Compilation de ressources critiques sur la psychogénéalogie

La psychogénéalogie et les secrets de familleVoici une petite compilation de ressources critiques concernant la psychogénéalogie à l’usage des curieux qui souhaitent creuser les fondements de cette discipline pseudo-scientifique. Cette page ouverte est évidement non-exhaustive et mérite d’être alimentée : vous avez lu/vu/entendu une référence critique, solide et pertinente sur ce sujet ? N’hésitez pas à la partager à l’adresse contact[at]cortecs[.]org.


La psychogénéalogie est une pratique développée dans les années 1970, qui affirme que les événements, traumatismes et conflits vécus par les ascendants d’un sujet conditionnent ses comportements, ses troubles psychologiques et ses maladies. Dévoiler cette « histoire cachée » d’un sujet en séance de thérapie permettrait de s’en libérer.

  • Conférence « La psychogénéalogie, un mythe » de Nicolas Gaillard

2012 (54min)

Dans le cadre du cycle de conférences de psychologie « 1 heure de psy par mois » proposé par Le Laboratoire Inter-universitaire de Psychologie, Personnalité, Cognition, Changement Social (PC2S) et programmé par la bibliothèque Kateb Yacine de Grenoble. Cette conférence rend compte de l’application de l’outillage d’esprit critique du CorteX à la psychogénéalogie, préparée conjointement avec Géraldine Fabre.

  • Entrevue Géraldine Fabre et Nicolas Gaillard « La psychogénéalogie : promesse tenue ? »

Émission Remue-méninges d’Élise Chardonnet sur RCF Isère, novembre 2011, Géraldine Fabre (membre fondatrice du CorteX) et Nicolas Gaillard à l’occasion de la présentation d’une conférence intitulée La psychogénéalogie : promesse tenue ?.

2012 (40 min)

  • Articles de Géraldine Fabre « Psychogénéalogie : les dossiers de l’OZ »

Deux articles fondateurs de notre démarche critique vis-à-vis de la psychogénéalogie qui proposent une étude rigoureuse des concepts-phares pour en éprouver les limites.

  1. Aïe, mes aïeux !
  2. Le syndrome du Gisant
  • Reportage « Psychogénéalogie : Nos Mémoires Secrètes », « Infrarouge », France 2, avril 2008.

Attention ! C’est un reportage nullement critique (bien au contraire) mais utile pour comprendre le concept de la psychogénéalogie tel qu’il est présenté par Anne Ancelin Schützenberger et d’autres après elle. C’est aussi l’occasion de découvrir de réelles séances de thérapie et d’en mesurer la teneur. « Psychogénéalogie : Nos Mémoires Secretes« 

  • Matériel CorteX – analyse d’un reportage sur la psychogénéalogie.

Voici un travail pratique qui propose une analyse critique d’un reportage sur la psychogénéalogie d’une émission de France Culture, Sur les docks : Psychologie – TP « Psychogénéalogie sur France Culture« , par Richard Monvoisin. Les psychologues, travailleurs sociaux ou simples curieux trouveront ici quelques éléments de discours-type, dont nous retranscrivons quelques extraits archétypaux, tous tirés de l’émission: Secrets de famille : une conversation qui n’a pas eu lieu.

  • Les Ateliers de l’information, conférence « La psychogénéalogie et ses dérives », par Nicolas Gaillard

Les Ateliers de l’information de la bibliothèque des sciences de l’université de Grenoble (appelée aussi SICD1, pour Service Inter-établissement de Coopération Documentaire) proposent d’agiter son auditorium avec plusieurs conférences thématiques critiques, d’un format très court (30 minutes + questions), disponibles sur la page Une bonne poignée de mini-conférences CORTECS et sur le site des Ateliers de l’information.

Avril 2013, 52 min Atelier n°30 – Zététique : la psychogénéalogie et ses dérives (vidéo)

  • Article « La médecine et ses « alternatives », Quelques outils d’autodéfense pour militant-es… » par Richard Monvoisin

La médecine et ses « alternatives », Quelques outils d’autodéfense pour militant-es… S’y trouve une réponse à la question suivante : quelles sont les raisons qui font que nous-mêmes, et nos proches, dont la santé est essentielle, nous détournons du système de soin classique pour recourir à des thérapies dites alternatives, quitte parfois à ce que l’efficacité du soin ne soit pas au rendez-vous ? On y trouve des références à la psychogénéalogie mais surtout une compréhension plus large des caractéristiques des thérapies pseudo-scientifique.

Par extension, et parce que la psychogénéalogie trouve son terreaux dans les concepts psychanalytique, on peut consulter l’article Impacts de la psycho-pop, par Brigitte Axelrad ainsi que l’ensemble des articles du CorteX portant sur la critique de la psychanalyse pour aller encore plus loin.

N’oubliez pas : si vous avez lu/vu/entendu une référence critique, solide et pertinente sur ce sujet, n’hésitez pas à la partager sur contact[at]cortecs[.]org.

Psychologie – TP Psychogénéalogie sur France Culture

Il est bien entendu que les secrets de familles existent, et peuvent avoir un impact psychologique fort lorsqu’ils sont révélés. Il est certain que, génétique ou atavisme, des choses se « transmettent » d’une génération à l’autre. Toutefois, veillons à ne pas confondre cette psychologie de la transmission et la psychogénéalogie, technique pseudoscientifique qui fleurit dans les familles et qui étudie « niches », « fantômes » et autres « syndromes » dont on hériterait inconsciemment (selon un inconscient tout à fait freudien).

S’il est évident qu’un adultère ou une adoption peuvent être un secret transmis, rien à voir avec les connivences et loyautés présentées par Mme Ancelin-Schützenberger dans son livre fondateur Aïe mes Aïeux, où il s’agit par exemple pour l’arrière-petit fils de développer un cancer des testicules par « loyauté » avec l’arrière grand-papa qui s’était pris un coup de pied de chameau dans les mêmes parties. Ne rions pas, c’est douloureux, tant le coup de pied que l’adhésion à cette théorie fausse qui crée parfois de vrais drames familiaux.

Une déconstruction complète de cette dérapie a été effectuée de longue date sur le site de l’Observatoire zététique par notre corticale Géraldine Fabre ici et .


Le documentaire de Sur les Docks sur France Culture diffusé le 12 avril manque justement de discernement, et fait exactement ce mélange des choses.

Les deux seuls experts invités sur un sujet qui se veut scientifique (du moins la psychogénéalogie se présente-elle comme tel, voire comme thérapie) sont

  • une psychogénéalogiste, Denise Allais.

  • un écrivain psychanalyste, François Vigouroux. Jean Lebrun le présente comme « cet explorateur bien connu de la puissance des latences note que s’il est dangereux de laisser se rompre brut les barrages, il peut être utile d’ouvrir les vannes. Il vaut mieux savoir ce que nos ascendants ont fait de nous pour nous faire nous-mêmes » (cf. effet puits, dans Outillage).

Or psychanalyste n’est pas un diplôme à proprement parler, sanctionnant une compétence ; et psychogénéalogiste encore moins, tant les formations fleurissent de manière « sauvage ».

Les psychologues, travailleurs sociaux ou simples membres de famille trouveront ici quelques éléments de discours-type, dont nous retranscrivons quelques extraits archétypaux, tous tirés de l’émission et accolés dans ce document sonore : 

Télécharger (18’25)

Une première partie de « pseudo-théorisation » est placée en introduction par les documentaristes.

On notera comment par une analogie douteuse, on glisse progressivement vers la construction factice d’un « objet » scientifique, le secret de famille.

« À l’image de la Russie soviétique où les compagnons de Staline disparaissent un à un des photos officielles, au rythme des disgrâces, le secret de famille est un tour de passe-passe destiné à escamoter les personnages et les épisodes inavouables.

Pour ne pas troubler les eaux calmes d’une famille apparemment heureuse et aimante, il se noue dans le tabou, le non-dit. Le mensonge se distille jusque dans les chambres d’enfant, avec une violence feutrée. Il se transmet de génération en génération, souvent à l’insu du dépositaire, qui n’en perçoit que des bribes confuses et incertaines. Une crypte peuplée de fantômes, disait Abraham Etörök, tapi dans l’inconscient, impénétrable, et pourtant déterminante dans notre rapport au monde, et de nos relations aux autres. À nous-mêmes en premier lieu, car le secret de famille se rapporte aux origines il touche même de notre même de notre identité. Filiation trouble, adultère, fortune ou faillite honteuse, le secret de famille est fascinant car il porte en lui l’espoir d’apprendre quelque chose de nous-mêmes. Espoir bien souvent déçu. Le sentiment d’étrangeté ne peut être résolu si facilement.

Écrivain, psychanalyste ou psychogénéalogiste, tous ont tenté de sonder cet abime mais les secrets restent bien gardés car même découverts ils continuent d’agir en nous, de conditionner notre place, notre façon de penser, de nous comporter.

De cette énigme originelle on peut cependant en faire le récit, avec des trous et des blancs, des souvenirs qui reviennent subitement, des indices qui ne prendront leur sens que bien plus tard quand tous les fils seront bien tissés. »

La psychogénéalogiste Denise Allais ajoute :

« (…) je pense qu’elle a été prise elle au fil des générations dans une loyauté, c’est-à-dire dans une construction où elle a été finalement prise en otage pour essayer de remettre de la parole par rapport à quelque chose qui n’a pas été dit. Mais c’est vrai que tous les enfants, on le voit bien par exemple dans une fratrie ne sont pas investis de la même manière par leurs parents et qu’est-ce qui fait qu’un enfant le sera plus je pense qu’il n’y a pas de réponse à ça parce que chaque cas est tellement particulier. C’est vrai qu’il y a des secrets de famille qui d’ailleurs finissent par s’éteindre au fil des années et qui ne génèrent pas forcément de catastrophe.

Le secret n’est pas uniquement quelque-chose de pathologique. Il y a vraiment une possibilité de transformer tout ce qui n’a pas été dit en quelque chose de lumineux. Par contre il y a plein de secrets, il y a plein de choses qu’on ne pourra jamais élucider, ni jamais connaître, et ça c’est important de pouvoir lâcher à certains moments. Il y a des tas d’événements, tas d’endroits de l’arbre généalogique dont on ne pourra jamais rien dire, rien savoir » (…)

Cette technique de discours (qu’on pourrait appeler la noyade du poisson ou la technique de la seiche) est plus ou moins consciente et rend totalement irréfutable la théorie de la dame. Le secret peut être pathologique ou non,  générer une catastrophe ou non, un enfant peut être plus ou moins « investi » sans trop savoir ce que signifie investi, il faut parfois lâcher parfois pas… Les phrases sont des phrases-puits, qui ont l’air profondes mais qui n’apportent pas d’information.

S’ensuivent dénis, masquages, et corrélation avec des catastrophes, drames ou pathologies qui ne peuvent que terroriser gratuitement les gens à la recherche d’explications. Soit la personne est mal dans sa peau, et cherchera une cause que la psychogénéalogie (ou de l’analyse transgénérationnelle) se hâtera de lui trouver, soit elle n’en a pas, et le mécanisme de la psychogénéalogie se dépêchera de lui en trouver une. Sans parler du fait que dans ces théories, les solutions au mal-être sont toujours à l’intérieur de la personne, comme si les mal-être ne pouvaient être sociétaux ou politiques (comme les avortements, les adoptions, les filiations « honteuses », dont la représentation psychologique est très dépendante de l’époque et de la morale commune).

Note : il nous semble facile de décortiquer ce genre de discours lorsqu’on a lu les deux articles de Géraldine Fabre. Mais si besoin est, le CorteX pourra sur demande compléter cette fiche.

RM