Les animaux dénaturés, de Vercors

cortex_animaux_denatures Découverte remarquable que m’a fait faire l’ami biologiste Cyrille Barrette : un conte philosophique, sous la forme d’un procès « anthropologique » digne de la controverse de Valladolid, avec tous les dilemmes moraux possibles gravitant autour du leitmotiv central de l’ouvrage, que je vous livre sans en déflorer le contenu : y a-t-il une définition de la nature de l’Humain ?

Je ne connaissais de Vercors (pseudonyme de résistant de Jean Bruller) que Le silence de la mer, souvenir vague de mon adolescence. Mais cet ouvrage, « les animaux dénaturés » est un incontournable de la réflexion critique. Il aurait pu être écrit aujourd’hui, tant les questions posées sont solides, épaisses, coriaces. Tout y passe, des origines communes aux simiens, de la différenciation psychologique, physiologique, anthropologique, métaphysique : Vercors fait montre d’une maîtrise rare des enjeux de la théorie de la sélection naturelle de Darwin qu’on trouve chez bien peu de nos contemporains, alors que lui traite de ça en 1952.

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Jean Bruller, alias Vercors

Ayant lu le livre annoté de Cyrille, j’ai eu le plaisir de découvrir ses coups de cœur et ses quelques bémols, rares – et pourtant, Cyrille a passé sa vie à l’étude comparée des mammifères. Je me suis retrouvé en lisant l’histoire de ce roman-procès un peu comme devant le film de Stanley Kramer Inherit the wind (le procès du singe) (1960), avec Spencer Tracy, ce qui me reste de cheveux balayé par le souffle violent de l’histoire des sciences biologiques.

Une phrase m’a marquée, page 130 de l’édition de poche, valable aussi bien pour les camarades qui bossent sur l’éthique animale que sur l’éthique extraterrestre ou sur l’Intelligence artificielle :

[Entre humains et non humains,] où fera-t-on passer la limite ? Où les plus forts le voudront.