CorteX_Raymonde_Litalien

Géographie déviée par la religion – Cartographie et religion au XVIe siècle

Nous cherchions depuis quelque temps des éléments d’esprit critique faciles en rapport avec la géographie  Il y aurait bien sûr toute une littérature à éplucher sur l’archéofiction, les traces de l’Atlantide, de Mu, ou sur les cartes extraordinaires comme celles de Piri Reis.  Mais hors des sentiers de l’étrange, voici quelques extraits radios pouvant servir pour un enseignant de géographie à montrer que la composition des cartes n’est pas toujours exempte du cadre idéologique qui l’entoure, avec l’exemple à l’appui de l’Amérique.
Ceci est un appel pour tout-e géographe qui souhaiterait nous fournir d’autre matière.

Ce qui suit est un découpage à peine complété de l’excellente émission La Fabrique de l’Histoire par Emmanuel Laurentin, qui a pour invités  l’historienne Raymonde Litalien et le professeur de littérature en Sorbonne Franck Lestringant.CorteX_Lestringant

Puissent-ils nous pardonner d’en avoir reproduit quelques morceaux.

  • Histoire « sexiste » du nom d’Amérique, offert à Amerigo Vespucci – sans se poser la question du nom « natif ».

E. Laurentin commence par lire un extrait du texte tiré du chapitre 9 du livre de Martin Waldseemüller, Universalis Cosmographiæ, «Introduction à la cosmographie avec quelques éléments de géométrie et d’astronomie nécessaires à l’intelligence de cette science, ainsi que les quatre voyages d’Amerigo Vespucci et la reproduction du monde entier tant en projection sphérique qu’en surface plane, y compris les régions que Ptolémée ignorait et qui n’ont été découvertes que récemment…» 1507, Saint-Dié.
Commentaires de Franck Lestringant

(1mn26)

Télécharger là.

Le texte :

«Nunc Vero et hae partes (Europa, Africa, Asia) sunt latius lustratae, et alia quarta pars per Americum Vesputium (ut in sequentibus audietur) inventa est, quam non viecto cur quis jure vetet ah Amerigo inventore, sagacis ingenii viro Amerigen quasi Americi terram, sive Americam dicendam : cum et Europa et Asia a mulieribus sua sortita sint nomina. Ejus situm et sentis mores ex bisbinis Americi navigationibus quae sequuntur liquide intelligidatur».

Traduction :  

« Aujourd’hui ces parties de la terre (l’Europe, l’Afrique et l’Asie) ont été plus complètement explorées, et une quatrième partie a été découverte par Amerigo Vespucci, ainsi qu’on le verra plus loin. Et comme l’Europe et l’Asie ont reçu des noms de femmes, je ne vois aucune raison pour ne pas appeler cette autre partie Amerigé c’est-à-dire terre d’Amerigo, d’après l’homme sagace qui l’a découverte. On pourra se renseigner exactement sur la situation de cette terre et sur les coutumes de ses habitants par les quatre navigations d’Amerigo qui suivent ». (Merci à Jean-Pierre Urvoy, Herodote.net).

Cosmographie

  • Résistance de la cartographie biblique

L’Amérique est considérée longtemps comme un archipel d’îles avant d’être représenté comme un tout à partir de Verazzano. Avant cela, pas de continent, car il y a une résistance de la représentation biblique « en trèfle » de la planète – le monde étant divisé entre les trois fils de Noé.

Explication de Raymonde Litalien : 

(1mn33)  Télécharger

Complément de Franck Lestringant :

(0mn58) Télécharger

II faudra attendre Mercator en 1538 pour ancrer définitivement le nom Amérique.

  • Toscanelli et les hémisphères « supérieur » et « inférieur »,  conception de l’Orient en haut, où se lève le soleil, Occident en bas séjour des morts.

On comprend ainsi que la représentation de la carte du monde obéit à des règles implicites, comme situer le haut du bas, et quel centrage choisir (en l’occurrence, dans de nombreux atlas de l’époque, on place Jérusalem au centre de la croix christique).

Carte christique de Toscanelli

 (3mn12) Télécharger

Pour l’anecdote, sachons que fut l’objet d’un long débat en 1945 le positionnement de la mappemonde dans le logo de l’ONU (Organisation des Nations Unies), afin de récuser le positionnement arbitraire des États-Unis pile au centre.

(1mn33) Télécharger

Drapeau de l'ONU en 1945

Drapeau de l'ONU en 1947

Source : P. Gelinet, France Inter, 2000 ans d’Histoire, narré par Yves Berthelot, 6 décembre 2010.

 

  • Hypothèses ad hoc : un quatrième continent, alors qu’il n’y a que trois fils de Noé ?

Commencent alors les hypothèses ad hoc, crées de toutes pièces pour faire coller les découvertes à la religion. Des phéniciens à la 10ème tribu d’Israël, des frères vénitiens Nicolò et Antonio Zeno, l’histoire de Saint-Brandent, les Islandais, Jean Cousin, les Chinois (qui auraient découvert l’Amérique vers 1421) et les Vikings qui l’auraient découverte au VIIIe siècle. Mais peut-on prétendre découvrir l’Amérique quand des populations vivaient dessus ?

(12mn16) Télécharger

Et l’on relève avec Anaïs Kin qu’on parle à l’époque non pas de géographe, mais de « cosmographe », terme théologique par définition, mais pas exempts de conflits d’intérêt.

Et dans la manière de positionner les lignes de démarcation, les Moluques, grand enjeu économique pour ses épices, entrent sous influence soit des Portugais ou des Espagnols. Ainsi, la délimitation cartographique devient un enjeu impérialiste et de réunification du monde « chrétien ».

On cherchera alors dans le nouveau continent les origines du monde et le Paradis, corroborées par le fait de trouver des humains nus comme aux tous premiers temps. Paradis que trou

Colomb, d’ailleurs, aux sources de l’Orénoque, qu’il dessinera à la pointe d’un « sein » de femme dans une représentation cartographique en poire de la planète.

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Le sein de Christophe Colomb

 (2’25) Télécharger

  • Concordisme

Tout le monde n’a pas vu d’un bon œil l’affranchissement de la cartographie de la coupe théologique, aussi certains durent en quelque sorte « tortiller » et faire du concordisme, comme Mercator qui fait précéder son atlas de Méditations cosmographiques portant sur la genèse, tentant de réconcilier la cartographie avec l’Écriture sainte.

 (1mn16) Télécharger

Cela n’est pas sans nous rappeler ce dessin de Sack :

Terre plate

Assez pour aujourd’hui sur la leçon de biologie à propos du « Dessein Intelligent »,

et passons à la « Géographie Intelligente ».

RM

Physique – Parler d’énergie en cours de physique-chimie

Dans ce TP/Exercice nous décrirons comment parler d’énergie en cours de physique-chimie. Nous évoquerons également les risques liés à son utilisation parfois abusive, notamment au niveau de ses interprétations pseudo-scientifiques.

Le concept d’énergie est introduit dès la classe de 3e de façon qualitative et quantitative (calcul de l’énergie cinétique et électrique), étude qui sera prolongée et approfondie au lycée. Comme beaucoup de termes, l’énergie est un mot polysémique car utilisé dans deux cadres distincts : les sciences et la vie de tous les jours. D’où un certain nombre de confusions et d’interprétations, la plupart du temps sans conséquences, mais pouvant donner lieu parfois à des abus et autres dérives pseudo-scientifiques (à des fins fallacieuses ou mercantiles donc).

Il est alors primordial de bien clarifier les choses lorsque l’on introduit ce concept, notamment en collège mais également au lycée lorsqu’il s’agit de remettre les élèves à jour. Pour cela, on peut par exemple faire un cours spécifique de présentation du concept, sachant qu’il va guider toute l’année de troisième. Lors de cette introduction, il faudra avoir en tête l’ensemble des sens que l’on peut prêter au mot « énergie ». Pour y parvenir, Stanislas Antczak et Julien Pinel proposent le document suivant (télécharger) à leurs élèves de première scientifique. Il pourra bien entendu être adapté (au niveau du vocabulaire) pour des collégiens mais l’important réside dans la différenciation faite entre les quatre acceptions données : 1/ un sens scientifique, 2/ un sens utilitaire, 3/ un sens commun, 4/ un sens pseudo-scientifique.

On peut également proposer un travail préparatoire pour faire émerger les conceptions des élèves avant de les clarifier : demander de rédiger une dizaine de lignes sur ce qu’ils entendent (d’après eux) par « énergie ». Ce moyen permettra à coup sûr de retrouver au moins trois des quatre catégories ci-dessus. En effet, l’énergie au sens n°1 sera difficilement décelable dans les réponses des élèves.

  • Pour illustrer le sens n°4, le sens pseudo-scientifique, on pourra proposer deux exemples. Le premier en visionnant le document suivant :
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=mWSxt6YoKAw]

(En cas de problème de lecture, utiliser ce lien. À télécharger ici ou . Ne pas hésiter à relancer le téléchargement pour obtenir la vidéo en entier)

La vidéo s’intitule « L’énergie en question ». Les élèves seront alors interrogés sur le sens que sous-entend ce titre. Certains propos tenus par la suite (sur les champs électromagnétiques – EM – « non naturels » et leurs dangers) ne sont pas étayés et demanderaient un temps de discussion et d’approfondissement critique important, ce qui n’est pas le but de ce visionnage. Mais la présentatrice prétend également que notre corps « consacre beaucoup d’énergie [pour lutter contre ces champs] et enchaîne « Et pour mettre en évidence ce phénomène, notre équipe de tournage s’est rendue au sein d’une famille et a soumis les membres de cette famille à plusieurs tests afin d’estimer la perte d’énergie. » Quel sens est utilisé ici ? Visiblement plusieurs : on mélange le concept scientifique (l’énergie qui se mesure) avec le sens commun (être en forme ou pas) mais également avec le sens pseudo-scientifique quand il est question d’ « estimer la perte d’énergie » due à une action néfaste des champs EM. On sent par cette phrase toute l’ambiguïté et la confusion sur laquelle joue le discours utilisé : nous aurions de l’énergie et celle-ci serait perdue (comment ?) par la supposée influence des champs EM qui nous entourent. Certes notre corps est plein d’énergie (sens scientifique) mais on ne parle jamais en science de perte d’énergie de cette façon. On pourra enchaîner avec l’exemple suivant pour faire comprendre à quoi renvoie ce genre de formulation.

Dans la suite de la vidéo, le reporter va tenter d’illustrer cette « perte d’énergie » avec un soi-disant test de résistance, soulignant une nouvelle fois la confusion entre les différents sens du mot. La suite de la vidéo est surtout un exemple admirable pour illustrer les défauts de base à ne pas reproduire lors de la mise en place d’un protocole expérimental rigoureux (sur ce point, on pourra consulter cet article).

  • Un autre exemple à la mode (2010-2011) : le bracelet power balance.

Voici un descriptif que l’on peut trouver sur certains sites (ici par exemple) vendant ce produit :

Power-Balance est une technologie qui utilise un hologramme programmé avec des fréquences qui réagissent positivement avec les champs énergétiques du corps humain.
Le corps humain, comme les roches, les minéraux, certains aliments et de nombreuses autres choses dans la nature, génèrent de l‘énergie électromagnétique. Ce sont ces fréquences électromagnétiques qui intéragissent avec le corps humain.La fréquence idéale pour un fonctionnement optimal du corps humain est la « Schuman Resonating frequence » (RSF), elle est de 7.8 hertz.  Certaines fréquences agissent positivement et d’autres, dues par exemple aux GSM, au stress, aux maladies agissent négativement.
Le but de Power Balance est de rééquilibrer le flux énergétique du corps humain et de l’optimiser grâce à l’hologramme contenu dans le bracelet qui est encodé avec des fréquences réagissant positivement avec le champ électromagnétique du corps.  Lorsque l’hologramme est en contact avec le champ énergétique du corps humain, il permet à votre corps d’interagir avec la fréquence stockée et donc d’optimiser le flux énergétique . Tout cela apporte une amélioration de votre force, de votre équilibre et votre souplesse..

De nombreux sportifs tels que le golfeur Tiger Woods, le basketteur Shaquille O’Neil, le pilote de F1 Rubens Barrichelo, le surfer Andy Irons, et bien d’autres grandes stars ont déjà adopté ces bracelets qui grâce à leur technologie, améliorent la force, l’équilibre, la précision et la souplesse…

Idéal pour une utilisation dans la vie quotidienne et la pratique sportive.
Prix unitaire 34,90€
 

En fait, tout dans ce texte serait à surligner. Mais en se concentrant uniquement sur le terme énergie, on voit qu’il est utilisé sans précaution, sans véritable signification objective (qu’est-ce que le champ énergétique du corps humain ??!), bref, dans un sens pseudo-scientifique car faisant office de verni scientifique pour justifier une soi-disant efficacité. Utilisé ainsi, c’est un mot Canada Dry : « ça ressemble à de la science, ça a le goût de la science, mais ce n’est pas de la science… »

On pourrait se poser les mêmes questions sur les mots « hologramme », « fréquence », « flux », « champ » dont la signification est très précise en science et qui sont utilisés dans ce texte sans aucune précaution, jetés à la figure du lecteur pour l’éblouir et, sans doute, le rendre aveugle…

Cet effet impact, utilisé notamment avec des termes scientifiques, est très puissant et fait souvent office de diversion quand il faudrait, avant toute tentative d’explication, vérifier si ce produit est réellement efficace, s’il a les effets qu’il annonce. Sur ce point comme pour le reste, on pourra consulter cet article de l’AFIS.

Denis Caroti
Note : ce tp a été testé plusieurs fois en 1ère S, par Stanislas Antczak et par Julien Pinel, devant une classe d’env. 30 élèves, sous forme de séquence d’introduction d’une demi-heure sur l’énergie. 

Graphiques, attention aux axes ! Par Nicolas Gauvrit

Le mathématicien Nicolas Gauvrit nous offre du matériel pédagogique « prêt-à-l’emploi », dont l’épisode 1 déconstruit quelques mensonges graphiques, notamment sur les axes.
Pour voir les autres ressources pédagogiques de Nicolas Gauvrit, cliquez ici .

Épisode 1 : Graphiques, attention aux axes !, par Nicolas Gauvrit

Télécharger l’épisode


Note de Guillemette Reviron : lorsque j’ai présenté ce travail de Nicolas Gauvrit au printemps 2011 à un public de travailleurs sociaux, un membre de l’assemblée – que nous remercions – m’a signalé cette séquence du JT de 20h (le 20 Janvier 2011 sur TF1) : Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur à l’époque, venait présenter l’évolution des chiffres de la délinquance et avait préparé pour cela un beau graphique.

  

[dailymotion id=xkzuzk]
 

Après avoir vu la vidéo de Nicolas Gauvrit, cela saute aux yeux : il manque l’axe vertical, celui qui contient toute l’information ; sans parler du titre, particulièrement vague. Le graphique du ministre ne veut tout simplement rien dire.


Cet extrait peut être utilisé de la manière suivante :
– projection de l’extrait du JT
– projection du cours de Nicolas Gauvrit
– nouvelle projection de l’extrait



Voici une autre illustration de l’impact que peut avoir le choix d’une échelle sur un graphique, tiré du Petit Journal du 29 Novembre 2011 (Canal Plus). Merci à Frantz Diguelman de me l’avoir signalé après avoir assisté à un de mes ateliers sur l’usage des chiffres dans les médias.
 
 
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=CwkfDWWYJBs]
 
Les graphiques :
 
 
CorteX_Chiffre_chomage_comparaison_graphique_Le_Petit_journal_29_11_2011_image2CorteX_Chiffre_chomage_comparaison_graphique_Le_Petit_journal_29_11_2011_image3CorteX_Chiffres_chomage_comparaison_graphique_Le_Petit_journal_29_11_2011_Image1
JT – 20h – France 2JT – 20h – France 3JT – 20h – TF1
Guillemette Reviron
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Mathématiques et Statistiques – Matériel de cours de Nicolas Gauvrit

Le CorteX a l’immense privilège de mettre disposition le matériel de cours de Nicolas Gauvrit, en format vidéo s’il-vous-plaît !

Mais qui est Nicolas Gauvrit ? Mathématicien, il enseigne à l’université d’Artois et fait partie du groupe européen de psychologie mathématique (EMPG). Il tient le blog Psymath et est l’auteur d’une floppée de bouquins, dont

  • Statistiques. Méfiez-vous ! Paris : Ellipses (2007).
  • Vous avez dit hasard ? Entre mathématiques et psychologie. Paris : Belin/Pour la Science (2009).

et les deux petits derniers

  • Quand les nombres font perdre la boule. Numérologie et folie des grandeurs. Nice : Book-e-Book (2009)
  • avec Jacques Van Rillaer, Les psychanalyses. Des mythologies du XXIème siècle ? Nice : Book-e-Book. (2010)

Il nous propose ici ses vidéos spéciales CorteX directement utilisables en cours par des enseignants.  En libre service. Merci à lui !

Naturel_chimique_complet

Chimie – Naturel, chimique, artificiel, synthétique

Le but de ce cours est de clarifier des notions complexes, le plus souvent mal maîtrisées et liées à des idées reçues sur le concept de nature ou naturel.
Ce cours a été présenté en classe de 3ème (physique-chimie), dans la partie A du programme : La chimie, science de la transformation de la matière. Sous-partie A2 : Synthèse d’espèces chimiques. Pré requis : notion d’atome, ion, molécule.

1.     Quelques rappels

Définitions :

– Un ensemble d’entités moléculaires, ioniques ou atomiques identiques constitue une espèce chimique.

– L’entité de base de l’espèce chimique est elle-même constituée à partir de la centaine d’éléments chimiques décrits dans la classification périodique de Mendeleïev.

– Toute espèce chimique possède un nom et peut être représentée par une formule ou un symbole.

– Une espèce chimique possède des propriétés physiques et chimiques intrinsèques comme la température de changement d’état, la densité ou la solubilité.

– Une espèce chimique peut être reconnue en utilisant (à bon escient) les cinq sens ou en effectuant des tests de caractérisation.

  • Exemple 1 : l’eau est une espèce chimique constituée de molécules identiques appelée molécule d’eau H2O
  • Exemple 2 : le chlorure de sodium (sel de cuisine) est une espèce chimique.
    Il n’a pas une structure moléculaire mais une structure ionique. On le représente aussi par une formule chimique NaCl qui n’a pas la même signification que celle de la molécule d’eau. Le chlorure de sodium est un cristal. Il est formé d’un assemblage compact et ordonné d’ions chlorure et d’ions sodium. La formule du chlorure de sodium est une formule statistique. Elle traduit le fait que dans le cristal, il y a autant d’ions chlorure que d’ions sodium (1Na+ pour 1 Cl).
  • Exemple 3 : le fer est une espèce chimique atomique constituée d’atome de Fer de formule Fe.

2.     Démarrer le cours

On peut démarrer ce chapitre par une sorte de jeu qui consiste à écrire un (ou plusieurs) mot au tableau puis à demander aux élèves, sans parler, de venir écrire le premier mot qui leur est venu à l’esprit. Les manières de procéder sont multiples mais de façon générale et simple, on fait passer le feutre entre les élèves et chacun peut écrire ce qu’il veut (pourquoi pas deux ou trois fois).

Le but de cette introduction est de mettre sur la table les idées des élèves liées aux mots introduits.

En principe, j’écris les mots naturel et chimique. Les résultats sont toujours à peu près les mêmes : il ressort bien souvent qu’on associe chimique à dangereux, artificiel, produits toxiques, etc. alors que naturel se voit gratifier de bon, bien, normal, bio, sauvage, végétal, terre, etc. On engage alors la réflexion sur la signification de ces termes, dans le langage de la vie quotidienne et dans langage scientifique.

Mais pour entrer dans le débat, il faut faire attention et bien maîtriser les concepts. En effet, il m’est arrivé, les premières fois où je proposais ce cours, de me planter assez lourdement : autant la définition de chimique est aisée, autant celle de naturel peut poser problème. Par exemple, si l’on définit naturel comme « ce qui existe dans la nature sans intervention de l’espèce humaine », on se retrouve vite devant des questionnements du type : « mais alors, si un chimpanzé construit un abri avec des morceaux de bois, c’est naturel mais pas si c’est un bûcheron canadien ? » ou « L’abeille qui fabrique du miel dans une ruche (placée là par l’apiculteur), ce n’est pas naturel alors ? »

Devant ces difficultés, il est important de préciser les expressions employées en ayant en tête quelques pistes pour discuter : il faut par exemple éviter de parler de « ce qui est naturel » ou de « la Nature » au sens large car cette notion ne signifie pas grand-chose (voir TP Nature). Je préfère alors utiliser le terme de « réalité » pour désigner tout ce qui existe, nous y compris. En effet, pour beaucoup la Nature est synonyme de ce qui est extérieur à l’être humain, non altéré. Ne revenons pas sur l’étrange chose qui ferait de l’Homme un être hors nature : nous faisons partie de la réalité et ce fait est difficilement discutable.

Mais ce concept du « naturel » renvoie à nombre de dérives, tels le racisme ou toute forme d’extrémisme idéologique, et c’est là que résident les écueils majeurs. Le problème n’est pas de vouloir définir une réalité non modifiée par l’Homme mais plutôt de vouloir lui donner des vertus particulières : il serait « normal », et donc « bon », d’être en accord avec « La Nature », donc pas de mariage ou d’enfants adoptés pour les homosexuels, pas de fécondation in vitro, pas d’avortement, pas de préservatif, pas de clonage, pas d’OGM et si l’on va plus loin, pas de substances artificielles, donc pas de plastique, pas d’ordinateur, pas vêtement synthétique, pas de papier, pas de ruches, pas d’agriculture, pas de feu, bref, retour à l’homo primitus naturalis (oui, j’invente) qui cueillait des plantes et mangeait du mammouth cru (oui, bon, j’exagère un peu). Attention, le but ici n’est pas de dire que toutes ces pratiques sont équivalentes et sont forcément à promouvoir ou à utiliser sans vigilence, réflexions, ou contrôle : ceci relève d’un autre débat. Non, le but est de mettre le doigt sur la confusion largement acceptée et qui assimile automatiquement tout produit qualifié de naturel en sacré, authentique, traditionnel, immuable, dans l’ordre des choses, etc. Tout débat sur ces thèmes devrait dès lors se détacher des idées reçues concernant cette fameuse Nature bonne et bienveillante.

Voilà pourquoi les définitions mentionnées ci-dessus deviennent primordiales pour la suite. En effet, on pourra définir que toute espèce chimique non créée/inventée par l’être humain est une espèce chimique naturelle (sans pour autant supposer qu’elle ait des qualités supérieures à d’autres, ou qu’elle soit dans un certain « ordre des choses »). Plus précisément, c’est l’entité de base de cette espèce (atome, molécule, ion) qui est naturelle si elle existe indépendamment de toute création/invention humaine. Évidemment, on peut objecter à cela le coup du chimpanzé : et si un jour un de ces primates arrive délibérément à fabriquer une espèce chimique inconnue ? Eh bien la définition changera !

Parler d’espèces chimiques permet d’éviter de confondre avec des termes comme objet, matière, substance, mélange, etc. En effet, une substance contient plusieurs espèces chimiques. Du coup, la question « Une épée en fer est-elle naturelle ? » n’a pas de sens car il faudrait alors préciser quelles sont les espèces chimiques qui la constituent. « Du jus d’oranges pressées est-il naturel ? » Oui, si les espèces chimiques le constituant sont naturelles (et pourtant il y a eu pressage par une main humaine !)

3.     Le cours

Ces précisions étant faites, il est temps de clarifier le plan du cours. Je n’ajoute pas de numérotation, chacun étant libre de procéder comme il le souhaite. Cette façon de faire est celle que j’utilise, mais n’est pas figée :

– Tout d’abord, définir le terme chimique : il est connoté péjorativement dans le langage quotidien, associé à danger, pas naturel, toxique. Mais en réalité, chimique signifie l’ensemble des éléments qui constituent la matière : les atomes, molécules, ions, etc. Comme je dis aux élèves : tout est chimique ! J’aime beaucoup ce passage car les élèves se prennent au jeu et me proposent toutes sortes d’objets, matières, substances : « Mais monsieur, donc l’air/l’eau/les fruits/etc., c’est chimique ??? » Je pose alors toujours la même question : de quoi sont-ils/elles constitué(e)s ? D’atomes ? De molécules ? D’ions ? Oui ! Donc… ils/elles sont chimiques ! C’est un moment important car il permet aux élèves de revenir sur ce qu’est la matière, et de quoi elle est constituée, conception qui a parfois du mal à être bien digérée.

– Ensuite, il faut préciser ce que l’on entend par espèce chimique : un ensemble d’entités moléculaires, ioniques ou atomiques identiques constitue une espèce chimique. Par exemple, la substance que l’on nomme « eau » désigne un ensemble de molécules identiques appelées  molécules d’eau et a pour formule H2O. C’est une espèce chimique. Parfois je rappelle aux élèves  que l’eau provenant de n’importe quel endroit sur Terre, du pôle Nord à la Méditerranée, n’est jamais pure : c’est toujours un mélange de plusieurs espèces chimiques. On peut également parler du fer qui est une espèce chimique atomique constituée d’atomes de Fer de symbole Fe.

– Puis on définit une espèce chimique naturelle : toute entité – morceau de base – (molécule, atome, ion) de l’espèce chimique ou bien l’espèce chimique elle-même non créée/inventée par l’être humain est une espèce chimique naturelle. Avec les élèves, on peut se passer de tous les détails (entité ou espèce) et se contenter de « toute espèce chimique non créée par l’être humain ». On utilisera le terme de substance naturelle dans le cas d’un mélange d’espèces chimiques naturelles. Je donne cet exemple en général : si un extraterrestre débarque avec de l’eau pure de la planète Melmac (gloire à Alf) et qu’il la pose dans un verre à côté d’une carafe d’eau pure provenant de la Terre, les deux sont identiques et naturelles. Autre exemple : si j’ajoute du jus d’oranges pressées avec du jus de citrons pressés, j’obtiens une substance naturelle, même s’il y a intervention humaine.

– On peut alors revenir sur les idées reçues évoquées dans le jeu au tableau. Par exemple, tout ce qui est naturel est-il forcément bon ? Les exemples sont fournis en pagaille grâce à toutes les substances naturelles présentent dans les poisons, venins et autres acide sulfurique, chlorhydrique, fluorhydrique que la « Nature » nous fournit. Le pétrole est typiquement un moyen de faire comprendre qu’une substance naturelle n’en est pas pour autant « bonne » à rejeter n’importe où.

– Un dernier écueil : il faut en outre éviter de définir naturel par  « présent dans la Nature », le concept de Nature étant lui-même flou : on trouve du plastique dans la « Nature ». Est-ce pour autant naturel ? (voir ci-desus)

Ces étapes franchies, on peut passer aux suivantes. Il nous reste en effet à introduire et définir les termes artificiel et synthétique.

– Des paragraphes précédents, on déduit qu’à l’opposé des espèces chimiques naturelles, il existe des espèces chimiques qui sont créées, inventées par l’être humain (à l’aide de transformations chimiques). On les nomme espèces chimiques artificielles. On peut alors les mélanger entre elles (ou avec des substances naturelles) et obtenir des substances artificielles. Eh oui, du moment qu’une substance contient des espèces chimiques artificielles, elle sera considérée comme artificielle. Des exemples peuvent être donnés : tous les polymères (plastiques, nylon) dérivés du pétrole, des arômes (éthylvanilline), des médicaments (aspirine), des atomes (einsteinium), etc. Attention là aussi aux termes utilisés : au départ, je ne faisais pas vraiment de nuances et j’employais des verbes comme « créer », « fabriquer », « inventer », « produire », « préparer » indifféremment. Or c’est très important de faire la distinction entre créer/inventer et fabriquer/produire/préparer. Les premiers s’appliquent aux espèces artificielles spécifiquement (notion de donner existence à) alors que les seconds s’appliquent aux espèces synthétiques (notion de mise en œuvre technique, voir paragraphe suivant).

– On introduit donc enfin la notion d’espèces chimiques de synthèse (ou synthétiques). Celles-ci proviennent tout simplement d’une transformation chimique opérée par l’être humain. Elles peuvent donc être artificielles ou naturelles.  Les premières sont crées/inventées, les autres copiées. J’aime bien donner l’exemple de l’eau, que l’on peut synthétiser (au sens de copier dans ce cas) de diverses manières, comme en faisant réagir du dioxygène avec du dihydrogène (2H2+O2 = 2H2O). L’eau obtenue est une espèce chimique de synthèse naturelle (= copie) mais totalement identique et indiscernable d’une molécule d’eau sortie d’une rivière au Canada. On peut multiplier les exemples en présentant quelques molécules aux propriétés diverses que l’être humain a reproduit à l’identique, notamment tous les arômes des fruits : la vanilline peut être utilisée à ce moment du cours ; c’est une molécule présente dans les gousses du vanillier mais que l’on synthétise aussi à partir du clou de girofle, de la lignine du bois ou de la pulpe de betterave.

Pour résumer, voici un schéma que je trouve intéressant et que les élèves comprennent plutôt bien. Je le construis avec les élèves (voir ci-dessous) et, à mon avis, c’est indispensable pour qu’il soit bien assimilé :
Naturel_chimique_complet
Voici les commentaires associés et l’ordre dans lequel je bâtis ce schéma :
1. Il existe des espèces chimiques (pointillés) :
chimique
2. Parmi celles-ci, certaines sont naturelles (bleu) et d’autres artificielles (rouge) :
naturel
3. Les espèces chimiques artificielles sont forcément inventées/crées par l’être humain, mais on sait également copier des espèces chimiques naturelles : elles forment l’ensemble des espèces chimiques de synthèse (vert hachuré) : toute espèce chimique fabriquée (obtenue par transformations chimiques) par l’être humain est alors nommée synthétique:
naturel_chimique_mini
On peut également résumer sous forme de phrases :

– Il existe des espèces chimiques naturelles que l’on sait copier : ce sont des espèces chimiques de synthèse.

– Il existe des espèces chimiques qui sont crées par l’être humain : ce sont des espèces chimiques de synthèse artificielles.

4.     Une vidéo à décortiquer

En fonction du temps dont vous disposez, je trouve intéressant de diffuser un document vidéo tiré de l’émission Envoyé Spécial (France 2) intitulé : Vanille, aux sources du goût (si le téléchargement s’arrête, le relancer pour obtenir la vidéo en entier). On peut y décortiquer les propos des journalistes et des personnes interrogées et les comparer aux informations données dans le cours.
La vidéo ci-dessous commence à la dix-huitième minute :

Voici un « décorticage » possible :

– Le début du documentaire présente la culture de la vanille à Madagascar.

18’ (0′) Le journaliste parle de vanilline naturelle comme principal composant de la vanille. Il ajoute ensuite qu’il existe de la vanilline synthétique fabriquée par l’industrie chimique. Les industriels feraient passer cette dernière pour de la vraie vanille. On peut s’étonner ici qu’il ne soit à aucun moment précisé que les deux molécules sont parfaitement identiques et que seul le mode de fabrication est différent. On note également l’amalgame fait entre synthétique et industrie chimique, pas que cette relation soit fausse, mais simplement parce qu’elle est connotée péjorativement dans le langage de la vie quotidienne. Enfin, dire que les industriels font passer la vanilline pour de la « vraie vanille » ne veut rien dire. Il faudrait dire que les industriels utilisent les étiquettes (images de gousses ou fleurs de vanilles et appellations) et peuvent ainsi induire le consommateur inattentif en erreur, persuadé qu’il va trouver de la vanille (inutile de dire vraie, personne de sait faire de la fausse vanille) dans son yaourt. Par contre, on peut faire réfléchir les élèves sur la suite du reportage qui pointe la législation sur les appellations (saveur vanille, goût vaille, arôme vanille = vanilline synthétique). A ce moment, je précise aux élèves que si la vanilline présente dans ces yaourts était issue de l’extraction des gousses de vanille (ce qui serait idiot car inutile : on sait faire la même chose pour beaucoup moins cher !), il n’y aurait aucune différence, ni sur le goût, ni sur la composition. C’est assez difficile à comprendre pour les élèves car pour eux, les deux ne doivent pas être identiques : elles ne sont pas obtenues de la même façon ! N’oublions pas qu’en procédant à l’extraction sur des gousses de vanilles, on obtient plusieurs centaines d’arômes ce qui ferait une grande différence dans nos yaourts ! Mais là n’est pas la question, et j’insiste vraiment sur la parfaite copie obtenue par synthèse.

19’50 (1’50) Le journaliste évoque le prix de revient de la vanilline chimique et naturelle. On peut, là aussi, faire réagir les élèves qui savent dorénavant que l’expression « vanilline chimique » ne veut rien dire puisque « tout est chimique ». Qu’aurait-on dû dire ? Vanilline synthétique et vanilline naturelle pardi !

20’15 (2’15) On entend parler « d’arôme naturel ». J’arrête alors la vidéo et je pose la question aux élèves : qu’est-ce que cela peut être ? En général, ils répondent que c’est de l’extrait de vanille. Eh bien non ! C’est une catégorie d’ingrédients aromatisants d’origine biotechnologique… ! L’explication suit : ce serait une technologie utilisant « des produits naturels qui n’ont rien à voir avec la gousse de vanille ». On peut déjà discuter des termes « produits naturels », le journaliste précisant que la vanilline est obtenue à partir de pois, betterave, riz, bref, « plus rien de chimique ». Il faut là aussi rebondir sur ce terme connoté : on sous-entend que la vanilline obtenue par les industriels « classiques » serait faite à partir de produits chimiques, donc mauvais, dangereux, polluants, etc.

21’08 (3’08) Le journaliste pose la question à l’exploitant : « c’est quoi la différence entre la vanilline d’origine biotechnologique et la vanilline de synthèse » Avant de commenter la réponse, le journaliste utilise encore des termes inadéquats car les deux vanillines sont synthétiques. Le patron répond : « la différence réside dans le mode de fabrication. » Il parle de « catalyseurs chimiques » opposés aux « catalyseurs biologiques ». Le journaliste ajoute « en clair, l’une vient de la chimie, l’autre de la biologie ». Si la différence de forme justifie ce genre de précisions, il est vraiment important de faire comprendre que dans chaque cas, ce sont des transformations chimiques qui sont responsables de la synthèse ! Sauf que dans le cas des biotechnologies, cela passe par l’intermédiaire d’enzymes. Heureusement, le journaliste précise : « au bout, aucune différence », ce qui est exact. La question est alors posée « mais alors, pourquoi payer plus cher pour la fabriquer ? » Simplement car elle bénéficie de l’étiquetage « arôme naturel », ce qui, d’après l’exploitant, est très demandé par les consommateurs qui « veulent du naturel ». On doit alors vraiment insister sur la non différence entre les deux formes de vanilline.

22’10 (4’10) Sans trop de rapport avec le débat naturel-chimique, on entend parler de l’importance de la vanille auprès des enfants prématurés pour lesquels on diffuse des effluves de vanille pour les soulager ou les aider à mieux respirer. Un chercheur au CNRS précise que les enfants présentent les signes d’un état amélioré grâce à la vanille. Le problème vient du commentaire du journaliste qui pose les questions : « Sommes-nous prédisposés à aimer ce parfum ? Possédons une attirance inscrite dans nos mémoires collectives, au plus profond de nous même ? » Si la première partie peut être comprise comme un lien avec la génétique, la seconde a des allures de pensée magique aux relents ‘newageux’ : qu’est-ce donc que la mémoire collective d’un nouveau-né ? Nous n’aurons pas de réponse du journaliste. Mais le meilleur est pour la suite : on s’attend à ce que le journaliste enquête au sein d’instituts de recherche en génétique ou apparentés. Eh bien, non. C’est auprès d’un parfumeur que les réponses sont cherchées, un certain Jean-Paul Guerlain…(voir : http://www.dailymotion.com/video/xf9uc7_jean-paul-guerlain-ses-propos-racis_news

DC