Ni faru ekzerceton: bonvolu fermi la okulojn dum duonsekundo… Bone, vi povas malfermi ilin1. Sciu, ke tiu ĉi libro, kiun vi tenas enmane, profitis la momenton por transformiĝi en egalmasan, buloforman, verdaĉan monstreton, silentan kaj senodoran. Tiel rapida estis la fenomeno, ke vi nenion sentis… Kio? Vi aŭdacas dubi! Nu, pruvu, ke mia aserto malveras… Ha! Vi ne kapablas, do vi devas akcepti la ekziston de mia monstro.
Vi jam komprenis: verecpruvo pri ajna aserto venu de la asertanto, kaj de neniu alia. Estas plenumende de Raël, alinome Claude Vorilhon, pruvi mem ke li renkontis eksterteranojn; liaj kontraŭuloj devas pruvi nenion ajn. Same, ne la kritikantoj de permana terapio devas pruvi ĝian neefikon – tiuj, kiuj asertas, ke ĝi estas efika pruvu la verecon de sia aserto.2 Imagu la absurdon se endus konsideri kiel vera ajnan aserton pri nova kuracilo kaj atendi malpruvojn por ĝin forĵeti. Iu ajn ĉarlatano povus rebati, kontraŭ ies duboj: « Pruvu, ke mia panaceo ne estas miraklofara ». Ĉiumaniere, pruvi neekziston neeblas logike. Tiun problemon oni nomas pruvodevo (onus probandi en la latina) – devo plenumenda de tiu, kiu asertas.3 Inversigo de tiu devo estas la fiilo preferita de la ad ignorantiam uzantoj, kiuj, ekzakte kiel pri nia verda libro-monstro, ŝatas diri, ke iu aserto estas vera, ĉar oni ne montris, ke ĝi estas falsa.
(El Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles, N. Pinsault, R. Monvoisin, PUG, 2014)
1 Nu, vi ne povas legi tion: vi ĵus fermis la okulojn…
2 Oni distingu inter ĝenerala kaj propra efiko.
3 Kondiĉe, ke ĉiuj estu kapablaj krei kaj apliki eksperimentajn pruvojn. Seniluziige, pro la granda aro de financaj kaj leĝaj malebligoj, averaĝuloj tre probable ne sukcesos prie.



« La science a toujours été au centre de débats et elle l’est encore aujourd’hui. Elle a bouleversé notre façon de comprendre l’univers et de nous comprendre nous-mêmes. Néanmoins, dans une bonne partie de la culture intellectuelle, la science est incomprise ou est vue avec suspicion. Elle suscite l’hostilité à la fois de courants religieux « fondamentalistes » et d’une intelligentsia relativiste ou postmoderne.
On ne s’attardera pas sur les créationnismes « négationniste » et « mimétique ». Ils se fondent sur le récit de la création de l’univers dans les grands textes monothéistes, pris de façon littérale. Les contradictions qui en résultent provoquent une négation des résultats des sciences dans le premier cas, ou bien une « science créationniste » qui établit les prétendues preuves de la vérité littérale du texte dans le second cas. Le premier est notamment représenté par Harun Yahya, pseudonyme de M. Adnan Oktar, homme d’affaires et d’influence turc, qui distribua en janvier 2007 dans toute l’Europe son Atlas de la Création, (auto-édité, Global Publishing) y compris dans les établissements scolaires et laboratoires français. En janvier 2012, via Harun Yahya France, il organisait à Paris, à Rouen et à Évry, une série de conférences : « L’impasse moléculaire de la théorie de l’évolution » « l’effondrement de la théorie de l’évolution »…
Or, les créationnismes et spiritualismes cités ont tous un point commun, leur ignorance, réelle ou feinte, de la nature et du périmètre de légitimité de la démarche et du discours scientifiques : ce que les sciences disent, comment elles le disent, ce qu’elles ne disent pas. Quand l’UIP somme les chercheurs de réfléchir aux « conséquences métaphysiques » de leurs découvertes (Le Monde, 23 février 2006) et affirme qu’« un créateur ne peut être exclu du champ de la science », (Le Monde, 2 septembre 2006), elle « oublie » que le propre des sciences n’est jamais de dire ce qu’il faut « croire », mais de démontrer ce qu’il n’est logiquement plus possible de croire. Mais surtout, elle omet de dire si les scientifiques sont appelés à se prononcer sur ces questions à titre individuel, ou à titre collectif. La confusion entraîne le métier de scientifique d’aujourd’hui au delà de sa légitimité. Il s’agit bien là d’une forme de scientisme déguisé. En organisant la confusion entre la quête spirituelle individuelle et le contrat collectif d’une profession, ces offensives peuvent avoir pour effet, à terme, de faire perdre l’autonomie des scientifiques dans la validation des savoirs. En effet, si la profession se voyait collectivement animée d’un agenda métaphysique, il lui faudrait s’attendre à se voir imposé ce qu’il serait conforme de trouver. L’universalisme des connaissances raisonnées, qui tient aujourd’hui précisément à une abstention métaphysique, ne serait plus possible et l’on assisterait à une communautarisation des savoirs.

= dx/dt, l’« accélération » γ = d²x/dt², la « force » F = mγ sont des concepts analytiques quantitatifs parce qu’ils résultent de la combinaison de grandeurs élémentaires mesurables (dans le cas de la vitesse : une certaine quantité d’espace dx et une certaine quantité de temps dt). Au contraire, les « concepts qualitatifs » ne supposent aucune mesure. C’est le cas des concepts de la topologie, comme ceux de « boule » ou d’« anneau de Möbius » (voir ci-contre, l’anneau de Möbius par le graveur Escher).

C’est un très bon matériel pour creuser le problème de l’irréfutabilité des théories psychanalytiques [1].