Ressources critiques pour aborder les politiques linguistiques

Impérialisme culturel et linguistiqueParmi les critiques que l’on peut porter à l’état actuel du système de publication scientifique, celles concernant l’usage quasi-absolu de l’anglo-américain ne devraient pas rester lettre morte. Le recours à une seule langue nationale (l’anglo-américain de nos jours, le latin par le passé, le français dans certains territoires par exemple) dans les échanges entre personnes, groupes et institutions de langue natale différente pose un certain nombre de problèmes y compris en dehors du champ scientifique. C’est d’autant plus le cas que l’utilisation massive de l’anglo-américain n’est pas due aux caractéristiques de la langue (qui serait par exemple une langue facile à apprendre) mais résulte d’un ensemble de facteurs historiques, sociologiques, économiques ainsi que de choix politiques. Nous proposons ici quelques ressources permettant d’explorer cette thématique. Si vous avez des ressources à nous recommander sur le sujet, nous en sommes friands, écrivez-nous : contact [a] cortecs.org.

Ouvrages et document

  • Claude Hagège, Contre la pensée unique, Odile Jacob, 2012.

CorteX_Contre la pensee uniqueClaude Hagège est linguiste de formation, professeur à l’Université de Poitiers, et a détenu la chaire de théorie linguistique au Collège de France de 1988 à 2006. La thèse développée dans cet ouvrage est que les langues ne sont pas seulement des moyens de communication, mais aussi des vecteurs de diversité, et que le recours avéré à un nombre de moins en moins important de langues, à différentes échelles, concourt à l’uniformisation des idées politiques, des goûts, des conceptions de l’existence, etc. Le chapitre 4 constate l’emprise croissante de la langue anglaise dans le milieu scientifique (publication, formation) et l’impact délétère que cela peut avoir, en conduisant notamment à une sélection des chercheur.e.s s’appuyant plus sur leurs compétences linguistiques que sur leurs compétences scientifiques.  Quelques passages cependant sont à regarder d’un œil plus circonspect par leur tendance à essentialiser et vanter la « culture française » et les « traits de caractères du Français ».

 

  •  Louis-Jean Calvet, Linguistique et impérialisme, petit traité de glottophagie, Payot, 1974.

CorteX_Linguistique et colonialisme

Louis-Jean Calvet a été professeur en linguistique dans différentes universités françaises. Dans cet ouvrage, il décrit dans quelle mesure les discours et les décisions politiques et législatives sur les langues ont participé à la légitimation de l’entreprise coloniale et/ou impérialiste de certains États, ce à différentes époques : au XVIème siècle, sous la révolution française, sous la troisième république etc. Il développe particulièrement « l’impérialisme culturel » de l’État français, dont il subsiste encore des traces aujourd’hui au travers notamment de structures impliquées dans la défense et la promotion de la francophonie, et montre en quoi les langues sont tout autant des moyens de communication que d’oppression.

  • Claude Piron, Le défi des langues, L’Harmattan, 1994.

CorteX_Le defi des languesClaude Piron a été entre autres interprète et traducteur dans différentes institutions internationales. Dans ce livre, Claude Piron fait d’abord le constat des modalités et conséquences en terme d’efficience et d’égalité de la communication internationale à la fin du XXème siècle, en s’appuyant notamment sur des données économiques et sociologiques. Il présente ensuite des pistes d’amélioration comme l’adoption à grande échelle par des mesures politiques adéquates d’une langue internationale telle que l’espéranto, dont il dresse les avantages.    

 

  •  François Grin, L’enseignement des langues comme politique publique, Haut conseil à l’évaluation de l’école, 2005. (Télécharger en PDF).

CorteX_François GrinFrançois Grin est actuellement directeur de l’Observatoire Économie, langues, formation et professeur d’économie à l’Université de Genève. En 2005, il tente de répondre de manière argumentée dans ce rapport aux questions suivantes : «  quelles langues étrangères enseigner, pour quelles raisons, et compte tenu de quel contexte ? » à l’échelle de l’Union européenne, en se positionnant du point de vue du coût économique, ainsi que des implications politiques et culturelles. Trois scénarios sont étudiés : le choix d’une seule langue nationale, le choix d’un trio de langues nationale et le choix d’une langue non nationale (l’espéranto). Ce rapport a été cité dans un article du Monde diplomatique du mois de mai 2015 intitulé Le coût du monolinguisme auquel nous avions réagit, notre réaction ayant été par la suite relayée dans le courrier des lecteurs.

Vidéos

  • Claude Piron, Les langues : un défi, vidéos enregistrées en 2007.

Dans ce cycle de 10 vidéos d’une dizaine de minutes chacune, Claude Piron reprend le contenu de son livre présenté ci-dessus.

 

  • Claude Hagège, L’anglais: support de la pensée unique, conférence enregistrée en 2013.

Claude Hagège présente le contenu de son ouvrage mentionné ci-dessus sous forme d’une conférence d’environ 1h suivie de questions-réponses, dans une école de commerce de Rouen.

Audio

CorteX_Jacques_BouveresseJacques Bouveresse, Le langage, la logique et la philosophie, conférence lors du colloque du collège de France « Autour de 1914, nouvelles figures de la pensée : sciences, arts, lettres » le 16 octobre 2014.

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L’année 1914 est marquée par deux événements se rapportant à la thématique des langues internationales : l’annulation du congrès international de l’Association universelle d’espéranto (UEA) auquel devait participer Ludwik Lejzer Zamenhof, le fondateur de l’espéranto, ainsi que le décès de Louis Couturat, fervent initiateur et promoteur de l’ido, langue dérivée de l’espéranto. Jacques Bouveresse décrit le sentiment d’urgence que rencontraient de nombreuses personnes, issues de milieux scientifiques comme populaires, à trouver une solution équitable et accessible aux problèmes de communication entre des individus et des états de langue nationale divergente, de la fin du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle. Cette recherche s’accompagnait souvent d’une attitude anti-impérialiste, anti-nationaliste et pacifiste, le fait de ne pas pouvoir communiquer étant perçu comme une des causes de division entre les peuples. Le conférencier commente notamment les arguments que l’on opposait aux langues dites « artificielles » relativement à celles dites « naturelles », et qui restent récurrents de nos jours.

Brochure

Noé Gasparini, linguiste (Lyon, France)

Noé Gasparini, linguiste (Lyon, France)

Noé Gasparini est doctorant en sciences du langage à Lyon. Il nous a fait parvenir son travail intitulé Politiques linguistiques et idéal égalitaire – 12 stratégies pour communiquer quand on ne parle pas tous la même langue, fruit de quelques discussions collectives. Voici le résumé de la brochure.

Cette brochure propose une réflexion sur les problèmes de communication induits par la diversité linguistique et sur les stratégies politiques qui peuvent être mises en place pour favoriser l’entente et la discussion.

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Nelly Darbois