La science (9) – Base d'entraînement pour les enseignants qui voudraient parler de science

La science – épisode 9


Oups, je veux retourner au début  !

La question N°8 était :

Pourtant, on lit parfois que la science est un discours comme un autre sur le monde. Une histoire, un conte, un discours comme un autre, qu’une forme de narration sur le réel au même titre que la littérature, l’art ou la religion, qui ne serait pas différente de ces approches car dépendant des cultures, des sociétés, des époques. Elle serait alors relative (c’est-à-dire dépendante de celui qui l’énonce) et subjective, contredisant ce que vous affirmez ci-dessus.

La question que vous soulevez est une vieille question : est-ce que parce que c’est un cerveau humain fortement construit socialement et culturellement qui appréhende le monde et dit des choses dessus que ces choses sont elles-même des constructions sociales et culturelles ? Il y a un peu de vrai là-dedans, mais beaucoup de faux.

Le vrai : l’avancement des connaissances, le choix des sujets de recherche du scientifique  sont généralement mûs par des moteurs idéologiques. Nationalisme (course à la Lune), sexisme (survivance des thèses psycho-populistes sexistes) ethnocentrisme (recherches sur des maladies essentiellement de type européenne), course médiatique (pour un vaccin, un virus, une découverte) suivi de la mode pour garder les crédits de recherche (nanoparticules) etc. Même le fait qu’un sujet de thèse soit financé ou non est un indicateur : l’octroi d’argent lui-même dépend des politiques, des idéologies du moment, des intérêts économiques.  Mais comme vous l’avez remarqué, on passe là à la science au sens 3, la technopolitique (cf. début de la discussion).

De même, à court terme, pour faire du scoop ou pour flatter des opinions dominantes, il arrive que soient prises pour vraies des choses fausses (Crâne de Piltdown, mémoire de l’eau, mères-réfrigérateur de Bettelheim, hérédité de l’intelligence de Cyril Burt, capacités thérapeutiques de la psychanalyse freudienne, fusion froide, etc.), mais plus une discipline est solide, plus sera rapide sa capacité à évincer les pseudo-connaissances. La physique, bien campée, a mis quelques semaines à démonter la fausse théorie de la mémoire de l’eau – par contre elle n’a rien pu faire contre le bulldozer des médias). La psychologie ou la sociologie, moins solides, mettent plus de temps à évincer la psychanalyse par exemple. Mais elles y parviennent car toute la démarche consiste à recouper les observations, à douter sans arrêt, à mille fois refaire son ouvrage comme dirait Pénélope.

En gros, la science comme démarche produit des connaissances « objectives », mais dans des directions qui elles peuvent être subjectives, pour le meilleur comme pour le pire (le pire étant l’intérêt d’un groupe privé, d’une petite fraction de population qui capte l’essentiel de l’intérêt d’une recherche, à son profit au détriment du reste de l’humanité : l’exemple le plus parlant est la recherche en cosmétique).

Mais la connaissance elle-même, le produit final – c’est là l’erreur fondamentale des relativistes – est indépendante  de votre culture, de vous goûts, de ce que vous pouvez en penser. Tout l’objectif de la science est de parvenir à dire des choses sur ce qui nous entoure dont la compréhension ne dépende ni de notre culture, ni de notre langue, ni de notre avis. Et elle y arrive plutôt bien : la théorie de la gravitation, la circulation du sang, la structure de l’ADN, ou encore la charge d’un électron ne dépendent pas de ce que vous ou moi on en pense. Qu’on soit d’accord ou pas, ces théories et ces faits se rappelleront à nous à chaque fois qu’on marchera sur une peau de banane ou que l’on effectuera une transplantation d’organe.

La science justement est le seul domaine de la pensée humaine qui tente de tout faire pour s’affranchir du cadre d’élaboration des connaissances. Il est fait pour ça. Cela n’en fait donc pas un discours comme un autre, relatif (le discours tenu par les techno-politiciens par contre est un discours, très souvent de valeur, progressiste, c’est-à-dire que l’avancée des sciences = progrès humain, ce qui est un bel effet cigogne).

Il y a certes des champs qui ont du mal à poser des garde-fou, en sociologie ou en anthropologie par exemple, et il faut dire que les objets (groupes sociaux) sont bien plus complexes que des silex, comme vous dites. Mais que vous soyez d’une culture classique greco-latine ou plutôt papou, le virus de la peste vous fera souffrir d’une manière prédictible. 

Richard Monvoisin & Denis Caroti

26-27 mai 2011 à Grenoble – Symposium sur perméabilité cognitive, contenu non-conceptuel et réalisme

Symposium les 26 et 27 mai à l’Université de Grenoble. Contenu : pérméabilité cognitive, contenu non-conceptuel et réalisme. Si nous avons bien compris, cela part des travaux d’Athanassios Raftopoulos, traité dans son livre Cognition and Perception: How Do Psychology and Neural Science inform Philosophy? (MIT Press, 2009).
Sera-ce compréhensible ? Est-ce réutilisable à des fins d’enseignement ? Pour le savoir, autant y aller. Le symposium est ouvert à tou-tes, à la MSH (Maison des Sciences de l’Homme). Les interventions en anglais  seront hélas sans traduction.
Pour plus d’informations ou des renseignements pratiques, contactez John Zeimbekis du PLC (Philosophie, Language & Cognition). 

Programme :
JEUDI 26 MAI2.00 – 3.00 pm Athanassios Raftopoulos (Cyprus)
Late vision, phenomenal awareness and cognitive access awareness
3.00 – 3.30 pm Coffee
3.30 – 4.30 pm Pascal Engel (Geneva)
Perceptual evidence
4.30 – 5.30 pm Denis Perrin (Grenoble)
Causality and intentionality
VENDREDI 27 MAI
10.00 – 11.00 am Jonathan Lowe (Durham)
Perceptual content and realism
11.00 – 12.00 pm Costas Pagondiotis (Patras)
Cognitive impenetrability, nonconceptual content, and direct access to the world
12.00 – 2.00 pm Lunch
2.00 – 3.00 pm John Zeimbekis (Grenoble)
Cognitive impenetrability and picture perception
3.00 – 3.30 pm Coffee

3.30 – 4.30 pm Mohan Matthen (Toronto)
Five Ways Perceptual Content can be Conceptual (or Non-Conceptual)
4.30 – 5.30 pm Discussion
 

Dérives sectaires – Purulence, d’Amoreena Winckler

Je sors de la lecture de Purulence de Amoreena Winckler, que j’ai lu sur les conseils de Franck Villard, de l’Observatoire Zététique (cf. Qui sommes-nous ?). Je l’ai lu d’une traite, en manquant tomber de ma chaise.  C’est dur. On y comprend comment se forge un cadre conceptuel qui peut permettre à une petite fille d’à peine cinq ans d’intégrer l’art de faire des fellations à des inconnus. Voici la fiche qu’en fit Franck le 13 novembre 2010 dans la POZ, et qu’il m’autorise à reproduire ici.

Ne vous laissez pas rebuter par le titre, parce que ce livre vaut vraiment le détour. Purulence est l’histoire authentique d’Amoreena Winkler, le témoignage de son enfance passée dans la secte Les Enfants de Dieu.

Les Enfants de Dieu (rebaptisés plus tard La Famille) est un mouvement sectaire fondé en 1968 en Californie, par un ancien pasteur évangéliste David Brandt Berg, alias Moïse David ou Mo pour les adeptes. Ils débarquent au début des années 70 en France, où ils sont alors plutôt bien accueillis. On peut même à l’époque les voir, en pattes d’eph’ et robes à fleurs, pousser la chansonnette le samedi soir chez Guy Lux. Ça, c’est pour le côté cour, mais ce qui se joue en coulisses est nettement moins sympathique : inceste, violences, prostitution, pédophilie. Des pratiques dictées par le gourou, pour qui le sexe sous toutes ses formes constitue l’expression ultime de l’amour de Dieu : « Ton corps est l’amour de Dieu, ton sexe est l’amour de Dieu. »[1] Tout est donc permis chez Les Enfants de Dieu, tout sauf… l’homosexualité masculine. Et cette sexualité débridée n’épargne hélas pas les enfants. David Berg instaure aussi le flirty-fisching, ou « pêche par le flirt », autrement dit la prostitution à des fins de prosélytisme. « Es-tu prête à devenir un appât ? À sacrifier ta vie sur mon hameçon […] ? » [2] Ainsi, les femmes et filles de la secte sont-elles exhortées à « ferrer » des hommes (riches ou influents si possible) susceptibles de grossir les rangs du mouvement, et de lui apporter protection et aide financière.

Amoreena Winkler a connu tout cela. Elle a vécu tout cela. Elle nous livre ce récit poignant « à hauteur d’enfant » qui réussit le tour de force de ne jamais tomber dans la sensiblerie ou le pathos.

Franck Villard

Note : une entrevue d’A. Winckler est disponible ici.

Amoreena Winkler Éditeur : Ego comme X  248 pages – 20 euros

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Parution de "Le tombeau des idées reçues", de Tatoufaux

Le tombeau des idées reçues, Tatoufaux
Editeur : book-e-book / Collection : Une chandelle dans les ténèbres
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Nous avons tous des idées toutes faites héritées de notre milieu familial, éducatif ou social, que nous ne remettons pas en question par un raisonnement critique rationnel. Ces idées reçues, rabâchées ou transmises depuis parfois plusieurs générations, sont des « illusions de savoir ». Ce ne sont que de simples opinions, non fondées sur des faits et reposant sur une perception erronée des choses, sur l’acceptation avec une confiance aveugle de ce que l’on nous dit ou sur une ignorance entretenue…
De telles illusions de savoir peuvent diriger les actes d’un individu ou d’une société. Des opinions ou des idées largement répandues dans le public deviennent des traditions ou des préjugés qu’il est souvent difficile de déraciner par le rationnel, l’étude, la vérification ou la réflexion.
Mais les idées reçues ne sont pas nécessairement immuables. L’équipe Tatoufaux n’est pas un collège d’experts. Spécialistes en rien, mais curieux de tout, ce n’est surtout pas au nom de leurs diplômes, métiers ou titres qu’ils s’expriment dans ce livre, car l’argument d’autorité leur fait horreur tout comme ceux faisant appel à l’ancienneté, au témoignage ou encore à la réputation. Ils sont – ni plus ni moins que d’autres – victimes d’idées reçues, mais ils se soignent en passant au fil du rasoir (d’Occam) toutes ces croyances.
Cet ouvrage s’attaque à la partie émergée d’un iceberg qu’il nous reste à faire fondre et, dans ce domaine, le réchauffement (neuronal) n’est ni à craindre ni à endiguer. Au contraire ! Il y a tout lieu de croire qu’il est salutaire…
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88 pages – Français • Date de parution : février 2011 • ISBN : 978-2-915312-23-2
CorteX_neuromarketing-des-citoyens-sous-influence

18 mai 2011, Fontaine (38) – Projection-débat Neuromarketing

Invités : Laurent Vercueil, neurologue, Nayla Farouki, philosophe, historienne des sciences, Jean-Hubert Étienne, enseignant en marketing à l’IDRA Grenoble et Laurence Serfaty, auteure-réalisatrice de documentaires. Midération :  Danielle Maurelle, journaliste.
Entrée libre 

Description en ligne :
Le neuromarketing applique les connaissances issues des neurosciences à la consommation de biens et de services, afin de mieux identifier les mécanismes cérébraux qui conditionnent notre décision d’achat. A l’aide de l’imagerie à résonance magnétique – IRM – les publicitaires tentent d’identifier les produits qui nous séduisent et ceux qui nous déplaisent.
Ainsi, il serait possible de créer une nouvelle génération de campagnes publicitaires, plus ciblées, de mieux comprendre les besoins du consommateur et ses mécanismes de choix, que ce soit dans une optique commerciale ou pour l’éclairer.
Doit-on craindre une véritable menace de manipulation du consommateur, ou la compréhension de notre subconscient permettra t’elle de mieux identifier nos besoins et connaître nos désirs?

Dommage pour le faux dilemme et la naiveté de cette fin de présentation.

Faux dilemme car il peut y avoir menace et identification de besoins.Naiveté parce que les besoins des individus sont facilement exprimés, alors que toute la base du neuromarketing consiste à « créer » de nouveaux besoins.

Moult questions que soulève ce débat.

Programme du festival ici

RM