences et le hasard ; la confusion entre corrélation et causalité ; le fait d’accorder à nos perceptions et à notre mémoire un crédit qu’elles ne méritent pas toujours ; le fait de nous fier beaucoup trop à des anecdotes plutôt qu’à des données fiables décrivant plus complètement et plus objectivement une question ou une problème donnés ; enfin, et ceci surtout face aux médias, le fait de ne pas rester constamment vigilant devant l’information qui nous est présentée et de ne pas chercher à nous renseigner à des sources variées et crédibles.

OZ – Les scientifiques sont ils à l’abri de ces erreurs d’interprétation ?
NB – Non, bien sûr, du moins pas en tant que personnes. Mais la science (je veux dire ici : les sciences empiriques et expérimentales) s’institutionnalise comme effort pour rester systématiquement critique, du moins face aux objets, principes, méthodes et conclusions d’un secteur scientifique concerné. Elle a sur ces plans un taux de succès que nous pouvons lui envier. Ceci dit, lorsque les scientifiques sortent de la science ou s’en remettent pour faire de la science à nos outils quotidiens de réflexion, ils sont sujets à l’erreur comme tout le monde. Je raconte dans le livre à ce sujet l’intéressante et instructive histoire des Rayons N, qui le montre bien.

OZ – Comment pouvons nous rester vigilants et éviter d’être influencés et manipulés ?
NB – Je pense sincèrement que c’est d’abord en pratiquant. On devient critique en agissant comme un penseur critique, en décidant de l’être et en le faisant. Je pense aussi que cela ne se fait pas seul et qu’il faut travailler avec d’autres, apprendre d’eux comme ils apprennent de nous. De plus, ce travail suppose que l’on s’informe des sujets à propos desquels on veut être critique. Une des marques caractéristiques des personnes capables de pensée critique est d’être informé.

OZ – L’enseignement de la pensée critique ne devrait-il pas être intégré à l’école ? Est-il accessible à tous ?
NB – En 1962, est paru un article désormais célèbre de R. H. Ennis intitulé : « A concept of critical thinking » (Harvard Educational Review, 32, 1962, pp. 81-111). Il marque en éducation le début d’un mouvement appelé critical thinking, lequel est aujourd’hui très important aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon. Ce mouvement est né de préoccupations qui nous sont familières et qu’on pourrait formuler en un mot : les étudiantes et étudiants font peu preuve de pensée critique malgré des études parfois longues. Or, ce mouvement a toujours été traversé par de nombreux débats sur la question de savoir comment s’y prendre pour former des penseurs critiques. Pour certains, il convient de donner des cours de pensée critique ; pour d’autres, d’incorporer des éléments de pensée critique aux divers champs disciplinaires. Le danger de la première option est un certain formalisme un peu vide qui néglige le fait que la pensée critique est toujours pensée critique de quelque chose. Le danger de la deuxième est qu’un enseignement disciplinaire fasse de la pensée critique un parent pauvre. Le premier argument me paraît très fort. Il me semble en effet indéniable que les disciplines elles-mêmes (je veux dire ici : les formes de savoir humain, avec leurs concepts propres et leurs modes de validations particuliers) fournissent une part cruciale des outils du penseur critique. Par exemple, penser de manière critique n’est pas la même chose en morale qu’en physique et il faut être initié aux diverses formes de savoirs et à leurs concepts et contenus pour développer sa pensée critique dans chacun d’eux. Au total j’en suis venu à penser qu’on devrait très tôt accompagner l’enseignement des disciplines d’un enseignement de la pensée critique dans chacune d’elles, qui n’est rien d’autre, en un sens, que la forme même qu’y prend la juste et bonne pensée. Ensuite, plus tard, on pourrait consacrer un enseignement plus général à la pensée critique, qui viendrait consolider tout cela : à mon avis, ce devrait être en classe de philosophie, qui reste pour moi sur ce plan la discipline-phare. Ce que j’ai en tête et que je n’ai fait qu’esquisser ici, est exigeant et demanderait beaucoup des maîtres : mais ça me semble possible.

OZ – Qu’est ce que le « kit de détection de Poutine » ?
NB – Ah ! Il faut être Québécois pour comprendre cela. Je cite dans le livre un ensemble de trucs de pensée critique proposés par le regretté Carl Sagan sous le titre « Baloney detection kit ». Le baloney est une sorte d’assez mauvaise mortadelle américaine et le mot sert aussi, en anglais américain, à exprimer une réaction à une proposition qu’on voudrait nous faire avaler mais qu’on refuse de croire. « Baloney! », veut donc dire quelque chose comme : « Foutaises ! ». Sagan nous proposait donc un kit de détection de foutaises. Je cherchais donc une métaphore culinaire qui dirait la même chose. Or, au Québec, nous utilisons justement poutine dans le même double sens. Une poutine, c’est un mets québécois aussi médiocre que le baloney (des frites, de la sauce à viande chaude et du fromage) et on emploie aussi ce mot pour dire : foutaises.

Naissance du Réseau CorteX

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De quatre manières :

  • soit comme enseignant-e : vous enseignez du contenu promouvant l’esprit critique ? Partagez vos ressources, et venez piller les nôtres

  • soit comme personne-ressource : vous avez une expertise dans un domaine abordé par le CorteX ? Prévenez-nous.

  • soit comme « chercheur » : vous êtes en poste ou non, vous faîtes une thèse ou un dossier au collège, portant sur un de nos champs ? N’hésitez pas.

  • soit comme source : vous avez vu un documentaire / lu un ouvrage pouvant contribuer à l’esprit critique ? Dîtes-le nous. Vous avez repérez un cas de dévoiement de la connaissance scientifique dans un média ? Informez-nous.