L’insubmersible canard de bain* : la fasciathérapie « méthode Danis Bois »

Suite à sa mise en ligne sur le CORTECS, le mémoire « La fasciathérapie « Méthode Danis Bois » : niveau de preuve d’une pratique de soin non conventionnelle » a été envoyé à une fasciathérapeute enseignante à l’Ecole Supérieure de Fasciathérapie. Cette dernière nous a cordialement répondu et a transmis le mémoire à Danis Bois. Nous proposons ici dans son intégralité l’analyse de Danis Bois qu’il nous a transmis le 22 juin 2012. Nous avons cependant reçu l’autorisation pour sa diffusion seulement en Septembre 2013. Nous publions également la réponse que nous lui avons communiquée en juin 2012, restée sans réponse à ce jour. Nous y avons apporté quelques modifications, signalées, prenant en compte certains travaux survenus entre-temps. En début d’article, nous ajoutons les résultats d’une recherche dans la littérature scientifique des travaux parus depuis.

* Le titre, l’insubmersible canard de bain, est emprunté entre autres au magicien James Randi, qui l’emploie pour désigner des assertions ou théories qui ont tendance à perdurer, à remonter à la surface, quels que soient les coups (ou réfutations) qui leurs sont portés.

Actualisation de la recherche bibliographique

En février 2015, une recherche a été effectuée dans les bases de données suivantes : Tripdatabase, Pedro, HAL et NCBI (Pubmed). Les mots clés utilisés étaient : fasciatherapy OR fasciathérapie. Nous recherchions les études parues après juin 2011 (date de la fin de la recherche documentaire du mémoire). Voici les résultats :

– TripDatabase : 0 résultats ;

– Pedro : 0 résultats ;

– HAL : 0 résultats ;

– NCBI : 0 résultats.

Une consultation du site de l’Association Nationale des Kinésithérapeutes Fasciathérapeutes a permis de confirmer ces résultats. Depuis 2011, aucune nouvelle étude permettant d’étayer l’efficacité thérapeutique ou diagnostique de la fasciathérapie n’est disponible. 

Un article du 26 janvier 2015 de ce même site nous apprend que « des kinésithérapeutes exerçant la fasciathérapie ont été sélectionnés par des comités scientifiques pour participer à deux congrès importants« . Ceci serait une preuve que « les professionnels exerçant la fasciathérapie sont impliqués dans l’évaluation et la recherche sur leur pratique et soucieux d’utiliser les données les plus récentes de la science« .

L’article dans son intégralité (ici) constitue une pertinente ressource pour s’entraîner à détecter les arguments d’autorité. 

Deux têtes d'êtres humains face à face en train d'échanger verbalementRéponse de Danis Bois

L’analyse non commentée de Danis Bois en pdf : Analyse de Danis Bois.

Réponse à l’analyse de Danis Bois

 Bonjour,
 Mes collaborateurs m’ont transmis votre mémoire sur « la fasciathérapie Méthode Danis Bois : Niveau de preuve d’une pratique de soin non conventionnel » publiée sur le site :https://cortecs.org/images/stories/Enseignements/Kine/CorteX_Darbois_Memoire_Fasciatherapie.pdf
Je tiens à vous remercier à nouveau d’avoir pris le temps de lire et d’écouter mon mémoire et ma soutenance dans leur totalité. Ceci a suscité de votre part de nombreux commentaires auxquels je réponds avec plaisir.

Après une lecture approfondie de votre travail, comme je le fais régulièrement avec les étudiants de deuxième et troisième cycle universitaire, je vous soumets mon évaluation en tant qu’expert de la recherche scientifique sans, comme vous le dites de façon péremptoire, utiliser mes titres comme « argument d’autorité » (p. 37). Il reste néanmoins que la recherche est un véritable métier qui s’apprend et qui demande une qualification de niveau académique supérieur pour accompagner les travaux de recherche de deuxième et troisième cycle académique.

Je note d’emblée une prise de position tendancieuse avec un jugement de valeur lorsque vous mettez des guillemets au mot « professeur » laissant croire que ces titres n’ont pas été acquis en bonne et due forme : « Ses membres sont des « professeurs » affiliés, auxiliaires ou invités à une université portugaise,… » (p. 13). En procédant ainsi, vous banalisez ou mettez en doute une institution universitaire en l’occurrence l’Université Fernando Pessoa de Porto, reconnue par la très haute instance qu’est l’association européenne des universités.

 Les guillemets à « professeurs » signalent simplement que sont regroupés sur ce terme générique les différents enseignants du CERAP. Ils ne sont en effet pas tous Professeurs d’Université, certains possédant par exemple uniquement des licences ou autres diplômes, comme le montre le site internet du CERAP (http://www.cerap.org/index.php/fr/chercheurs). En France aussi, Professeur est un titre bien précis. S’il est sans doute préférable d’enlever ces guillemets, il convient mieux encore de remplacer ce terme par celui d’enseignant.

 En ce qui me concerne, j’ai remis de ma propre initiative au conseil national de l’ordre    les documents attestant de mes titres et notamment de mon agrégation (HDR en France) et sa parution au journal officiel du Portugal ainsi que de ma nomination comme professeur cathédratique. Ce titre n’est pas comme vous le dites « un adjectif désuet à forte connotation…» (p. 37), mais le titre académique le plus élevé dans la carrière universitaire portugaise.

 Je m’interroge toujours sur l’intérêt de l’usage de ce terme, non défini par le Trésor de la Langue Française (http://atilf.atilf.fr/), ni dans aucun des dictionnaires que j’ai pu feuilleter. Le site internet de la commission européenne d’éducation et formation section Portugal n’emploie pas non plus ce mot, mais celui d’Agregação (http://ec.europa.eu). Bien évidemment, malgré cette interrogation, je n’ai jamais remis en cause votre titre de Professeur en sciences de l’éducation.

Ensuite, toujours au Portugal, les universités sont soumises à l’approbation du ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur, certaines sont gérées par des fonds publics et d’autres par des fonds privés, c’est le cas de l’Université Fernando Pessoa. Je vous rappelle à toutes fins utiles, que les écoles de kinésithérapie en France sont le plus souvent privées et que cela ne nuit pas à la qualité de la qualification académique dispensée.

 Les écoles de kinésithérapie françaises délivrent un Diplôme d’État ce qui n’est pas le cas de  l’UFP à ma connaissance (http://www.cerap.org/index.php/fr/formations-de-second-cycle). La reconnaissance institutionnelle de ces deux infrastructures n’est donc pas la même.

Ma première critique à propos de votre travail concerne la posture résolument partisane que vous avez adoptée et qui rompt avec la posture de distance qui doit présider à toute recherche.

 Contrairement à ce que vous suggérez, je n’ai pas d’intérêts à défendre une quelconque posture, ou un quelconque “parti”. Je n’ai eu aucun conflit d’intérêt à déclarer. Ce travail a été réalisé dans un objectif pédagogique tout d’abord (en vue de l’obtention d’un diplôme d’état de masseur-kinésithérapeute et d’un master 1). Le  second objectif était bien d’établir  une analyse objective d’une pratique de soin kinésithérapique, ce qui va dans le même sens que vos propres efforts me semble-t-il.

Vous prétendez vous être appuyée sur la posture proposée par Van der Maren (1996), spécialiste des méthodes qualitatives, (non référencé dans votre bibliographie),

Merci de pointer cet oubli. Voici la référence : Van der Maren (1996), La recherche qualitative peut~elle être rigoureuse? Cahier de recherche n° 96~ 11-11 Novembre 1996

et cependant, votre attitude n’est pas en phase avec cet auteur puisque vous partez de postulats partisans à savoir que les pratiques non-conventionnelles sont quasi nécessairement le lieu de dérives sectaires alors même que le positionnement du parlement européen, dans sa résolution sur le statut des médecines non conventionnelles (A4-0075-97), est beaucoup plus nuancé dans ses appréciations.

 Pourriez-vous s’il vous plaît citer le passage du mémoire qui affirme que « les pratiques non conventionnelles sont quasi nécessairement le lieu de dérives sectaires » ? Je vous invite à relire mon paragraphe qui cite quelques caractéristiques des pratiques non conventionnelles ; il n’y est pas mentionné le risque de dérive sectaire. Je ne pense d’ailleurs pas la phrase que vous me prêtez.

J’ai pris note de la position du Parlement Européen que vous mentionnez. Il me semble que notre travail se situe pleinement dans ce que suggère le parlement : « il est préalablement nécessaire d’identifier clairement chacune des disciplines médicales non conventionnelles; considérant qu’à cette fin, il convient de mener les études cliniques, évaluations des résultats de traitement, études fondamentales (mécanismes d’action) et autres études scientifiques ou recherches académiques pour évaluer l’efficacité des thérapies mises en oeuvre, étant entendu que cette évaluation doit avoir lieu selon les méthodologies appropriées aux différentes disciplines» (le gras est de mon fait).

Vous partez également d’une certitude et non d’une hypothèse que la fasciathérapie méthode Danis Bois est suspectée d’actions litigieuses en vous référant à la Miviludes (p. 1) qui au demeurant, je le souligne, a pris soin de ne pas mentionner mon nom ce qui aurait donné lieu de ma part à une action judiciaire pour propos diffamants. Malgré cela, vous prenez le risque d’assimiler mon nom à leurs propos et d’interpréter leurs positionnement de façon parfois détournée en leur faisant dire ce qu’ils n’ont pas dit et en procédant à des raccourcis à travers des ponctuations de type (…).

 Pour plus de clarté pour nos lecteurs, je préfère donc recopier les passages dans leur intégralité. Dans le rapport de la Miviludes 2007 : « Parmi  ces actions litigieuses certaines,  qu’elles  soient  sollicitées,  proposées ou poursuivies, entendaient promouvoir des concepts, thérapies, pratiques, techniques ou méthodes (souvent associées) relatives au Décodage biologique [de la maladie], à la Biologie totale [des êtres vivants] au Channeling, à la Fasciathérapie, à la Kinésiologie, à la Guérison cellulaire, à la Méthode Silva [de contrôle  mental]  au  Rebirth, aux Constellations familiales, Constellations d’entreprises, au Reiki, à la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), à l’EMF Balancing Technique, au Kundalini Yoga ».

L’ambiguïté vient du fait qu’il nous semble que depuis que Patrice Carini a renoncé à utiliser le mot de fasciathérapie (et parle de « fasciapulsologie »), la fasciathérapie semble référer systématiquement à la méthode Danis Bois. Dîtes-moi si je fais erreur.

J’ajoute qu’en 2007, le rapport de la Miviludes parle d’un refus de demande de formation professionnelle d’un tiers que nous ne connaissons pas et  qu’en aucun cas il est question de dérive sectaire.

 Je parle bien d’actions litigieuses et non de dérives sectaires pour ce rapport. Je ne sais par contre pas où la Miviludes parle d’un refus de demande de formation professionnelle ; cela n’est mentionné dans aucun rapport.

Le Guide santé et dérives sectaires (2012) de la Miviludes parle de risques de dérives sectaires concernant la fasciathérapie. Pour plus d’exactitude, voici les extraits, recopiés dans leur intégralité : « Le comportement du masseur-kinésithérapeute laisse présumer une dérive sectaire.

La Miviludes dans le cadre de sa mission de vigilance a pu identifier les – rares – situations suivantes dans lesquelles des masseurs-kinésithérapeutes :

–  ont utilisé des méthodes non éprouvées et en ont fait de la publicité sur un site Internet ;

–  ont usé du titre de masseur-kinésithérapeute à des  fins commerciales ;

– ont enseigné des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique à des personnes n’ayant aucune qualification. Ces formations sont présentées par leurs concepteurs comme certifiantes ;

–  ont appliqué des méthodes non éprouvées telles que la kinésiologie, la fasciathérapie, le reiki, le massage Tui Na ou le biomagnétisme (cf.  che 1-4) en faisant courir des risques à leurs patients (perte de chance notamment) ».

De plus, dans le même registre, vous donnez des informations qui ne correspondent pas à la réalité puisque dans l’annexe 6, vous écrivez (p. 81) : « Danis Bois accuse le journaliste et rue89 de diffamation, ce qui conduit à un procès. ». Je précise que je n’ai pas engagé d’action en justice contre le journaliste de Rue89 et que le procès en cours a été attenté par l’hôpital Universitaire d’Angers.

Ceci a été corrigé.

Notons également que, lors de votre soutenance, vous avez mentionné que la Miviludes signalait plusieurs dérives sectaires de la part de praticiens en fasciathérapie. Cette affirmation est à ma connaissance erronée. À aucun moment, la Miviludes n’a tenu de tels propos dans sa communication.

Ceci a également été corrigé. Il fallait entendre « la fasciathérapie a été 2 fois citée par la Miviludes, qui constate des actions litigieuses certaines et un risque de dérive sectaire ».

Au contraire, lors du dernier échange de courrier adressé à notre avocat (en juin 2012) la Mivilides ne fait pas état de la moindre dérive sectaire concernant les praticiens en fasciathérapie. Elle précise que leur position s’est forgée sur les propos du Conseil National de l’Ordre qui relève le caractère non scientifique de la méthode. Or, l’absence de preuves scientifiques n’est en aucun cas un critère de dérive sectaire et c’est pourtant ce que vous laissez sous entendre dans votre écrit.

 Ce n’est pas un critère de dérive, bien entendu. A nouveau, je vous demande de me citer de manière complète et précise.

Par contre, la Miviludes signale en effet que les risques de dérives sectaires sont plus importants chez les praticiens exerçant des pratiques de soin non conventionnelle (Miviludes, 2012).

Tous ces arguments d’assimilation, allégations, approximations, voire fausseté nuisent à votre travail.

 Les imprécisions sont très facilement corrigeables, puisqu’elles se situent dans le cadre théorique du mémoire. Sauf démonstration contraire, les assimilations, allégations me semblent provenir de votre validation subjective.

Ma deuxième critique concerne le détournement des propos d’auteurs dans le but de servir votre pensée. C’est le cas par exemple quand vous faites référence à Brissonnet, car même si cet auteur est un adepte de « l’observatoire zététique », il ne se prononce pas sur la fasciathérapie contrairement à ce que vous laissez entendre page p. 44. En effet en consultant la littérature de Brissonnet il n’apparait pas qu’il ait dit explicitement que « la fasciathérapie n’améliore pas les symptômes mais les patients en ont l’impression » (Brissonnet, 2011 ; Hartman, 2009). Ce genre de détournement et de raccourcis disqualifie votre recherche.

 Tout d’abord, renseignements pris, Brissonnet n’est pas membre de l’Observatoire zététique, mais du CZLR, Cercle Zététique Languedoc Roussillon. En outre, ce n’est  un “adepte” de rien – à moins que vous ne considériez l’Observatoire zététique comme une secte, auquel cas, il faudra étayer ce propos.

En effet, Brissonnet n’a jamais écrit spécifiquement sur la fasciathérapie (le cas échéant, il aurait été inclus dans le corpus de documents). Il aurait fallu plutôt écrire que « (…) la thérapie n’améliore pas les symptômes mais les patients en ont l’impression (Brissonnet, 2011)» ce qui semble applicable à la fasciathérapie .

Cette erreur doit être assez fréquente puisque nous là retrouvons dans votre réponse (voir plus loin).

On note par ailleurs qu’Hartman n’est pas référencé en bibliographie ce qui ne permet pas au lecteur de vérifier le propos que vous attribuez à Hartman.

 Merci d’avoir relevé cela. Voilà la référence : Hartman S (2009), Why do ineffective treatment seem helpful? A brief review. Chiropr and osteopat. 17(10).

Ma troisième critique concerne la posture positiviste que vous considérez comme unique critère de scientificité et qui vous fait conclure dans le sens de votre conviction première. Votre posture est clairement située dans les sciences par la preuve, ce qui ne pose pas de problème sauf quand vous affirmez de façon non discutable que 98 % des documents de votre corpus ne sont affectés d’aucun niveau de preuve. Puis vous précisez : « À l’heure actuelle, et contrairement à ce qui est annoncé, il n’y a pas de preuves scientifiques établies ni de présomptions scientifiques en faveur de la fasciathérapie. » (p. 43). Votre conclusion est trop hâtive et pas assez discutée aux plans épistémologique et méthodologique. En agissant ainsi, vous prenez une position qui tend à invalider les recherches scientifiques qualitatives. L’inscription épistémologique des démarches qualitatives, compréhensives (Dilthey et Weber) et phénoménologiques est définie ainsi par Van Manen : « La science humaine phénoménologique est l’étude des significations vécues ou existentielles ; elle essaye de décrire et d’interpréter ses significations avec un certain degré de profondeur et de richesse » (1990, p. 10). Dans les milieux scientifiques avertis, il n’existe plus de querelle aujourd’hui entre les tenants des sciences positives et des sciences qualitatives. Les recherches qualitatives sont inscrites dans les démarches scientifiques au même titre que les recherches expérimentales et quantitatives.

 Beaucoup de choses à dire, mais je m’en tiendrai à quelques points.  Si vous avez une définition orthodoxe du positivisme, courant de pensée qui voit dans l’avancée des sciences un progrès humain, je ne suis pas sûre de souscrire à cela. Il faudrait être plus précis sur votre définition du positivisme (logique, comtien, etc.). Par ailleurs, je souscris aussi au monisme méthodologique entre sciences expérimentales et sciences qualitatives. Vous aurez probablement lu l’article du Professeur Raynaud ici sur le site du CorteX.

https://cortecs.org/cours/epistemologie-les-concepts-de-la-sociologie-sont-ils-dune-nature-speciale-par-dominique-raynaud

Vous remarquerez au passage que mes critères de sélection de mes articles n’excluent aucunement les « recherches qualitatives ». Les études de cas appartiennent à ce type de méthodologie, et j’explique en détail dans mon mémoire pourquoi ces études ne permettent pas de conclure quant à la validité et à l’efficacité d’une technique. Relire donc p40.

Les recherches qualitatives ont sans doute leur place pour réfléchir sur une pratique ou pour répondre à d’autres problématiques. Par exemple, je cite à plusieurs reprises l’ouvrage de R Hammer, tiré de sa thèse en sociologie, qui utilise une méthodologie qualitative pour dresser les représentations de la médecine par le grand public (Hammer, 2010).

Cependant, lorsque l’on s’intéresse à l’efficacité thérapeutique d’une technique, ce type d’étude ne suffit pas. Je renvoi déjà dans mon mémoire au Guide de l’analyse de la littérature (ANAES, 2000).

Quand vous écrivez en guise d’affirmation : « Contrairement à ce qui est annoncé, il n’y a pas de preuve scientifique établie ni de présomption scientifique en faveur de la fasciathérapie.» (p. 43), le « contrairement à ce qui est annoncé » est une considération qui ne prend pas en compte la validité des recherches qualitatives qui ont été réalisées dans le cadre de la fasciathérapie.

 Si, voir plus haut.

 La grande majorité des recherches qui ont été effectuées en fasciathérapie ont été clairement positionnées comme s’inscrivant dans les démarches qualitatives et compréhensives dans les chapitres concernant la « posture épistémologique et méthodologique ». Dans cet esprit, la plupart des recherches en fasciathérapie se font depuis une posture de praticien-chercheur (Kohn, 1986 ; 2001 ; Lavergne, 2007 ; Albarello 2004). La pertinence de cette posture pour la recherche en kinésithérapie n’est pas mentionnée dans votre analyse. À vous lire, nous avons le sentiment qu’il n’y a qu’une seule et unique science crédible et valide, ce qui constitue une attitude certes partisane, mais aussi sectaire au regard de la communauté scientifique dont je fais partie et qui est ouverte à toutes les formes de recherche dès lors qu’elles sont en adéquation avec l’objet visé et respectent les règles de l’art.

 Vous dites vous-même que la communauté scientifique est « ouverte à toutes les formes de recherche dès lors qu’elles sont en adéquation avec l’objet visé ». Je me répète aussi : lorsque l’objet visé est de démontrer l’efficacité d’une technique, la méthodologie utilisée doit être adéquate. Les études qualitatives permettent de répondre à d’autres questions, tout autant importantes.

J’en profite pour souligner que vous n’y allez pas de main morte sur les accusations sectaires plusieurs fois dans votre lettre. La trame de raisonnement est étrange et ressemble à un strawman : vous me faites dire ce que je ne dis pas, vous en tirez une conclusion (il y a une seule science crédible), que vous caricaturez en position partisane, puis en attitude sectaire (ce qui est mal connaître l’attitude sectaire). Vous comprendrez que je ne tombe pas dans cette nasse rhétorique.

Ainsi, quand nous précisons que la fasciathérapie s’inscrit dans une démarche scientifique et présente des résultats scientifiques, cela fait référence aux recherches menées dans le champ des recherches qualitatives et compréhensives. Si vous considérez, comme vous semblez l’évoquer, que les recherches qualitatives n’ont pas de valeur scientifique, vous remettez en cause la science et avec elle, trente deux méthodologies de recherche qualitative qui font référence aujourd’hui dans la communauté scientifique et qui sont précieuses pour accéder au point de vue des patients à propos de… Que serait en effet une science humaine qui ne prendrait pas en considération l’homme dans ses vécus, ses expériences et ses points de vue ?

 Déjà répondu. Votre dernière phrase me semble être une phrase trop générale et banale pour servir de base de discussion.

Comment puis-je considérer que les recherches qualitatives n’ont pas de valeur scientifique alors que j’inscris la méthodologie de mon mémoire comme étant « dans une démarche à la fois qualitative et quantitative » (p17) ?

La méthode de recueil des données utilisées dans votre recherche ne respecte que partiellement les règles de l’art. La méthode est présentée comme étant une analyse de contenu, mais la seule partie représentée repose sur les tableaux qui ne font que classifier le type du document, la nature et qualité des références… au détriment des contenus qui sont réduits à quelques termes spécifiques. La seule analyse des contenus

 Il y a donc bien une partie analyse de contenu.

vise à caractériser a priori la fasciathérapie sous forme de thèmes péjoratifs : « mythe fondateur, théorie et technique, notions et concepts flous, niveau de preuve. » (p. 20). Je note également qu’aucune justification du choix des thèmes sélectionnés n’est faite en lien avec les données, ni avec le choix épistémologique des travaux étudiés.

 Les thèmes que vous citez ne me semblent pas tous péjoratifs : niveau de preuve, théorie et pratique.  Même mythe fondateur est une notion plébiscitée en science historico-politique. Ces thèmes ont été choisis après une première lecture transversale et rapide des documents, comme cela est défini dans la méthodologie, car ce sont ceux qui revenaient le plus, hypothèse qui s’est confirmée lors de l’analyse statistique (fig 4 p25).

Ensuite, et cela invalide le résultat de votre recherche, vous évaluez des travaux scientifiques qualitatifs avec une posture positiviste en recherchant des résultats par la preuve au cœur de travaux ayant utilisé une démarche compréhensive. Ce biais méthodologique a une conséquence directe sur l’interprétation des données. La règle de l’art veut que l’on n’évalue pas à l’aide d’une démarche par la preuve des travaux qui s’inscrivent dans une démarche compréhensive. Il y a antinomie, biais méthodologique au niveau de l’interprétation des données.

 Toujours le même problème auquel j’ai déjà répondu plus haut : mon objectif était de conclure quand à l’efficacité thérapeutique de la fasciathérapie.

En ce qui concerne les recherches expérimentales menées sur la fasciathérapie méthode Danis Bois, je vous l’accorde, le nombre de recherches expérimentales ou quantitatives est insuffisant. Cependant, il aurait été intègre de préciser que la masso-kinésithérapie est dans la même situation. Je note cependant que vous concédez en page 6 : « La recherche clinique en masso-kinésithérapie est encore peu développée, particulièrement en France (Cleland, 2006 ; CNOMK, 2010) ». Ce constat aurait mérité d’être davantage développé à travers une discussion autour d’une problématique qui finalement concerne toutes les thérapies manuelles, y compris la kinésithérapie. Les recherches en kinésithérapie, figurant sur MEDLINE par exemple, sont peu nombreuses, mais, pour autant, cette absence de critères scientifiques ne semble pas poser problème dans votre recherche, ni même de problème de dérive sectaire.

 Réaliser un travail plus large sur les thérapies manuelles pourrait être intéressant. Mais j’ai choisi de m’intéresser exclusivement à la fasciathérapie pour les raisons explicitées dans mon cadre théorique. Il ne me semblait pas nécessaire d’élargir la discussion plus que je ne l’ai fait, au risque de s’éloigner trop de l’objectif de départ.

On retrouve cette quasi inexistence des travaux de recherche scientifiques à propos de l’ostéopathie. Si l’on se réfère au rapport du groupe de contact du FNRS N°A4-0075-97 : « Les pratiques non conventionnelles, évaluation de l’efficacité thérapeutique et de l’innocuité par analyse des essais cliniques et des études scientifiques), les recherches effectuées n’ont pas permis de trouver des travaux qui établissent les bases scientifiques de l’ostéopathie. » Toujours dans ce même rapport, Koes et al. concluent aux termes d’une analyse de 35 essais cliniques randomisés que l’efficacité des manipulations n’a pu être démontrée de façon absolue. Pour autant, est-ce que l’ostéopathie doit être considérée comme litigieuse et susceptible de dérives sectaires ?

 Je n’ai pas de réponse à apporter à cette question car je n’ai pas étudié le sujet. Pour l’instant, je me suis contentée d’analyser la fasciathérapie.

 D’autre part, en ce qui concerne la recherche expérimentale que vous avez prise en compte, vous notez : « Plutôt que de relever les limites de cette étude, soulignons la qualité de cette démarche. Il s’agit en effet de la première et unique étude qui s’attelle à démontrer l’efficacité de la fasciathérapie de manière expérimentale, en construisant un protocole a priori, en mettant en place un groupe contrôle, et en utilisant les outils statistiques. » (p. 39). Ainsi, cette recherche expérimentale montre qu’il y a bien un effet objectivable et mesurable qui aurait dû vous inciter à le regarder plus attentivement.

 Je vous remercie de revenir sur cette étude. En effet, une autre erreur que vous n’avez pas relevée s’est glissée dans mon mémoire. Je n’ai pas pris le temps d’assez analyser cette étude, à laquelle on doit en fait affecter un niveau de preuve de 4 et non de 2 comme je l’ai fait, si l’on suit les recommandations de l’HAS (ANAES, 2000).

Voici les 2 biais cruciaux qui ont été identifiés :

  • on ne connaît pas le temps de la fenêtre thérapeutique. Or, la pulsothérapie a lieu après la séance de massage. Les effets de ces 2 séances peuvent se cumuler.
  • Pour juger de l’efficacité des techniques, il a été réalisé une « classification à dire d’expert des résultats de chacun des paramètres mesurés selon une même grille de variation allant de 1 à 5. Les deux experts qui ont réalisé cette classification sont le thérapeute et l’angiologue de notre équipe de recherche». Cette classification ne permet pas d’être objectif, d’autant plus qu’elle est réalisée par le thérapeute.

Peut-on vraiment parler d’effet objectivable ?

Pour information, je vous signale qu’actuellement 6 recherches expérimentales sur la fasciathérapie sont en cours, dont nous attendons les résultats.

 J’attends tout autant que vous ces résultats.

7 Octobre 2013 : en fin de réponse figure une brève analyse des derniers travaux (pour la plupart non expérimentaux) réalisés sur la fasciathérapie et accessibles sur le site du CERAP.

Il aurait été plus pertinent dans le résultat de votre analyse de relever le pourcentage des recherches expérimentales (2%) ayant pour objet la fasciathérapie et de relever au même titre le pourcentage de résultats issus de la recherche qualitative et d’engager une discussion autour des données certes quantitatives, mais aussi qualitatives et compréhensives. Mais pour cela, il aurait fallu que vous soyez formée aux méthodes d’analyse qualitatives pour crédibiliser votre recherche.

 Nous en avons déjà discuté plus haut. Notre formation à la recherche à l’école de kinésithérapie de Grenoble, certes succincte, nous enseigne tout autant les méthodologies qualitatives que quantitatives.

Ma quatrième critique concerne les présupposés épistémiques et méthodologiques qui influencent la lecture des données. Cette attitude traverse toute votre recherche et s’applique également, de façon non élégante, envers des chercheurs dont les travaux ont pourtant été validés par des comités de sélections. La communauté scientifique doit être soumise à la critique, mais celle-ci doit reposer sur une expertise de chercheurs confirmés et non « d’apprentis chercheurs » comme c’est le cas des étudiants en master 1 professionnel.

 Cela me semble être une illustration parfaite de ce que l’on appelle l’argument d’autorité. Proscrire l’usage de l’esprit critique vis-à-vis de la littérature scientifique avant un niveau élevé de formation universitaire me semble improductif, si ce n’est néfaste. L’Ordre de notre profession signale d’ailleurs dans un de ses rapports sa volonté de développer la recherche durant la formation initiale (CNOMK, 2010).

Je note par exemple que vous remettez en cause la recherche accréditée par l’INCA menée par un kinésithérapeute, une équipe de chercheurs en cancérologies et de statisticiens, dans le centre hospitalier Universitaire d’Angers.

 Sauf erreur, cette étude ne se déroule pas au centre hospitalier Universitaire d’Angers, mais au Centre Paul Papin ou Institut de Cancérologie de l’Ouest. Cet institut est un établissement privé (http://www.centrepaulpapin.org/mentions-legales/).

Votre critique s’exerce avant même la parution de résultats sous le prétexte que les acteurs de la fasciathérapie exploitent un argument d’autorité à travers l’INCA et vos arguments reposent sur des critères non conformes aux choix méthodologiques mûrement réfléchis et choisis par les chercheurs.

 Les critères méthodologiques figurant sur le site de l’INCA laissent présumer en effet que quelque soit les résultats (qu’ils aillent ou non en faveur de la fasciathérapie), ceux-ci risquent d’être fortement biaisés, car le groupe contrôle ne reçoit aucune séance supplémentaire qui ferait office de placebo. Il nous a été impossible d’échanger avec les chercheurs de l’étude, malgré les nombreuses demandes par mail et téléphone depuis 1 an et demi. Pourtant, le site de l’INCA propose bien de répondre aux questions scientifiques ou à celles du public. Il ne s’agit pas de remettre en cause cette recherche, mais juste de signaler qu’il sera difficile d’en tirer quelque chose, puisque la méthodologie, déjà finalisée et ne pouvant pas être reprise a posteriori, instille des biais importants et rédhibitoires.

Février 2015 : À ce jour, nous n’avons toujours pas eu accès aux résultats de cette étude.

La cinquième critique concerne le manque d’ouverture et de perspective théorique dont voici un exemple parmi d’autres. Il me semble comme je l’ai déjà esquissé, que le champ théorique de votre recherche aurait gagné à ouvrir le débat autour de la problématique liée à la scientificité des thérapies manuelles en général, et de la kinésithérapie en particulier. Au lieu de cela, vous entrez dans une rhétorique fermée qui reprend les idées défendues par « l’observatoire zététique » qui du reste est loin de faire l’unanimité dans la communauté scientifique.

 Je ne vois pas le lien entre le fait de ne pas élargir à la kinésithérapie et le fait de reprendre des idées de « l’observatoire zététique ». Je n’ai aucun lien avec cette association Loi 1901 que vous semblez voir un peu partout, si ce n’est habiter la même région. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas participé à l’élaboration de mon mémoire. Et quand bien même, pour ce que j’en connais, je n’y décèle pas une rhétorique spécialement fermée – rhétorique que je trouve plus volontiers dans les techniques manuelles relevant de “chapelles.”

Votre parti pris tend à faire croire que les praticiens ne sont pas nécessairement de mauvaise foi, mais qu’ils sont victimes de leurs croyances face à l’efficacité de leur méthode. De la même façon, vous faites croire que les patients sont victimes d’illusions quand ils ressentent le bienfait d’une méthode, et dans ce cas, qu’il s’agirait de l’effet placébo. C’est la posture que vous avez choisie de défendre et c’est un point de vue qui vaut parmi d’autres. Mais dans le cadre d’une recherche scientifique, il convient d’engager une discussion théorique qui représente toutes les perspectives, faute de quoi nous serions face à une pensée unique excluant toute critique. Et les références théoriques (Monvoisin, Brissonnet, Broch) sur lesquelles vous prenez appui sont uniquement celles qui abondent dans votre sens. Dans ce cas, nous ne sommes plus dans une dynamique du déploiement de la critique qui m’est chère, mais dans une critique au premier degré qui consiste à imposer son point de vue comme étant le seul valable. Et pourtant, vous même, à plusieurs reprises, vous dénoncez cette posture comme étant une pseudoscience. « La discipline est dite pseudo scientifique quand n’ayant pas fourni la preuve de ses prétentions, elle persiste tout de même malgré l’évidence à affirmer que si (de pseudes en grec, mensonger) » (p. 3).

 Concernant l’effet placebo, Brissonnet n’est pas le seul sur lequel je me suis appuyée. J’ai aussi regardé par exemple en détail l’étude parue dans Lancet de Finniss et al. (2010). Il ne me semble pas que ces publications soient contestées par la communauté scientifique ; elles rendent bien compte des connaissances actuelles concernant l’effet placebo. Je veux bien que vous me citiez les références rigoureuses remettant en cause ces connaissances, car je ne les connais pas ; tous les points de vue ne se valent pas.

Ma sixième critique concerne l’évaluation du champ conceptuel de la fasciathérapie qui ne repose pas sur les dernières données. Vous abordez le champ conceptuel de la fasciathérapie sur des bases et des données anciennes. Il y a plus de 25 ans que j’ai cessé d’enseigner pleinement la fasciathérapie pour me consacrer à la psychopédagogie de la santé, à la philosophie et à la recherche. Depuis, la fasciathérapie a fait l’objet d’une évolution dans le sens d’une remise en question de certains concepts et d’une certaine vision. De la même manière, il est clair par exemple que l’ostéopathie vue par A. Still et les précurseurs de l’ostéopathie semble aujourd’hui dépassée, voire ésotérique. Still parlait de « pharmacie de Dieu », Sutherland, de « souffle de vie » et Becker de « mouvement comme manifestation de la vie depuis ses expressions les plus hautement spirituelles jusqu’aux phénomènes physiques les plus simples ». N’est-ce pas Still qui écrivait encore : « Celui qui découvrira les secrets du fascia découvrira les secrets de l’univers ». J’ai été formé à cet esprit, voire même formaté et il est donc naturel de voir dans mon discours de l’époque des expressions qui aujourd’hui n’ont plus cours dans la fasciathérapie.

 Je vous renvoie à la fig3 p24 de mon mémoire qui nous apprend que parmi les documents que j’ai analysé, 34/41 ont été réalisé en 2003 ou après, et sont donc relativement récents. J’ai pris systématiquement le soin de citer des passages extraits des premiers ouvrages parus sur la fasciathérapie mais aussi d’articles plus récents. Voir notamment p33 : « Les termes de thérapie holistique, fluide magnétique et force intérieure se retrouvent dans les premiers ouvrages décrivant la fasciathérapie : « la danse du mouvement de la vie se transmet à notre organisme par les fascias, autrement dit la vie intime des fascias reflète le mouvement cosmique » (Bois, 1984) mais aussi dans les documents plus récents « Ce sont justement  ces  forces  internes  de  l’organisme  qui  s’expriment  en  particulier  à  travers  le fascia »  (Angibaud,  2011)  ou  encore  « comme  l’ostéopathie,  nous  considérons  qu’il  y  a dans le corps une force d’autorégulation naturelle » (Courraud, 2004). Je ne pense pas être anachronique.

Je reste cependant très ouvert à la philosophie et suis à ce titre chercheur associé dans le département de philosophie de l’université de Rouen. Il est clair que mon discours imprégné de la philosophie mériterait d’être plus simple, mais de là à dire que le discours utilisé par la fasciathérapie vise à dissiper le statut de la preuve (p. 41) est une conclusion pour le moins hâtive. Ce procès d’intention est probablement le fruit d’une méconnaissance de l’ampleur des travaux menés dans les sciences de l’éducation et en philosophie sur le sensible.

 Nous en revenons toujours aux remarques auxquelles j’ai déjà répondu concernant les démarches qualitatives en santé. J’ajouterais que ce ne serait pas la première fois qu’un discours aux énoncés flous, dissipant toute possibilité d’évaluation, soit revendique une épistémologie différente, soit invoque une méconnaissance de la littérature par les critiques pour éviter les fourches caudines de l’analyse (pensons à la psychanalyse freudienne par exemple). Peut être avez-vous raison, mais je ne pense pas que le problème soit dans  ma méconnaissance des sciences de l’éducation. Mais je suis prête à changer d’avis.

Dans le même registre que la critique précédente, je note un manque de souci de relever le processus évolutif de la scientifisation de la fasciathérapie. Cette démarche aurait probablement été éclairante pour les mandataires de votre recherche.

 De quels mandataires parlez-vous ?

En effet, avant de prendre une position radicale, il convient de réfléchir profondément à l’évolution de la scientificité de la kinésithérapie et des thérapies émergentes qui veulent s’inscrire dans la profession de kinésithérapeute. Dans un premier temps, il faut reconnaître que la pratique est parfois très en avance sur la recherche scientifique établie. Faut-il évacuer toutes les pratiques qui, sur le terrain, obtiennent de bons résultats sous le prétexte d’une absence de scientificité à partir de critères de preuve ? Vous soulignez vous-même cette problématique en écrivant, p. 50 : « Il est cependant important de signaler que de nombreuses techniques kinésithérapiques n’ont pas fait la preuve de leur efficacité, bien qu’étant enseignées et pratiquées fréquemment. Nous pouvons citer par exemple la technique de Bobath utilisée sur les patients atteints de lésion du système nerveux cérébral, et notamment d’hémiplégie (Paci, 2003). » Si l’on va plus en profondeur, la suppression des techniques de kinésithérapie qui n’ont pas fait la preuve de leur scientificité réduirait considérablement le champ de compétence du masseur-kinésithérapeute.

 Je rappelle l’objectif de mon travail : évaluer l’efficacité thérapeutique et la validité scientifique de la fasciathérapie et non de la kinésithérapie en général. Il ne me semble pas nécessaire de vouloir « aller plus loin » pour pouvoir conclure sur le niveau de preuve de la fasciathérapie.

À la décharge de la masso-kinésithérapie, on note la volonté de s’engager dans une dynamique de scientifisation de ses pratiques. En matière de science, il faut être progressif, méthodique et s’ouvrir à des perspectives à moyen terme et à long terme. L’EBM est une première étape car elle invite le praticien à s’appuyer sur des travaux scientifiques pour améliorer sa pratique. Mais cette compétence discriminative n’autorise pas le praticien à se prendre pour un chercheur. La kinésithérapie est en pleine mutation et tend vers la science, mais le chemin est long car il faut créer des laboratoires officiels, former des kinésithérapeutes à la recherche à travers des cursus de doctorat et supprimer la mentalité corporatiste pour s’ouvrir à une vision pluridisciplinaire.

 Ne parlez-vous pas de praticien-chercheur précédemment ?

Ce sont des remarques intéressantes mais qui nous éloignent de ce travail.

Pour l’heure, la masso-kinésithérapie, en France, tente de finaliser le paradigme professionnel dans lequel elle s’inscrit, et que Van der Maren et Yvon définissent comme : « (…) composé par les valeurs et les représentations du rôle professionnel associées à ces valeurs (éthiques et épistémologiques), les règles de l’art, les gestes professionnels (syntaxe), les connaissances procédurales et instrumentales propres à la profession (instrumentation), et les manières d’exprimer la profession (sémantique).

 On retrouve ici ce que vous me reprochiez à propos de la citation de J Brissonnet. L’article que vous citez ne s’intéresse pas spécifiquement au milieu professionnel de la kinésithérapie mais à celui des enseignants : « Cette contribution se donne pour objectif d’illustrer la manière d’articuler le discours et l’action pour analyser le travail des enseignants » (Van der Maren et Yvon, 2009).

On parle de paradigme lorsque ces quatre éléments sont partagés par l’ensemble des membres de la profession. » (2009, p. 43). Cette démarche constitue un premier degré de démarche scientifique. Une fois le paradigme professionnel dessiné, nous devons développer un paradigme scientifique qui soit en adéquation avec le cas particulier de la   kinésithérapie qui repose sur des faits objectifs, mais aussi sur des faits subjectifs. L’étude de chacun d’eux requiert une méthodologie adéquate.

Pour ce qui concerne la fasciathérapie, elle s’est construite à partir d’une dynamique de recherche progressive que je synthétiserai pour la circonstance en six stades chronologiques :

  • Stade 1 : inscription dans le cadre universitaire et création d’un laboratoire universitaire
  • Stade 2 : développer une dynamique réflexive sur la pratique
  • Stade 3 : modéliser la pratique (théorisation et conceptualisation)
  • Stade 4 : problématiser les théories nouvelles nées de la pratique avec les théories existantes dans la littérature scientifique
  • Stade 5 : mener des recherches qualitatives sur le terrain à partir d’une posture de praticien-chercheur, et des recherches exploratoires de faisabilité
  • Stade 6 : mener des recherches expérimentales

Soit.

Depuis les années 2000, notre dynamique s’est engagée dans ce processus de progressivité scientifique pour parvenir aujourd’hui aux stades 5 et 6. Par exemple, je vous précise à toutes fins utiles que deux thèses de doctorat portant sur le toucher manuel de relation sur le mode du sensible et sur la posture du sensible dans la pratique formative seront soutenues publiquement les 6 et 9 juillet respectivement à l’université de Paris 8 par Hélène Bourhis et à Paris 13 par Catarina Santos. Par ailleurs, fin juin, seront soutenus à l’université Fernando Pessoa deux mémoires de master recherche, l’un portant sur le concept du point d’appui dans la fasciathérapie méthode Danis Bois (par Marie-Christine Marty) et l’autre sur « Fibromyalgie, douleur et fasciathérapie » (par Cyril Dupuis). Ce dernier travail est un exemple de recherche mixte, à la fois quantitative portant sur l’EVA et qualitative, un type de recherche qui me semble particulièrement adaptée à la recherche en kinésithérapie. Et, enfin, Philippe Rozier soutiendra à l’automne à l’université Fernando Pessoa sa thèse de doctorat sur le thème : « Impact de la fasciathérapie sur la récupération du sportif de haut niveau ». Sa recherche est aussi une recherche mixte, quantitative à partir de l’EVA et qualitative.

 J’étais déjà au courant de la parution de ces travaux et je me ferai un plaisir de les consulter dès qu’ils seront accessibles. Je compte sur vous pour me les communiquer.

7 Octobre 2013. Concernant les études citées précédemment et disponibles sur le site du CERAP, on trouve :

–          La thèse d’Hélène Bourhis porte sur des somato-psycho pédagogues, ce qui ne semble pas directement lié à la fasciathérapie

–         Celle de Catarina Santos questionne l’action pédagogique de formateurs universitaire. Nous sommes là aussi loin du questionnement de l’efficacité thérapeutique de la fasciathérapie.

–         Le mémoire de Marie-Christine Marty consiste en une analyse historique du concept de point d’appui. Au risque de me répéter, il ne porte pas sur l’efficacité thérapeutique de la fasciathérapie

–         Le mémoire de Cyril Dupuis se présente comme une analyse quantitative et qualitative de la fasciathérapie pratiquée sur des personnes souffrant de fibromyalgie. Concernant la partie quantitative, la méthodologie employée présente des biais importants : absence de groupe contrôle et analyse statistique seulement descriptive des données, ce qui ne permet en rien de conclure quand à l’efficacité thérapeutique de la fasciathérapie. Quand à la partie qualitative, ce n’est pas un moyen d’étudier l’efficacité thérapeutique d’une technique.

–         La thèse de Philippe Rozier n’est pas disponible sur le site du CERAP

  En conclusion

 Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, il est erroné de dire que la fasciathérapie n’a pas de preuves scientifiques établies même si elle doit encore progresser dans la dynamique   de recherche expérimentale et quantitative.

 L’évaluation de votre recherche révèle un certains nombre de biais méthodologiques qui tendent à disqualifier votre travail pour les raisons suivantes :

  • posture résolument partisane ;
  • recherche qui favorise la confusion ;
  • recherche qui opère une sélection partiale de la littérature ne permettant pas une évaluation correcte ;
  • détournement de propos d’auteurs ;
  • révélation de propos inexacts ;
  • biais méthodologique : recherche de preuves sur la base de travaux de recherche qualitatives et compréhensives ;
  • absence de mouvement de problématisation qui ouvre le débat sur des perspectives théoriques (analyse des points de convergence, de complémentarité, de spécificité et de divergence – seul le dernier point a été relevé) ;
  • recherche s’en prenant davantage aux personnes qu’aux idées ;
  • recherche qui utilise les statistiques pour confirmer une certitude de départ et non une hypothèse (en effet, la conclusion du mémoire ne provient pas du résultat de la recherche quantitative elle-même, mais la recherche quantitative vient appuyer « les conclusions de départ »).

Je pense avoir répondu à tous ces points. Je modifierai bien évidemment et publiquement certaines des erreurs ou imprécisions que vous avez mentionné, qui se situent dans le cadre théorique ou les annexes de mon mémoire.

Concernant le fond du mémoire (méthodologie et résultats), il ne me semble pas y avoir de modifications à apporter. Ma conclusion est donc encore d’actualité : la fasciathérapie n’a pas encore fait la preuve de son efficacité propre, et je pense que c’est sur ce point que nos efforts peuvent se rejoindre. Néanmoins j’ai un doute que vous dissiperez peut être. Si je suis disposée à me laisser convaincre par toute preuve allant dans le sens de la fasciathérapie, en est-il de même de vous ? Seriez-vous en mesure de reconnaître, le cas échéant, l’absence d’efficacité propre ? Si oui, alors je pense que nous avons une belle collaboration potentielle, avec pour seul enjeu la connaissance et non le parti-pris.

Vous nous avez gentiment offert votre disponibilité pour toute demande d’information et nous vous remercions de votre proposition de participer au développement de protocoles solides ensemble. À mon tour, je me tiens à votre disposition pour engager un débat autour des thématiques qui se sont dégagées dans mon analyse de votre travail. Pour l’heure, je vous suggère de réfléchir sur la pertinence et les conséquences de laisser en ligne un document aussi préjudiciable. Sachez que je suis ouvert à la critique dès lors qu’elle est argumentée, discutée et discutable et qu’elle ne procède pas d’une atteinte aux personnes.

Le débat me semble engagé, j’en suis ravie. Le rendre public me paraîtrait être la méthode la plus saine pour le poursuivre, et je n’aurai aucun problème à ce que chaque ligne de ce que je vous écris  soit discuté (mais cité in extenso). Si c’est la même chose pour vous, nous pouvons donc permettre aux lecteurs de suivre nos échanges.

Bien cordialement

Nelly Darbois

 Info : pour le ballado Scepticisme scientifique, Nelly revient sur cette affaire, en expliquant à son hôte Jérémy Royaux la genèse et l’évolution de ce dossier. Vous rendre ici.