La science (5) – Base d'entraînement pour les enseignants qui voudraient parler de science

La science – épisode 5


Oups, je veux retourner au début  !

La question N°4 était :

Soit. Pourtant, même les scientifiques nous disent qu’il n’y a pas de « méthode » à proprement parler, en tout cas pas de définition unique de cette méthode. Ne trouvez-vous pas cela gênant pour une démarche qui se veut efficace ?

On parle de deux choses différentes. Il n’y a pas de méthode pour découvrir des choses. Ca peut se faire par hasard, comme les Corn Flakes de John Kellog et son frère (c’est du moins ce que raconte Kellog au dos de la boîte). On peut trouver quelque chose parce qu’on a suivi une intuition, parce qu’on avait foi en un résultat, ou au contraire parce qu’on pensait que quelque chose était impossible et qu’on voulait en être sûr. Donc pour  trouver des choses, tout est bon ! Même mû par une religion, on peut trouver des trucs justes. Par contre, pour démontrer que cette chose découverte est juste, la méthode utilisée est commune à tous les champs scientifiques : c’est de la méthode de la démonstration rationnelle, et de l’élaboration de la preuve (ou d’un faisceau de preuves convergentes sur des sources indirectes, comme dans les sciences historiques).

En gros, ça se passe comme ça : quelle que soit notre source d’inspiration (poétique, religieuse, militante) on pose une hypothèse (« ceci va marcher comme ça », ou « il est probable que ces individus-là fassent ça dans cette situation », etc.). Puis on teste cette hypothèse, en cherchant qu’est-ce qui pourrait la contredire, de la même façon qu’un joueur d’échecs va chercher les coups que pourrait lui porter l’adversaire. Si cette hypothèse se révèle valide pour une gamme d’objets, on regarde si les objets un peu différents suivent le même comportement. Si oui, alors l’hypothèse peut devenir une thèse, qui à la longue, si elle est vraiment solide, sera appelée une loi (je sais, ce mot est un effet paillasson à lui tout seul, ça fait penser aux lois humaines, négociables, ou aux lois divines, transcendantes). Si cette loi a la même forme que d’autres lois, alors on regroupe le tout dans une théorie, toujours réfutable si on trouve un cas qui n’entre pas dedans, mais d’autant plus solide que les expériences vont la confirmer.

Pour faire simple : quel que soit le domaine, si quelqu’un affirme quelque chose, il doit apporter des éléments à l’appui de son affirmation : au mieux des preuves, et sinon, un faisceau de présomptions qui font penser que ce qu’il dit a des chances d’être vrai. Ensuite, il faut vérifier. Un exemple en physique : quelqu’un dit « tous les objets tombent ». Il prend un objet, le lache, il tombe, c’est un début de preuve. Reste à voir ensuite si tous les objets, qui ont une autre couleur, une autre forme, tombent aussi. Si c’est le cas, alors on peut penser que son affirmation est vraie. Mais attention ! C’est assez injuste, mais il suffirait d’un seul corps qui ne tombe pas, et son affirmation est foutue. Un autre exemple, en sciences humaines : quelqu’un affirme que les Femmes sont toutes coquettes par nature : Il suffira d’une seule femme non coquette pour ne plus croire en son affirmation.

En gros, la science est une méthode proposant des outils pour ne pas affirmer n’importe quoi sur le monde qui nous entoure.

Question N°5

Il n’y a pas de différence de méthode entre sciences dures et sciences humaines ?

Réponse ici !

La science (6) – Base d'entraînement pour les enseignants qui voudraient parler de science

La science – épisode 6


Oups, je veux retourner au début  !

La question N°5 était :

Il n’y a pas de différence de méthode entre sciences dures et sciences humaines ?

D’emblée, je t’encourage à oublier le terme de science dure, ou exacte, pour au moins trois raisons.

  • D’une part, les sciences dures ne sont pas toutes exactes. Exemple, en physique quantique il y a quelques imprécisions de mesure, et en météorologie, les équations divergent tellement que le résultat final est dur à prévoir.
  • D’autre part, les sciences dures s’opposeraient à quoi ? Aux sciences « molles » ? Cela laisse penser que les sciences humaines sont molles méthodologiquement, ce qui est absolument faux. C’était vrai dans les débuts de ces disciplines (la sociologie par exemple est une science qui, âgée d’à peine un siècle, peine parfois à trouver sa scientificité – mais regardons bien les débuts de la chimie, ou de la médecine, c’était pareil) et il reste quelques cas de politologie ou d’anthropologie bien molle, où de pompeux personnages enfument leur monde. Mais c’est de plus en plus rare, car ces sciences se disciplinent de plus en plus. Comme l’a montrée l’affaire Sokal, on ne peut plus faire ou dire n’importe quoi.
  • De trois : science dure, ça laisse penser que c’est rigide, insensible et indépendant du contexte socio-politico-économique. Or ça, c’est faux. On sait plus de choses sur les pathologies des Blancs que des Noirs, plus de choses sur le gland humain que sur le clitoris, on a plus de financement sur des sujets qui présentent un marché (les nanotechnologies) que sur ceux qui n’en ont pas…

Question N°6

Enfin, ce n’est pas la même chose, tout de même, de travailler avec des cailloux et d’étudier des humains par exemple…

Réponse ici !

 

26-27 mai 2011 à Grenoble – Symposium sur perméabilité cognitive, contenu non-conceptuel et réalisme

Symposium les 26 et 27 mai à l’Université de Grenoble. Contenu : pérméabilité cognitive, contenu non-conceptuel et réalisme. Si nous avons bien compris, cela part des travaux d’Athanassios Raftopoulos, traité dans son livre Cognition and Perception: How Do Psychology and Neural Science inform Philosophy? (MIT Press, 2009).
Sera-ce compréhensible ? Est-ce réutilisable à des fins d’enseignement ? Pour le savoir, autant y aller. Le symposium est ouvert à tou-tes, à la MSH (Maison des Sciences de l’Homme). Les interventions en anglais  seront hélas sans traduction.
Pour plus d’informations ou des renseignements pratiques, contactez John Zeimbekis du PLC (Philosophie, Language & Cognition). 

Programme :
JEUDI 26 MAI2.00 – 3.00 pm Athanassios Raftopoulos (Cyprus)
Late vision, phenomenal awareness and cognitive access awareness
3.00 – 3.30 pm Coffee
3.30 – 4.30 pm Pascal Engel (Geneva)
Perceptual evidence
4.30 – 5.30 pm Denis Perrin (Grenoble)
Causality and intentionality
VENDREDI 27 MAI
10.00 – 11.00 am Jonathan Lowe (Durham)
Perceptual content and realism
11.00 – 12.00 pm Costas Pagondiotis (Patras)
Cognitive impenetrability, nonconceptual content, and direct access to the world
12.00 – 2.00 pm Lunch
2.00 – 3.00 pm John Zeimbekis (Grenoble)
Cognitive impenetrability and picture perception
3.00 – 3.30 pm Coffee

3.30 – 4.30 pm Mohan Matthen (Toronto)
Five Ways Perceptual Content can be Conceptual (or Non-Conceptual)
4.30 – 5.30 pm Discussion
 

Dérives sectaires – Purulence, d’Amoreena Winckler

Je sors de la lecture de Purulence de Amoreena Winckler, que j’ai lu sur les conseils de Franck Villard, de l’Observatoire Zététique (cf. Qui sommes-nous ?). Je l’ai lu d’une traite, en manquant tomber de ma chaise.  C’est dur. On y comprend comment se forge un cadre conceptuel qui peut permettre à une petite fille d’à peine cinq ans d’intégrer l’art de faire des fellations à des inconnus. Voici la fiche qu’en fit Franck le 13 novembre 2010 dans la POZ, et qu’il m’autorise à reproduire ici.

Ne vous laissez pas rebuter par le titre, parce que ce livre vaut vraiment le détour. Purulence est l’histoire authentique d’Amoreena Winkler, le témoignage de son enfance passée dans la secte Les Enfants de Dieu.

Les Enfants de Dieu (rebaptisés plus tard La Famille) est un mouvement sectaire fondé en 1968 en Californie, par un ancien pasteur évangéliste David Brandt Berg, alias Moïse David ou Mo pour les adeptes. Ils débarquent au début des années 70 en France, où ils sont alors plutôt bien accueillis. On peut même à l’époque les voir, en pattes d’eph’ et robes à fleurs, pousser la chansonnette le samedi soir chez Guy Lux. Ça, c’est pour le côté cour, mais ce qui se joue en coulisses est nettement moins sympathique : inceste, violences, prostitution, pédophilie. Des pratiques dictées par le gourou, pour qui le sexe sous toutes ses formes constitue l’expression ultime de l’amour de Dieu : « Ton corps est l’amour de Dieu, ton sexe est l’amour de Dieu. »[1] Tout est donc permis chez Les Enfants de Dieu, tout sauf… l’homosexualité masculine. Et cette sexualité débridée n’épargne hélas pas les enfants. David Berg instaure aussi le flirty-fisching, ou « pêche par le flirt », autrement dit la prostitution à des fins de prosélytisme. « Es-tu prête à devenir un appât ? À sacrifier ta vie sur mon hameçon […] ? » [2] Ainsi, les femmes et filles de la secte sont-elles exhortées à « ferrer » des hommes (riches ou influents si possible) susceptibles de grossir les rangs du mouvement, et de lui apporter protection et aide financière.

Amoreena Winkler a connu tout cela. Elle a vécu tout cela. Elle nous livre ce récit poignant « à hauteur d’enfant » qui réussit le tour de force de ne jamais tomber dans la sensiblerie ou le pathos.

Franck Villard

Note : une entrevue d’A. Winckler est disponible ici.

Amoreena Winkler Éditeur : Ego comme X  248 pages – 20 euros

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Parution de "Le tombeau des idées reçues", de Tatoufaux

Le tombeau des idées reçues, Tatoufaux
Editeur : book-e-book / Collection : Une chandelle dans les ténèbres
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Nous avons tous des idées toutes faites héritées de notre milieu familial, éducatif ou social, que nous ne remettons pas en question par un raisonnement critique rationnel. Ces idées reçues, rabâchées ou transmises depuis parfois plusieurs générations, sont des « illusions de savoir ». Ce ne sont que de simples opinions, non fondées sur des faits et reposant sur une perception erronée des choses, sur l’acceptation avec une confiance aveugle de ce que l’on nous dit ou sur une ignorance entretenue…
De telles illusions de savoir peuvent diriger les actes d’un individu ou d’une société. Des opinions ou des idées largement répandues dans le public deviennent des traditions ou des préjugés qu’il est souvent difficile de déraciner par le rationnel, l’étude, la vérification ou la réflexion.
Mais les idées reçues ne sont pas nécessairement immuables. L’équipe Tatoufaux n’est pas un collège d’experts. Spécialistes en rien, mais curieux de tout, ce n’est surtout pas au nom de leurs diplômes, métiers ou titres qu’ils s’expriment dans ce livre, car l’argument d’autorité leur fait horreur tout comme ceux faisant appel à l’ancienneté, au témoignage ou encore à la réputation. Ils sont – ni plus ni moins que d’autres – victimes d’idées reçues, mais ils se soignent en passant au fil du rasoir (d’Occam) toutes ces croyances.
Cet ouvrage s’attaque à la partie émergée d’un iceberg qu’il nous reste à faire fondre et, dans ce domaine, le réchauffement (neuronal) n’est ni à craindre ni à endiguer. Au contraire ! Il y a tout lieu de croire qu’il est salutaire…
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88 pages – Français • Date de parution : février 2011 • ISBN : 978-2-915312-23-2
CorteX_neuromarketing-des-citoyens-sous-influence

18 mai 2011, Fontaine (38) – Projection-débat Neuromarketing

Invités : Laurent Vercueil, neurologue, Nayla Farouki, philosophe, historienne des sciences, Jean-Hubert Étienne, enseignant en marketing à l’IDRA Grenoble et Laurence Serfaty, auteure-réalisatrice de documentaires. Midération :  Danielle Maurelle, journaliste.
Entrée libre 

Description en ligne :
Le neuromarketing applique les connaissances issues des neurosciences à la consommation de biens et de services, afin de mieux identifier les mécanismes cérébraux qui conditionnent notre décision d’achat. A l’aide de l’imagerie à résonance magnétique – IRM – les publicitaires tentent d’identifier les produits qui nous séduisent et ceux qui nous déplaisent.
Ainsi, il serait possible de créer une nouvelle génération de campagnes publicitaires, plus ciblées, de mieux comprendre les besoins du consommateur et ses mécanismes de choix, que ce soit dans une optique commerciale ou pour l’éclairer.
Doit-on craindre une véritable menace de manipulation du consommateur, ou la compréhension de notre subconscient permettra t’elle de mieux identifier nos besoins et connaître nos désirs?

Dommage pour le faux dilemme et la naiveté de cette fin de présentation.

Faux dilemme car il peut y avoir menace et identification de besoins.Naiveté parce que les besoins des individus sont facilement exprimés, alors que toute la base du neuromarketing consiste à « créer » de nouveaux besoins.

Moult questions que soulève ce débat.

Programme du festival ici

RM

19 mai 2011, Angers – conférence de R. Monvoisin – zététique & autodéfense intellectuelle

Jeudi 19 mai, Université d’Angers, conférence de Richard Monvoisin : la Zététique, une éducation à l’autodéfense intellectuelle.

 

La zététique, une éducation à l’autodéfense intellectuelle

Résumé :

La zététique est l’étude scientifique des phénomènes présentés comme « paranormaux », des théories étranges, surnaturelles ou limites (les X -files, en quelque sorte).

En cherchant des explications à des sujets comme les rêves prémonitoires, les apparitions ou les guérisons miraculeuses, en évaluant les fondements de « théories » désertées par les chercheurs comme la mémoire de l’eau, la cryptozoologie, ou la sourcellerie, en étudiant les controverses évolution / créationnisme, ou certaines thérapies alternatives comme les barreurs de feu, et surtout en étudiant les mécanismes psychologiques d’adhésion et d’aliénation classique, la zététique est devenue une immense boîte à outils qui fait l’objet d’enseignements spécifiques en France.

L’objectif est d’abord méthodologique – donner les moyens de distinguer science et pseudoscience, thérapies et pseudothérapies par exemple, au moyen d’illustrations, et sans mauvais esprit. Ainsi pourrons-nous peut être découvrir des phénomènes réellement « surnaturels ». Mais l’enjeu est surtout citoyen : transmettre aux étudiants et au grand public les outils nécessaires pour connaître les risques de dérives, les dangers en matière de santé, éviter escroqueries, manipulations et mécaniques sectaires. La zététique contribue à transmettre des outils d‘autodéfense intellectuelle nécessaires pour que vous et moi puissions faire des choix propres en pleine connaissance de cause.

Richard Monvoisin décrit comment il s’y est pris pour élaborer ses enseignements, et parler des recherches du collectif Cortecs (www.cortecs.org)

La conférence démarrera à 18h30 – Faculté des Sciences – Amphithéâtre Marie Curie (L006). Entrée libre