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Entraînez-vous ! Campagne publicitaire à analyser : l’éducation nationale recrute

La dernière campagne publicitaire de l’éducation nationale est l’occasion d’aiguiser son esprit critique et de mettre en application les principes d’autodéfense intellectuelle. Qu’en pensez-vous ?


En juin 2011, le ministère de l’éducation nationale a lancé une campagne « destinée à tous les étudiants qui réfléchissent à leur avenir professionnel et, prioritairement, aux étudiants de M1. L’objectif est clair, il s’agit d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions : assurer la réussite de chaque élève. »[1]

altLaura a trouvé le poste de ses rêves. C’est l’avenir qu’elle a toujours envisagé. Et l’avenir, pour elle, c’est de faire vivre et partager sa passion, transmettre des savoirs et des valeurs, se consacrer à la réussite de chacun de ses élèves. C’est pour cela qu’elle a décidé de devenir enseignante.L’éducation nationale recrute 17 000 personnes.

Pourquoi pas vous ? 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011.
 
 

 

altJulien a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions.

C’est la concrétisation de son projet professionnel. Et ce projet, pour lui, c’est de faire vivre et partager sa passion, transmettre des savoirs et des valeurs, se consacrer à la réussite de chacun de ses élèves. C’est pour cela qu’il a décidé de devenir enseignant.
L’éducation nationale recrute 17 000 personnes.
Pourquoi pas vous ? 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011.


Cette campagne de trois semaines a été déployée avec une stratégie de diffusion très large.
  • Presse écrite (Le Monde, Le Figaro, Le Journal  du Dimanche, Libération, Le Parisien/Aujourd’hui en France, Direct Matin,  Métro, 20minutes, Le Point, L’Express, Télérama, Le Nouvel Observateur,  Challenges, Courrier international, Marianne, L’Equipe magazine, VSD,  Paris Match).
  • Spots radio (Skyrock, NRJ, Virgin radio, Fun radio,  France Info, France Inter, RTL, RMC, Europe 1…).
  • Bannières  publicitaires sur des sites Internet à forte audiences (Deezer, YouTube,  SkyBoard, L’Etudiant.fr, Studyrama, Monster).
  • L’ouverture d’un site dédié : leducationrecrute.fr.
« La création met en scène des personnes à un moment fort de leur vie, celui de leur engagement dans un projet de carrière autour des valeurs de réussite et d’épanouissement personnel et professionnel. Des valeurs qui peuvent paraître dans un premier temps individualistes, mais qui prennent un tout autre sens lors de la révélation de l’annonceur : l’éducation nationale. » [2] 

Pour débuter l’analyse, j’ai choisi de décortiquer l’article selon trois axes.

1/ Les effets rhétoriques

Notamment l’affirmation « L’éducation nationale recrute 17 000 personnes en 2011 ».

Cet annonce de recrutement est surprenante car en contradiction avec ce qui semble circuler dans les médias sur la situation de l’éducation nationale où l’on parle plutôt d’un plan d’austérité (fermeture de classe, suppression d’emploi, etc.) Cette information mérite donc d’être analysée

Pourquoi ce décalage a priori avec l’actualité ?

Que représente ces 17 000 postes ?

Cette information n’est-elle pas orientée ?

 2/ La fabrication de l’image
Comment les illustrations sont-elles fabriquées ?
Que veulent susciter ces deux  images ?
A quels archétypes font-elles appel ?
3/ Le vocabulaire utilisé dans les images
Que connote-t-il et quels problèmes cela peut-il  poser ?
 
Tentez une analyse de votre cru, et comparez-là avec la mienne.
N’hésitez pas à nous écrire pour compléter / corriger notre décorticage.

Nicolas Gaillard  

Juin 2013 Le CorteX dans Le Monde – La vulgarisation, fabrique du consentement

David Larousserie, un journaliste du Monde, surpris par ma conclusion radicale sur la vulgarisation scientifique à la fin du livre Quantox, m’a demandé d’étayer mon point de vue… en 6400 signes. J’ai d’abord commencé par écrire ce que j’avais à dire, en 13 000 signes, puis j’ai fait l’exercice de résumer le propos. Je garde la première version, moins travaillée mais plus fouillée, à disposition ici (prototype). La seconde, quant à elle, est paru dans le Monde du 20 juin 2013.


Détails de critique des médias : cette tribune était titrée « Médiabolique vulgarisation scientifique » et a été renommée, à mon insu et en dépit d’une promesse, « La Vulgarisation fabrique du consentement », ce qui, aussi désagréable que ce soit, ne dénature pas le propos. Par contre, le journal m’a affublé d’un titre que je n’ai pas. Si j’enseigne et fais de la recherche, je ne suis pas enseignant-chercheur titulaire.

Richard Monvoisin


 

La vulgarisation, fabrique du consentement

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO

La vulgarisation scientifique est une spécialité du journalisme dont les critiques sont si rares que c’en est douteux. L’image d’Épinal ? Un savoir « savant » produit par un professionnel compétent est vulgarisé par la compétence d’un journaliste qui, tel Prométhée, va le chercher au péril de sa vie, puis l’offre à la population béate. Mais le processus est-il « bon » en soi ?

Avant d’avoir accès à l’éducation populaire qui fera d’un citoyen un honnête citoyen, il faut débourser. Le savoir, vulgarisé, est devenu marchandise commerciale compétitive, et pour survivre, un journal va devoir complaire, et jouer sur l’audimat factor : c’est à l’aune des ventes que se valident les stratégies. De même que les chercheurs sont lancés dans une gigantesque course de lévriers, la vulgarisation doit être compétitive sur le marché de l’information.

Ainsi, stéréotypes et story telling remplacent analyse et esprit critique, et s’opère une sorte de lente « Paris-Matchisation » de la science : fracassantes découvertes et exclusivités y croisent scoops et grands génies. Les « exclusif », les « révélations sur… » font florès. Un nouveau fait ? Moyennant contorsions, il se calera sûrement dans l’un des principaux scénarios vulgarisationnels : appel à l’espoir, comme « Vous pouvez dire adieu à vos lunettes ! » (Science & Vie, décembre 2002) ; appel à la peur, « Insectes, pourquoi ils vont conquérir le monde » (Sciences & Avenir, juillet 2003) ; le scoop artificiel, à l’instar de « Théorie du tout, enfin ! » (Science & Vie, janvier, 2008), « Ovnis, la révélation en marche » (Nexus, novembre 2008) ; le mode duel, « Dieu contre Darwin » (La Recherche, avril 2006), le mode conquête, défi, etc.

De même qu’une histoire faite de dates ou de grands hommes, la science devient une suite de découvertes, d’illuminations, de génies, de clichés. A la télévision, le docu-fiction supplante le documentaire, Lorànt Deutsch remplace Braudel et les Bogdanov Jean Rostand.

Au fond, à l’instar d’une langue, un savoir ne me laisse que trois choix. Soit j’accepte de ne rien savoir du finnois, par exemple ; soit j’apprends le finnois (mais c’est long) ; soit j’opte pour quelques mots, pour demander une bière : dans ce cas, ne me viendra pas l’idée de prétendre parler finnois, au risque de passer pour les Dupondt déguisés en costume syldave. C’est la même chose pour la biochimie ou l’anthropologie. A chacun de choisir entre le savoir (ardu), l’avatar hollywoodien (facile), et la suspension de jugement (humble).

Mais gare à confondre vessie et lanterne : il est des personnes sincères qui viennent lors de mes conférences publiques sur « Science et paranormal » justifier les esprits frappeurs par le chat de Schrödinger et des thérapies « quantiques » par la couverture de Science & Vie « La vie serait quantique » (avril 2011). Et pis encore, avec ces pseudo-connaissances est donnée au citoyen l’illusion d’avoir plus de prise sur son monde. Or il n’y a pas de prise dans un deux-pages révélant tout sur le boson de Higgs, ou dans une lévitation de grenouille à la Fête de la science. On amuse la croisière, mais on se garde bien de la faire penser.

Voici mon hypothèse : à faire rêver sur le nombre de gens qui seront (un jour) sauvés par le décryptage du génome humain, qu’on pourra (un jour) guérir en implantant des puces dans le cerveau ou la possibilité de trouver (un jour) une exoplanète viable, on fabrique un type de consentement.

Il ne s’agit dès lors plus d’instruire, mais de communiquer, de légitimer des projets coûteux, et d’éviter la question qui tue : si ces recherches sont faites au nom du public, pour le bien public, et avec l’argent public, pourquoi n’avons-nous, public, aucun levier politique dessus ? Sommes-nous trop bêtes pour discuter, par exemple, des priorités éthiques, comme la recherche de traces d’eau sur Mars, dans un monde où des millions d’individus n’ont pas d’eau potable ou par exemple pour être entendus sur l’impact sociétal des nanotechnologies ? Probablement, à en croire la Commission nationale des débats publics qui, maligne, organise des débats après et non avant le lancement des programmes de recherche.

Aux groupes qui, comme à Grenoble, contestent cette mascarade, les édiles répondent entre deux railleries par… plus de vulgarisation. Fleurissent alors des animations ludiques et pleuvent des financements de thèses sur l' »acceptabilité sociale des nouvelles technologies » : pile ce qu’en 1926 Bernaÿs a nommé propagande. Quant à donner du pouvoir de décision à M. Tout-le-Monde ? Voyons… il n’est pas expert.

Or faudrait-il donc connaître tout des biotechnologies ou de la recherche spatiale pour pouvoir exprimer un choix politique ? Les politiciens votant les crédits ne sont pas experts non plus, loin de là, et les scientifiques eux-mêmes ne le sont que sur un micro-domaine. Il faut voir le statut de la question. Purement scientifique, une embrouille sera certes laissée aux spécialistes. Une controverse sur l’autorisation des OGM en plein champ ? Il s’agit là d’une question non de science mais de modèle de société, et tout quidam, compétent ou non, a le droit d’être entendu. Le référendum sur le traité constitutionnel ne fut pas réservé aux constitutionnalistes, que je sache.

Alors, au lieu de vulgarisateurs, optons pour des émancipateurs – enseignants tournés vers ceux qui quitteront tôt les bancs et non vers l’excellence, journalistes précis et documentaristes exigeants – transmettant de la pensée libératrice et non des connaissances et ouvrant les esprits plutôt que les remplissant. Leur leitmotiv : quelle est la connaissance minimale à transmettre pour qu’une personne puisse faire ses choix en connaissance de cause ? Bien sûr, leurs articles sont généralement denses et longs comme un jour sans pain, leurs films moins riches, donc moins programmés. Si nous, ignares et experts de peu, mutualisons nos capacités critiques en réseaux, accroissons nos exigences et éventons les impostures, les médias ne pourront qu’abandonner leurs produits préformatés, sous peine de disparaître.

Nous pouvons refuser cette monnaie que cols et blouses blanches consentent à la plèbe pour bons et loyaux impôts, cette vulgarisation du consentement, fausse émancipation qui parque l’opinion publique dans une zone où elle n’empiète pas sur la sphère politique. Sinon, sous prétexte de les instruire, les moutons seront bien gardés.

Richard Monvoisin (enseignant-chercheur dans le collectif de recherche transdisciplinaire Esprit critique & sciences (Cortecs), à l’université de Grenoble)

Journalisme – atelier titres de presse

Depuis septembre 2012, je donne un cours « Esprit critique & autodéfense intellectuelle » à l’Université Inter-Âge du Dauphiné. L’une de mes « étudiantes », Yolande Vallon, anime elle-même un atelier « Revue de presse » et m’a demandé un exposé participatif sur la question des titres d’articles. C’était le 15 mai 2013. Voici comment je m’y suis pris. Puisse ceci faciliter la tâche de toutes celles et ceux qui voudraient faire de même.


Je savais que j’allais avoir pendant une heure et demie une quinzaine d’habitué-es (qui s’avérèrent près d’une trentaine) majoritairement retraités. Un public retraité qui vient se former est généralement un public déjà pointu, et il faut bien intégrer le fait que nous n’avons pas affaire à des « perdreaux de l’année tombés de la dernière pluie ». Les exemples que j’ai choisis étaient donc assez pointus, volontairement. Pour un public jeune (pré-bac), je déconseille donc le matériel de presse employé ici, et enjoins à en choisir du plus facile.

Une heure et demie, avec le temps d’installation, est un temps court. Aussi ai-je opté pour l’efficacité.
J’avais la possibilité de projeter, aussi ai-je concocté un diaporama sous Libre office.
Voici la trame que j’ai employé.

Introduction

J’ai expliqué la notion de fabrique du consentement (E. S. Hermann et N. Chomsky 2008) et j’ai précisé que la manufacture de l’opinion commence dès le choix d’un titre, souvent percutant, court, de manière à être « apéritif », mais truffé de non-dits et d’implicite.

1ère partie : introduction des notions de base

J’ai exposé l’effet paillasson, puis l‘effet impact, en montrant pour chacun des exemples simples, puis plus complexes, et en parlant des risques inhérents à ces effets.
Pour l’effet paillasson : des tautologies, des définitions peu claires et l’encouragement au raisonnement « à la hache », par gros paquets stéréotypaux. Dans mon illustration sur la délinquance, j’ai repris un TP de G. Reviron (ici) ainsi que des articles de Laurent Mucchielli (entre autres ).
Plus de détails ici : effet paillasson.

Pour l’effet impact : l’appel à l’émotion plus qu’à la raison. J’ai entre autre repris ce remaniement de la langue suggéré dans un amendement de la loi Loppsi 2 transformant vidéosurveillance en vidéoprotection, moins « anxiogène ».
Plus de détails là : effet impact.
J’ai ensuite introduit la notion de Mots fouines (voir Baillargeon 2005), ainsi que l’exposé sur les mots à effet puits et la langue de bois de Franck Lepage, de la SCOP d’éducation populaire Le Pavé.
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=oNJo-E4MEk8]
Vinrent les carpaccios journalistiques ou arts de mettre en scénario préfabriqué l’information qui passe (appel à la peur, à l’espoir, et fabrication du scoop), avec quelques exemples appuyés.
J’ai terminé par la notion de plurium interrogationum, ou effet gigogne, art de cacher dans une question une prémisse non négociée.

2ème partie : discussion sur quelques titres de presse du jour

J’ai misé sur la fraîcheur de mes exemples et je ne voulais pas être suspecté d’avoir fait un biais de sélection des exemples les plus pertinents. Par conséquent, j’ai attendu le matin même, et ai choisi trois quotidiens célèbres, de subjectivité politique évidente pour deux d’entre eux : Libération, socio-démocrate assez mou, et le Figaro, gaulliste-conservateur libéral. Le troisième, Le Monde, est célèbre pour un certain opportunisme politique, et une ligne éditoriale fluctuante et assez peu lisible.
J’ai alors prélevé trois informations, et leurs traitements respectifs dans chaque journal. J’ai fait les copies d’écran que voici, classée dans l’ordre précité Libération, Figaro, Le Monde. 

  15 mai 2013 Récession – Libération, Figaro, Le Monde
CorteX_France_recession_Libe_15.5.2013
CorteX_France_recession_Figaro_15.5.2013
CorteX_France_recession_Monde_15.5.2013
 15 mai 2013 PSG / Trocadéro – Libération, Figaro, Le Monde
 CorteX_emeutes_PSG_Libe_15.05.2013
CorteX_emeutes_PSG_Figaro_15.5.2013
CorteX_emeutes_PSG_Monde_15.5.2013
15 mai 2013 Cours d’anglais à l’Université – Libération, Figaro, Le Monde.
CorteX_Anglais_libe_15.05.2013
CorteX_Anglais_Figaro_15.05.2013
CorteX_Anglais_Monde_15.05.2013

Je ne rentrerai pas dans le détail du commentaire de ces titres, puisque c’est le public qui l’a produit. On peut toutefois dire que la ligne politique est assez simple à décrypter pour qui connaît le contexte politique en cette fin de première année de mandat de président du PS François Hollande – les articles de Libération sont plus complaisants, ceux du Figaro plus vindicatifs, et ceux du Monde plus modérés.

Je ne peux qu’encourager l’enseignant à faire sa propre moisson de captures d’écran. Je hasarde toutefois un conseil : dans un TP comme celui-ci, il faut bien garder la barre et n’analyser que les titres et non le sujet de l’article en tant que tel. Peu importe notre avis sur la « récession » par exemple, il s’agit de voir la différence de traitement pour une même information. Le risque est grand chez un public politisé de voir un débat hors-sujet démarrer comme un feu de broussailles.
Voici mon diaporama complet.
N’hésitez pas à partager ici-même vos propres ressources.

Richard Monvoisin

Brève bibliographie :
E. S. Herman & N. Chomsky, La fabrication du consentement – De la propagande médiatique en démocratie, Agone (2008)
F. Aubenas & M. Benasayag, La fabrication de l’information, Les journalistes et l’idéologie de la communication, La découverte (1999)
N. Baillargeon, Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux (2005)
R. Monvoisin, Pour une didactique de l’esprit critique, thèse, Univ. Grenoble (2007)
Crédit image N°1: Fotolia

Le Métronome de Lorànt Deutsch : un exemple de pseudo-histoire

Doctorant en histoire, j’ai réalisé une relecture critique et cette petite synthèse des polémiques autour du Métronome de Lorànt Deutsch lors d’un cours de présentation et d’initiation à la zététique (dans un stage doctoral, à Grenoble). Ce travail se veut aussi une invitation aux chercheurs et historiens, au-delà de ce cas précis, à une réflexion autour de ce que l’on pourrait qualifier « d’impostures intellectuelles » et de falsifications historiques, qui sont en passe de supplanter les recherches scientifiques grâce à leur puissance médiatique et à leurs réseaux de diffusion.

Par Guillaume Guidon, Centre de Recherche en Histoire et histoire de l’Art à l’Université Pierre-Mendès France (Grenoble)

Note du CorteX – Ce travail fait suite à l’appel lancé ici : Histoire – Peut-on critiquer le Métronome de Lorànt Deutsch ?


Contexte de l’histoire et de la polémique

Le Métronome, livre écrit par Lorànt Deutsch, est sorti en 2009. Plus de deux millions d’exemplaires ont été vendus jusqu’à présent. Il a, entre autres, obtenu le soutien de la Mairie de Paris, tandis qu’une adaptation télévisuelle a été faite et diffusée l’été dernier sur le mode de la série sur France 5 qui a coûté plus d’un million d’euros, financée avec de l’argent public. Chaque épisode a été suivi par près d’un million de personnes.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=CoOaKxutniE]

Jusque là, peu de médias ont été critiques, autant à l’égard du livre que de la série télévisée :

  • « Un pavé d’une science impressionnante » selon BibliObs ;CorteX_scene_metronome

  • « Un récit enlevé de l’histoire de France vue de Paris, entre vulgarisation et effluves d’une réelle érudition » selon Libération ;

  • « Cette série donne envie de chausser ses meilleures baskets pour parcourir la ville » selon Le Monde.

  • « Une prouesse technique et ultra pédagogique » selon Télérama.

Pourtant, une polémique éclate en 2012, suite à la diffusion des épisodes télés. Des historiens critiquent l’histoire de Paris telle qu’elle est présentée par Lorànt Deutsch (LD). L’affaire prend de l’ampleur quand le Front de Gauche demande à la mairie de Paris de retirer son soutien au livre de l’écrivain. La réponse de ce dernier ne tarde pas : il essaye de circonscrire la polémique en disant que les critiques ne sont que le fait d’une jalousie. Ce faisant, il détourne le sujet en évitant de répondre aux critiques sur le fond et la méthode de travail qu’il a employé.

William Blanc, historien, accuse LD de livrer une vision « extrêmement royaliste de l’histoire » au point de donner « une vision très positive des rois et une vision par exemple extrêmement négative du peuple parisien ». Pour Alexis Corbière, du Front de Gauche :
« il y a un problème majeur, ce livre « contient de très nombreuses erreurs, affabulations et inventions historiques ». De plus, « il propose une vision orientée répondant à une lecture idéologique assumée, pétrie de convictions religieuses de l’auteur (…) qui ne se cache pas d’être hostile à la République, particulièrement à la Révolution française et se dit nostalgique de la monarchie ». »
La presse de droite comme Nouvelles de France s’empare aussi de la polémique en s’attaquant au personnage de William Blanc pour le discréditer. Dans une tribune libre datée du 16 juillet, Frédéric Laurent s’attaque à une campagne de presse faite « dans la plus pure tradition des tentatives de manipulation de l’opinion dont la gauche s’est fait une spécialité ». La présentation est assez caricaturale :
« Ce gros garçon était tout simplement l’un des leaders des mouvements d’extrême-gauche, qui ont fait du lieu leurs quartiers généraux dans le monde universitaire parisien. Violent (accusé notamment par une opposante de lui avoir cassé le bras au sein même de l’université) et quelque peu fanatisé (impossible de discuter avec lui), il était resté de longues années à Tolbiac, où l’on n’était censé – à l’époque – ne passer que les deux années de Deug. C’est à se demander où il trouvait son argent pour vivre. Pour tout dire, le garçon faisait penser à ces hommes de main payés par l’extrême-gauche pour maintenir son contrôle du système éducatif en fomentant des mouvements pseudo-révolutionnaires et étouffer toute opposition. »

… Une attaque qui ne dit encore pas grand chose des critiques de fond et de forme portées à l’encontre du Métronome.

Lorànt Deutsch a riposté, se défendant d’être « un idéologue » ou « un faussaire historique » et affirmant être un « amoureux de l’histoire ».

« J’ai dit que j’étais royaliste mais je ne suis pas un militant politique. Je suis un enfant de la République, j’aime mon pays » (…) « Je veux bien débattre de mon livre avec des historiens mais pas avec des militants politiques ». 

Pourtant, il s’y est toujours refusé jusqu’à présent, préférant débattre dans les médias avec des non-spécialistes.

 

Méthode Deutsch vs. Esprit critique

CorteX_lorant-deutschQuels sont les éléments qui ont amené à une telle polémique, alors que le livre donne l’image d’un flâneur sympathique, amoureux de Paris, qui veut nous faire découvrir sa ville au rythme des stations de métro ?

  • Un livre idéologique qui se heurte à la réalité et aux recherches scientifiques

En premier lieu, la « méthode Deutsch » repose sur des sources anciennes et connotées, prises sans aucun recul critique. Le tout pour aller dans un sens qui, au contraire de ce qu’il dit, est bien plus idéologique que les critiques qui lui sont faites. Car Lorànt Deutsch estime que l’histoire de France, c’est avant tout la monarchie et l’Église, et que l’on doit rendre hommage à cet héritage presqu’éternel, en opposition à une révolution violente et synonyme de chaos. Ce faisant, il rejette alors les nombreux travaux scientifiques déjà existants : il prétend faire une histoire personnelle, mais tout de même basée sur des sources écrites, et ne rien inventer. Lors d’une rencontre avec ses lecteurs à la FNAC à Paris le 21 avril, il déclare que « l’histoire de France est une matière subjective ». Une citation résume cette « méthode Deutsch » :

« L’idéologie ne doit pas être détruite au nom du fait scientifique […] si on peut tendre vers le fait scientifique, tant mieux, surtout si ça accrédite ma chapelle, et ce que je pense, mon éclairage de l’histoire » (Les Affranchis, France Inter, 18 avril 2012).

Tout est là : Lorànt Deutsch choisit certains travaux et sélectionne des faits qui vont dans son sens idéologique, ne les étudie pas avec recul critique, et va même jusqu’à tordre les faits. Mieux, sans que l’on sache si c’est volontaire ou non, le comédien parvient à interpréter de façon erronée les sources ou les travaux qu’il prétend avoir utilisés. En procédant ainsi, il opère des choix significatifs ; des faits essentiels de l’histoire de France sont ainsi passés sous silence, ou bien évoqués de façon plus qu’allusive. C’est le cas pour la Seconde Guerre mondiale par exemple, et notamment pour tout ce qui touche à la Collaboration. Seules quelques lignes y sont consacrées qui ne disent pas grand chose (p. 360). Ces choix significatifs peuvent s’expliquer de la bouche même de Lorànt Deutsch quand il déclare au Figaro en mars 2011  :

« Pour moi, l’histoire de notre pays s’est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet événement a marqué la fin de notre civilisation, on a coupé la tête à nos racines et depuis on les cherche […]. C’est comme avec la religion, on essaie de faire triompher la laïcité, je ne sais pas ce que cela veut dire. Sans religion et sans foi, on se prive de quelque chose dont on va avoir besoin dans les années à venir. Il faut réintroduire la religion en France, il faut un concordat. »

Une histoire faite par les (grands) hommes

L’histoire, pour l’auteur, est avant tout l’histoire des rois et des saints, c’est eux qui sont le moteur de l’histoire. Ils sont constamment glorifiés, mis en valeur. En voici un exemple sur Philippe Auguste (p. 218) :

« Comme sa muraille, Philippe Auguste est fascinant ! Il a tout fait, tout imaginé, tout réinventé. Il a imposé l’autorité royale, agrandi le pays, renouvelé Paris. »

Quand on en sort, cela relève de l’anecdotique ; les femmes n’ont pas grand droit de cité : elles sont au mieux des reines et des princesses, au pire des intrigantes dévergondées…

L’exemple page 84 de Honoria, sœur de l’empereur d’occident Valentinien, est éclairant :

« La dame aux yeux de velours est bien malheureuse car son frère, personnage aussi austère qu’intransigeant, veille avec suspicion et méticulosité sur la virginité sororale. Làs, la gourgandine a pris un amant ! L’empereur, hors de lui, fait exécuter le gaillard, mais cela ne suffit pas car la drôlesse attend un bébé. »

… des roturières, ou des prostituées, plus intéressées par le « shopping » et ce dès l’antiquité.

Page 41 :

« Et les lutéciennes, qui n’ont pas changé, viennent « faire les magasins » pour se fournir en onguents délicats, en huile d’olive ou en fibules plus fines et plus brillantes que celles de la voisine ».

Comme le dit un article du mensuel CQFD paru en avril 2012 :

« Chez Lorànt Deutsch, l’histoire est marquée par les grands hommes. Pour les grandes femmes, on repassera ! Seule sainte Geneviève trouve grâce à ses yeux pendant que les autres, les Lutéciennes puis les Parisiennes, font du shopping. Une vision somme toute classique, développée tout au long des XIXe et XXe siècles, quand l’histoire était écrite pour célébrer les chefs de guerres, les rois, les saints… ».

Une histoire des vainqueurs 

L. Deutsch a fait un choix plus que problématique en centrant son livre uniquement sur l’histoire des rois. La légende de Saint-Denis occupe huit pages ; la manifestation du 6 février 1934, qui est quasiment la seule manifestation citée pour le XXe siècle, est vue comme une manifestation populaire alors que la réalité est beaucoup plus complexe (on se réferrera entre autres à Serge Bernstein, Le 6 février 1934, Gallimard (1975).

Mais la réalité, l’écrivain semble ne pas s’en soucier énormément, préférant nous offrir une vision caricaturale, à l’instar de celle véhiculée sur les femmes, du « peuple » parisien. Ce dernier serait « violent, sanglant » (4ème de couverture), et ne pense qu’à grogner et se soulever. À Lorànt de lui réserver un traitement tout deutschien. Alors qu’il consacre huit pages à saint Denis, treize à sainte Geneviève, quinze à Pépin le Bref, la Commune de Paris et ses vingt mille morts sont résumés en un seul petit paragraphe ! En quelques lignes, il n’est pas question d’expliquer pourquoi le peuple parisien s’est soulevé en 1871. Tout au plus l’acteur évoque-t-il une « fureur populaire » venue d’on ne sait où, et des soldats rompant les rangs parce que « fatigués, démoralisés, déboussolés » (p. 353). Mais il est vrai que le peuple a toujours été un peu bourrin : lorsque Geneviève, animée d’une « foi parfaite » (p. 86), lance un appel contre les Huns – « l’envahisseur asiatique » (p. 89) –, « les plus excités des Parisiens parlent […] de [la] jeter dans un puits, manière radicale de la faire taire » (p. 87).

Une sainte horreur des révolutionnaires

Enfin, avec Lorànt Deutsch, il ne fait pas bon être révolutionnaire et défier l’ordre, la monarchie ou la royauté. Car avant même que la Révolution de 1789 ne soit évoquée par l’écrivain, les acteurs en prennent pour leur grade. L’écrivain parle, dans un premier temps, de « fureur révolutionnaire » (p. 98) ; des « déprédations révolutionnaires »(p. 118), de la « fureur populaire » et des « nouveaux persécuteurs » qui « saccagèrent » une abbaye bénédictine. Et lorsqu’il évoque le roi Dagobert, au sujet de sa mauvaise réputation et de sa fameuse « culotte à l’envers », la faute en revient à « la brutalité révolutionnaire ». Il précise :

« La Révolution, qui se moque bien de la vérité historique, a produit cette rengaine pour railler les rois et les saints. » (p. 128)

Pour l’auteur, la colère ne peut être qu’irrationnelle, des causes politiques ou économiques par exemple ne lui semblent pas particulièrement légitimes. On en voit un exemple page 327 à propos de la Révolution française :

« Cette population miséreuse, qui appartient au paysage quotidien du faubourg tout en venant de l’extérieur, se montre toujours prompte à exprimer sa colère ! C’est elle qui, pour une épidémie de trop, une mauvaise récolte ou une taxe additionnelle, entraîne les artisans sur la route dangereuse de la protestation et de la rébellion ».

Mourir de faim ne semble donc pas une raison légitime, et la rébellion ne serait qu’une « route dangereuse »… Mais c’est vrai, pour Deutsch, c’est le début de la fin pour la monarchie et le 14 juillet 1789 nous est donc présenté comme un « jour de guerre civile, d’affrontements et de violences » (p. 335). Matthieu Lépine, professeur d’histoire, résume bien la situation quand il parle en ces termes de l’adaptation télévisuelle dans un article consacré à la série :

« Cette émission, présentée comme un outil d’éducation populaire n’est en réalité qu’une arme de propagande, faisant à la fois l’éloge de la monarchie, la glorification de la chrétienté et le réquisitoire de la Révolution française. ».

Les sources, la méthodologie, les erreurs historiques

Il y a en outre une question de méthode qui est aux antipodes de ce qu’il faut enseigner aux étudiants, quel que soit le niveau de scolarité. Citer ses sources, disposer d’un appareil de notes et d’une bibliographie qui permettent de discuter des thèses qui sont avancées et des interprétations qui sont faites, sont une des bases d’un travail sérieux. Les coquilles sont une chose, avancer des faits sans « étayer », en est une autre :

« Lorànt Deutsch affirme mais ne livre aucune vision critique. Par exemple, sa théorie comme quoi Jeanne d’Arc serait la demi-sœur du roi Charles VII […]. Avancer des hypothèses, c’est le b.a.-ba de tout livre d’histoire. Mais on ne peut pas se contenter de lancer un pavé dans la mare en quelques mots, sans rien justifier, et passer ensuite au paragraphe suivant. » (histoire-pour-tous.fr, J. Perrin)

Le système narratif pose également de gros problèmes. Il se fait en effet systématiquement au présent, ce qui permet de mettre sur un même plan histoire et légendes (les exemples sont évidemment multiples mais on peut entre autres relever ceux de Saint Denis, (p. 52) [1] et de Saint Martin (p. 77) [2], et l’exemple vidéo de Biscornet et de la porte de la cathédrale Notre-Dame). Ces affirmations sont très souvent accompagnées d’un « effectivement », qui par sa force rhétorique est censé mettre fin à tout débat (p. 203). Il y a toutefois quelque-chose d’assez vicieux dans le fait que, épisodiquement, Deutsch précise pour certaines histoires farfelues qu’il cite, qu’il s’agit d’une légende (l’évêque Marcel qui affronte un dragon page 82 : « il assène deux bons coups de crosse sur la tête de cette bête, qui devient alors pour la légende pieuse un authentique dragon »). Pour le reste, il se contente de répondre aux critiques que « C’eût été faire peu de cas du bon sens et de l’intelligence du lecteur » [3] s’il avait mis ses affirmations au conditionnel. Au-delà des cas légendaires et mythologiques présentés de façon douteuse, il y a aussi des reconstitutions de scènes « banales » qui sont largement discutables, surtout en l’absence de sources (p. 69 [4]).

Quand il est interviewé, L. Deutsch ne fait que s’enfoncer : par exemple au Journal Télévisé de 20h sur TF1, en septembre 2011, il raconte que Charlemagne a régné autour de l’an mil. Raté, c’était plus de 200 ans plus tôt. Des erreurs, il en fait des tonnes, que ce soit sur des plateaux télévisuels ou dans son livre. Il affirme par exemple que l’art gothique est l’œuvre des Goths : encore raté, le terme gothique dans le domaine de l’art a été inventé au XVIè siècle par Giorgio Vasari. Rien à voir avec ce peuple de langue germanique actif entre le IIIe et le VIIIe siècle.

Il y a d’un côté des erreurs historiques non négligeables qu’il ne faut pas sous-estimer, mais il y a surtout un parti pris politique assez nauséabond qu’il convient de souligner. Citons notamment les exemples du Louvre ou de la Commune, pour lesquels il a une fois de plus recours à des sources datées et relativement discutables. Son récit de la fondation du Louvre en est une bonne illustration ; sa « théorie » est contredite par de nombreux travaux scientifiques sur le sujet, de même que par les fouilles archéologiques (voir Geneviève Bresc-Bautier, Mémoires du Louvre, Paris, Gallimard, « Découvertes », 1998). Lorànt Deutsch nous dit que le Louvre a été construit par le père de Clovis ; en réalité c’est l’œuvre de Philippe Auguste, sept siècles plus tard. En d’autres termes, il n’a pas mené une démarche de chercheur; ce qui semble pourtant essentiel lorsque l’on écrit des ouvrages historiques. Autre exemple lors de son interview sur RMC par Eric Brunet le 10 juillet : les Communards qui auraient tiré sur la colonne de Juillet depuis Montmartre (« Métronome », p. 336). Là, l »écrivain affirme avoir utilisé Eugène Hennebert, « qui reprend des témoignages directs de la Commune« . Le choix de cette source est intéressant, le Hennebert en question, contemporain des faits, en était un acteur en tant qu’officier supérieur de l’armée de Versailles ! Mieux, M. Deutsch dit s’être appuyé sur lui pour évoquer la fameuse canonnade. Or, Hennebert parle bien d’une canonnade sur la Bastille, mais depuis le Panthéon, pas Montmartre et surtout, des tirs venus de canons versaillais, et pas communards (Guerre des Communeux, p. 258) !

Un non-historien peut tout à fait écrire un livre d’histoire, mais à condition qu’il se soumette aux principes de base du travail historique, ce que Deutsch n’a pas fait avec « Métronome ». Il ne respecte pas la démarche de l’historien. En effet, il n’y a aucun travail sur les sources, et celles-ci sont complètement absentes de son ouvrage. Ce n’est pas un travail de chercheur mais un point de vue empreint d’a priori sur l’histoire de France et de Paris. La vulgarisation n’équivaut pas à la falsification. La recherche consiste à faire tomber ses propres préjugés sur le sujet en question. Deutsch fait exactement l’inverse: il part de ses opinions pour aller aux faits (ce qui ressemble beaucoup au raisonnement panglossien – cf. ici Effet Pangloss, ou les dangers du raisonnement à rebours).

L’ouvrage a été présenté comme de la vulgarisation historique, mais il n’en est rien puisqu’il n’offre pas au grand public l’accès aux plus récentes recherches scientifiques. Au contraire, il réactualise CorteX_metronome_Bloc_identitaireune histoire partisane et réactionnaire, fantasmée et mythifiée. Plutôt que de mettre en avant les polémiques entre historiens autour de certains faits problématiques, ce qui, de son avis, « serait d’un ennui mortel », il préfère raconter la version qui lui plaît le plus. Mais le problème s’amplifie puisque le comédien « a même été invité dans des écoles parisiennes (par exemple au lycée Turgot) où il a proposé des conférences basées sur ses travaux » et le maire PS Bertrand Delanoë l’a décoré de la médaille Vermeille de la Ville. Son livre devient donc un outil pédagogique, et Deutsch en vient à prendre la place des professeurs.

Il convient toutefois de relever dans cette histoire le rôle joué par la puissance médiatique et les nombreux canaux dont dispose le monsieur pour la diffusion de son livre. Le même genre de bouquin écrit par un illustre inconnu n’aurait jamais dépassé les 2000 ventes. Au contraire, il joue sur son image d’acteur jeune et comique, grand public. Le succès du livre s’explique donc par une construction médiatique.

Conclusion

À travers la publication du Métronome, ses promoteurs ont reproduit la coupure savant/populaire. Aux savants (dont eux), la culture d’élite, l’accès au savoir critique, et aux masses, et bien le rebut, la pensée light, l’histoire « bling-bling » dont parle Nicolas Offenstadt qui permet tout, sauf de réfléchir. Lorànt Deutsch n’est pas un phénomène isolé. Aujourd’hui, les livres d’histoire les plus vendus ne sont pas des livres d’histoire. Max Gallo et ses « romans-histoire », Alain Minc et sa pitoyable histoire de France (un proche de Nicolas Sarkozy qui comme comme Jacques Attali, incarne la figure française de l’analyste-essayiste à tendance polémico-prophétique qui croit penser son époque quand il ne fait que travestir des lieux communs) voient leurs œuvres tirées à des milliers d’exemplaires non pas parce qu’ils produisent de la qualité, mais parce qu’ils ont accès aux médias, et surtout parce qu’ils ne dérangent pas, car leurs écrits cadrent parfaitement avec les préjugés contemporains.

Et dire qu’il paraît que Lorànt Deutsch nous prépare une histoire de France…

Guillaume Guidon

 

Notes

 

[1] « On dresse une croix sur laquelle on noue Denis, et on lui tranche la tête. Mais le corps sans vie est transfiguré par l’apparition du Sauveur, et le corps s’anime, et le corps se libère de ses liens, et le corps se met en marche… Denis prend sa tête entre ses mains, va la laver à une fontaine et redescend la colline de son martyre. Il marche deux lieues et demie et, enfin, confia sa tête à une bonne romaine nommée Catulla. Là, il s’écroule. Respectueuse, Catulla enterre le pieux évêque à l’endroit même où il s’est effondré. Et sur cette sépulture un blé d’un blond unique pousse bientôt, comme un dernier miracle. »

[2] « L’évêque marche le long de la voie romaine du nord, et les fidèles se pressent pour embrasser sa robe. Mais le prélat ne voit pas la foule, il fixe de son regard un misérable lépreux adossé contre les remparts non loin de la porte nord de la ville, le visage défiguré, les bras lacérés et les jambes flageolantes… Il s’approche du malheureux, chacun retient son souffle. Martin se penche sur le malade et dépose sur sa joue scrofuleuse un baiser fraternel, puis il porte ses mains sur la tête du pauvre homme et le bénit… Le lendemain matin, le lépreux entre à l’église, et chacun peut voir le miracle accompli : ce visage hier encore ravagé est à présent lisse et doux. On le sait maintenant, Martin peut provoquer des guérisons. »

[3] L. Deutsch, « Polémique sur « Métronome » : fausses erreurs et vraies affabulations sur mon livre », 20 juillet 2007. Nouvel Observateur.

[4] Promenade de l’empereur Julien dans les rues de Paris : « Il aime Paris quand il se balade comme un simple légionnaire à travers ses ruelles de boue, quand les échoppes largement ouvertes laissent déborder leurs grappes de jambons, de boudins, de têtes de porcs […]. Il aime Paris quand il hèle joyeusement le marchand : – Patron, as-tu du vin relevé au poivre ? – J’en ai. – Alors donne et remplis ma gourde ! ».

 

Bibliographie utilisée pour construire ce travail

« Polémique « Métronome » : réponse aux contre-vérités de Lorànt Deutsch », Leplus.nouvelobs.com, article de Christophe Naudin, enseignant en histoire, 17 juillet 2012

«Lorànt Deutsch a une vision biaisée de l’histoire», In bibliobs.nouvelobs.com, 10 juillet 2012

« La gauche parisienne demande à la Ville l’arrêt de la promotion du « Métronome » », In tempsreel.nouvelobs.com, 5 juillet 2012

« Polémique autour du « Métronome » de Lorànt Deutsch », In LeMonde blog, 10 juillet 2012
« Polémique Métronome : Lorant Deutsch réplique », Arrêt sur images, 24 juillet 2012

« Qui est donc William Blanc, l’ « historien » critique du Métronome ? », In Nouvelles de France, 16 juillet 2012, tribune libre de Frédéric Laurent

CorteX_historiens_gardeEt pour aller plus loin, un livre à lire : William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin, Les historiens de garde – De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Inculte Essai, 2013, ainsi qu’une entrevue avec William Blanc (voir AudioteX).

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Sociologie, genre – Atelier Publicité & stéréotypes en 1ère ES, par Yasmine Hégot

Yasmine Hégot est enseignante de sciences économiques en lycée dans le Lot. Elle a construit une séquence de sociologie autour de la question du genre et des stéréotypes pour des 1ères ES.Elle raconte.


J’ai réutilisé l’analyse de N. Gaillard sur la campagne de recrutement de l’éducation nationale lors d’ un cours de sociologie avec une classe de première ES (26 élèves). Sur les 26, 15 sont des filles et 11 des garçons. La répartition est donc plutôt représentative d’une filière générale en Lycée (même en milieu rural) et satisfaisante pour cet atelier.

Dans le cadre d’un cours sur la socialisation différentielle (selon le milieu social d’abord puis selon le sexe), j’ai travaillé sur les stéréotypes féminins et masculins pendant une heure.

Voici la progression en trois points :

 1) A partir de la pub Moulinex ci-contre (1961), il s’agit pour eux de répondre aux deux questions suivantes (voir manuel de Sciences économiques et sociales 1ère, CorteX_Moulinex-libere-la-femme-robot_1961- éditions Belin) :

a. Illustrer les notions de stéréotype, de rôle et de statut

b. Quelle représentation a-t-on aujourd’hui de la femme au foyer ? 

2) Pendant qu’ils réfléchissent cinq minutes, je récolte des publicités qu’ils étaient chargés d’amener (seule contrainte : qu’elles représentent une femme ou un homme).

3) Enfin, nous mettons en commun des réponses.

Pas de problème pour la question a ; au statut de femme est rattaché le rôle de la ménagère (porté au rang de modèle social) et au statut d’homme celui de la protection matérielle…

Pour la seconde question b : à l’unanimité, les élèves répondent que le modèle de la femme au foyer est dépassé et que ce stéréotype est désuet. La femme est libérée, indépendante, autonome.. Au passage, je donne quelques bonnes raisons d’y croire (allongement des études, taux d’activité féminin qui a explosé, contraception…)

4) Retour sur leurs publicités. Sur 26 élèves, je récupère 24 publicités représentant une femme ! C’est déjà bon signe, car le but est de les exposer à une prévisible contradiction entre les déclarations de valeurs et les faits : les publicités recherchées reflètent un usage de l’image féminine très majoritaire d’une part, et que d’autre part, les élèves (quel que soit leur sexe justement) dirigent spontanément leur recherche vers ce genre de publicité. J’ouvre le débat.

  • Sur quels produits portent les publicités ?

  • Quel semble être le stéréotype féminin aujourd’hui ?

  • Est-ce signe d’émancipation ?

 Résultats évidents :

  • Les produits sont axés autour du soin du corps, maquillage, parfums..

  • Hormis dans une publicité mettant en scène une femme métisse, on retrouve partout la blonde, grande, mince, à l’allure séductrice, sensuelle voire provocante, et dénudée ou presque.

La seule publicité masculine apportée, quant à elle, met en scène un rugbyman tout « défoncé ».

  • La question de l’émancipation leur paraît un peu moins évidente ; passer de la femme au foyer à la bombe à poil n’est pas vraiment signe d’indépendance.

5) C’est là qu’intervient le boulot de Nicolas Gaillard (pour enfoncer le clou). J’ai repris son analyse de l’image (le femme blonde, dans son intérieur, nonchalante, consacrée à sa lecture et l’homme dans une ambiance bleue plus professionnelle, face à son portable..) et des accroches (Laure a trouvé le poste de sesrêves / Julien a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions).

6) Conclusion : la construction du genre féminin et masculin est fortement conditionnée par des stéréotypes. Le stéréotype féminin varie de l’image de la femme d’intérieur à celle de la bombe sexuelle. On peut élargir la réflexion sur les conséquences de l’intériorisation de ces stéréotypes sur la perception de soi (image dévalorisée pour qui ne correspond pas au stéréotype).

La prochaine fois : j’essaierai de visionner des publicités/réclames audiovisuelles car c’est encore plus significatif (sur les dialogues et la mise en scène des corps) mais c’est tout de même intéressant qu’ils recherchent eux-même les supports pour les confronter ensuite à leurs propres stéréotypes.

Yasmine Hégot

Un autre atelier de Yasmine Hégot sur sociologie, travail et anomie est disponible ici.

Entraînez-vous ! Réactions à l'entrée du genre dans les programmes de 1ère

Voici un petit échantillon de réactions médiatiques à l’entrée du genre dans les programmes de première (sections L et ES) en septembre 2011. Les hommes et femmes politiques et les journalistes se sont questionnés, indignés, énervés, disputés autour de la notion du genre, réactivant par là-même de nombreuses idées reçues et confusions sur les différences Homme/Femme, mais aussi sur la distinction sciences dures/sciences humaines et sur les notions nature/culture. Une occasion rêvée de mettre en pratique nos ressources sur le genre (ici et ), mais aussi sur la science ou sur la notion de nature, ainsi que notre outillage critique.


Le mode d’emploi est simple : il suffit de choisir sa cible, de l’analyser ou d’en faire un TP et de nous faire part de vos trouvailles ! Notre analyse est ici.

  • Vidéos 1 et 2 Montages de réactions sur le genre réalisés par Arrêt sur Image (émission du 9 septembre 2011)
  • Vidéo 3 Trouvée sur le site Liberté Politique, dans un article intitulé L’idéologie du gender à l’école et à l’université (15 juin 2011) 
  • Document 1Article  du Figaro.fr du 01/06/2011
  • Document 2 Lettre ouverte de Christine Boutin à Luc Châtel, 3 Juin 2011
  • Document 3 Article du Nouvel Observateur du 30 août 2011 
  • Document 4 Article de France catholique du 30 Mai 2011

Vidéos 1 et 2 – Montages de réactions sur le genre réalisés par Arrêt sur Image (émission du 9 septembre 2011) :

Vidéo 2 bis – Intégralité de l’interview du député Lionel luca sur M6 Bonus.fr tronquée dans la vidéo 2 :

Vidéo 3 – Trouvée sur le site Liberté Politique, dans un article intitulé L’idéologie du gender à l’école et à l’université (15 juin 2011) :

Document 1 – Article  du Figaro.fr du 01/06/2011

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Les catholiques mobilisés contre les manuels de biologie.

La direction de l’enseignement catholique s’inquiète de l’introduction en première de la «théorie du genre», contestant les différences homme-femme.

Après que les associations familiales catholiques ont envoyé une lettre à Luc Chatel et organisé une pétition de protestation, l’enseignement catholique s’alarme à son tour des nouveaux programmes de sciences de la vie et de la terre (SVT) en classe de première, applicables à partir de septembre 2011.

Son secrétaire général adjoint, Claude Berruer, a envoyé vendredi une lettre à l’ensemble des directeurs diocésains qui vont la transmettre aux chefs d’établissement de l’enseignement catholique pour les tenir « en alerte». C’est la partie concernant la sexualité humaine dans les programmes qui les inquiète. Le chapitre intitulé «devenir homme ou femme» fait «implicitement référence à la théorie du genre, qui privilégie le “genre” considéré comme une pure construction sociale, sur la différence sexuelle», est-il affirmé dans la lettre. «L’identité masculine ou féminine, selon cette théorie, n’est donc pas une donnée anthropologique mais une orientation.» Les manuels qui commencent à arriver dans les établissements exploitent, «selon des modalités diverses», cette partie du programme, affirment-ils. Le manuel Bordas indique ainsi: «Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels.»

«On est loin de l’anthropologie chrétienne», commente-t-on au sein de l’enseignement catholique. Mahin Bailly, la responsable des éditions Bordas, reconnaît «une certaine maladresse dans l’élaboration d’un passage» mais insiste sur le fait que le livre est conforme aux programmes: «on nous demande d’évoquer l’influence du contexte sur le comportement sexuel. Il n’y a là rien de choquant», estime-t-elle, s’appuyant sur une étude sociologique évoquée ensuite par le manuel. À Hambourg, en 1970, dans les années de la révolution sexuelle, 18% des adolescents avaient ainsi des activités homosexuelles alors qu’en 1990, avec le sida et les changements culturels, ils n’étaient plus que 2%.

Les programmes font le point sur des connaissances scientifiques clairement établies pour le directeur de l’enseignement scolaire, Jean-Michel Blanquer. «Il ne s’agit pas de favoriser telle ou telle théorie sociologique particulière. S’il y a une extrapolation de certains manuels, ce n’est pas de la responsabilité du ministère. Les établissements et les professeurs sont libres dans leur choix d’ouvrages. Cela dit, le fait qu’il y ait une dimension biologique et sociale du sexe est établie depuis longtemps.»

Cette analyse n’est pas partagée par tous. Selon Claude Berruer, «on naît fille ou garçon, on n’est pas un être indifférencié sexuellement à la naissance. Ce n’est pas rendre service à des jeunes de leur dire que tous les possibles sont équivalents. Le choix des manuels n’est pas anodin. Nous recommandons de faire preuve de vigilance, sans pour autant dramatiser.»

Thibaud Collin, professeur de philosophie en classe préparatoire au lycée catholique Stanislas, et auteur d’essais sur ces questions, va plus loin: «La prime à l’indifférenciation sexuelle promeut en fait l’homosexualité. Ces théories sont une tête de pont pour un changement radical de société.» Autant d’assertions qui, pour Françoise Milewski, à l’origine du programme «genre» à Sciences Po (voir encadré ci-dessous) défendent un «point de vue rétrograde qui rejette tout ce qui n’est pas dans la norme de l’hétérosexualité».

L’enseignement catholique ne refuse pas le débat pour autant. La lettre envoyée aux directeurs diocésains indique que «la théorie du genre se diffuse dans notre environnement. Il est assurément indispensable d’ouvrir un débat avec les lycéens sur cette question, qui ne concerne pas que les enseignants de SVT.»

Pour ce faire, la lettre recommande aux équipes éducatives deux ouvrages, un document de l’épiscopat et un essai du philosophe Xavier Lacroix De chair et de parole. Soucieux de faire respecter sa spécificité depuis quelques années, l’enseignement catholique n’hésite pas à prendre position sur les sujets les plus délicats. Un document de 50 pages voté par le comité national de l’enseignement catholique à l’automne 2010 sur «l’éducation affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements catholiques d’enseignement» mettait déjà «en garde» contre les théories du «genre».

Document 2 – Lettre ouverte de Christine Boutin à Luc Châtel, 3 Juin 2011

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Paris, le 31 mai 2011

Monsieur le Ministre,

Je tiens à vous exprimer mon indignation et ma vive inquiétude face au contenu des nouveaux livres de « Sciences de la Vie et de la Terre » des classes de premières ES et L. Je constate en effet que les élèves de ces classes recevront dans cette matière un enseignement directement et explicitement inspiré de la théorie du genre.

Comment cela est-il possible ? Comment ce qui n’est qu’une théorie, qu’un courant de pensée, peut-il faire partie d’un programme de sciences ? Comment peut-on présenter dans un manuel, qui se veut scientifique, une idéologie qui consiste à nier la réalité : l’altérité sexuelle de l’homme et la femme ? Cela relève de toute évidence d’une volonté d’imposer aux consciences de jeunes adolescents une certaine vision de l’homme et de la société, et je ne peux accepter que nous les trompions en leur présentant comme une explication scientifique ce qui relève d’un parti-pris idéologique.

Monsieur le Ministre, nous ne pouvons accepter que l’école devienne un lieu de propagande, où l’adolescent serait l’otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d’imposer une vision de la « normalité » que le peuple français ne partage pas.

Je vous appelle également à entendre l’inquiétude de nombreux parents d’élèves qui voient l’Etat tenter d’inculquer à leurs enfants une conception particulièrement contestable de l’homme, de la sexualité et de la société. L’Education nationale ne doit pas outrepasser sa mission, qui est d’instruire dans la neutralité des valeurs républicaines et le respect des croyances des élèves et de leurs familles, et non d’enseigner, en leur conférant un statut pseudo-scientifique, des théories sur l’être humain et sa sexualité.

Au nom du respect de la liberté de conscience des familles et de la responsabilité des parents en matière d’éducation affective et sexuelle de leurs enfants, je vous demande donc d’intervenir et de faire en sorte que la théorie du genre ne soit pas enseignée dans des cours de sciences.

Aujourd’hui, je demande que les nouveaux livres de SVT soient retirés et corrigés pour être en conformité avec les instructions que vous aviez vous-même données dans le Bulletin Officiel de l’Education Nationale du 30 septembre 2010 : « Dans une optique d’éducation à la santé et à la responsabilité, il s’agit de comprendre les composantes biologiques principales de l’état masculin ou féminin, du lien entre la sexualité et la procréation. »

Monsieur le Ministre, je souhaite que nous puissions nous rencontrer rapidement afin d’aborder ce sujet ensemble. Je ne manquerai pas de me faire l’écho de votre position sur ce sujet capital : vous conviendrez que celle-ci aura une influence déterminante sur les choix que les citoyens français seront amenés à poser lors des scrutins qui s’annoncent dans quelques mois.

Comptant sur votre attachement au respect de la liberté de conscience, je vous remercie pour votre réponse et vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

Christine Boutin, Ancien Ministre

Document 3 – Article du Nouvel Observateur du 30 août 2011 :

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Quatre-vingt députés UMP ont demandé mardi au ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, le retrait de manuels scolaires qui expliquent « l’identité sexuelle » des individus autant par le contexte socio-culturel que par leur sexe biologique.

Ces parlementaires, conduits par Richard Maillé, député des Bouches-du-Rhône, font ainsi écho aux critiques exprimées sur le même sujet au printemps par la direction de l’enseignement catholique.

Dans une lettre au ministre, ils estiment que ces manuels de SVT (Sciences et vie de la terre) de classe de première font référence à « la théorie du genre sexuel ».
« Selon cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités: homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels », écrivent-ils. Il s’agit selon eux d’une « théorie philosophique et sociologique qui n’est pas scientifique, qui affirme que l’identité sexuelle est une construction culturelle ».

Les signataires citent un passage d’un manuel publié par Hachette: « Le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle mais ce n’est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. Cette identité sexuelle, construite tout au long de notre vie, dans une interaction constante entre le biologique et contexte socio-culturel, est pourtant décisive dans notre positionnement par rapport à l’autre ».

Jugeant « du devoir de l’Etat de mieux contrôler le contenu des manuels scolaires » et ajoutant que « la +théorie du genre sexuel+ n’apparaît pas stricto sensu dans les programmes d’enseignement de SVT » définis par le ministère, les députés concluent à l’adresse de Luc Chatel: « Nous comptons sur votre action afin de retirer des lycées les manuels qui présentent cette théorie ».
Dans une circulaire du 30 septembre 2010, le ministère indiquait que les programmes de SVT de première devaient comporter un chapitre intitulé « devenir homme ou femme ». « Si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée », précisait la circulaire.

La lettre est notamment signée par Christian Vanneste, Lionnel Luca et Jacques Myard, fondateurs du collectif de la Droite populaire, Bernard Debré, Eric Raoult et Hervé Mariton.

Document 4 – Article de France catholique du 30 Mai 2011

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La nouvelle est tombée ces jours derniers, sans avoir été reprise encore par les grands moyens d’information. Pourtant son importance morale la situe au niveau des enjeux supérieurs de civilisation dont parlait le cardinal André Vingt-Trois à propos de la révision de la législation sur la bioéthique. Que la théorie du gender soit inscrite dans les programmes officiels de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) en classe de Première constitue une agression caractérisée de nos consciences de pères et mères de familles, d’éducateurs et, tout simplement, d’êtres humains. Il s’agit, en effet d’imposer une idéologie fabriquée aux États-Unis et dont le caractère philosophique, militant, voire intrusif, est patent. L’Éducation nationale veut faire avaliser, sous le biais de la science, un échafaudage intellectuel qui s’oppose aux grandes traditions de l’humanité, à l’aune d’un constructivisme généralisé qui fait de l’arbitraire la clé de notre humanité.

Il s’agit d’abord d’une arme à déconstruire l’identité sexuelle. Nous ne sommes plus définis comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités  : homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels. Les libéraux-libertaires ont fait une propagande effrénée dans le monde entier pour banaliser cette conception et délégitimer les représentations communément admises jusque-là. Ce qu’on ne sait pas encore en France, c’est que la théorie des genders se trouve actuellement en crise et provoque des remises en cause de la part de ses concepteurs, comme Judith Butler. En effet, on finit par s’apercevoir que c’est la structure morale fondatrice de notre humanité qui se trouve finalement détruite par l’arbitraire. Le refus des interdits les plus structurants débouche sur un nihilisme absolu qui permet toutes les transgressions, notamment celles qui se sont produites sous la férule totalitaire au XXe siècle.

La décision du ministre de l’Éducation nationale d’imposer cette idéologie irrationnelle et inhumaine à des adolescents est un scandale considérable. Seule la mobilisation des consciences fera reculer ce qu’il faut dénoncer sans relâche comme un crime contre l’Esprit, d’autant plus odieux qu’on prend la jeunesse en otage.

CorteX_homeopathie

Trame de cours – étude critique de l'homéopathie

Voici en partage la trame du cours que j’ai développée sur l’homéopathie au fil des années, en la testant sur des étudiants en sciences et en santé.


Diaporama du cours (pdf)

Le diaporama n’est pas complètement autonome, donc inutile de le faire circuler tel quel. Je le mets à disposition pour inspirer d’autres kamikazes (car c’est un sujet qui mérite tact, doigté et grande précision dans les informations données) à prendre cet objet conceptuel et social comme support pédagogique à l’esprit critique, et je suis à leur disposition pour un coup de main.
Attention : il faut bien insister sur le fait que prendre de l’homéopathie est un choix personnel. C’est seulement lorsqu’on découvre les mécanismes internes et les fondements de l’homéopathie que les questions germent : peut-on parler d’”alternative” et d’alternative à quoi ? On comprend alors que le débat ne se résume pas à Pour ou contre (voir faux dilemme) mais pour ou contre quoi ?

Alors seulement un débat serein peut s’ouvrir.

1ère étape – la pensée magique
 
a. Je donne des exemples alimentaires car ils ont l’avantage de bien marquer l’esprit
b. J’aborde ensuite les notions de pensée magique de contagion et de similitude :
– description du schème pensée magique par les sociologues Mauss et Frazer CorteX_Paracelse
– illustration par les expériences alimentaires de Rozin & Nemeroff
– illustration dans l’histoire des sciences (pharmacobotanique de Paracelse, « théorie » des signatures)
– introduction de la facette « le bizarre est probable »
 
c. Je prends des exemples de stratégies publicitaires et d’instrumentalisation du corps (occasion de pointer un publisexisme archaïque)
d. Je finis avec des exemples thérapeutiques comme les réflexologies, ce qui me permet d’aborder la question des preuves,  les arguments d’historicité ou le sophisme du pragmatisme
 
2ème étape – Homéopathie : histoire, preuve et questions posées

Tous les outils nécessaires ont été introduits en douceur. Alors seulement j’aborde l’homéopathie, sous l’angle double, historique et sources des preuves. Qui possède bien les effets et facettes de la zététique trouvera beaucoup de diapositives sur lesquelles les illustrer, et de nombreux points d’achoppement pour des réflexions sociopolitiques. J’aime bien pointer le mélange des genres et des institutions, scientifiques, académies, Sécurité sociale, Affsaps, etc. Qui dit quoi, et où ? Qui tranche ? C’est l’occasion également d’aborder les questions de conflit d’interêt.

J’ai pris pour principe de préciser que je n’ai aucun conflit d’intérêt, banalisant ainsi une loi applicable aux médecins et que je rêve de voir appliquée par tout conférencier, tout enseignant (voir à ce sujet Indépendance de la formation et formation à l’indépendance, de nos collègues du Formindep).

a. Hahnemann et l’Organon – contexte
b. Elaboration de la théorie
c. Piliers de la théorie
d. Examen de la théorie

e. Etude des effets contextuels (remarque : le terme placebo, mot valise trop ambigü, n’est plus utilisé qu’avec des pincettes)

f. Questions autour de l’efficacité de l’homéopathie sur les enfants, les animaux

Voici sur la questions des animaux les publications de McMillian

Télécharger les fichiers compressés :

g. Représentations sociales
J’utilise parfois, si j’ai le temps, un extrait du film La Crise, de Colline Serreau (voir Fictions, sous peu).

3ème étape : pour ou contre ? Pour ou contre quoi ?

C’est le moment d’introduire les questions sociopolitiques. Remboursement de la sécurité sociale, lobbying, AMM allégée, droit des patients, libre choix, information délivrée par les médecins etc. Je recommande de bien connaitre son sujet pour animer / modérer un débat sur l’homéopathie.

Pour aller plus loin : je choisis parfois entre deux prolongements du cours

  1. une analyse de discours médiatique (quand j’ai peu de temps)
  2. une analyse de la publication de la fameuse « mémoire de l’eau » (plus technique, et nécessite quelques bases de sciences et de statistiques) avec une analyse des stratégies des revues scientifiques et éventuellement un encart sur la notion de fraude scientifique.

 Dans la première option, il s’agit d’aborder la publication dans le Lancet en 2005 de la mammouthesque méta-analyse d’Aijing Shang & alde l’université de Bern (télécharger le fichier compressé ici), qui démontrait qu’aucune efficacité propre de l’homéopathie n’a été mise en évidence.

Les médias abordent le sujet de l’efficacité propre de l’homéopathie comme si cette méta-analyse n’apportait aucun élément nouveau sur le sujet. Pourtant, il conclue qu’aujourd’hui, en l’état actuel des connaissances et jusqu’à preuve du contraire, cette efficacité propre n’a pas été mise en évidence. C’est une donnée importante qui, nous semble-t-il, doit être prise en compte dans tout débat sur le statut de l’homéopathie : remboursement, AMM allégée, droit des patients à l’information, libre choix, etc…

L’analyse du journal télévisé de France 2 qui s’ensuit est un exercice de style pédagogique tout à fait stimulant (que je mettrai en ligne sous peu).

 Si vous choisissez la seconde option, vous pouvez télécharger le fichier compressé (contenant également l’édito) de la publication de Benvéniste & al. qui mit le feu aux poudres

Sont disponibles toutes les informations de base chez le Pr. Broch, moyennant quelques mises à jour.

Il est alors loisible d’aborder la critique des médias scientifiques, notamment de la stratégie de scoop choisie par la revue Nature en 1988, la manière de se « couvrir » puis de faire une investigation avec entre autres James Randi. 

Au gré des années, j’ai fait évoluer ce cours. Je dois entre autres une fière chandelle à H. Broch, J. Brissonnet, J-J. Aulas, ainsi qu’à la quinzaine de promotions de licence qui ont accepté de débattre parfois vigoureusement sur ces sujets

Je mets ce diaporama en source libre pour tous les enseignants. Soyez aimables de m’informer de vos utilisations
Des questions, des suggestions ? Contactez-moi 

Richard Monvoisin

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Atelier technique du grand jeu de recherche de la source de l’information

Une phrase tirée de son contexte n’a pas beaucoup de sens en soi ; mais une phrase seulement étayée par la qualité de son auteur doit éveiller notre méfiance. Il y a plusieurs techniques pour dénoncer les arguments d’autorité. En voici une assez ludique : chercher la source ! 

Une manière stimulante d’amener des étudiants à fouiller les ressources bibliographiques en ligne et à vérifier l’information est de leur soumettre une citation fausse, sans le leur dire, et leur en demander l’origine (livre, chapitre, page, année).

J’ai fait plusieurs essais de ce genre, lors des cours d’auto-défense intellectuelle, comme « énigme à résoudre » pour le cours suivant. Je présente la chose comme suit :

1. Einstein aurait défendu l’astrologie. Pouvez-vous retrouver la source de cette information ? Est-elle fiable ?CorteX_Einstein

2. La citation exacte est  : « L’astrologie est une science en soi, illuminatrice. J’ai beaucoup appris grâce à elle et je lui dois beaucoup. Les connaissances géophysiques mettent en relief le pouvoir des étoiles et des planètes sur le destin terrestre. À son tour, en un certain sens, l’astrologie le renforce. C’est pourquoi c’est une espèce d’élixir de vie pour l’humanité.

3…. mais elle n’est pas d’Einstein, Elle provient du Calendrier Astrologique de Huter, (Huters astrologischer Kalender) de 1960. Or Einstein est mort en 1955.

4. Actuellement, l’astrologue française Élisabeth Teissier est la principale propagandiste de cette citation, « même si », comme l’explique Denis Hamel dans le Québec Sceptique (N°57, p 31, téléchargeable ici), « elle est prévenue depuis longtemps de son origine douteuse« . Elle s’en est servi dans sa controversée thèse de doctorat, sans soulever de question particulière dans son jury (voir ici et pour plus d’informations).

Einstein écrivit par contre ceci : « Autrefois, il ne me serait pas venu à l’esprit qu’on s’arracherait pour les noter chacune des banalités que je pourrais prononcer dans mon quotidien. Avoir su, je me serais recroquevillé encore plus dans ma coquille » . (Cité par Alice Calaprice dans The Quotable Einstein, p. 13, extrait d’une lettre du 25 octobre 1953 à Carl Seelig, Archives Einstein 39-053.) Se serait-il douté qu’on noterait même ce qu’il n’a pas dit… et qu’on en ferait des outils critiques ?

Nous avons reproduit plusieurs fois ce type de sollicitation pédagogique, avec entre autres :

  • André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux / spirituel / mystique ou ne sera pas. »
  • Albert Einstein (encore) : « Si l’abeille disparaît, l’humanité en a pour quatre ans à vivre. »

Parfois, la citation est apportée sur un plateau par un-e étudiant-e.

Dernière en date : Einstein (encore) aurait soutenu la Fraternité Blanche Universelle, notamment son fondateur Peter Deunov dans une célèbre citation. Est-ce vrai ? A vous de jouer…

Pour s’entraîner, on trouvera ici une collection de travaux pratiques simples à usage des élèves ou étudiants souhaitant se former à la recherche de la source d’une information, d’un concept ou d’une rumeur.

Vous aussi avez d’autres citations à proposer ? Ecrivez-nous.

Richard Monvoisin
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A décortiquer – Relativité : Einstein contredit par des chercheurs du CNRS

Voici de la matière pédagogique pour illustrer l’effet Peau de l’ours auprès de journalistes scientifiques un peu trop friands de cet effet d’annonce.


  • Ci-dessous, l’article du Figaro du 23 septembre 2011.
  • En cliquant ici, l’analyse de cet article.
  •  

Objectif pédagogique : tenter d’en faire l’étude soi-même avant de regarder l’analyse du CorteX.


Relativité : Einstein contredit par des chercheurs du CNRS

Par Cyrille Vanlerberghe

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Albert Einstein (janvier 1931). Crédits photo : AP/ASSOCIATED PRESS

Des chercheurs du CNRS ont montré que des particules sont capables de voyager plus vite que la lumière.

«Si c’est vrai, c’est une véritable bombe pour la physique, c’est une découverte comme il en arrive tous les siècles», commente Thibault Damour, grand spécialiste de la relativité d’Einstein à l’Ihes (Institut des hautes études scientifiques à Bures-sur-Yvette). La raison de cette effervescence est simple: une équipe de chercheurs de l’Institut de physique nucléaire de Lyon a montré que des neutrinos «superluminiques», des particules très légères, sont capables de voyager plus vite que la lumière. Un phénomène tout simplement impossible d’après la théorie de la relativité restreinte d’Einstein, qui définit la vitesse de la lumière comme une limite infranchissable pour tout objet doté d’une masse. Si les mesures de Dario Autiero et de ses collègues du CNRS à Lyon sont justes, c’est toute la physique moderne qui est à revoir. Les conséquences seraient tellement importantes que tous les spécialistes se veulent prudents et demandent que l’expérience soit reproduite ailleurs, avec une autre équipe, avant de jeter d’un coup à la poubelle tout le travail d’Einstein sur la relativité.

 

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Malgré cela, le travail des chercheurs français paraît très solide. Il a résisté à six mois de vérifications par des collègues extérieurs appelés à la rescousse pour tenter de découvrir un biais, une erreur dans l’expérience. «C’est si énorme qu’on a la trouille de s’être trompés quelque part, explique Stavros Katsanevas, directeur adjoint de l’IN2P3 (l’institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS). Depuis les premiers résultats, en mars dernier, nous avons fait des vérifications au niveau du CNRS, puis après au niveau de l’expérience internationale Opera, qui travaille sur le détecteur de neutrinos. On n’a rien trouvé, et comme l’information commençait à fuiter, on a décidé de la rendre publique maintenant.»

Un décalage infime

La violation de la vitesse de la lumière a été observée sur un faisceau de neutrinos, des particules ultralégères qui n’interagissent presque pas avec la matière, produits par l’accélérateur du Cern, près de Genève, et détectés sous la montagne du Gran Sasso, dans les Apennins, au centre de l’Italie. On s’attendait à ce que les neutrinos traversent sans encombre les 731 kilomètres de croûte terrestre qui séparent les deux installations scientifiques à une vitesse proche de celle de la lumière, soit un trajet d’au moins 2,5 millièmes de seconde. Les neutrinos sont des particules élémentaires presque insaisissables produites en d’immenses quantités par les réactions nucléaires, comme celles qui se produisent dans les centrales nucléaires ou au cœur du Soleil. Chaque seconde, 65 milliards de neutrinos émis par notre étoile traversent chaque centimètre carré de la surface terrestre, et seulement 1 sur 10.000 milliards de ces particules est interceptée par un atome de notre planète.

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L’immense détecteur enfoui sous le mont Gran Sasso ne pèse pas moins de 1500 tonnes. Crédits photo:CNRS Photothèque/IPNL/ILLE, Bernard.

Mais à l’immense surprise de Dario Autiero et de ses collègues lyonnais, les neutrinos arrivaient sur le détecteur Opera, dans le laboratoire du Gran Sasso, en moyenne avec 60 nanosecondes (60 milliardièmes de seconde) d’avance par rapport à la lumière. Un décalage qui paraît infime, mais qu’aucune théorie actuelle n’est capable d’expliquer.

Il n’y a pas eu à proprement parler de course entre photons (ou grains de lumière) et neutrinos, mais les chercheurs ont chronométré le trajet des faisceaux de particules avec une très grande précision. En se calant sur l’horloge atomique d’un satellite GPS visible au même moment sur les deux sites, les horloges du Cern et du Gran Sasso ont été calées avec une précision meilleure qu’un milliardième de seconde. Au total et en prenant en compte divers effets des instruments de mesure, l’équipe estime que l’incertitude de la mesure est meilleure, de l’ordre d’une dizaine de nanosecondes, soit bien moins que les 60 nanosecondes mesures. Le travail des physiciens de Lyon est donc largement assez robuste pour être publié, ce qui a été fait cette nuit sur le serveur public arXiv.

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Situé en Italie, il a permis de mesurer que les neutrinos émis par le Cern, à 731 km de distance en Suisse, se déplacent à une vitesse supérieure à celle de la lumière. Crédits photo:CNRS Photothèque/IPNL/ILLE, Bernard.

Vous voulez voir une analyse de cet article par le CorteX ? Cliquez là.
 
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Matériel pédagogique – Qu'est-ce que le genre ?

L’entrée du genre dans les programmes de Première L et ES au mois de septembre n’est pas passée inaperçue et fut l’occasion de relancer le débat médiatique sur la question : « qu’est-ce qu’être Homme ou Femme ? ». Le CorteX a saisi l’occasion de revenir sur ce sujet complexe.


Les progrès récents des sciences, en particulier en biologie et en sociologie, ne permettent plus d’affirmer que l’on naît Femme ou Homme : sans nier les différences biologiques entre les individu-e-s, ils démontrent que les différences entre deux personnes de sexes différents sont le fruit d’un processus de construction sociale, bien plus que celui d’un déterminisme « naturel ». Pourtant, les réactions médiatiques furent particulièrement vives et parfois même fantaisistes : la « théorie » du genre fut qualifiée de théorie militante féministe et homosexuelle et sans aucun fondement scientifique ; certains l’accusèrent de nier toutes différences biologiques entre hommes et femmes ; on entendit même que les défenseurs de la « théorie » du genre défendaient également la pédophilie et la zoophilie. Devant ce déferlement de fausses informations, des historien-ne-s, des sociologues, des neurobiologistes, etc. ont tenté de rectifier les choses sur les ondes ou les plateaux de télévisions, nous offrant ainsi du matériel pédagogique de qualité. Le CorteX s’en est emparé et met à disposition : 

Si vous produisez aussi du matériel ou si vous animez des ateliers sur le genre, écrivez-nous !