La science (7) – Base d'entraînement pour les enseignants qui voudraient parler de science

La science – épisode 7


Oups, je veux retourner au début  !

La question N°6 était :

Enfin, ce n’est pas la même chose, tout de même, de travailler avec des cailloux et d’étudier des humains par exemple… ?

La méthode est grosso modo la même et se résume ainsi : comment dire quelque chose plus vrai que faux, et comment le rendre démontrable à quelqu’un d’autre ? Les hypothèses posées sont différentes, souvent plus modestes quand l’objet est complexe (comme les objets sociaux, qui sont très souvent multiparamétrés). Et l’une des particularités des sciences sociales par exemple, c’est que l’observation des comportements est parfois chamboulée par la présence de l’observateur, en des proportions parfois difficiles à jauger. Une autre particularité de certaines sciences est de travailler du passé – il y en a en sciences humaines, l’Histoire et l’archéologie par exemple – et en sciences physiques, la géologie ou la paléoanthropologie mais aussi la physique du cosmos. Là, on fonctionne en recoupant les sources, en mettant plus de bémol, en précisant qu’il a pu probablement se passer ceci ou cela, sachant qu’on ne pourra pas refaire un big bang, revenir à la guerre de cent ans ou revoir émerger l’homo sapiens.

Question N°7

Mais vous êtes en train de dire que l’humain s’étudie comme un vulgaire silex. C’est presque l’animal-machine de Descartes ! (réplique réelle).

Réponse ici !

26 mai 2011 – Chambéry conférence de N. Gaillard – Esprit critique et science

Jeudi 26 mai à Chambéry (73)
Conférence de N. Gaillard: « Esprit critique et science: Comment arrivons nous à nous persuader que ce que l’on pense est juste? »

Conférence-débat à la SOSDS – Société Odonto-Stomatologique de Savoie alt

C’est au local de la SOSDS, à Chambéry, 20h30, mais réservé aux membres, donc non public.

Résumé:

« Esprit critique et science: Comment arrivons nous à nous persuader que ce que l’on pense est juste? »
L’outillage critique est nécessaire aussi bien pour distinguer les contenus scientifiques des contenus pseudoscientifiques, critiquer les médias, qu’évaluer les thérapies efficaces, déceler les mensonges à but commercial ou politique, ou prévenir l’intrusion des idéologies en science, comme dans le cas du créationnisme. Il ne nécessite pas de bagage scientifique important, et confère pourtant les moyens de se défendre intellectuellement face aux idées reçues, aux préjugés, aux arguments fallacieux avec des outils simples.

La science (8) – Base d'entraînement pour les enseignants qui voudraient parler de science

La science – épisode 8


Oups, je veux retourner au début  !

La question N°7 était :

Mais vous êtes en train de dire que l’humain s’étudie comme un vulgaire silex. C’est presque l’animal-machine de Descartes ! (réplique réelle). 

Je ne comprends pas votre réaction. L’humain ne s’étudie pas comme un vulgaire silex, car ce n’est pas le même objet, il n’a pas les mêmes paramètres – et pour tout dire, l’humain possède un nombre de paramètres immensément plus grand que le silex. Mais l’humain s’étudie avec la même méthode, bien sûr. Est-ce choquant de se dire que les mêmes principes méthodologiques de base servent aussi bien à apprendre de la Voie Lactée, de l’autruche ou du silex que de l’humain ? Si je vous mesure avec une toise dont je me suis servi pour mesurer une planche, vous sentez-vous ravalé au rang de vulgaire planche ?

Rappelons-nous que l’humain n’a pas pu être étudié durant de nombreux siècles de par son statut de fils et fille de Dieu, et encore maintenant dans certains coins, classer l’humain dans le même buisson phylogénétique que les singes est un blasphème. Il faudrait une raison « transcendante » pour que l’humain soit un « objet » à part, seulement la transcendance est un concept purement religieux, et n’a aucun fondement scientifique. Donc il n’y a aucune raison de ne pas étudier l’humain, à partir du moment où le cobaye est consentant.

L’un des dangers – et c’est peut être ce que vous craignez – serait de penser qu’on puisse tirer sur l’humain des règles aussi prédictives que sur un silex, mais c’est très improbable – hormis sur des comportements de conformisme ou sujetion, comme l’ont montré la gamme des études allant de Solomon Ash à Stanley Milgram.

L’autre, bien plus grave à mon sens, est celui-ci : que devient cette connaissance, et à qui appartient-elle ? Elle devrait relever du domaine public, certes. mais il est évident que la thérapeutique humaine est brevetée par les industriels pharmaceutiques, que la génétique humaine tombe dans le domaine privé, que les connaissances sur les comportements sociaux sont étudiés, financés, et conservés par les grandes surfaces étudiant le marketing.

J’oubliais : votre référence à l’animal-machine de Descartes me fait tiquer. C’est un détail, mais pas anodin, alors je fais un détour. Vous n’êtes bien entendu pas obligé de lire.

Oui, Descartes posait l’animal comme une sorte de machine mue par des causalités simples, et dénuées d’autre chose, notamment d’âme. Quelle est votre crainte ?

Vous craignez qu’on prétende l’humain sans âme ? Si vous le prenez sous un angle symbolique, artistique ou mystique, alors l’âme existe tant qu’il y a quelqu’un pour en parler (ou pour chanter – un courant musical porte d’ailleurs son nom, la soul). Mais sous un angle scientifique, l’âme est un concept nébuleux qui comme les anges ou les esprits, n’a pas de fondement réel autre que celle de justifier l' »essence divine » de l’Homme. Elle ne pèse pas 21 grammes, elle ne quitte pas le corps lors de la mort, du moins il n’y a rien qui permette de penser cela (même les expériences de MacDougall de 1907, décrites par Géraldine Fabre). Donc scientifiquement parlant, l’âme humaine n’existe pas.

Mais ce n’est pas parce que l’humain n’a pas d’âme qu’il n’a pas une conscience de soi – qui lui est propre, et très développée en moyenne, par rapport aux autres animaux. Avec cette conscience de soi, on peut bâtir une morale, des comportements éthiques, des règles de vie en société, on peut imaginer un certain libre arbitre.

Poser l’humain sur le même plan qu’un autre animal a bien évidemment fait faire des sauts de carpe à un paquet de philosphes, qui craignaient qu’on ne flingue la part divine de l’humain, l’humanisme, la responsabilité, et même la morale (sic !) : Aristote, les penseurs Chrétiens, les philosophes opposés à l’éthique animale, tous ont eu la même réaction, un refus drapé dans la toge. Or s’affranchir d’un concept « divin » comme celui-là est sacrément libérateur pour l’humain, car :

  • si l’humain est un animal, alors ses comportements peuvent être étudiés, et on arrivera probablement à savoir ce qui pousse l’un à convoiter/violer/tuer/guerroyer l’autre.
  • Si l’âme humaine n’existe pas, impossible de postuler que cette essence est noire, méchante, égoïste, comme on l’entend souvent. Dire que l’humain est égoïste en soi fait l’économie d’une étude plus poussée, qui potentiellement peut montrer que c’est le contexte qui le rend ainsi, ou qu’un contexte différent pourrait l’aider rapidement à être moins égoïste très tôt dans son développement.

Mieux encore, s’affranchir du divin peut être en outre fichtrement libérateur pour les animaux ! On est en train de découvrir, méthodiquement, que si l’humain perd son âme, l’animal lui, par les découvertes scientifiques successives, se voit doté d’une conscience de soi, voire d’une culture. Commence alors une revendication éthique puisque qui dit conscience, dit paradoxalement ouverture de droit pour les animaux, notamment celui de ne pas souffrir ou de ne pas se faire tuer. Etudier l’humain comme l’animal n’est donc pas le problème.

En disant ça, j’ai bien conscience que la fonction rassurante de la survie d’un quelque-chose après la mort en prend un coup. Mais rappelons-nous : ce qu’il y a après la vie est méta-physique ! La science ne peut rien dire, dessus, donc lâchons-nous !  Bien sûr, l’âme rejoint les gadgets de la psychologie humaine pour se rassurer, mais au fond, c’est libérateur : plutôt que de voleter sagement à la droite du Père pour l’éternité, ou être obligé de refaire un tour dans une enveloppe charnelle, vous pouvez choisir l’option que vous voulez. Je connais quelqu’un qui pense que l’au-delà est fait de caramel, un autre qui pense qu’il n’a non pas une, mais deux âmes, et j’en connais même un qui pense qu’il n’y a rien, alors autant tenter de créer un semblant de paradis et un monde plus juste, par des moyens sociopolitiques, sur Terre, maintenant.

Question N°8

Pourtant, on lit parfois que la science est un discours comme un autre sur le monde. Une histoire, un conte, un discours comme un autre, qu’une forme de narration sur le réel au même titre que la littérature, l’art ou la religion, qui ne serait pas différente de ces approches car dépendant des cultures, des sociétés, des époques. Elle serait alors relative (c’est-à-dire dépendante de celui qui l’énonce) et subjective, contredisant ce que vous affirmez ci-dessus.

26-27 mai 2011 à Grenoble – Symposium sur perméabilité cognitive, contenu non-conceptuel et réalisme

Symposium les 26 et 27 mai à l’Université de Grenoble. Contenu : pérméabilité cognitive, contenu non-conceptuel et réalisme. Si nous avons bien compris, cela part des travaux d’Athanassios Raftopoulos, traité dans son livre Cognition and Perception: How Do Psychology and Neural Science inform Philosophy? (MIT Press, 2009).
Sera-ce compréhensible ? Est-ce réutilisable à des fins d’enseignement ? Pour le savoir, autant y aller. Le symposium est ouvert à tou-tes, à la MSH (Maison des Sciences de l’Homme). Les interventions en anglais  seront hélas sans traduction.
Pour plus d’informations ou des renseignements pratiques, contactez John Zeimbekis du PLC (Philosophie, Language & Cognition). 

Programme :
JEUDI 26 MAI2.00 – 3.00 pm Athanassios Raftopoulos (Cyprus)
Late vision, phenomenal awareness and cognitive access awareness
3.00 – 3.30 pm Coffee
3.30 – 4.30 pm Pascal Engel (Geneva)
Perceptual evidence
4.30 – 5.30 pm Denis Perrin (Grenoble)
Causality and intentionality
VENDREDI 27 MAI
10.00 – 11.00 am Jonathan Lowe (Durham)
Perceptual content and realism
11.00 – 12.00 pm Costas Pagondiotis (Patras)
Cognitive impenetrability, nonconceptual content, and direct access to the world
12.00 – 2.00 pm Lunch
2.00 – 3.00 pm John Zeimbekis (Grenoble)
Cognitive impenetrability and picture perception
3.00 – 3.30 pm Coffee

3.30 – 4.30 pm Mohan Matthen (Toronto)
Five Ways Perceptual Content can be Conceptual (or Non-Conceptual)
4.30 – 5.30 pm Discussion
 

Dérives sectaires – Purulence, d’Amoreena Winckler

Je sors de la lecture de Purulence de Amoreena Winckler, que j’ai lu sur les conseils de Franck Villard, de l’Observatoire Zététique (cf. Qui sommes-nous ?). Je l’ai lu d’une traite, en manquant tomber de ma chaise.  C’est dur. On y comprend comment se forge un cadre conceptuel qui peut permettre à une petite fille d’à peine cinq ans d’intégrer l’art de faire des fellations à des inconnus. Voici la fiche qu’en fit Franck le 13 novembre 2010 dans la POZ, et qu’il m’autorise à reproduire ici.

Ne vous laissez pas rebuter par le titre, parce que ce livre vaut vraiment le détour. Purulence est l’histoire authentique d’Amoreena Winkler, le témoignage de son enfance passée dans la secte Les Enfants de Dieu.

Les Enfants de Dieu (rebaptisés plus tard La Famille) est un mouvement sectaire fondé en 1968 en Californie, par un ancien pasteur évangéliste David Brandt Berg, alias Moïse David ou Mo pour les adeptes. Ils débarquent au début des années 70 en France, où ils sont alors plutôt bien accueillis. On peut même à l’époque les voir, en pattes d’eph’ et robes à fleurs, pousser la chansonnette le samedi soir chez Guy Lux. Ça, c’est pour le côté cour, mais ce qui se joue en coulisses est nettement moins sympathique : inceste, violences, prostitution, pédophilie. Des pratiques dictées par le gourou, pour qui le sexe sous toutes ses formes constitue l’expression ultime de l’amour de Dieu : « Ton corps est l’amour de Dieu, ton sexe est l’amour de Dieu. »[1] Tout est donc permis chez Les Enfants de Dieu, tout sauf… l’homosexualité masculine. Et cette sexualité débridée n’épargne hélas pas les enfants. David Berg instaure aussi le flirty-fisching, ou « pêche par le flirt », autrement dit la prostitution à des fins de prosélytisme. « Es-tu prête à devenir un appât ? À sacrifier ta vie sur mon hameçon […] ? » [2] Ainsi, les femmes et filles de la secte sont-elles exhortées à « ferrer » des hommes (riches ou influents si possible) susceptibles de grossir les rangs du mouvement, et de lui apporter protection et aide financière.

Amoreena Winkler a connu tout cela. Elle a vécu tout cela. Elle nous livre ce récit poignant « à hauteur d’enfant » qui réussit le tour de force de ne jamais tomber dans la sensiblerie ou le pathos.

Franck Villard

Note : une entrevue d’A. Winckler est disponible ici.

Amoreena Winkler Éditeur : Ego comme X  248 pages – 20 euros

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Parution de "Le tombeau des idées reçues", de Tatoufaux

Le tombeau des idées reçues, Tatoufaux
Editeur : book-e-book / Collection : Une chandelle dans les ténèbres
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Nous avons tous des idées toutes faites héritées de notre milieu familial, éducatif ou social, que nous ne remettons pas en question par un raisonnement critique rationnel. Ces idées reçues, rabâchées ou transmises depuis parfois plusieurs générations, sont des « illusions de savoir ». Ce ne sont que de simples opinions, non fondées sur des faits et reposant sur une perception erronée des choses, sur l’acceptation avec une confiance aveugle de ce que l’on nous dit ou sur une ignorance entretenue…
De telles illusions de savoir peuvent diriger les actes d’un individu ou d’une société. Des opinions ou des idées largement répandues dans le public deviennent des traditions ou des préjugés qu’il est souvent difficile de déraciner par le rationnel, l’étude, la vérification ou la réflexion.
Mais les idées reçues ne sont pas nécessairement immuables. L’équipe Tatoufaux n’est pas un collège d’experts. Spécialistes en rien, mais curieux de tout, ce n’est surtout pas au nom de leurs diplômes, métiers ou titres qu’ils s’expriment dans ce livre, car l’argument d’autorité leur fait horreur tout comme ceux faisant appel à l’ancienneté, au témoignage ou encore à la réputation. Ils sont – ni plus ni moins que d’autres – victimes d’idées reçues, mais ils se soignent en passant au fil du rasoir (d’Occam) toutes ces croyances.
Cet ouvrage s’attaque à la partie émergée d’un iceberg qu’il nous reste à faire fondre et, dans ce domaine, le réchauffement (neuronal) n’est ni à craindre ni à endiguer. Au contraire ! Il y a tout lieu de croire qu’il est salutaire…
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88 pages – Français • Date de parution : février 2011 • ISBN : 978-2-915312-23-2
CorteX_neuromarketing-des-citoyens-sous-influence

18 mai 2011, Fontaine (38) – Projection-débat Neuromarketing

Invités : Laurent Vercueil, neurologue, Nayla Farouki, philosophe, historienne des sciences, Jean-Hubert Étienne, enseignant en marketing à l’IDRA Grenoble et Laurence Serfaty, auteure-réalisatrice de documentaires. Midération :  Danielle Maurelle, journaliste.
Entrée libre 

Description en ligne :
Le neuromarketing applique les connaissances issues des neurosciences à la consommation de biens et de services, afin de mieux identifier les mécanismes cérébraux qui conditionnent notre décision d’achat. A l’aide de l’imagerie à résonance magnétique – IRM – les publicitaires tentent d’identifier les produits qui nous séduisent et ceux qui nous déplaisent.
Ainsi, il serait possible de créer une nouvelle génération de campagnes publicitaires, plus ciblées, de mieux comprendre les besoins du consommateur et ses mécanismes de choix, que ce soit dans une optique commerciale ou pour l’éclairer.
Doit-on craindre une véritable menace de manipulation du consommateur, ou la compréhension de notre subconscient permettra t’elle de mieux identifier nos besoins et connaître nos désirs?

Dommage pour le faux dilemme et la naiveté de cette fin de présentation.

Faux dilemme car il peut y avoir menace et identification de besoins.Naiveté parce que les besoins des individus sont facilement exprimés, alors que toute la base du neuromarketing consiste à « créer » de nouveaux besoins.

Moult questions que soulève ce débat.

Programme du festival ici

RM