Un nouveau bureau pour le CorteX à Montpellier !

CorteX_1_bureau_MtpComme la « mauvaise » herbe, le liseron ou le chiendent, le Collectif se répand. Pour preuve, après le bureau de la bibliothèque des sciences de l’Université de Grenoble (à St Martin d’Hères), puis le bureau de l’Institut de Formation des masseurs-Kinésithérapeutes de Grenoble (à Echirolles), un bureau montpelliérain s’est ouvert, investi et animé par Guillemette Reviron. 

Certes, ce n’est pas un bureau de ministre, puisqu’il s’agit de l’ancienne régie de la Maison des Etudiants (MDE) de l’Université de Montpellier II, aimablement prêtée par cette même Maison des Etudiants. La décoration est encore minimaliste, si l’on excepte certains éléments de décor au plafond gracieusement offerts par la Nasa. Mais qu’importe la déco, pourvu qu’on ait l’ivresse : ressources critiques, travaux étudiants, et permanences régulières permettront à tout flâneur, toute promeneuse, de venir farfouiller les recoins de son cortex.
Merci à Stéphane Raïola, gestionnaire de la MDE, et Agnès Fichard-Caroll, vice-présidente déléguée à la vie sociale et culturelle des campus, d’avoir accueilli le Cortecs dans leurs murs.

A notre grand regret, notre bureau n’est pas accessible en fauteuil, mais nous pouvons nous rencontrer au rez- de-chaussée.
 

  • Pour vous y rendre :
    La Maison des Etudiants (MDE) se trouve au bâtiment 34, à l’entrée principale de l’UM2, en face du « Donuts ». Les escaliers qui mènent au bureau donnent sur la salle principale de la MDE.Arrêt de tramway Ligne 1 : « Université des Sciences et Lettres »
  • Adresse postale :
    Cortecs
    Université Montpellier 2
    MDE
    Case courrier 07006
    Place Eugène Bataillon
    34095 Montpellier Cedex 5
  • Ouverture des permanences le mercredi de 13h30 à 17h, de septembre à juin.
  • Début de l’UE de culture générale Sciences et autodéfense intellectuelle – saison 5, ouverte aux étudiants de L2 de l’UM2 : début octobre 2014
  • Contact : reviron at cortecs.org

Ci-dessous, la vue de la Maison des Etudiants, depuis le CorteX. Un ectoplasme est apparu pile au moment de la prise de la photo. Saurez-vous le reconnaître ?

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Exercice – décryptage de "Igor et Grishka Bogdanoff au CERN"

CorteX_Freres_BogdanovCet exercice faisait partie de l’examen de l’UE Zététique & autodéfense intellectuelle,  niveau Licence, posé par Richard Monvoisin en mai 2014 à l’Université de Grenoble.

Consignes

Voici un extrait du journal télévisé de France 2 du 11 juin 2010 : « Igor et Grishka Bogdanoff au CERN ». Faites l’analyse la plus approfondie possible.

  • de la mise en scène

  • de la rhétorique

  • des biais de raisonnement.

Extrait vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=A-w-Z_PR33o

Retranscription

Dieu, le Big Bang et la science. Voilà peut être un thème qui pourrait alimenter les épreuves de philosophie aujourd’hui encore. En tout cas les astrophysiciens poursuivent toujours leurs recherches, concernant la création de l’univers, des recherches qui s’effectuent entre autres, dans les laboratoires du CERN, à Genève. Frédéric Montel, Emmanuel Morel.

« Il était une fois il y a 13 milliards 700 millions d’années, le Big Bang. Parti d’un point minuscule, une énergie folle explose, l’univers est né. Aujourd’hui des satellites comme celui-ci baptisé Planck, traque les dernières traces de cette incroyable explosion. Sur Terre aussi, les scientifiques cherchent à comprendre et à reproduire ce Big bang. En suisse, dans un tunnel souterrain des protons, un composant des atomes, sont projetés à une vitesse prodigieuse, 300 000 km à la seconde jusqu’à la collision. Toutes ces recherches passionnent les frères Bogdanoff, habitués aux discussions pointues.

« Ce qui est fascinant, Albert, c’est que ces énergies dont on parle sont extrêmement élevées, elles sont de l’ordre de 7 Téra-eV ».

Igor et Grishka l’affirment, notre monde est régi par un ensemble de lois extrêmement précises.  Exemple, la vitesse de la lumière, 299 792 km et 458 m par seconde, pas un de plus ou de moins. Autre exemple, les marguerites : vous n’en trouverez aucune qui possède 16 pétales.

 « Pour nous, l’univers n’est absolument pas né par hasard, quand on constate toutes ces constantes, quand on constate que ces grandeurs quantifiées, chiffrées, précises, complètement ajustées, qu’elles sont là, et que si elles avaient été détraquées ici et là à la 20ème décimale, ou au centième rang, un chiffre à la place d’un autre, l’univers serait resté chaotique ». 

Les frères Bogdanoff y voient la main d’un créateur, pourquoi pas Dieu. Une thèse audacieuse réfutée par une partie de la communauté scientifique L’arbitrage viendra peut être de l’espace. Le satellite Planck doit livrer de nouvelles images du Big bang. On en saura alors un peu plus sur la création du monde ».

Corrigé

Le corrigé est ici.

Corrigé d'exercice – décryptage de "Igor et Grishka Bogdanoff au CERN"

CorteX_Freres_BogdanovCorrigé de l’exercice Décryptage de « Igor et Grishka Bogdanoff au CERN »

Analyse

CorteX_Bogdanov_Visage_DieuSéquence I : introduction

(Fond : JT, Laurent Delahousse présentateur connu, ambiance sérieuse, accréditant l’idée d’une nouvelle de type scientifique là où il ne s’agit que d’un publi-reportage en lien avec la sortie à venir quinze jours plus tard du livre Le Visage de Dieu, des frères B., aux éditions Grasset, en juillet 2010).

Dieu, le Big Bang et la science.

→ Mélange des genres épistémologique. Association qui n’a pas de sens sur le plan épistémologique. Dieu entité métaphysique – Big bang modèle théorique – science, 4 sens différents (voir ici)

Voilà peut être un thème

→ Mélange des genres épistémologique : le présentateur fait un paquet, un seul « thème ». Cela crée une sorte de pont concordiste entre science et foi.

qui pourrait alimenter les épreuves de philosophie aujourd’hui encore.

→ Certes, mais certainement pas posé dans ces termes (accrocheurs et scénarisant une opposition duale entre science et Dieu), une sorte de plurium affirmatum laissant penser que cette opposition existe et est discutable sans en clarifier les contours (matérialisme méthodologique notamment, contrat laïc du chercheur).

 En tout cas les astrophysiciens poursuivent toujours leurs recherches, concernant la création de l’univers,

→ Terme téléologique. « Création » implique un créateur, et instille l’idée d’un univers créé, ce qui est exactement le discours des textes religieux.

des recherches qui s’effectuent entre autres, dans les laboratoires du CERN, à Genève.

→ Publi-reportage ? Le choix du CERN ne peut être discuté ici. Mais la communication du CERN a redoublé d’effort pour justifier les sommes pharaoniques englouties dans le projet LHC (5,2 milliards d’euros http://cdsweb.cern.ch/record/1095481/files/CERN-Brochure-2008-001-Fre.pdf)

Frédéric Monteil, Emmanuel Morel.

→ Journaliste non spécialiste.Accessoirement, Frédéric Monteil, qui signe ce reportage, a fait des études non de physique, mais d’histoire (à l’Institut Catholique d’Etude Supérieur de La Roche-sur-Yon) puis de journalisme.

Il était une fois il y a 13 milliards 700 millions d’années, le Big bang.

→ Imprécision théorique. Le Big bang est l’une des explications théoriques possibles de l’univers, parmi d’autres. Ceci dit, elle semble être la plus solide.

→ Imprécision scientifique.Il s’agit de 13,82 milliards d’années +- 0,02 (valeur connue à l’époque du reportage).

Parti d’un point minuscule, une énergie folle explose, l’univers est né.

→ Anthropomorphisme. Métaphore de la naissance, qui ne prêterait pas à confusion si tout le documentaire ne s’inscrivait pas dans l’idée d’œuvre de Dieu.

→ Deux idées fausses sur le Big bang.

  1. Le Big Bang ne se réfère pas à un instant « initial » de l’histoire de l’univers : il indique seulement que celui-ci a connu une période dense et chaude.
  2. Le Big Bang n’est pas une explosion, il ne s’est pas produit « quelque part », en un point d’où aurait été éjectée la matière qui forme aujourd’hui les galaxies. À l’« époque » du Big Bang les conditions qui régnaient « partout » dans la région de l’univers observable étaient identiques. Il est par contre vrai que les éléments de matière s’éloignaient alors très rapidement les uns des autres, du fait de l’expansion de l’univers. Le terme de Big Bang renvoie donc à la violence de ce mouvement d’expansion, mais pas à un « lieu » privilégié. En particulier il n’y a pas de « centre » du Big Bang ou de direction privilégiée dans laquelle il nous faudrait observer pour le voir. Voir à ce propos http://map.gsfc.nasa.gov/site/faq.html

(Fond : images de l’Univers, avec une rétractation, puis une explosion, le tout en parfaite contradiction avec ce qu’on sait du Big bang).

Aujourd’hui des satellites comme celui-ci baptisé Planck, traque les dernières traces de cette incroyable explosion. Sur Terre aussi, les scientifiques cherchent à comprendre et à reproduire ce Big bang. En Suisse, dans un tunnel souterrain des protons, un composant des atomes, sont projetés à une vitesse prodigieuse, 300000 km à la seconde, jusqu’à la collision

→ Imprécision scientifique minime : atteindre la vitesse de la lumière, 300 000 km par seconde, est impossible sans une énergie infinie ou une masse nulle – ce qui n’est pas le cas du proton.

Séquence II : les Bogdanoff au CERN

(Fond : animations d’images de type scientifique, avec musique de fond électronique)

Toutes ces recherches passionnent les frères Bogdanoff, habitués aux discussions pointues.

(Fond : images du Cern, fondues-enchainées avec les Frères Bogdanoff)

« Ce qui est fascinant, Albert, c’est que ces énergies dont on parle sont extrêmement élevées, elles sont de l’ordre de 7 Tera-électrons-Volt »

→ Effet photo de famille. Voir les frères B. au CERN leur confère un certain crédit, alors que non seulement ils n’y travaillent pas, mais qui plus est, ils sont décrédibilisés dans le monde scientifique, depuis l’affaire de leurs doctorats respectifs.

→ Stratégie de connivence. Igor B. appelle le scientifique présent par son prénom.

→ Phrase puits. La phrase d’Igor B. ne contient aucune réelle information.

→ Introduction d’un élément de vernis scientifique. En l’occurrence, un préfixe peu usité, Tera, devant une unité obscure pour le public, l’électron-volt.

→ Imprécision. Au LHC de Genève, le maximum atteint en 2014 4 TeV (http://home.web.cern.ch/fr/about/accelerators. Or le document date de 2010, donc il est improbable que les énergies mises en œuvre soient plus grandes que 4 ans plus tard. À moins qu’il ne s’agisse de l’énergie dans le centre de masse, somme des 2 faisceaux, soit 3.5+3.5.

Igor et Grishka l’affirment, notre monde est régi par un ensemble de lois extrêmement précises.

→ Phrase puits. Elle ne contient aucune information.

Séquence III : la vitesse de la lumière

(Fond : images floues vaguement scientifiques)

Exemple, la vitesse de la lumière, 299 792 km et 458 m par seconde, pas un de plus ou de moins.

→ Imprécision scientifique. Cette vitesse est valable dans le vide – mais c’est un détail.

→ Raisonnement quasi-panglossien. Quelque que fusse la vitesse de la lumière, c’eut été « pas une de plus ou de moins ». Donc cette phrase appuie le « fin réglage » présumé (cf. plus loin).

Séquence IV: La marguerite

(Fond : l’image n’est pas claire et ne permet pas de donner une échelle, donc difficile de trancher si c’est une marguerite commune Leucanthemum vulgare ou une pâquerette Bellis perennis)

Autre exemple, les marguerites : vous n’en trouverez aucune qui possède 16 pétales.

→ Raisonnement quasi-panglossien. Voir point précédent.

→ Argument d’impossibilité.

→ Imprécision scientifique. Les marguerites sont des asteracées, composées de multiples fleurs, appelées fleurons et qui sont de deux types : les tubulés et les ligulés. L’ensemble forme un capitule. Donc compter les pétales blancs d’une marguerite n’est pas rigoureux, car ce ne sont pas des pétales mais des fleurs, elles-même composées de trois pétales soudés et deux régressés.

Séquence V: fine-tuning

« Pour nous, l’univers n’est absolument pas né par hasard, quand on constate toutes ces constantes, quand on constate que ces grandeurs quantifiées, chiffrées, précises, complètement ajustées, qu’elles sont là, et que si elles avaient été détraquées ici et là à la 20ème décimale, ou au centième rang, un chiffre à la place d’un autre, l’univers serait resté chaotique ».

→ Raisonnement panglossien pur, basé sur le « fine-tuning », ou ajustement fin de l’univers, lecture téléologique prétendant prouver le principe anthropique fort, c’est-à-dire « démontrer » que l’univers est réglé pour que nous y apparaissions, avec une intentionnalité de départ. Cette critique avait déjà été pointée dans Science & religion – Cas Hawking, Bogdanoff, etc.

Séquence VI : le livre

(Fond :Grishka B. sur fond d’images de synthèse, et présenté comme co-auteur du livre).

Les frères Bogdanoff y voient la main d’un créateur, pourquoi pas Dieu.

→ Spiritualisme et rupture du contrat laïc en science. La démarche des deux frères, tout comme l’argumentaire du livre dont le JT fait la promotion, vise à nous « démontrer » que l’univers est réglé pour que nous y apparaissions, ce qu’on appelle le principe anthropique fort.

→ Concordisme « du Dieu des lacunes » (God of gaps), consistant à faire appel au divin pour expliquer les lacunes des théories scientifiques et remplir les trous.

Séquence VII : conclusion

(Fond : images des frères Bogdanoff, discutant dans le Cern).

Une thèse audacieuse

Effet paillasson sur le mot thèse : thèse, dans le langage courant, est une opinion ou une prise de décision. En science, c’est un diplôme doctoral.

→ Fabrique du sensationnel. Cette thèse n’a rien d’audacieux : elle est l’exacte réplique des arguments du Pape Pie XII dans son discours du 22 novembre 1951 : « (…) Il semble, en vérité, que la science d’aujourd’hui, remontant d’un trait des millions de siècles, ait réussi à se faire témoin de ce « Fiat Lux » initial, de cet instant où surgit du néant avec la matière, un océan de lumière et de radiations, tandis que les particules des éléments chimiques se séparaient et s’assemblaient en millions de galaxies. » S. S. Pie XII, « Les preuves de l’existence de Dieu à la lumière de la science actuelle de la nature », Discours prononcé à l’Académie pontificale des sciences, trad. La Documentation catholique, no 1110, 16 décembre 1951.

réfutée

→ Problème de réfutabilité de Popper. L’Intelligent design et son principe anthropique fort sont des scénarios irréfutables, ils ne peuvent donc pas être réfutés.

par une partie de la communauté scientifique.

→ effet paillasson + mésusage du rasoir d’Occam + rupture du contrat laïc et intrusion spiritualiste. Que la communauté scientifique soit partagée sur la question d’un créateur est possible (assez peu en France). Mais la « production de la communauté scientifique », elle, n’est pas partagée : les hypothèses sur-naturelles ne peuvent être postulées ad hoc.

L’arbitrage viendra peut être de l’espace.

→ Problème de réfutabilité de Popper. Il n’y a pas besoin d’arbitre dans ce mélange épistémologique. D’ailleurs, l’espace rapportera des éléments envers lesquels un scénario irréfutable restera hermétique.

Le satellite Planck doit livrer de nouvelles images du Big bang.

→ Imprécis. Il n’y a pas d’image du Big Bang, mais des images des traces du big Bang (Carte du fond diffus cosmique).

On en saura alors un peu plus sur la création du monde.

→ Terme téléologique + plurium affirmatum. Création : terme téléologique, impliquant un créateur, comme si le présentateur ne doutait pas qu’il y ait eu « création ».

 Ce corrigé a été élaboré par Richard Monvoisin, Denis Caroti, Julien Peccoud et Ismaël Benslimane.

Les nouvelles têtes

CorteX_Club_des_5Enseigner la pensée critique est tellement jouissif que c’en est presque indécent.  Alors le collectif croît lentement, mais sûrement.

Vous avez probablement déjà rencontré l’éminent et grenoblois Julien « glutinous »CorteX_Julien_Peccoud_loupe Peccoud, notre professeur de Science de la Vie et de la Terre, féru des questions d’intelligent design, mais aussi féru des questions d’intelligent design, d’écologie/évolution ainsi que de réseaux et logiciels « libre ». Depuis juillet 2013, Il consacre près de la moitié de son temps de travail au collectif. Il corrige nos erreurs en phylogénétique.

Acoquiné à lui sur le plan informatique, mais spécialisé en physique statistique, voiciIsmael Benslimane celui qui a sauvé notre site piraté début 2013. Il s’appelle Ismaël Benslimane, et a fait vœu de matérialisme méthodologique. Il aime se creuser la tête sur les enjeux de liberté d’expression, et on le laisse s’exprimer.

Plus récemment encore, l’automne a vu le CORTECS s’enrichir d’un historien, Guillaume GuidonGuillaume Guidon, dit « père Castor ». Ce spécialiste de la critique de la notion de terrorisme est particulièrement pointu sur la périodes des 70’s en Europe, notamment sur les Brigades Rouges et les mouvements d’action directe. Dès son premier article, critique de la réécriture de l’histoire par Lorànt Deutsch, il a scoré N°1 des lectures du site.

Tourne autour du collectif notre internationale, Clara Egger, spécialiste de sciencesCorteX_Clara_Egger politiques, travaillant surtout sur les conflits armés et leurs résolutions internationales, les processus de propagande de guerre, etc. Nous lui devons notre premier cours sur le sujet. Nous l’introniserons vraisemblablement cet été.

CorteX_Lucas_CourgeonDurant l’année écoulée, un sympathique stagiaire a trainé ses groles régulièrement au bureau grenoblois : embauché en service civique dans l’association Entropie, il a orchestré une riche critique de la notion de permaculture, chère à beaucoup de mouvements écologistes et/ou agricoles. Il s’appelle Lucas Courgeon.

Enfin, depuis février 2014 au bureau grenoblois, deux stagiaires ont été embauchés, jusqu’en mai. Ils sont nos Penn & Teller, nos Adam Savage et Jamie Hyneman, nos Stanley et Livingstone, nos Bart et Ernest. Ernest_bart Il s’agit de Timothée Guilhermet, alias Chuckmalus, et de Thomas Tatlian, alias Shadowbeaver. Ils travaillent sur la distribution des adhésions pseudoscientifiques parmi les étudiants, et sur l’évaluation des compétences critiques. Gloire à eux ! CorteX_Thomas_Tatlian

CorteX_Timothee_Guilhermet

Nous ne sommes pas si seuls – même un prix Nobel boycotte les grands journaux

Vous vous souvenez de nos déclarations diverses ? Nous avions déjà écrit « Le coût de la connaissance – boycott d’Elsevier » et publié « Main basse sur la science publique : le «coût de génie» de l’édition scientifique privée » de Bruno Moulia et ses amis. Cette fois, ce n’est plus du menu fretin comme nous, mais des scientifiques de haut rang qui secouent le cocotier et encouragent à boycotter Nature, Cell et Science.


Nobel winner declares boycott of top science journals

Randy Schekman says his lab will no longer send papers to Nature, Cell and Science as they distort scientific process

Ian Sample, science correspondent
The Guardian, Monday 9 December 2013

Leading academic journals are distorting the scientific process and represent a « tyranny » that must be broken, according to a Nobel prize winner who has declared a boycott on the publications.

Randy Schekman, a US biologist who won the Nobel prize in physiology or medicine this year and receives his prize in Stockholm on Tuesday, said his lab would no longer send research papers to the top-tier journals, Nature, Cell and Science.

Schekman said pressure to publish in « luxury » journals encouraged researchers to cut corners and pursue trendy fields of science instead of doing more important work. The problem was exacerbated, he said, by editors who were not active scientists but professionals who favoured studies that were likely to make a splash.

The prestige of appearing in the major journals has led the Chinese Academy of Sciences to pay successful authors the equivalent of $30,000 (£18,000). Some researchers made half of their income through such « bribes », Schekman said in an interview.

Writing in the Guardian, Schekman raises serious concerns over the journals’ practices and calls on others in the scientific community to take action.

« I have published in the big brands, including papers that won me a Nobel prize. But no longer, » he writes. « Just as Wall Street needs to break the hold of bonus culture, so science must break the tyranny of the luxury journals. »

Schekman is the editor of eLife, an online journal set up by the Wellcome Trust. Articles submitted to the journal – a competitor to Nature, Cell and Science – are discussed by reviewers who are working scientists and accepted if all agree. The papers are free for anyone to read.

Schekman criticises Nature, Cell and Science for artificially restricting the number of papers they accept, a policy he says stokes demand « like fashion designers who create limited-edition handbags. » He also attacks a widespread metric called an « impact factor », used by many top-tier journals in their marketing.

A journal’s impact factor is a measure of how often its papers are cited, and is used as a proxy for quality. But Schekman said it was « toxic influence » on science that « introduced a distortion ». He writes: « A paper can become highly cited because it is good science – or because it is eye-catching, provocative, or wrong. »

Daniel Sirkis, a postdoc in Schekman’s lab, said many scientists wasted a lot of time trying to get their work into Cell, Science and Nature. « It’s true I could have a harder time getting my foot in the door of certain elite institutions without papers in these journals during my postdoc, but I don’t think I’d want to do science at a place that had this as one of their most important criteria for hiring anyway, » he told the Guardian.

Sebastian Springer, a biochemist at Jacobs University in Bremen, who worked with Schekman at the University of California, Berkeley, said he agreed there were major problems in scientific publishing, but no better model yet existed. « The system is not meritocratic. You don’t necessarily see the best papers published in those journals. The editors are not professional scientists, they are journalists which isn’t necessarily the greatest problem, but they emphasise novelty over solid work, » he said.

Springer said it was not enough for individual scientists to take a stand. Scientists are hired and awarded grants and fellowships on the basis of which journals they publish in. « The hiring committees all around the world need to acknowledge this issue, » he said.

Philip Campbell, editor-in-chief at Nature, said the journal had worked with the scientific community for more than 140 years and the support it had from authors and reviewers was validation that it served their needs.

« We select research for publication in Nature on the basis of scientific significance. That in turn may lead to citation impact and media coverage, but Nature editors aren’t driven by those considerations, and couldn’t predict them even if they wished to do so, » he said.

« The research community tends towards an over-reliance in assessing research by the journal in which it appears, or the impact factor of that journal. In a survey Nature Publishing Group conducted this year of over 20,000 scientists, the three most important factors in choosing a journal to submit to were: the reputation of the journal; the relevance of the journal content to their discipline; and the journal’s impact factor. My colleagues and I have expressed concerns about over-reliance on impact factors many times over the years, both in the pages of Nature and elsewhere. »

Monica Bradford, executive editor at Science, said: « We have a large circulation and printing additional papers has a real economic cost … Our editorial staff is dedicated to ensuring a thorough and professional peer review upon which they determine which papers to select for inclusion in our journal. There is nothing artificial about the acceptance rate. It reflects the scope and mission of our journal. »

Emilie Marcus, editor of Cell, said: « Since its launch nearly 40 years ago, Cell has focused on providing strong editorial vision, best-in-class author service with informed and responsive professional editors, rapid and rigorous peer-review from leading academic researchers, and sophisticated production quality. Cell’s raison d’etre is to serve science and scientists and if we fail to offer value for both our authors and readers, the journal will not flourish; for us doing so is a founding principle, not a luxury. »

• This article was amended on 10 December 2013 to include a response from Cell editor Emilie Marcus, which arrived after the initial publication deadline.

Peur sur la ville : les médias, le terrorisme et le djihad global

Retour sur le traitement médiatique de l’attaque de Westgate, au Kenya, par Clara Egger. Cet article a été également publié en octobre 2013 sur le site d’Action Critique Média (ACRIMED).

Du 21 au 24 septembre, alors qu’un centre commercial luxueux de Nairobi est l’objet d’une prise d’otage, les grands médias français1choisissent, une fois de plus, de donner dans le sensationnel2. Entre appel à la peur, images voyeuses, et analyses tantôt tâtonnantes, tantôt farfelues, la Corne de l’Afrique est, pour quelques jours seulement, de retour sur le devant de la scène médiatique.

21 septembre, premier acte, Laurent Delahousse nous prévient : « certaines images sont difficiles ». Claire Chazal préfère parler d’emblée d’une « tuerie ». L’attaque dure depuis quelques heures et le bilan est déjà « très lourd ». Des images de personnes affolées se succèdent courant « pour sauver leur vie », « les blessés se comptent par dizaines », on trouve « plusieurs cadavres par terre ». Qu’importe si l’on ignore tout du « commando armé », de « leur nationalité, leur motivation », le correspondant de TF1 lui est formel : c’est « une méthode, une méthode à la Al Shebab, avec des armes… et une méthode qui… qui est celle de, de ces gens-là ».

22 septembre, deuxième acte, plus dramatique encore : France 2 titre sur le « carnage de Nairobi », un véritable « bain de sang » aux images, encore une fois, « très difficiles ». Les journaux télévisés passent en boucle les images de personnes « abattues », victimes d’un commando qui « sème la panique et la mort ». Puis l’antenne est laissée aux témoins. On y parle de « scènes d’horreur », d’« exécutions sommaires », comme cet homme qui affirme avoir vu « des dizaines, je dis bien des dizaines de corps déchiquetés un peu partout ». L’attaque est d’autant plus abominable qu’elle est, de l’avis de plusieurs témoins, « très surprenante ». Peu importe si, depuis plusieurs mois, les centres commerciaux kényans sont considérés comme une cible prioritaire pour des attaques terroristes par les chancelleries du monde entier 3.

23 septembre, troisième acte : entrée en scène de la presse écrite, un brin plus lente, qui titre : « Horreur à Nairobi » (Libération), « Massacre islamiste au Kenya » (Le Monde) ou « l’interminable assaut contre les islamistes somaliens » (Le Figaro). Les télévisions qui couvrent l’information depuis déjà deux jours s’efforcent de ne pas lasser l’audience à une heure de grande écoute, d’autant plus que de l’avis du correspondant de TF1 « c’est très compliqué d’avoir des informations sur ce qu’il se passe ». Alors pour rendre attrayant ce brouet d’informations déjà servies la veille, on pimente à outrance. Qu’à cela ne tienne, on ressort les images des jours derniers et on les agrémente de commentaires évocateurs. Ainsi la police doit enjamber «  des cadavres criblés de balles », France 2 parle de « scènes de guerre », de personnes « exécutées froidement » et « d’assaillants qui n’hésitent pas à cribler de balles la porte des toilettes ».

24 septembre, dernier acte : c’est le « dénouement », un soulagement pour « toute une population horrifiée par ces images de terreur ». Une coupable est démasquée : « une femme occidentale qu’on appelle la veuve blanche »… « Elle a les yeux verts de son Irlande du Nord natale » mais s’est engagée dans « une croisade djihadiste ». Pour mieux retracer son histoire, une animation la fait passer en moins de dix secondes du jean-baskets au niqab noir. Pour faire durer le plaisir, le 25 septembre, France 2 en guise d’épilogue, peindra le portrait des héros dans le carnage, risquant leur vie pour sauver celles des autres.

Quand il s’agit de terrorisme, les médias français sont passés maîtres dans l’art du carpaccio, c’est-à-dire de maquiller la pauvreté des informations qu’ils servent : de même que, sur le menu du restaurateur indélicat, une tomate tranchée devient un carpaccio de tomates, les médias rehaussent à coups de techniques de scénarisation hollywoodienne, une information médiocre. Et c’est réussi. Le public, lui, n’a sans doute pas saisi les tenants et les aboutissants de la prise d’otage de Nairobi, et n’a eu droit à aucune analyse critique. Mais il a tremblé trois jours durant.

Car c’est bien là que le bât blesse : les informations sont floues, partielles. Qu’elles le reconnaissent ou non, les rédactions des médias français sont bien en peine d’expliquer en cinq minutes ou six cents mots les ressorts d’une crise somalienne qui n’intéresse plus vraiment personne.

Alors quitte à risquer l’amalgame, on pare l’analyse des oripeaux et du vernis de la science politique. Ainsi le concept d’« arc terroriste » ou d’« arc de crise djihadiste » est consacré en quelques jours. Michel Scott, sur TF1, en propose la description suivante, carte à l’appui : « D’ailleurs quand vous voyez l’arc terroriste, ce qu’on appelle l’arc terroriste qui traverse le continent et qui va de l’Atlantique jusqu’au Yémen eh bien le Kenya représente la zone limitrophe qui comporte le plus d’intérêts occidentaux aussi proche de cette zone de non-droit ». France 2 reprendra le même concept, allant jusqu’à se poser la question de l’existence d’une « Internationale terroriste » alors que Libération titrera sur « l’arc de crise jihadiste », détaillant : « les terroristes sont actifs de Nouakchott jusqu’à Mogadiscio ».

La clef d’explication du drame est toute trouvée, elle parait logique. Il faut dire que le concept est séduisant, car arc djihadiste est une notion « puits » : elle semble parlante, tout en donnant à l’argumentaire un air calé et profond… mais elle est creuse. Le concept ne repose sur aucune étude scientifique (qui est-ce « on » qui l’a forgé ?), seulement sur des amalgames douteux. En effet, si les groupes actifs le long de cet arc ont des modes opératoires similaires et revendiquent tous leur allégeance à Al Qaeda, les agendas politiques d’AQMI, du Mujao, de Boko Haram et des Shebab somaliens, censés formés cet « arc djihadiste » sont radicalement différents et se comprennent avant tout dans leur dimension locale. Bien que les médias ne retiennent que la dimension internationaliste liée à Al Qaeda, la plus importante partie du mouvement Shebab est ancrée dans un agenda intérieur lié au nationalisme somalien. Comme l’explique le spécialiste de l’Afrique sub-saharienne, Roland Marchal, la mouvance salafiste d’Al-I’tissam a fusionné en 2004 avec celle issue du recrutement de jeunes instruits par les tribunaux islamiques. Cette entité, d’abord groupusculaire, a été considérablement renforcé par la politique anti-terroriste des États-Unis et des Européens. De plus, la dimension internationale du recrutement des Shebab somaliens est liée avant tout à la présence forte de la diaspora somalienne dans le mouvement.CorteX_islamophobie_Martial

Dès lors, mettre sur un même niveau l’attentat sur l’ambassade étasunienne à Nairobi (1998), les attentats de Bombay (2008), et la prise d’otage sur le complexe gazier d’In Amenas (2013) n’a aucune valeur explicative, sauf à persuader le public qu’il est face à un choc de civilisations, au devant d’une menace djihadiste globale susceptible de frapper partout même sur le lieu de ses vacances…. Un expatrié français, interviewé sur TF1, fait même le parallèle entre cet événement et la fusillade de la rue des Rosiers à Paris en 1982 lors de laquelle un restaurant juif fut pris pour cible. Logique une fois encore, puisque les médias vont rapidement annoncer la présence d’un commando spécial israélien agissant aux côtés de l’armée kényane.

L’avantage de tels amalgames est qu’ils évitent de s’interroger sur les ressorts du conflit somalien et sur l’implication du Kenya, et plus largement de l’ONU et de l’Union Européenne dans le conflit. Les revendications des Shebab, ces « islamistes somaliens qui portent la guerre sainte au Kenya » seraient de l’ordre de la vengeance contre un pouvoir kényan soutenant militairement un gouvernement somalien tentant de rétablir un semblant de stabilité. D’ailleurs, la Somalie est caractérisée par le « chaos », et les images de TF1 montrent « des bâtiments criblés de balles », l’« épave d’un avion en plein centre ville, une capitale ravagée par vingt ans de guerre ».

 

Or depuis juin 2013 et la création de la nouvelle mission intégrée des Nations-Unies, l’UNSOM, visant à soutenir les institutions du gouvernement somalien, des voix n’ont cessé d’alerter les Nations-Unies et l’Union Européenne sur les dangers de son optimisme béat4. La prise d’otages de Nairobi semble démontrer que les Shebab somaliens, bien que rejetés par la majorité de la population ne sont pas si moribonds qu’espéré. L’action des Nations Unies et de l’Union Européenne, pilotée à distance depuis Nairobi, est mal perçue par les populations locales qui peinent à percevoir les bénéfices de vingt années d’assistance. Le nouveau gouvernement est quant à lui exclusivement identifié à Mogadiscio, dans un pays où le Somaliland et le Puntland au Nord, jouissent d’une autonomie considérable, imités par le Djubaland au Sud. Dès lors l’agenda des Nations Unies et de l’UE uniquement centré sur le Sud et le centre de la Somalie et sur les zones « libérées » des Shebab somaliens risque d’accroître les tensions inter-claniques, principal facteur d’explication du conflit somalien. L’implication de la diaspora somalienne dans le conflit joue un rôle majeur bien qu’occulté par les médias internationaux, et ce d’autant plus que la banque Barclays vient d’annoncer la clôture prochaine de ses comptes de transferts de fonds depuis le Royaume-Uni vers la Somalie. Enfin, imposer une analyse du conflit en termes de « djihad international » accroît les risques de représailles sur les populations musulmanes d’Afrique de l’Est, et sur les réfugiés somaliens présents en grand nombre au Kenya et qui paient déjà un lourd tribut à ce conflit 5.

Clara Egger

1 L’analyse du traitement médiatique de la crise mobilise les journaux et médias télévisés à la plus forte audience : les journaux télévisés de 20 heures de France 2 et de TF1 et les manchettes du Monde, de Libération et du Figaro. Si l’intégralité des Journaux Télés a été analysée, l’analyse des journaux s’est limitée aux manchettes qui participent à créer un certain nombre d’effets autour d’une information.

2 Pour une analyse très complète du rôle des mécanismes de fabrique de l’opinion par les médias, se référer à Edward Herman & Noam Chomsky, La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, Agone (2008) »

3 A titre d’exemple, le Ministère des Affaires Etrangères, sur son site Internet, donne la recommandation suivante aux touristes français voyageant au Kenya : « ll est recommandé de limiter autant que possible les déplacements dans les lieux publics les plus fréquentés, notamment par les ressortissants étrangers (centres commerciaux, bars, hôtels…) ».

4 Ainsi, très peu de médias ont relayé la décision de l’ONG Médecins Sans Frontières de fermer la totalité de ses programmes en Somalie, faute de disposer de conditions satisfaisantes pour l’exercice de son mandat.

Médias un 4ème pouvoir ? Deux cycles de projections documentaires

Main dans la main, le CorteX Grenoble et son antenne lyonnaise, Maïlys Faraut organisent un double cycle de projections débats durant ce mois de novembre 2013.  En voici les grandes lignes. Les détails sont à retrouver dans notre agenda.

Grenoble Lyon

Mercredi 6 novembre, 18h30 : Fin de concession, de Pierre Carles + débat avec Pierre Carles himself

Jeudi 7 novembre, 17h30 : Fin de concession, de Pierre Carles + débat avec Pierre Carles himself


Mercredi 20 novembre, 18h30 : Les nouveaux chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yann Kergoat + débat

Jeudi 21 novembre, 17h30 : Les nouveaux chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yann Kergoat + débat avec M. Florea et P. Chasson, d’ACRIMED

Mercredi 27 novembre, 18h30 : Chomsky & Compagnie, de Olivier Azam et Daniel Mermet + débat

Jeudi 28 novembre, 19h : Les nouveaux chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yann Kergoat + débat avec M. Florea et P. Chasson, d’ACRIMED

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Tout ça se passe amphi F, au DLST. Entrée libre, vous pouvez amener vos tantes, cousins, grands-parents, beaux-frères.