Synergologie, lapsus fasciaux et toutes ces sortes de choses

CorteX_sourires_DuchenneVous avez aimé la série Lie to me ? Vous êtes inquiet-e qu’on décrypte vos mimiques  et vos « lapsus » gestuels ? Cette réference vous permettra de passer l’été tranquille.

Fin mai 2014, Le Monde titrait DÉCRYPTAGE – L’analyse du langage corporel, une « pseudo-science » ?, avec le sacro-saint point d’interrogation qui permet de ne rien dire tout en laissant tout penser. L’article faisait écho à l’analyse de la gestuelle de Jean-François Copé après son intervention télévisée sur TF1 par Stephen Bunard, analyste du langage corporel, publiée sur le site du Figaro. Selon l' »expert », Monsieur Copé ne montrait « pas de signe flagrant de dissimulation ».

Le Monde :

La discipline, nommée « synergologie », consiste à savoir si les gestes trahissent la parole. Positionnement du sourcil, mouvement de la main gauche, lèvres pincées ou œil plissé… Les gestes sont analysés précautionneusement en fonction des phrases prononcées, afin de démontrer la discordance qui peut exister entre les deux.
Ainsi lorsque Jean-François Copé déclare : « J’ai pris la décision de démissionner de mon propre chef », Stephen Bunard analyse ses sourcils, qui « se lèvent un peu trop longtemps et témoignent “d’appels de phares” pour nous le faire croire. » Le synergologue dénonce la façon de Jean-François Copé « d’en rajouter des caisses pour nous faire adhérer, car il craint de ne pas être assez convaincant là-dessus ».
Stephen Bunard s’appuie sur un lexique corporel, créé par Philippe Turchet, le fondateur de la discipline en 1996, lexique qui classifie tous les mouvements et attitudes humaines standardisées. (…)

Ce sujet des gestuelles révélatrices est épineux. D’une part parce que la théorie la plus connue, celle de Paul Ekman Facial Action Coding System (FACS) qui a servi pour Lie to me, ne fournit pas ses données expérimentales et est, de fait, difficilement vérifiable – nous nous sommes cassés les dents dessus avec un groupe d’étudiants de l’Université de Grenoble en 2013 ; d’autre part, du fait de leur notoriété grandissante et d’un nombre d’utilisateurs plus nombreux, ces méthodes deviennent auto-réalisatrices : si vous pensez que votre employeur pense, par exemple que croiser vos jambes est un mauvais signe, vous avez tout intérêt à ne pas le faire. Et si les policiers de la préfecture de police de Montréal retiennent la leçon de la conférence “items non verbaux lors de l’interrogatoire” que leur fit Bruno Blouin, sergent détective enquêteur et synergologue, il ne fera pas bon se gratter le nez pendant un interrogatoire 1.

Le Monde cite toutefois au passage un papier que nous connaissions et qu’il nous semble utile de ramener à la surface du flot d’information, à intervalles réguliers. Il s’agit de « Pour en finir avec la synergologie », de Pascal Lardellier. Professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bourgogne, P. Lardellier fournit ici une analyse profonde et sans concession de ce qui ressemble fortement à une pseudoscience, qui sera éventuellement complétée par ce démenti aux travaux de Paul Ekman publié dans Nature en 2010, sous le titre Airport security: Intent to deceive?

Références

  • Sharon Weinberger, Airport security: Intent to deceive? Nature, 26 mai 2010, 465, pp. 412-415. Télécharger en pdf

Pour des articles courts et introductifs et efficaces, nous vous recommandons :

Richard Monvoisin

Saurez-vous décrypter le message codé dans ces lapsus fasciaux incontrôlables ?CorteX_homme_fou_non_superstitieux CorteX_Femme_qui_cache_qqchose CorteX_homme_loucheCorteX_Hamlet_GaillardCorteX_Eli_Wallach(La dernière image est celle d’Eli Wallach, alias « Tuco », dans « Le bon, la brute et le truand », de Sergio Leone, décédé le 24 juin 2014, pendant la mise en ligne de cet article)

Notes:

  1. PPrama, l’infolettre de la préfecture de police de Paris (PP) n° 197, 11 janvier 2012, à découvrir ici http://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/data/flippinBook/pprama/pprama_annee_2012/index.html.