Dessin par Maja Visual au Camp Climat Grenoble 2020. Représentant la formation de Nicolas et Valentin sous une serre végétalisée

Esprit critique au Camp Climat

Depuis 2016, les Camps Climat rassemblent chaque été des militant·e·s dans le but d’accélérer les mobilisations face à l’urgence climatique et sociale. On s’y rencontre, on s’y forme, on s’y serre les coudes et on y chante (c’est important). Pour la troisième édition d’affilée, j’y ai proposé des formations autour de l’esprit critique. Pourquoi ? Comment ? Je fais un petit retour ici.

Le contexte

Il n’est peut-être pas nécessaire de rappeler ici que la situation climatique et environnementale actuelle est extrêmement préoccupante. Les activités humaines menacent les conditions de vie sur Terre de l’ensemble du vivant.

Cette situation et le défi qu’elle pose à l’humanité font appel – peut-être pour la première fois à une telle ampleur – à une vaste palette d’outils utilisés dans la pensée critique : méthode scientifique, communication, médias, cognition, mécanismes sociaux, éthique, sciences politiques…
Le grand défi pour l’humanité consiste à réagir suffisamment rapidement face à l’inertie au changement qui nous menace à toutes les échelles : cognitive, sociale, culturelle, médiatique, politique… Il nous semble alors qu’une bonne partie de ces enjeux réside dans notre manière de traiter l’information, de la produire, de l’interpréter, de la transmettre… d’où l’intérêt de la pensée critique dans cette tache-là.

Dessin par Maja Visual au Camp Climat Grenoble 2020 lors de notre première formation (à l’époque masquée)

C’est à partir de cette idée que nous avons décidé en 2020 avec Valentin Vinci de proposer une première formation au Camp Climat de Grenoble. Concrètement l’objectif était de fournir des outils de pensée critique aux participant·e·s afin de :

  • Comprendre l’inaction et les forces réactionnaires qui s’opposent au changement. Déconstruire les rhétoriques climato-négationnistes, analyser les discours médiatiques ou politiques, comprendre l’inertie sociale…
  • Comprendre les pièges qui pourraient nuire au militantisme écologiste. Les biais cognitifs et sociaux auxquels nous sommes sujets, les arguments fallacieux, les croyances pseudo-scientifiques… et comment il est possible de les contourner.

Ce double objectif – tourné à la fois vers l’extérieur et vers l’intérieur du mouvement – est resté une constante dans les différentes formations que l’on a proposées. Il est évidemment bien ambitieux et dépasse largement nos compétences. Mais c’est un cap que l’on s’est fixé.

Notons que, lors de cette édition, les organisateur·ice·s avaient pris le parti d’interdire tout support numérique pour les ateliers et de mettre l’accent sur l’éducation populaire. Un très chouette défi vers lequel on essaie toujours de tendre.

D’abord dubitatif sur la manière dont serait reçue notre formation, les retours se sont avérés plutôt positifs1 et demandeurs de ce genre de contenu.
De cette première expérience germa l’idée de publier un document reprenant ces idées (qui est enfin sorti !) et surtout l’envie de continuer ces formations.

L’année suivante c’est au Camp Climat de Toulouse que nous avons proposé une formation avec Jean-Lou Fourquet, journaliste et créateur du blog Après la bière. Encore une fois les retours ont été relativement positifs.

Le Petit manuel d’esprit critique pour le militantisme écologiste distribué gratuitement au Camp Climat de Toulouse 2022

Enfin, en 2022 j’ai participé pour la troisième fois au camp climat en proposant, accompagné de Lo Pimfloìd2 mon compère du Rasoir d’Oc’3, deux formations : « L’esprit critique pour le militantisme » et « L’argumentation pour le militantisme » que je présente dans la dernière partie. En plus de cela, j’y ai amené quelques exemplaires du Petit manuel d’esprit critique pour le militantisme écologiste (oui, celui que l’on avait imaginé après notre première formation).

Quelques conseils que l’on peut extraire de cette expérience

Avant de présenter les deux formations proposées cette année, quelques conseils généraux que l’on a pu dégager de cette petite expérience.

  • Ne pas oublier que l’esprit critique et la démarche scientifique ne sont pas une fin en soi, ils fournissent des outils qui permettent de mieux appréhender le monde et en l’occurrence le militantisme. Nous ne sommes pas là pour expliquer comment bien penser/lutter et faire la police de la raison, nous sommes au service d’une cause qui nous semble primordiale.
  • Éviter les sujets « chauds » : Parler de sujet comme le nucléaire, les OGM ou la spiritualité sur lesquelles les participant·e·s peuvent avoir un a priori fort risque d’être contre-productif. Dans la tradition de la technique de la spatule, il parait plus efficace de prendre pour exemple des sujets légers (au moins dans un premier temps).
  • Préférer une approche d’éducation populaire en partant de l’expérience des participant·e·s pour discuter puis synthétiser avec des apports théoriques. Plusieurs jeux/ateliers peuvent être utilisés dans ce cadre-là : Groupe d’Interview Mutuel, ateliers Jigsaw, débat mouvant, concours de mauvaise foi…
  • Certains éléments nous paraissent plus pertinent à transmettre, parmi lesquels : la démarche scientifique et des éléments d’épistémologie, l’argumentation, les risques de biais de raisonnement, le rôle des médias…

Formation « L’argumentation pour les militantisme »

Cliquer pour télécharger le document

Cette formation s’inspire en grande partie d’une formation aux arguments fallacieux déjà présentée ici sur notre site. Elle s’est déroulée en quatre partie [Diaporama] :

  1. Introduction à l’argumentation.
    En particulier on commence par parler d’argumentation formelle : une construction qui part de prémisses et qui aboutit à une conclusion. On précise ensuite que dans la vie de tous les jours, l’argumentation est bien plus informelle : certaines prémisses sont implicites et la construction n’est pas clairement exposée.
  2. Atelier Jigsaw (pour plus de détails voir ici).
    – Première étape : Les participant·e·s sont réparti·e·s en groupes de 4. Les membres du groupe reçoivent chacun·e une « fiche expert·e » différente et disposent de 5 minutes pour la lire. Les 4 fiches décrivent chacune trois arguments fallacieux différents. [Fiches]
    – Deuxième étape : Les groupes de départ se séparent et tous·te·s les expert·e·s ayant la même fiche se retrouvent. Iels discutent ensemble des arguments fallacieux, de ce qu’iels ont compris ou pas. Iels doivent également imaginer de nouveaux argument fallacieux à travers des petits exercices. Durée : 20 minutes.
    – Troisième étape : Chaque membre des groupes d’expert·e·s revient à son groupe d’origine fort de ses nouvelles connaissances. Tout le monde partage alors son expertise avec le reste du groupe. Chacun·e des 4 membres ayant découvert 3 arguments fallacieux sur sa fiche, le but est que tout le monde soit familier des 12 arguments fallacieux. Leurs connaissances communes leur seront utiles dans la prochaine partie ! Durée : 20 minutes.
  3. Concours de mauvaise foi
    À partir des connaissances accumulées dans la deuxième partie, chaque groupe va devoir construire un argumentaire moisie en utilisant les arguments fallacieux étudiés. J’ai proposé à chaque groupe deux sujets plus ou moins absurdes4 au choix et une liste de 5 arguments à placer.
    Chaque groupe travaille sur un texte et une petite mise en scène avant de venir le présenter devant tout le monde. Le but pour les autres est d’identifier les arguments fallacieux employés.
  4. Comprendre l’argumentation fallacieuse
    Après avoir bien manipulé ces notions, je propose une explication quant à l’origine de ces arguments fallacieux : ceux-ci ne sont pas simplement des erreurs faites au hasard dans un sens quelconque. Ils peuvent plutôt être vus comme des moyens rhétoriques pour aboutir à une conclusion préétablie. On introduit alors la notion de raisonnement motivé et de consonance cognitive via l’histoire de « l’échec d’une prophétie ».
  5. Améliorer son argumentation
    Partant du point de vue précédent, on établit qu’argumenter efficacement revient à rendre moins coûteux, pour notre interlocuteur·ice, de changer d’opinion que de persévérer dans son opinion pré-établie. Pour mettre cela en œuvre, on peut jouer sur différents éléments : le fond des arguments, la forme, le contexte de la discussion, l’affect…
    Sans apporter davantage de réponses, la formation se termine par une discussion sur les différentes méthodes qui peuvent être utilisées dans cet objectif. On a évoqué entre autres la maïeutique, l’entretien épistémique, la communication non violente…

/!\ On n’oubliera pas de rappeler au long de la formation les implications éthiques de l’argumentation : sur les questions de manipulation ou sur la détection des arguments fallacieux chez soi et chez les autres.

Formation « L’esprit critique pour le militantisme »

Cliquer pour accéder au diaporama

Pour cette formation, les participant·e·s sont d’abord invité·e·s à répondre à un petit questionnaire dont les réponses seront utilisées plus tard. Entre temps, un atelier Jigsaw est également mis en place. [Diaporama]

1. Questionnaire
Il y avait en réalité deux questionnaires légèrement différents distribués aléatoirement composé chacun de trois questions (en réalité quatre, mais la première ne servait qu’à brouiller les pistes). Il y avait une petite trentaine de personnes à l’atelier donc chacun des deux questionnaires a reçu autour de 14 réponses.
– La première avait pour objectif de mettre en avant le biais d’ancrage. Il s’agit d’une réplication d’une expérience faite par Strack et Mussweiler 5. Dans un premier temps, je demandais si « Malpolon monspessulanus« , le plus grand serpent des Pyrénées, était 1) plus grand que 30cm (1er groupe) ; 2) plus petit que 4m (2ème groupe).
Dans un second temps, je demandais à tout le monde d’estimer la taille de ce serpent.
– Dans la deuxième question, je demandais si iels pensaient que les publicités pour la viande seraient interdites 1) comme la cigarette et l’alcool (1er groupe) ; 2) sans exemple (2ème groupe).
– Dans la troisième question, je demandais si dans une forêt attaquée par un parasite, iels préféraient plutôt une nouvelle méthode très efficace avec des effets secondaires incertains ou ne rien faire 1) comme depuis 10 ans (groupe 1) ; sans précision sur la situation actuelle (groupe 2).
Les résultats arrivent plus tard.

2. Atelier Jigsaw : Les altérations de l’information
Ici, le but est de familiariser les participant·e·s avec les différents pièges qui menacent le traitement de l’information. On répète les trois étapes présentées dans la formation ci-dessus.
Les fiches expert·e·s, créées pour l’occasion (et probablement à améliorer), sont au nombre de 5 : Biais cognitifs, biais sociaux, biais mnésiques, pièges du langage, manipulations graphiques. On pourrait aisément en imaginer d’autres sur ce thème-là.

3. Résultat des questionnaires
Les résultats sont affichés plus bas.
Pour la première question, l’effet est relativement visible. Les personnes ayant été exposées à la plus petite référence donnent ensuite une réponse plus petite. Cela met en relief un biais d’ancrage : une information reçue préalablement influence notre jugement.
Pour la deuxième question, l’effet est moins évident, mais il semble que les personnes ayant un exemple similaire en tête ont plus de facilité à imaginer ce scenario. Il s’agit d’une sorte de biais de disponibilité, où notre jugement est influencé par les éléments qui nous sont cognitivement disponibles.
Pour la dernière question, aucun effet n’est clairement visible. Elle était censée mettre en avant l’effet de statu quo (préférence pour la situation actuelle).

4. Synthèse sur le traitement de l’information
À partir du résultat des questionnaires ainsi que des connaissances acquises lors de l’atelier Jigsaw, on essaie de dégager quelques généralités. On propose que, à différentes échelles et dans différentes mesures, le traitement de l’information par défaut consiste à privilégier ce qui existe déjà, à favoriser notre cohérence interne et sociale. On illustre cela avec des illusions d’optiques où notre interprétation est influencée par ce que l’on connaît déjà du monde. Enfin, on conclut avec ces mots de Bertrand Russell

La grande masse des croyances qui nous guident dans notre vie quotidienne sont tout bonnement une expression du désir, corrigées de-ci de-là, en des points isolés, par le rude choc de la réalité. 

Bertrand Russell, Essais sceptiques

5. Groupe d’Interview Mutuel
Ainsi, par défaut, le régime de traitement de l’information est celui de la confirmation. Mais, ce n’est pas toujours le cas : il existe des moments où notre opinion évolue, où l’on change d’avis. Dans cet atelier, les participant·e·s se sont mis·e·s par groupes de trois au sein desquels chacun·e devait évoquer un cas où son avis avait changé sur un sujet. Chaque groupe devait ensuite identifier des éléments qui avait fait perdurer sa croyance initiale de la personne et des éléments qui l’ont faite changer d’avis.

6. Quelques principes de l’esprit critique
On voit alors que face au régime de confirmation, il existe un autre régime de traitement de l’information permettant plus efficacement de produire de la connaissance robuste : le régime critique promouvant l’altérité, le doute, la prudence… Ceci est illustrée par l’histoire du voyage de Hécatée de Milet à Thèbes en Égypte.

Un grec, devant les statues égyptiennes qui contredisent spectaculairement son orgueilleuse vision du monde, a peut-être commencé  à penser que nos certitudes peuvent aussi être mises en doute.
C’est la rencontre avec l’altérité qui ouvre nos esprits, en ridiculisant nos préjugés.

Carlo Rovelli, La naissance de la pensée scientifique

On propose alors trois principes généraux allant dans ce régime critique : 1) Le doute initial ; 2) Penser l’alternative ; 3) Comparer méthodiquement les alternatives. Par manque de temps, cette partie n’a pas pu être développée.

6. Petit jeu et discussion
Arrivant à la fin de cette partie théorique nous avons fini par un petit jeu l’alternative est féconde. Le but est de trouver, pour chaque situation une explication/solution alternative à celle suggérée.

Enfin, nous avons fini par une discussion sur les liens entre pensée critique et militantisme, puisque ce dernier doit nécessairement se dégager d’un scepticisme trop pointilleux qui empêcherait toute action. Et ce, d’autant plus, dans la situation urgente que nous vivons.

Dessin par Maja Visual au Camp Climat Grenoble 2020 lors de notre première formation (à l’époque masquée)

Internet et désinformation : une fake news ?

Internet est-il un vecteur puissant de désinformation ? Une vision très souvent partagée à ce sujet, notamment dans le milieu de la zététique (je l’avoue, je l’ai moi-même déjà fait) suggère le mécanisme suivant : 1/ internet est un marché de l’information dérégulé, c’est-à-dire que n’importe qui peut écrire et diffuser quasiment n’importe quoi sur internet ; 2/ cette dérégulation se couple à la propention naturelle des individus à tomber dans des pièges de la pensée (biais cognitifs et biais de raisonnement) ; 3/ ce couplage explique pourquoi tant de gens croient tant de choses fausses et les partagent massivement. On se propose dans cet article de regarder dans quelle mesure ce constat et l’explication convoquée sont soutenus par la littérature scientifique sur ce sujet. Deux aspects sont abordés conjointement. Premièrement, l’ampleur du phénomène : à quel point adhérons-nous à notre époque à des croyances non épistémiquement garanties ? À quel point partageons-nous, sur les réseaux sociaux, des « fakenews » et des narratifs dits « complotistes » ? Deuxièmement, le rôle spécifique d’internet dans ce phénomène : un tel marché de l’information dérégulé conduit-il, ou participe-t-il activement, à une diffusion et une adhésion accrues à ces thèses ? (Edit après reception de la première version de cet article.1)

N’y allons pas par quatre chemins : le constat alarmant d’un partage et d’une adhésion massive à des croyances fausses sur internet et son rôle actif dans ce processus est loin de faire consensus parmi les spécialistes du sujet. Même si la première étude s’intéressant au lien entre fakenews et nouveaux outils de communication remonte à 1925 2, c’est surtout avec le développement d’internet, et donc ces toutes dernières années, que la littérature scientifique sur le sujet s’est considérablement accrue. Pour autant, elle reste naissante, et aucun constat définif ne peut être tiré. Ceci est déjà un premier argument contre l’élan catastrophiste qui peut caractériser parfois certains discours sur internet et les fakenews. Mais de plus, on peut observer que rien ne semble aller dans ce sens. Au contraire même, la tendance générale qui se dégage de ces études est que la diffusion et le partage de fakenews est un phénomène extrêmement marginal. Par exemple, deux études ont porté sur la diffusion et le partage de fakenews pendant l’élection présidentielle de 2016, sur twitter 3 et facebook 4 respectivement. La première montre notamment que 1 % des comptes étudiés représentent à eux seuls 80 % des fakenews diffusées, et 0,1 % des comptes représentent 80 % des fakenews partagées. La seconde est du même acabit : le partage d’articles provenant de domaines identifiés comme produisant des fakenews est un phénomène rare : il touche environ 10 % à peine des comptes présent dans le panel de l’étude (les autres 90 % n’ont partagé aucun lien de ce type durant l’élection présidentielle.) Ce phénomène semble donc être assez marginal, au point que d’autres auteurs se sont même demandé « pourquoi si peu de gens partagent des fakenews ? » 5 Dans cet article, ils reviennent justement sur ce constat émergeant et assez contre-intuitif dans une période historique qui est sensée être celle de la « post-vérité », et tentent d’y apporter une explication.

Un second type de questions à se poser pour mesurer l’ampleur du phénomène est la relation entre le fait d’être exposé à des fakenews et le fait d’y croire. Si beaucoup de gens sont exposés à des fakenews (ce qui n’est déjà pas le cas), vont-ils pour autant y croire ? Et si c’est le cas, comment être sûr que ce n’est pas justement parcequ’ils y croient déjà qu’ils vont avoir tendance à s’y exposer selectivement ? Comme on le dit souvent, corrélation n’est pas causalité ! On reviendra sur cet argument plus loin, au sujet des théories du complot. Mais avant, une autre relation est à questionner : celle qui pourrait exister entre le fait de partager des fakenews et le fait d’y croire. Ici, cela semble a priori plus évident : si on partage une fakenews, c’est qu’on y croit forcément. De nouveau, les résultats des quelques études qui existent sur le sujet sont assez contre-intuitifs. Cette étude6 réfute la thèse selon laquelle les personnes partagent des fakenews car elles ne sont pas capables de faire la distinction avec une vraie information. Selon cette étude, c’est la polarisation politique qui joue un grand rôle dans le partage de fakenews, c’est-à-dire que l’on va partager principalement des informations qui confirment nos prédispositions politiques, sans forcément vérifier la véracité de ce que l’on partage – mais tout en étant capable de le faire. Celle-ci7 montre également que bien qu’elles partagent des fakenews, les personnes interrogées sont capables de différencier entre une vraie et une fausse information (en tout cas dans une proportion plus grande que ce qu’elles partagent.) Cette étude suggère que c’est principalement parce que le contexte des réseaux sociaux focalisent leur attention sur d’autres facteurs que la véracité, comme par exemple le fait de plaire aux yeux de ses suiveurs/amis sur ces mêmes réseaux, qui fait que des personnes partagent des fakenews. D’ailleurs, en primant les personnes à propos de l’attention avant qu’elles ne partagent quoique ce soit, ils observent en effet une diminution du partage de fakenews. Cette dernière étude8 a cherché à mettre en évidence la caractéristique que les fakenews devaient posséder pour être plus partagées. Elle a mis en évidence que le facteur « interestingness-if-true » était prépondérant, c’est-à-dire que les fakenews qui sont le plus partagées sont celles qui seraient vraiment intéressantes/pertinentes si elles étaient vraies. Pour approfondir ces questions, je ne peux que vous conseiller le visionnage de la conférence d’Hugo Mercier, l’un des auteurs de certains papiers sus-cités, intitulée: « Les fakenews doivent-elles nous inquiéter ? »

Parlons maintenant de ce qu’on appelle les « théories du complot ». On peut les définir9 comme la croyance que certains phénomènes sociaux et évènements politiques (voire une grande majorité d’entre eux) peuvent être expliqués par l’action concertée d’un petit nombre d’individus qui se réunissent en secret en vue d’orienter la marche du monde dans leur intérêt personnel. Nous ne reviendrons pas sur la façon de déconstruire certains narratifs complotistes, déjà exposée dans plusieurs articles sur ce site, en particulier ici. Les théories du complot représentent elles aussi un phénomène largement étudié dans la littérature spécialisée. Des enquêtes régulières montrent qu’une partie non négligeable de la population française croit à une ou plusieurs théories du complot. Ce n’est donc sûrement pas un phénomène marginal. Cependant, la question que l’on va se poser ici est la suivante : quel est le rôle d’internet, et plus spécifiquement des réseaux sociaux, dans la diffusion et la croyance dans les théories du complot ? L’article de Joseph E. Uscinski, Darin DeWitt et Matthew D. Atkinson intitulé « A web of conspiracy ? Internet and conspiracy theory »10 explore spécifiquement l’effet d’internet sur la diffusion et l’adhésion à des narratifs conspirationistes. Encore une fois, les preuves empiriques manquent pour soutenir l’idée qu’internet favorise ce phénomène. Trois points sont importants à retenir de cet article : 1/ les narratifs complotistes ont toujours existé et rien ne permet d’affirmer qu’internet, malgré le fait que l’information y circule beaucoup plus vite qu’avant, ait engendré une quelconque « nouvelle ère » du conspirationnisme ; 2/ les individus ne sont pas si malléables que cela et c’est principalement leurs dispositions a priori qui va les pousser à croire à telle ou telle chose, et non pas l’outil particulier qu’ils utilisent ; 3/ les sites conspirationnistes sont loin d’être les sites les plus fréquentés, et être exposé à une information ne signifie pas y croire – ce qui rejoint un constat déjà énoncé plus haut. Un article récent11 confirme ces tendances. Dans cet article, ils partent du constat que l’adhésion à des narratifs complotistes est fortement corrélé à l’usage des réseaux sociaux. Ce qu’ils explorent dans cette étude, c’est le lien de causalité sous-jacent : est-ce que c’est le fait d’utiliser beaucoup les réseaux sociaux qui rend complotiste, ou bien le fait d’avoir déjà des prédispositions à adhérer à ces formes d’explications qui pousse à aller voir et diffuser du complotisme sur internet ? Leur conclusion penche clairement pour la deuxième option, une fois controlés les potentiels facteurs confondants : « La relation conditionnelle que nous dévoilons suggère que l’impact des réseaux sociaux sur les croyances aux théories du complot et à la mésinformation est probablement négligeable, sauf sur les individus attirés ou autrement prédisposés à accepter de telles idées. »12

On pourrait reprocher au présent article de reposer sur du cherry-picking, c’est-à-dire de ne choisir que des études qui vont dans le sens de notre propos. C’est vrai qu’on ne peut clairement pas déduire un constat général et immuable à partir d’un petit nombre d’études. Si on s’est appuyé sur ces études, c’est pour deux raisons principales : 1/ voir comment de telles hypothèses peuvent être effectivement testées, ce qui est intéressant du point de vue méthodologique ; 2/ l’introduction de ces articles consiste souvent en un bon résumé de l’état de l’art sur la question, d’où le fait qu’on se soit appuyé sur des publications assez récentes. Il faut toutefois garder à l’esprit que les résultats de ces études sont conditionnés par la définition de « fakenews » adoptée. Dans nombre de ces études, par exemple, on mesure l’exposition à des fakenews en identifiant certains sites comme sources de fakenews et en comptant le nombre d’articles provenant de ces sites qui sont ensuite partagés sur les réseaux sociaux. Évidemment, ce ne sont qu’une partie des fakenews auxquelles nous sommes exposé-e-s, et ceci constitue une limite de ce type d’études. Mais dans tous les cas, cela montre aussi, comme on l’a déjà remarqué, que la thèse contraire – celle que l’on critique ici – n’a pas de raisons d’être affirmée avec autant d’assurance, en cela même que le phénomène que l’on souhaite étudier est, justement, technique et difficile à cerner.

Une dernière remarque s’impose sur le premier postulat de la thèse que l’on met à l’épreuve ici : le caractère « dérégulé » d’internet vu comme un marché de l’information. Ce que l’on entend par là habituellement, c’est que « tout le monde peut écrire et diffuser tout et n’importe quoi sur internet », sous-entendu sans la vérification rigoureuse que l’on pourrait attendre des médias et des journalistes professionnels. Ce que l’on peut sous-entendre aussi, c’est l’idée que le monde d’internet serait en quelque sorte déconnecté du monde « extérieur » des médias traditionnels, et que toutes les informations diffusées en ligne pourraient se retrouver sur un pied d’égalité en terme d’exposition. C’est une idée à balayer très vite. Dans sa conférence intitulée « Les infox et les nouveaux circuits de l’information numérique »13 le sociologue Dominique Cardon montre, entre autres choses extrêmement intéressantes pour notre propos, que la libéralisation du marché de l’information en ligne n’implique aucunement que ce dernier s’horizontalise d’une quelconque manière. Au contraire, il se trouve qu’il est fortement structuré et reproduit la hiérarchie déjà présente hors ligne. Plus précisément, lorsque l’on étudie l’architecture des citations entre les différents sites internet de médias via les liens hypertextes, on se rend compte que les sites des médias mainstream, c’est-à-dire ceux qui sont déjà en situation de domination du marché hors internet, restent de loin les sites qui se citent le plus entre eux et qui sont cités par les plus « petits » sites, alors que l’inverse n’est pas vrai. Cela signifie que la structure du marché de l’information, même si fondamentalement « tout le monde peut écrire ce qu’il veut sur internet », se modèle sur celle qui existe hors internet. Le fait qu’une information, même complètement aberrante, soit présente en ligne ne signifie pas qu’elle est vue et encore moins crue par beaucoup de personnes. Une synthèse de la littérature au sujet de la mésinformation en ligne14 va plus loin et tente de quantifier le rôle des médias mainstream dans la diffusion des fakenews. Ils partent d’une situation paradoxale dans laquelle se retrouvent ces médias : lorsqu’ils parlent des fakenews, ne serait-ce que pour les démentir, ils participent aussi à leur diffusion. Le résultat de cette étude est clair : les médias mainstream font partie du problème, dans le sens où il s’avère que ce sont eux qui sont les principales sources de diffusion de fakenews, bien devant les réseaux sociaux et sites conspirationnistes obscures. Ce résultat se comprend d’autant mieux en ayant en tête les résultats présentés par Dominique Cardon dans sa conférence sus-citée : les médias mainstream, sur internet ou ailleurs, restent – et de très loin – les médias les plus visibles. En partageant et en répétant des fakenews, même pour les démentir, ces médias les rendent probablement beaucoup plus visibles que si leur diffusion restait confinée à internet. Ils prennent également le risque que le « démenti » soit oublié et qu’à force de répétition, les personnes exposées à ces fakenews puissent finir par y croire. C’est bien entendu aussi quelque chose qu’il faut garder à l’esprit si l’on vulgarise du contenu sceptique, basé notamment sur du « débunkage », sur internet ou ailleurs.

De ces différents constats, il est clair qu’une tendance émerge : internet, en tant que « marché dérégulé de l’information » n’a pas l’air d’avoir d’impact spécifique (c’est-à-dire en lui-même) sur l’adhésion à des thèses conspirationnistes, ni sur la diffusion, le partage ou l’adhésion à des fakenews. La littérature spécialisée sur le sujet des théories du complot émet pourtant des hypothèses assez bien consensuelles sur des facteurs qui pourraient jouer sur l’adhésion, à l’échelle d’une population, à des narratifs conspirationnistes. Les premiers chapitre de la thèse d’Anthony Lantian15 ainsi que le chapitre « Sociologie, théorie sociale et théorie de la conspiration » de Türkay Salim Nefes & Alejandro Romero-Reche, dans le récent Routledge handbook of conspiracy theories (2020) reviennent sur ces aspects et précisent que l’adhésion aux théories du complot tend à augmenter lorsque la confiance dans les autorités epistémiques officielles diminue, ainsi que dans des contextes d’incertitude ou de tragédies, et seraient prépondérante dans des groupes sociaux se percevant comme exclus du pouvoir politique.

La conclusion de ces différents constats n’est pas qu’il est inutile d’enseigner comment fonctionne le cerveau, quels sont les pièges cognitifs à l’oeuvre, ou encore transmettre des outils pratiques pour dégager le vrai du faux sur internet, bien entendu. L’éducation aux médias et à l’information reste une nécessité. Il faut simplement remarquer qu’en mettant en exergue le narratif, soutenu de plus par aucune preuve empirique, que c’est principalement la dérégulation d’internet alliée à nos biais cognitifs qui produit une adhésion massive à des théories du complot ou à des fakenews, on met complètement de coté les aspects purement politiques de la question : pourquoi a-t-on moins confiance dans les autorités ? Cette confiance est-elle due, ou bien doit-elle se mériter ? Quel est l’impact et donc la responsabilité des médias de masse dans le maintien du lien entre décideurs, scientifiques et population ? Éluder ces questions fondamentales ne relève pas uniquement d’une certaine malhonnêteté intellectuelle (surtout lorsqu’on prétend combattre la désinformation!) mais nous condamne immanquablement à ne jamais combattre proprement le problème.

Déterminants des attentats islamistes: que disent les faits?

Alors que le procès en cours des attaques perpétrés en janvier 2015 contre Charlie Hebdo, une policière à Montrouge et l’Hyper Cacher a réouvert le débat public sur les causes de la violence islamiste, ce dernier est devenu plus vif encore suite à l’assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020. Il est normal que lors de ces événements choquants, l’émotion rende difficile l’examen raisonné et froid des faits. Pourtant, les faits sont plus que jamais nécessaires pour se faire un avis éclairé sur les causes des attaques islamistes, leur recrudescence en France depuis 2015 et les meilleurs moyens d’y faire face. Nous regroupons dans cet article, les tentatives de Clara Egger et de Raul Magni-Berton – membres du CorteX et auteurs de travaux récents sur les causes de la violence islamiste – de remettre la raison et les faits au coeur des ces enjeux. Comme vous le verrez, la réaction des médias est édifiante.

Acte 1 – Vérités scientifiques et vérités judiciaires lors du procès Charlie Hebdo

Septembre 2020 : premier acte. Alors que la couverture médiatique du procès des attaques de janvier 2015 bat son plein, au CorteX, on trépigne et on fait le plein de matos pour nos cours de pensée critique. Las de lire dans tous les canards que ces attaques visent avant tout « la liberté d’expression », Raul est le premier à dégainer sur son blog de Médiapart 1 sur la base d’un travail de recherche récent co-écrit avec Clara Egger et Simon Varaine. 2

Croquis du procés des attaques de Charlie Hebdo, Montrouge et del’Hyper-Cacher

Le texte assez commenté et partagé, arrive aux oreilles d’un journaliste de Charlie Hebdo, Antonio Fischietti, qui traite pour le journal l’actualité et l’information scientifique. On ne le remerciera jamais assez d’être le seul à avoir pris le temps de lire l’article (c’est de plus en plus rare) alors qu’il fait partie de ceux qui ont directement perdu des proches et des collègues en 2015. Chapeau, Antonio ! Sa réponse , par contre, lapidaire et un peu moqueuse 3, ne nous convainc pas franchement et révèle un manque de compréhension des études statistiques en sciences sociales.

Elle offre toutefois l’occasion à Raùl de reprendre, point par point, les contre-arguments avancés 4.On retiendra de cet échange qu’en matière de violence islamiste, l’application du rasoir d’Occam est à la peine. Parmi toutes les hypothèses pouvant expliquer la survenue d’attentats, certaines sont a priori écartées malgré les preuves accumulées en leur faveur. On comprendra pourquoi dans le second acte de cette controverse.

Acte 2 – Cachez ces études statistiques que je ne saurai pas voir

Novembre 2020 : second acte. A l’occasion d’un débat opposant personnalités du monde académique, des arts et de la culture et chercheurs en études stratégiques sur l’impact de la guerre sur les attaques islamistes, Raul remet le couvert, cette fois accompagnée de Clara. Leur tribune publiée dans la section Débats de l’Obs 5, étaye l’argument selon lequel, il existe en France un déni sur le rôle que joue les interventions militaires extérieures dans les pays musulmans sur la probabilité d’être ciblé par une attaque islamiste. On ne s’attendait pas à ce que telle conclusion, banale dans les cercles d’experts sur le sujet, suscite autant de réactions négatives. La palme d’or à ce journaliste à qui revient le mérite de la réponse la plus explicite : « l’argumentation statistique ici donne presque l’illusion que la vengeance des terroristes est, sinon légitime, du moins compréhensible ».

L’effet Matilda ou l’invisibilisation des femmes de science

En pensée critique, on connaisait l’effet Mathieu 1 faisant référence à la moindre recognition (notamment en science) de ceux qui parte avec un capital de départ (matériel, social ou culturel) moins élévé. On doit à Margaret Rossiter, historienne des sciences états-unienne, une variante, l’effet Matilda, un clin d’oeil à la suffragiste, libre-penseuse, abolitionniste, Matilda J. Cage, une des premières à dénoncer l’absence des femmes dans les récits historiques et scientifiques.

Parmi les sans-droits et sans-noms des oubliettes de l’histoire des sciences, une écrasante majorité a en commun d’être de genre féminin. Les femmes scientifiques sont moins reconnues de leur vivant, notamment en raison de leur statut plus précaire et subordonné. 2 Leur contribution est aussi invisibilisée dans les récits scientifiques, par paresse – on s’attarde uniquement sur les figures, principalement masculines, déjà connues -, inertie ou biais sexiste.

Margaret W. Rossiter revient sur certaines de ces figures oubliées dans son article sur l’effet Matilda 3. Une des premières connues est Trota, une médecin de l’Italie du douzième siècle, qui documenta et traita, de manière inédite, des pathologies féminines. Son nom devint connu par l’action de son époux et de son fils, tous deux médecins également. Un moine, chargé de rédiger un traité sur la médecine au Moyen-Age, décida toutefois qu’une telle contribution ne pouvait être que le fait d’un homme et donna à son nom la forme latine masculine. Une erreur qui la fit passer, en tant qu’homme, à la prospérité. Il faudra attendre le vingtième siècle pour que cette erreur soit réctifiée par l’historien de la médecine allemand Karl Sudhoff, qui, au passage, dégrada sa qualification au rang d’assistante sage-femme, un statut qui retira toute mention à ses découvertes dans les ouvrages scientifiques postérieurs.

Trota – aussi appelée Trotula – représentée dans une gravure du quatorzième siècle.

Plus proche de nous, Frieda S. Robscheit-Robbins, doctoresse en médecine allemande experte du traitement de l’anémie, fut privée du Prix Nobel en 1934 au profit de son co-auteur. L’histoire retient par contre, sa « présence »et ses coiffes toujours élégantes 4. Si les femmes non- mariées sont d’office non reconnues, les travaux et découvertes des femmes mariées à d’autres scientifiques reviennent, quasi systématiquement, à leur conjoint, même dans les cas, nombreux, où leur contribution excède celle de leur partenaire masculin.

En qualifiant cette stratégie d’invisibilisation systématique, l’effet Matilda invite à accroître notre vigilance et à considérer, au moment de se pencher sur l’histoire des découvertes scientifiques, qu’il est fort probable que derrière chaque grand homme se cache non seulement une multitude de collaborateurs oubliés mais aussi un grand nombre de femmes.

Si vous faites partie de celles et ceux qui ont contribué à réparer cette injustice en effectuant des recherches sur des femmes scientifiques oubliées? Contactez nous !

Le jugement majoritaire et ses alternatives

Le système électoral français est critiqué pour de très bonnes raisons. Parmi les alternatives, celle qui connait le plus de succès auprès des citoyens est le jugement majoritaire. Cependant, ce système a aussi des défauts. Cet article vise à illustrer comment débattre des systèmes électoraux
et à montrer que d’autres alternatives – comme le vote par approbation – mériteraient d’être davantage discutées dans un public plus large que les chercheurs spécialistes.

Critiquer un système électoral est facile puisqu’en matière de décompte de voix, aucune méthode n’est parfaite.  Si la critique se borne à identifier les défauts d’un système –  il y en a toujours plus d’un – et le délégitimer en vertu de ceux-ci, tout système est critiquable.  Toutefois, il existe des systèmes électoraux avec moins de défauts que d’autres, ou avec des défauts qui ont des conséquences moins graves. Et c’est sur ce point que la discussion devient intéressante. Parmi les défauts existants, quels sont ceux qui sont rédhibitoires ?

La France dispose d’un système électoral uninominal à deux tours.  Ce système a de nombreux problèmes si bien que deux chercheurs CNRS Michel Balinski et Rida Laraki ont proposé, au début des années 2000, un système alternatif : le jugement majoritaire 1. Ce système s’est diffusée comme une traînée de poudre dans les cercles politiques et militants où on lui a attribué de nombreuses qualités. Seulement voilà : ce système pose lui aussi de sérieux problèmes. Je reviens ici sur une controverse bien informée, lancée par la publication en 2019 dans la Revue Economique, d’une analyse critique du jugement majoritaire par Jean-François Laslier 2, critique face à laquelle Michel Balinski, décédé depuis, a réagi 3. Laslier est par ailleurs un défenseur du système du vote « par approbation » qui récolte aussi mon soutien.

L’occasion est donc parfaite pour comparer ces trois systèmes sur un des défauts les plus problématiques à mon sens : l’absence de monotonie. Un système est monotone si, quand le soutien en faveur d’un candidat élu augmente, celui-ci reste élu. Et, symétriquement, si le soutien en faveur d’un candidat non élu diminue, alors celui-ci n’est toujours pas élu.

Compte tenu de l’existence d’une longue liste de critères pour évaluer un système électoral4, pourquoi l’absence de monotonie est si regrettable ? Parce que non seulement elle offre une capacité de manipuler les résultats électoraux mais surtout, comme on le verra plus bas, elle incite parfois les élus à nuire à certains électeurs, voire à délibérément mal faire leur travail afin de gagner les prochaines élections. Or, si on élit des gens à des intervalles réguliers, c’est pour qu’ils soient incités à nous satisfaire et pour les soumettre à notre contrôle. Si, au lieu de cela, notre mode de scrutin les incite à nous déplaire pour gagner les élections, l’utilité des élections disparaît.

Analysons trois modes de scrutins – le système à deux tours, le jugement majoritaire et le vote par approbation – par rapport au problème de l’absence de monotonie. Les choses étant vite techniques, le raisonnement va être limité aux élections présidentielles, et ne prendra pas en compte les votes blancs et les abstentions.

Le système à deux tours

Avec notre système actuel, chacun vote pour un candidat, les deux premiers se qualifient au second tour où celui qui récolte le plus de voix gagne.

Revenons dans le temps, à l’élection présidentielle de 2017. Prenons en compte, pour plus de simplicité, seulement les trois candidats qui ont eu le plus de voix au premier tour : Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon.

Pour chaque candidat, les électeurs se répartissent en deux catégories différentes, ce qui donne six configurations possibles (Figure 1). En effet, parmi ceux qui choisissent de voter Macron, certains (1) préfèrent ensuite Fillon à Le Pen alors que d’autres (2) préfèrent Le Pen à Fillon. De même, parmi les électeurs ayant voté pour Fillon, certains (3) préfèrent Macron à Le Pen, alors que d’autres (4) préfèrent Le Pen à Macron. Enfin, les électeurs de Le Pen peuvent préférer Fillon à Macron (5) et d’autres Macron à Fillon (6).

Supposons que 21% des électeurs préfèrent, par ordre, Macron/Fillon/Le Pen, et seulement 3% préfèrent Macron/Le Pen/Fillon. La somme des deux, permet à Macron d’obtenir 24% au premier tour (colonne à gauche). Conformément à ce qui est arrivé en 2017, Fillon a obtenu 20% (nous supposons que ¾ de ses électeurs préfèrent Macron à Le Pen, soit 15% des votes) et Le Pen a eu 21% (parmi ceux-ci,17% préférant Fillon à Macron, et 4% Macron à Fillon).

Le second tour voit donc s’affronter Macron contre Le Pen. Compte tenu de nos chiffres, qui excluent les autres candidats, Macron ajoute à ses 24%, les 15% qui avaient voté pour Fillon et qui préfèrent tout de même Macron à Le Pen (colonne de gauche de la figure de droite). Cela fait 39% en tout. Le Pen, elle, n’obtiendra que 26%, en récupérant 5% dans l’électorat de Fillon. Macron gagne donc haut la main.

Entrons maintenant dans la science-fiction. Nous sommes en 2022. Supposons – et cela nécessite quelques efforts j’en conviens – qu’Emmanuel Macron ait bien gouverné, si bien que tous ses électeurs continuent à voter pour lui, mais, de surcroît, il arrive à séduire 2% d’électeurs qui lui préféraient Le Pen en 2017. Hormis ces 2%, tous les autres électeurs gardent la même opinion qu’en 2017 (Figure 2). A priori une bonne affaire pour Macron : il avait déjà gagné avec 2% d’électeurs en moins, maintenant qu’il garde son électorat tout en l’élargissant, il devrait triompher sans peine.

Calculez l’issue du vote vous-mêmes à partir de la figure 2. A cause de la perte de 2% des électeurs, Le Pen n’est plus qualifié au second tour, au profit de Fillon. Fillon obtiendra alors 37% au second tour (grâce au soutien massif de l’électorat Le Pen), alors que Macron s’arrêtera à 28%. Fillon sera donc président (Figure 3).

En quoi est-ce gênant ? D’abord pour le bon sens, car dans notre fiction, Macron ayant bien gouverné, il a non seulement continué à satisfaire son électorat de 2017, mais il a aussi séduit des électeurs supplémentaires. Mais c’est surtout politiquement gênant, puisque Macron n’a aucun intérêt à gagner des voix parmi l’électorat du Rassemblement National. Il doit en effet viser un second tour contre Le Pen. Il va donc essayer de séduire l’électorat Fillon et de déplaire à l’électorat Le Pen. Sachant que le premier est constitué de cadres supérieurs et de professions libérales, alors que le second est largement composé d’ouvriers et d’artisans, Macron n’a pas d’autre choix : plaire aux premiers, déplaire aux seconds. S’il veut gagner, il doit mettre en place une politique inégalitaire. Ses choix sont donc partiellement guidés par les contraintes de notre système électoral.

Le jugement majoritaire

Est-ce que ce le jugement majoritaire peut résoudre cet important problème? Le jugement majoritaire est un mode de scrutin par évaluation qui conduit à l’élection du candidat ayant la meilleure « évaluation médiane ». Autrement dit, si une personne pense que je suis bon cuisinier, une autre pense que je suis plutôt moyen et une dernière pense que je suis carrément mauvais, mon évaluation médiane est celle du milieu : « moyen ».

Par conséquent, il semble impossible qu’un candidat qui avait gagné auparavant, puisse perdre en ayant amélioré ses évaluations. Cela est cependant possible si l’électorat évolue (s’il augmente ou, au contraire, s’il se réduit).  Autrement dit, cela peut se produire si entre 2017 et 2022 quelques jeunes obtiennent le droit de vote ou si des personnes âgées meurent.  

Postulons donc deux candidats, Macron et Le Pen et neuf électeurs (on peut multiplier par cinq millions, si on veut s’approcher de la taille de l’électorat français). Le jugement majoritaire détermine le gagnant en cherchant l’évaluation du 5ème électeur, l’électeur médian. D’après la figure 4 (les deux colonnes de gauche), selon cet électeur, Macron est « assez bon », alors que Le Pen est « acceptable ». Macron sera donc président.

La partie droite de la Figure 3 analyse la situation cinq ans plus tard, en 2022. Supposons d’abord que chaque électeur vote comme 2017. Supposons également que personne ne soit mort, mais, par contre, deux adolescents aient atteint la majorité et puissent maintenant voter. La jeunesse (dans ce jeu fictionnel) adore Macron : les deux le trouvent « excellent », alors qu’ils considèrent Le Pen simplement « bonne ». A priori, donc, tout va bien pour Macron qui avait déjà gagné sans les deux jeunes en 2017.

Mais hélas, après calcul, il va être déçu. Les votants sont maintenant onze, par conséquent l’évaluation médiane est celle du 6ème électeur. Comptez : le sixième considère Macron « assez bon » et Le Pen « bon ». C’est donc Le Pen qui est élue présidente, grâce à ces deux jeunes qui ont évalué de façon enthousiaste le bilan de Macron.  

Pour gagner, Macron aurait dû se débrouiller pour que les deux jeunes considèrent Le Pen au mieux acceptable, quitte à être lui-même considéré médiocre ou à rejeter. En fait, avec le jugement majoritaire, Macron n’aurait aucun intérêt à plaire aux deux jeunes car même si ces derniers le détestent, cela ne lui coutera rien lors des élections. Il a en revanche intérêt à ce que les jeunes notent moyennement Le Pen. Au lieu de gouverner le mieux possible, de faire des bonnes politiques pour la jeunesse, il essayera donc de décrédibiliser son adversaire après des jeunes, quitte à se décrédibiliser lui-même.

Le système par approbation

C’est ce qu’il passe lorsqu’un système n’est pas monotone : les stratégies politiques vont être contraintes par le système électoral et poussent les candidats à mal faire leur travail. Pour répondre à ce problème, Balinski a raison de dire que le jugement majoritaire a beaucoup moins de chances que le système à deux tours de produire ce paradoxe, lorsque la population est grande. Néanmoins, il reconnait implicitement que, lorsqu’elle est petite (dans les associations ou groupes militants où ce système est prisé par exemple), il vaut mieux ne pas utiliser le jugement majoritaire.

Le système par approbation, lui, est extrêmement simple. Chacun vote pour autant de candidats qu’il souhaite, et celui qui a plus de voix gagne. Par exemple, si quelqu’un acceptait d’avoir comme président Le Pen et Fillon, mais pas Macron, il voterait pour les deux premiers. D’après les expériences qui ont été menées en France, avec le vote par approbation, il n’y aurait pas eu de changement notable depuis 2002 concernant l’identité du président, sauf en 2007 où le gagnant aurait été probablement Bayrou 5. Au demeurant, ce résultat permet de ne pas oublier que l’opinion des gens compte aussi. Quand la majorité préfère un candidat aux autres, ce candidat aura plus de chances de gagner, quel que soit le mode de scrutin.

Outre sa simplicité, le vote par approbation a beaucoup de qualités, en particulier celle d’être monotone. Autrement dit, il est impossible, avec ce système, que les paradoxes décrits plus haut apparaissent. Ainsi, tous les candidats ont intérêt à satisfaire un maximum d’électeurs.

Une affaire de marketing ? Le succès du jugement majoritaire 

J’avoue que, à ce jour, je continue de penser que le système par approbation est meilleur que le jugement majoritaire. Mais j’ai été impressionné par la campagne dont ce dernier a bénéficié en France. Un système électoral, au fond, est comme une marque de vêtement. Sa qualité n’est pas suffisante pour être vendu, il faut également de la publicité.

Lorsqu’on se rend sur wikipedia.fr, l’article sur le jugement majoritaire compte presque 3000 mots, alors que celui sur le vote par approbation n’en a que 576. On pourrait avoir l’impression que ce dernier est la petite lubie de quelques snobs. Mais en regardant de plus près, l’article sur le vote par approbation existe en 21 langues, alors que l’article sur le jugement majoritaire en 4 seulement. En anglais, il faut 2500 mots pour expliquer le jugement majoritaire, 6300 pour expliquer le vote par approbation. La qualité de ce dernier peut aussi s’apprécier par le fait que l’association états-unienne de mathématique (qui inclue les spécialistes des théorèmes sur les modes de scrutin) l’a choisi comme mode de scrutin.  

Evidemment, le fait que le jugement majoritaire ait été créé par des chercheurs français, qui en ont fait une grande publicité en France, ne le discrédite pas. Mais il ne devrait pas l’avantager pas non plus. Or, cette publicité produit une exposition sélective : beaucoup de personnes finissent par connaitre le jugement majoritaire, mais sans connaitre ses alternatives, comme le vote par approbation. Sans trop y réfléchir, donc, le français boira du vin et soutiendra le jugement majoritaire. L’américain, lui, optera pour le soda et le vote par approbation. Mais c’est seulement en y réfléchissant qu’on peut se faire un véritable avis. Personnellement, après avoir pesé le pour et le contre, je prends le vin et le vote par approbation.

Pourquoi punir les siens conduit à discriminer les autres. Une illustration du biais d’exotisme

S’abstenir de juger les personnes issues d’une culture différente de la nôtre ou prendre garde ou ne pas interpréter leurs actions comme si elles relevaient de nos normes sont a priori des bons principes. L’étude de Habyarimana que je présente ici nous indique même que ces principes sont plus observés qu’on ne pourrait le croire. Ils peuvent toutefois conduire à autant de discriminations que l’attitude inverse. Retour sur cette étude qui nous alerte sur ce qu’on pourrait qualifier de biais d’exotisme, miroir du biais d’ethnocentrisme.

Une longue tradition en sciences sociales et anthropologie nous a transmis deux enseignements : 1. Que nous avons tendance à être ethnocentriques, c’est-à-dire à considérer le monde avec notre propre culture comme modèle de référence. 2. Que l’ethnocentrisme conduit à des formes d’intolérance et de racisme, car il conduit à condamner les comportements étranges ou différents des nôtres comme s’ils venaient de gens éduqués dans notre culture 1. Cela nous conduit, par exemple, à condamner des sociétés cannibales en vertu du fait que, chez nous, les comportements cannibales sont condamnés.

Ces deux éléments ne sont pas dénués de fondement et nous faisons souvent l’expérience de juger les comportements d’autrui, comme si le modèle de référence était le nôtre.  Par exemple, le fait qu’on désigne encore aujourd’hui d’« invasions barbares » ce que les allemands qualifient de « migrations des peuples germaniques » révèle cette différence fondamentale de point de vue. Les récits provenant de notre culture nous présentent comme les « envahis », victimes de brutes abreuvées au lait de chèvre et dont le langage est incompréhensible. Nous les appelons de la façon dont nos ancêtres les ont vu.

Un exemple de représentation des « invasions barbares »

Cependant, s’éloigner autant que possible de toute tentation ethnocentriste n’est pas forçement une bonne attitude. Il existe un biais opposé au biais d’ethnocentrisme qu’on pourrait qualifier de biais d’exotisme. Il consiste à considérer que, parce que les gens sont élevés dans une autre culture, ils ne doivent pas être jugés selon les normes qui régissent notre société. Ce biais est 1. extrêmement courant, au moins autant que le biais d’ethnocentrisme et 2. susceptible de nous conduire à un comportement raciste ou discriminatoire.

Habyarimana et ses collègues montrent ce problème à travers une étude menée en Ouganda 2, l’un des pays les plus ethniquement 3 diversifiés du monde. Ils partent de l’idée, globalement déjà constatée 4, que les individus coopèrent moins avec des personnes issues d’un autre groupe. Pour vérifier si cela s’applique aussi à la société ougandaise, les auteurs mettent en place un jeu.

Diversité ethno-linguistique en Ouganda.
Source : Bernard Calas (2000) « Recompositions ougandaises. Les dividendes géographiques de la paix et de la légitimité politique » dans Jean-Louis Chaléard, Roland Pourtier (dir) Politiques et dynamiques territoriales dans les pays du Sud, p. 171-196

Mesurer la coopération est assez simple : il suffit de faire jouer les gens au « dilemme du prisonnier ». Dans ce jeu, deux joueurs doivent décider de conserver pour eux-mêmes un billet de 1 000 shillings ougandais (SO) ou de l’utiliser pour un projet de groupe. Si les deux joueurs choisissent la deuxième option, ils gagneront un bonus de 500 SO chacun. Naturellement, s’ils choisissent la première option, les deux garderont leurs 1000 SO. Le problème est que si l’un des deux choisit d’utiliser ses 1000 SO pour le groupe, alors que l’autre ne le fait pas, le premier recevra 750 SO et le second 1750 SO. Les deux joueurs doivent faire leur choix simultanément et ne sont pas en mesure d’observer les actions de l’autre joueur.

Voici comme ça marche :

Matrice des gains

Si vous êtes Dembe vous avez intérêt à garder l’argent. Car si Mukisa le conserve aussi vous gagnerez 1000 au lieu de 750 SO. En revanche, si Mukisa l’utilise pour le groupe, vous aurez 1750 au lieu de 1500 SO. Dans les deux cas, vous gagnerez 250 SO en gardant l’argent pour vous. Si vous êtes Mukisa vous faites exactement le même raisonnement. Le problème est qu’au final vous aurez 1000 SO chacun, alors que si vous aviez coopéré vous auriez 1500 SO chacun. Pour que la coopération ait lieu, donc, deux conditions doivent être satisfaites : un fort degré de confiance dans le fait que l’autre joueur ne garde pas l’argent pour lui et une volonté de ne pas vouloir arnaquer l’autre joueur

Les joueurs avaient, en plus, accès au nom et à la photo du joueur qu’ils avaient en face d’eux.  Il s’agissait bien sûr d’une information créée de toutes pièces par les expérimentateurs, mais elle avait une fonction claire : à partir du nom et de la photo, les joueurs prêtaient une appartenance ethnique à l’individu.  

Conformément aux études antérieures, les résultats montrent que les personnes coopèrent davantage lorsqu’ils jouent avec une personne de leur propre ethnie. Lorsque l’autre joueur est d’une ethnie différente, le taux de comportement coopératif baisse de 18%. Jusqu’ici rien de nouveau. Mais pourquoi agissent-ils ainsi ? Parce qu’ils n’ont pas confiance en l’autre joueur ou parce qu’ils souhaitent l’arnaquer?

Une variante de cette expérimentation conduit à l’explication suivante : les sujets coopèrent moins avec les personnes des autres ethnies parce qu’ils ne savent pas si ces personnes sont attachées aux mêmes valeurs de coopération et réciprocité qu’eux. Si cela n’est pas le cas, ils ne leur en tiennent pas rigueur, puisqu’ils attribuent cela à leur appartenance à une autre culture. Cependant, dans le doute, les sujets préfèrent ne pas développer de projets collectifs avec ces « étrangers ».

Avant de développer ce point, voici la façon dont les auteurs en font la démonstration. Le même jeu a été mis en place avec, en plus, un troisième joueur. Ce joueur observe les actions des deux premiers joueurs et peut choisir de punir l’un des deux ou les deux pour leur comportement. Sanctionner quelqu’un coûte 500 SO au troisième joueur (soit environ 1/20ème de ses avoirs) et entraîne la suppression des gains du joueur sanctionné.

Comment se comporte le troisième joueur ? En général, il punit les gens qui gardent les 1000 SO pour eux. Mais surtout, il punit davantage les joueurs issus du même groupe ethnique que lui, surtout lorsque ceux-ci jouent contre quelqu’un qui vient aussi du même groupe ethnique (c’est-à-dire dans un trio homogène). Dans cette configuration, garder l’argent pour soi conduit à avoir 23% de chances en plus d’être puni par le troisième joueur.

Ce résultat nous renseigne sur deux éléments importants. Premièrement, les ougandais ne sont pas si ethnocentristes, puisque beaucoup d’entre eux sanctionnent seulement les membres de leur propre groupe ethnique. Ils se permettent donc uniquement de juger les personnes qui, selon eux, devraient agir selon des normes similaires aux leurs.  En revanche, ils sont bien plus tolérants avec les autres, dont ils ne connaissent pas la culture. Deuxièmement, c’est précisément parce qu’ils renoncent à juger les gens issus d’une autre culture, qu’ils renoncent également à coopérer avec eux. Pour coopérer avec quelqu’un il faut s’assurer qu’il partage les mêmes normes que nous, qu’il soit conscient que la tricherie existe et qu’ils la jugent, de façon partagée, comme quelque chose de socialement indésirable.  

On peut tirer de nombreuses implications de cette recherche – bien que circonscrite au cas ougandais – sur la façon de conceptualiser et de lutter contre le racisme.

Elles révèlent que les comportements discriminatoires (au logement, à l’embauche) peuvent, aussi, être dûs à un trop faible niveau d’ethnocentrisme. Employeurs ou propriétaires, peuvent refuser de considérer le monde avec leur propre culture comme modèle de référence et, de ce fait, refuser d’entretenir un commerce avec des gens qui ne sont pas issus de leur propre culture.   

Ont-ils raison ? Pas toujours. On a tendance, certainement, à exagérer les différences entre cultures. A penser, par exemple, que les cannibales, parce qu’ils sont cannibales, obéissent à des normes radicalement opposées aux nôtres.

Quoiqu’il en soit, se méfier de l’ethnocentrisme n’est donc pas suffisant pour être à l’abri du racisme. Il faut également se méfier de la tendance inverse, l’exotisme. Il consiste à exagérer les différences entre cultures ou êtres humains. A penser que chaque culture ne peut pas se comprendre quand on est à l’extérieur, comme l’a prêché avec succès Clifford Geertz 5. Cela semble un bon principe, mais poussé trop loin, il ne l’est plus.

Quand les sciences sociales s’intéressent aux coutumes bizarres

Les récits historiques et archives – ou, du moins, celles qui nous parviennent – regorgent d’exemples de pratiques bizarres ou franchement barbares. Prenons, par exemple, l’exemple de l’ordalie ou jugement de Dieu pratiquée en Europe durant le Moyen-Âge. Elle consiste à soumettre un suspect à une épreuve douloureuse et potentiellement mortelle dont l’issue, déterminée par Dieu lui-même, décidait de l’innocence ou de la culpabilité du suspect. L’ouvrage What the Fuck?! L’économie en absurdie de Leeson (2018) nous donne des outils pour décrypter ces usages.

Rien d’étonnant à ce que, en se plongeant, dans le passé, le récit de pratiques comme la vente aux enchères publique de femmes mariées pratiquées en Angleterre entre la fin du 18ème et du 19ème siècle suscite la réprobation et l’indignation. Cette réaction est même, à de maints égards, salutaire, et alimentée par la représentation médiatique et cinématographique du passé lointain. Le Moyen-Âge y est volontiers présenté comme une période obscure, où régnaient la pauvreté, la crédulité et la barbarie.

Vente aux enchères de femme mariée (1812-1814), Thomas Rowlandson

L’objectif de ce livre est de prendre le contrepied de cette réaction pour pousser le lecteur à se questionner sur ce qui conduit les personnes à adopter et à se prêter à de telles pratiques. Face à cette question, deux stratégies sont possibles. La première consiste à juger ces pratiques comme relevant de l’irrationnel et de l’exotique. De nombreuses pratiques archaïques ont, d’ailleurs, donné lieu à des descriptions denses mettant en avant leur caractère révolu et unique sur le plan de l’histoire de l’humanité 1. La second stratégie consiste à retracer, dans le passé, les facteurs qui expliquent la création, le maintien et la disparation de tels usages et qui pousseraient tout un chacun, placé dans les mêmes circonstances, à se prêter aux mêmes bizarreries.  A l’exotisme s’oppose donc la pensée analytique, basée sur une théorie du comportement humain, valable au-delà des circonstances historiques et géographiques.

Outil d’analyse et méthode employée

La grille d’analyse que choisit l’auteur de l’ouvrage est celle de la théorie du choix rationnel. Cette théorie repose sur un postulat et un outil :  

  • Postulat : Les individus sont rationnels dans un sens très précis : ils disposent de préférences qu’ils s’efforcent de poursuivre de la façon la plus efficiente possible (selon un calcul coût/ bénéfice) dans la limite de l’information dont ils disposent (et de leur capacité à la traiter)
  • Outil : Les calculs coût/ bénéfices des individus dépendent des contraintes et des « coups de pouce » (les incitations) auxquels ces derniers sont soumis. Ces incitations sont de divers types : institutions politiques, droit,… Si la rationalité (au sens défini plus haut) ne varie pas à travers les âges et les lieux, les incitations, elles, varient.

L’hypothèse est donc la suivante : une fois ces incitations décryptées, des pratiques étranges révèlent leur logique. Attention, il ne s’agit pas ici de justifier de telles pratiques mais de les analyser de la façon la plus rigoureuse possible.   L’intérêt de cette approche est de permettre de considérer l’irrationalité ou la folie de nos ancêtres comme l’hypothèse la plus coûteuse. Avant d’y recourir, autant épuiser des explications considérant que les personnes hier et aujourd’hui développent des stratégies ingénieuses pour régler les problèmes ils sont confrontés. Armés de cette grille analytique, la lectrice et le lecteur peut débuter son tour de l’absurde – le livre étant rédigé comme une visite commentée, où les analyses sont rythmées par les questions et réactions du public 2. La méthode employée est celle du récit analytique : la pratique ancienne est décryptée ainsi que le contexte idéologique, juridique et politique dans lequel elle s’insère (les fameuses incitations). L’auteur démontre ensuite comment les incitations expliquent l’existence de pratiques bizarres, et comment un changement dans ces incitations produit une disparition graduelle de la croyance ou sa persistance sous de nouvelles formes. L’analyse est fouillée sur la base de documents historiques, présentés en note. Pour les plus experts, une annexe modélise la pratique étudiée sur la base d’équations mathématiques.

L’exemple de l’ordalie

L’ordalie par le feu

Reprenons l’exemple de l’ordalie pour illustrer le propos. Quelques faits de base d’abord. Ce type de jugement a perduré entre le 9ème et le 13ème siècle en Europe. Deux types furent particulièrement courant. L’ordalie par le feu commandait de faire plonger la main du suspect dans de l’eau bouillante ou la faire brûler par du fer chaud (iudicium aquae fervantis and iudicium ferri). Si le suspect n’était pas blessé, un miracle avait démontré son innocence. L’ordalie par l’eau froide consistait en jeter à l’eau le suspect (probatio per aquam frigidam). Si le malheureux flottait, il était reconnu coupable. Ce jugement était très encadré (on ne rigole pas avec l’invocation de Dieu) et était réservé aux crimes les plus graves (selon les normes de l’époque) et aux cas où la vérité ne pouvait être connue par d’autres moyens (témoignage confondant ou aveux) (p.10).

Face à cette pratique, quelles sont les possibilités d’un suspect ? Précisons d’emblée qu’au Moyen-Âge la croyance en Dieu était très répandue et l’influence de l’Église très forte. Elle transparait d’ailleurs tout au long du livre. S’il est coupable, le suspect a fortement intérêt à avouer tout de suite, accepter la sentence et éviter une souffrance supplémentaire et inutile. S’il est innocent, le choix est plus difficile mais, comme l’individu a, en plus, de fortes chances de croire en Dieu, il peut tenter l’ordalie en espérant échapper à une sanction terrible et injuste.

Étrangement, les prêtres semblent parfaitement informés de ce raisonnement chez le suspect. En effet, les archives sur l’ordalie concluent au miracle dans la majorité des cas (entre 62,5% et 89 %). En reprenant les récits de jugement par le feu, l’auteur montre qu’un temps très long s’écoule entre le chauffage de l’eau ou du fer et le châtiment. La cérémonie est complexe et laissée à la totale discrétion du prêtre. Cela laisse largement la possibilité au fer et à l’eau de refroidir. Dans le cas de la mise à l’eau, les archives suggèrent que les prêtres sélectionnent les personnes les plus susceptibles de couler pour ce châtiment (les hommes lourds).

Aujourd’hui, avec l’ADN, les empreintes et autres avancées scientifiques, nous avons moins besoin de manipuler les suspects de la sorte. De plus, dans les sociétés connaissant un déclin des croyances religieuses, le jugement de Dieu n’est guère une manière de distinguer les coupables et les innocents. Cependant, nous pratiquons aussi nos « ordalies » à nous. L’auteur montre ainsi qu’aux États-Unis, la croyance en la toute-puissance de la technologie est plus développée que celle dans les croyances religieuses. Le système judiciaire y pratique donc le recours « détecteur de mensonge », une invention maison. Officiellement, il s’agit d’une technologie de pointe permettant de savoir si le suspect ment sur la base de manifestations physiologiques. En réalité, l’instrument si peu fiable qu’il ne sert quasiment à rien. Enfin, si : il sert à évaluer la motivation du suspect à se soumettre à une telle épreuve. S’il y va sans crainte, tel jadis un innocent face à l’eau bouillante, alors les enquêteurs pourront écarter la piste.

Cet ouvrage mérite sa place dans la bibliothèque de tout penseur critique et enseignant en pensée critique. Il invite à se méfier de notre tendance à considérer les pratiques passées comme exotiques et montre que les sciences sociales disposent d’outils pour analyser des institutions juridiques bizarres. Le raisonnement pourra être appliqué avec profit aux institutions actuelles. C’est aussi une mine d’or pour enseigner la pensée critique dans le supérieur ou, pourquoi pas, avec des lycéens sur la base d’exemples particulièrement bien choisis.


Tout savoir sur le RIC: un nouvel ouvrage fondé sur les preuves

RIC pour référendum d’initiative citoyenne. Ces trois lettres ont fait les gros titres des médias et se sont retrouvées au cœur des revendications populaires suite au mouvement des Gilets Jaunes qui a débuté le 17 novembre 2018. Un nouveau livre écrit à plusieurs mains par des membres, collaborateurs et amis du CORTECS, dévoile ce qui se cache derrière ces trois lettres.

Depuis qu’il est devenu l’une des revendications majeures du mouvement des Gilets Jaunes, le RIC a alimenté les fantasmes et les théories les plus farfelues. On a ainsi pu entendre que le RIC conduirait au rétablissement de la peine de mort ou que la culture politique des Francais ne les rendrait pas aptes à utiliser la démocratie directe à la manière de leurs voisins suisses.

Étrangement, alors que les recherches sur le fonctionnement du RIC dans le monde et sur ses impacts sur la vie politique et les citoyens sont nombreuses, anciennes et solides, elles restent très peu diffusées en France. Un nouveau livre co-écrit par Raul Magni-Berton et Clara Egger – et auquel Ismael Benslimane, Nelly Darbois, Albin Guillaud et Baptiste Pichot ont collaboré – propose une synthèse de ces travaux pour permettre à chacun de se faire un avis éclairé sur ce sujet.

Les lectrices et lecteurs y trouveront les informations centrales sur les principes et justifications du RIC, son histoire, ses variantes dans le monde, ses conséquences sur la politique d’un pays et sur ses citoyens. Les deux derniers chapitres sont consacrés de facon plus opérationnelle à l’instauration du RIC en France.

De la matière pour exercer son esprit critique sur des sujets politiques !

Concernant ce livre, vous pouvez consulter son prolongement pratique avec le site d’Espoir RIC.

Ressources en éthique animale

Il apparaît à de plus en plus de monde que le traitement moral que nous réservons aux autres individus sentients1 pose un grand nombre de problèmes éthiques. Si la problématique du sort des animaux en philosophie remonte au moins à Pythagore, nous pouvons voir que ces quarante dernières années, de multiples critiques ont émergé du monde académique, et constitue aujourd’hui un domaine de recherche légitime à part entière. Comme le CORTECS trouve certaines critiques et analyses non seulement pertinentes, mais parfois centrales d’un point de vue moral, vous trouverez ici un certain nombre de ressources éclairantes. Plusieurs approches et plusieurs sujets sont ici présentés, et nous espérons qu’ils aideront le lectorat curieux à assouvir sa soif sur ce sujet large et parfois complexe. Au fil de nos découvertes et des demandes nous compléterons cette liste non exhaustive.

Ouvrages philosophiques et politiques

  • Valéry Giroux, Renan Larue, Le Véganisme, Paris, PUF, Que sais-je?, 2017.
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La collection Que sais-je des Presses Universitaires de France est réputée pour ses introductions aux différents sujets qu’ils abordent. Si vous désirez vous initier au mouvement social et politique que porte le veganisme en quatre chapitres (Le carnisme2, une hégémonie facile, La philosophie des véganes, Les véganes, Vers la libération animale), cet ouvrage de Valéry Giroux, (coordonnatrice du Centre de recherche en éthique (CRÉ), professeure associée à la Faculté de droit de l’Université de Montréal) et de Renan Larue (Professeur de littérature française à l’université de Santa Barbara) vous donnera un aperçu pointu des enjeux moraux et politiques du véganisme.

  • Karine Lou Matignon (dir.), Révolutions animales: Comment les animaux sont devenus intelligents, Paris, Arte Éditions/Les Liens Qui Libèrent, 2016.
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Comme le montre cette miniature, beaucoup des grands noms de l’éthique animale ou des animal studies3 se retrouvent dans cet ouvrage conséquent. Scientifiques, philosophes ou encore historiens sont ainsi réunis dans ce recueil d’articles accessibles qui font le point sur nos connaissances actuelles sur les non-humains. Les principales thématiques développées par la question animale sont ainsi traitées: sensibilité des non-humains, cognition, émotions, culture, éthique etc. Même si tous les articles ne se valent pas, ce livre apporte une approche transdisciplinaire et représente certainement un moyen facile de s’initier à la question animale.

  • Peter Singer, La Libération animale, Paris, Payot, 2012.

La libération animale est l’ouvrage à l’origine du mouvement animaliste dit de « libération animale ». En 1975, le philosophe australien Peter Singer produit la première œuvre de défense des non-humains qui posera de manière durable et sérieuse la « question animale ».

En défendant une éthique utilitariste4, Singer dénonce l’immoralité du statut que nous donnons aux « animaux » ainsi que les injustices arbitraires que nous commettons sur la base non rationnelle de l’appartenance à l’espèce. Si Singer n’est pas le père de la notion de spécisme, c’est à travers cet ouvrage qui s’attelle à en dénoncer les traits les plus caractéristiques que la notion s’est popularisée.

Singer est non seulement le premier universitaire à consacrer des livres d’éthique sur la question animale, mais en plus de son analyse éthique de l’exploitation et de la domination humaine sur le reste des êtres sentients, il décrit précisément dans cet ouvrage la réalité de l’expérimentation animale, ou encore de l’industrie de la viande, afin de sensibiliser sur ce qu’est la réalité du sort et l’étendue des souffrances que nous réservons aux non-humains. Même si cette lecture ne donne pas beaucoup de baume au cœur de par les descriptions qu’elle retransmet, il reste un indispensable du mouvement animaliste et de sa frange utilitariste.

  • Yves Bonnardel (dir.), Thomas Lepeltier (dir.), Pierre Sigler (dir.), La Révolution Antispéciste, Paris, PUF, 2018.
La révolution antispéciste par [Lepeltier, Thomas, Bonnardel, Yves, Sigler, Pierre]

La Révolution antispéciste est un recueil d’articles publiés par les Presses Universitaires de France. Cet ouvrage est parfait pour découvrir ou approfondir le sujet de l’antispécisme, et répond aux principales critiques faites aux arguments animalistes. Le livre contient des articles classiques du mouvement antispéciste français, représenté entre autres par Yves Bonnardel, David Olivier et Pierre Sigler. Grâce à une argumentation cohérente et scientifique, vous découvrirez par exemple pourquoi les espèces n’existent pas, en quoi la notion de nature peut représenter un piège éthique, ou encore qu’est ce que la conscience, dont nous nous sommes longtemps enorgueilli d’avoir le monopole. Cet ouvrage est de plus l’un des rares où la question de la prédation est abordée, et où une position interventionniste5 est défendue.

  • Peter Singer, Questions d’éthique pratique, Paris, Bayard Éditions, 1997.

Dans cet ouvrage, Singer défend précisément sont positionnement philosophique, face aux positions plus classiques. En application de ses principes, l’auteur aborde entre autres la question de l’euthanasie, celle du spécisme, de l’avortement ou encore de l’économie.

Cet ouvrage est un classique de l’éthique contemporaine et donnera au lectorat une argumentation riche et précise sur des questions d’éthique normative et appliquée.

  • Kymlicka & Donaldson, Zoopolis. Une théorie politique des droits des animaux, Paris, Alma, 2016.
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Zoopolis est la dernière grande théorie éthique et politique produite par le mouvement animaliste. Cet ouvrage profite donc des conclusions et de la recherche des philosophes de la génération précédente. La position éthique qui y est défendue est clairement déontologique. Même si nous ne partageons pas l’ensemble des analyses présentes dans ce travail, nous ne pouvons que reconnaître l’originalité et l’aspect révolutionnaire du projet éthique et politique que porte les auteur·es.

Les premières générations de philosophes animalistes se sont consacrées à la critique de l’idéologie spéciste et aux autres problèmes éthiques que la question animale pose à nos sociétés. À l’aune des critiques déjà produites, Zoopolis envisage une société non-spéciste prenant en compte les intérêts fondamentaux des non-humains.

Pour résumer en quelques lignes le propos de l’ouvrage :

Donaldson et Kymlicka soutiennent et démontrent que nous pouvons et devons donner un statut politique aux non-humains en fonction du type de relation qu’ils nouent avec nous. Les non-humains dits « domestiques » se verraient ainsi voir accorder un statut de citoyen et jouiraient en conséquence des mêmes droits qui sont rattachés à la citoyenneté. Les non-humains « liminaires », c’est à dire les non-humains autonomes mais avec qui nous partageons un espace de vie commun et qui s’accommodent en partie de nos activités (oiseaux, rongeurs, etc.) se verraient quant à eux accorder un statut de résident. Enfin, les non-humains « sauvages », qui sont les êtres vivants qui vivent indépendamment de toute activité humaine, se verraient accorder un statut de souveraineté sur leur terre, nous empêchant d’intervenir dans leur milieu.

Tout comme La Libération animale de Singer ou Les Droits des animaux de Regan, Zoopolis est amené à être un classique de la littérature animaliste. Pour comprendre les enjeux du livre et explorer l’ensemble du projet et de la force de proposition de Zoopolis, nous vous recommandons si ce n’est la lecture du livre lui même, l’Introduction à Zoopolis par Estiva Reus qui rend compte en détails des idées développées par les auteur·es, disponible à cette adresse.

  • Tom Regan, Les droits des animaux, Paris, Hermann, 2012.
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Les droits des animaux est historiquement le deuxième ouvrage phare du mouvement animaliste. Sorti en 1983, ce livre est le premier à se consacrer et à réfléchir aux droit des animaux. Ainsi, pour Regan, l’approche de l’éthique envers les non-humains ne peut se traduire qu’à travers le droit (éthique déontologique), pour les espèces dont les capacités mentales permettent d’avoir une expérience propre de leur bien-être. Même si les délimitations que donnent Regan posent problème, cet ouvrage offre une approche alternative aux approches utilitaristes et démontre que d’un point de vu déontologique, le traitement que nous réservons aujourd’hui aux non-humains pose tout autant de problèmes.

  • H.-S. Afeissa (dir.) & J.-B Jeangène Vilmer (dir.): Philosophie animale. Différences, responsabilité et communauté. Paris, Vrin, 2015.


Ce livre regroupe des textes de Gary Francione, Peter Singer, Tom Regan, Martha Nussbaum et bien d’autres. Si tous les articles n’ont pas su retenir notre attention, certains méritent le détour.

Si comme beaucoup, vous ne comprenez pas les divergences idéologiques entre Singer (utilitarisme) et Regan (déontologisme) deux textes où les deux philosophes se répondent et confrontent leurs arguments vous seront utiles.

  • Jean-Baptiste Jeangene Vilmer, Éthique animale, Paris, PUF, 2008.
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Ouvrage introductif aux principales questions posées et soulevées par l’éthique animale contemporaine, tout en donnant un bref aperçu  historique.  Ce livre vous expliquera les notions fondamentales de l’éthique animale, tout en expliquant quelles sont les différentes positions et les différents mouvement au seins des antispécistes.

Si vous ne comprenez toujours pas pourquoi la question du traitement des autres espèces pose aujourd’hui de plus en plus question, ce livre mettra pour vous en lumière les grands points de ce débat ainsi que les problèmes moraux que soulèvent les philosophes antispécistes.

  • Charles Patterson, Un éternel Treblinka, Calmann-Levy, 2008.

Le titre de cet ouvrage vient d’une citation d’Isaac Bashevis Singer, et traduit une des idées générales du livre:  « Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. »

Dans le même ordre d’idée, on pourrait citer Théodor Adorno que Charles Pattersonne reprend dans son ouvrage :  « Auschwitz commence lorsque quelqu’un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux. »

Malgré le fait que le parallèle entre le génocide nazi et l’exploitation animale ait été fait en large partie par des victimes du nazisme, ces deux citations pourraient faire frémir n’importe quel plateau de télévision.  Ces citations témoignent de l’idée forte que défend pourtant Patterson dans son ouvrage. Il défend en effet la thèse selon laquelle l’oppression des animaux sert de modèle à toute forme d’oppression, et que les violences des humains sur d’autres humains sort des non-humains dans les abattoirs peut être mis en parallèle avec celui des humains.es dans les camps de la mort nazis.

On peut régulièrement entendre les animalistes faire des comparaisons entre la situation des non-humains et celle d’humains.es victimes d’autres systèmes de dominations (esclaves, victimes du nazisme, victimes de la domination masculine…). Les plus spécistes d’entre nous appréhendent ces comparaisons comme scandaleuses, manifestement car cela met non-humains et humains.es à égalité d’un point de vue moral et ontologique. Patterson étaye dans cet ouvrage pourquoi ces comparaisons sont pertinentes et comment des liens historiques ont bel et bien été construits entre le traitement des non-humains celui des humains.es dominés.es. Cet ouvrage est donc essentiel si malgré que vous sachiez que l’humain est un animal, vous peinez à comprendre comment certains peuvent comparer abattoirs et camps de la mort.

Ouvrages historiques

  • Eric Baratay, Et l’Homme créa l’animal, Paris, Odile Jacob, 2003.
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L’anthropologue Pascal Boyer nous avait déjà expliqué comment avait été crée « l’Homme » dans Et l’homme créa les dieux. Eric Baratay, principal historien de la question animale en France nous apprend maintenant comment « l’animal » fut crée. Et l’Homme créa l’animal est un ouvrage qui retrace la gigantesque histoire de nos rapports aux non-humains. Comment certaines espèces ont-elles été domestiquées, comment d’autres ont été fantasmées, comment et pourquoi avons nous aujourd’hui certaines « races » de chiens ou de bovins. En plus de cette histoire concrète de la manière dont nous avons en partie façonné nos rapports aux autres espèces, le livre aborde aussi l’histoire des idées et de comment philosophiquement le statut de l’animal fut justifié et inventé.

  •  Rod Preece, Sins of the Flesh, A History of Ethical Vegetarian Thought, Vancouver, UBC Press, 2008.
  • Kerry S. Walters, Lisa Portmess (ed.), Ethical Vegetarianism, From Pythagoras to Peter Singer, New York, SUNY Press.
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Ce qui frappe à la lecture d’ouvrage sur l’histoire du végéta*isme, c’est la saveur de réchauffé que peuvent avoir les arguments et réactions de nos contemporain·nes face aux arguments contre la consommation carnée. Si connaître les fondements et les premières remises en cause de l’idéologie qui plus tard sera qualifiée de « spéciste » ou « carniste » vous intéresse, ces deux ouvrages approfondirons sûrement ce sujet pour vous.

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Si Sins of the Flesh est un ouvrage Historique, Ethical Végétarism  est un recueil de textes et citations historiques sur la cause végétarienne à travers l’histoire.


  • Renan Larue, Le végétarisme et ses ennemis; Paris, PUF, 2015.

Dans la même lignée, Renan Larue nous invite dans cet ouvrage à entrevoir non seulement les raisons ayant poussé par exemple Pythagore ou encore Porphyre à refuser de se nourrir de chair, mais aussi les querelles que les végétarien·nes ont eu à travers l’histoire et les questionnements philosophiques que ces derniers ont soulevé, surtout durant l’antiquité et avec le développement du christianisme.

Dans la section « Conférences » de cet article vous trouverez une conférence de R. Larue à propos de son travail sur ce livre.

Ouvrages épistémologiques

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  • Frans De Waal, Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux?, Paris, Les Liens Qui Libèrent, 2016.

En nous comptant l’histoire de l’éthologie et de la manière avec laquelle nous avons penser les non-humains dans les sciences, le célèbre primatologue Frans De Waal fournit dans cet ouvrage de bonnes bases épistémologiques et un regard critique sur la manière dont nous cherchons et pensons l’intelligence des non-humains. Il tire ainsi un portrait réaliste de ce que peuvent être les capacités cognitives des autres êtres sentients, tout en nous montrant les pièges que notre interprétation peut nous jouer.

Pour ne prendre qu’un exemple des sujets abordés, De Waal discute par exemple du biais d’anthropomorphisme, biais aussi important en éthique animale qu’en science de la vie. Après avoir fait lui même la critique de l’anthropomorphisme et en avoir relevé quelques exemples, il défend ainsi un « anthropocentrisme critique », qui veut que face aux critiques faites aux mouvements animalistes, il est rationnel et scientifique d’avoir recours à des intuitions humaines sur certains non-humains afin de produire des idées vérifiables objectivement.

  • Maria Stamp-Dawkins, Through Our Eyes Only?: The Search for Animal Consciousness, Oxford, Oxford University Press, 1998.
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Uniquement disponible en anglais, ce livre de Maria Stamps-Dawkins, professeure d’éthologie à l’université d’Oxford, et directrice de l’Animal Behaviour Research Group adopte une posture critique sur la conscience animale en réfutant toutes preuves qui ne soient pas solides pour affirmer la conscience des non-humains, dans le but de tenir la position la plus solide pour étayer le fait que cette conscience existe et mérite une prise en compte morale.

  • Vinciane Despret, Penser comme un rat, Versailles, Quae, 2009.
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Ce livre de la philosophe des sciences belge Vinciane Despret, laisse entrevoir la complexité de l’étude du comportement des non-humains, non seulement par la difficulté méthodologique qu’une telle recherche demande, mais aussi par la complexité même des comportements des non-humains. Nous connaissons tout un tas de biais à éviter dans les études de psychologie sociale ou cognitive, le premier étant que la plupart du temps les sujets savent qu’ils et elles sont testés. Ce que nous montre Vinciane Despret dans ce court ouvrage est que les études en éthologie souffrent le plus souvent de biais similaires et d’autres propres à la discipline. L’hypothèse majeur que tente de nous faire comprendre ce livre est que les individus testés lors des études contrôlées en éthologie ne « réagissent pas d’instinct », mais interprètent ce qui leur est demandé et répondent avec un point de vue propre sur la situation.

Films et documentaires

  • Série documentaire Animaux trop Humains

Cette série documentaire met à mal un certain nombre de capacités que nous avons longtemps pensé comme étant le « propre de l’homme ». Si on peut y retrouver de grands noms de l’ethnologie comme Franz De Waal ou encore Marc Bekoff, on peut aussi y retrouver quelques anthropomorphismes ou raccourcis sémantiques et scientifiques assez classiques dans les documentaires animaliers. On pourrait aussi regretter le manque de perspective évolutionniste aux comportements décrits, et qui permettent à certains de dire par exemple que l’épisode sur les comportements sexuels appelé à tord « Homosexualité Animale » remet en cause la théorie darwinienne. En plus de documenter un grand nombre de comportements d’individus non-humains divers et variés, ces documentaires fragilisent les barrières que nous avons longtemps établies entre les humains et le reste des animaux.

Les Émotions animales

Homosexualité Animale

L’Adoption Animale

Entraide Animale

L’Animal et l’Outil

  • Earthlings
Earthlings

Divisé en plusieurs chapitres tournés vers les principales dominations et exploitations dont les non-humains sont les victimes (1 – Animaux domestiques; 2
– Nourriture; 3 – Vêtements; 4 – Divertissement; 5- Science), ce documentaire montre, à l’aide de documents vidéos parfois difficiles de par la violence qu’ils traduisent, la réalité et l’étendue de l’exploitation animale. En plus d’avoir reçu plusieurs prix, Earthlings est considéré par beaucoup d’animalistes qui ont eu le courage de le regarder comme étant un documentaire majeur et que tout le monde devrait voir.

  • La Boucherie Éthique. Les Parasites. 2017.

Film prenant la forme d’un documentaire fictif disponible gratuitement sur Youtube. Afin de profiter pleinement du message que tente de donner le collectif Les Parasites dans leur film, il semble bon d’avoir de bonnes bases sur le mouvement et la critique philosophique qu’a développé la philosophie animaliste. Comme en témoigne la réception de ce film par certains qui n’ont pas compris que ce documentaire est fictif, et qui ont par exemple demandé où trouver la « viande éthique » faisant l’objet du documentaire (ou  encore d’autres questions à propos de la fin du film qui ne pourraient être ici discutées sans dévoiler l’intérêt principal du film), il semble important de comprendre que ce documentaire est fait par des personnes se revendiquant ouvertement végétariennes et qui de fait sont habituées à certains arguments, un certain discours de la part des médias, et qui jouent de ces arguments, codes et discours pour produire un film décalé au ton absurde et qui expose de manière excellente certaines hypocrisies et paradoxes du système carniste.

Le message que nous retenons de ce film et qui semble être celui que le collectif semble aussi défendre est que la « viande éthique » que tente de nous vendre aujourd’hui les industriels ayant compris que l’exploitation animale pose problème, n’existe pas. Il faudra attendre la fin du film pour le comprendre, mais c’est aussi de repenser nos rapports de dominations aux individus et particulièrement aux non-humains que propose l’équipe Les Parasites.

Sites internets

Site de la revue crée en 1991 et qui met quasiment l’ensemble de ses articles gratuitement à disposition. Même si la revue a une direction philosophique assez marquée, l’équipe éditoriale publie des articles de différents horizons et de différentes approches  qui nourrissent le débat antispéciste depuis plus de 27 ans. La revue a ainsi mis particulièrement l’accent sur la remise en cause de l’idéologie naturaliste qui voit un ordre moral dans la nature, et sur les conséquences profondes de la pensée antispéciste.

Site disponible en plusieurs langues et qui présente clairement les différents points principaux ainsi que les différents mouvements de l’éthique animale contemporaine.

Site de l’association L214, qui en plus de présenter et suivre leurs actions et reportages sur la condition des « animaux de rentes », permet aussi de détailler les connaissances scientifiques sur les capacités des non-humains les plus touchés par l’exploitation. Le site met aussi à disposition du matériel pédagogique ou militant.

The Vegan Srategiste est un site majoritairement en anglais comportant des ressources diverses sur les meilleures stratégies de communication à propos de la philosophie animaliste.

Blog sur lequel on peut retrouver des articles de réflexion non seulement sur le militantisme et la philosophie animaliste, mais aussi sur d’autres questions progressistes comme le polyamour ou autre relation non propriétaires.

Blog BD qui explique de manière souvent excellente et pédagogique  la pensée animaliste tout en pointant avec humour certaines des incohérences de la pensée carniste et spéciste. Si vous souhaitez soutenir Insolente Veggie (Rosa B) et pouvoir lire ou offrir ses BD, vous  pourrez les trouver dans la  librairie la plus proche de chez vous.

Revue contre le spécisme, L’Amorce est le récent projet commun  de grands noms de l’antispécisme francophone. Ce site engagé sur le plan politique et théorique contre le spécisme vise à proposer des articles de réflexions, d’analyses ou de récessions dans le but de fournir des munitions contre le spécisme.

Balados

  •  France Culture, La Méthode scientifique: A la recherche des émotions animales. Disponible ici.

Marie-Claude Bomsel, docteure vétérinaire, Georges Chapouthier, neurobiologiste et philosophe et Astrid Guillaume, sémioticienne expliquent les différents états émotionnels que l’on connaît chez les non-humains, et de certaines répercussions morales qui peuvent en découler.

  •  France Culture, La Méthode scientifique: Inné, acquis : où est passé l’instinct ?  Disponible Ici.

Nicolas Martin questionne à l’aide de Anne-Sophie Darmaillacq, maître de conférences en biologie du comportement à l’université de Caen, chercheuse au sein de l’UMP « Ethologie animale et humaine », et le biologiste Gilles Bœuf les concepts d’instinct, d’inné et d’acquis au vu de nos connaissances actuelles en éthologie et sciences cognitives.

  • France Culture, Du grain à moudre: Faut-il renvoyer le monde animal à l’état sauvage? Disponible ici

Malgré les contraintes de temps de parole assez réduite que le format de l’émission exige, Valéry Giroux répond avec mérite aux deux autres invités, dont les arguments peuvent vous servir à tester vos connaissances sur l’antispécisme et à repérer les arguments fallacieux des autres intervenants.

Conférences et autres formats vidéos

Ci-dessous vous trouverez une série de conférences toutes plus intéressantes les unes que les autres. La conférence de Francois Jaquet donne les bases sur la notion de spécisme tout en questionnant sa signification. La conférence de Yves Bonnardel traite plus particulièrement de l’actualité et des enjeux de la lutte contre le spécisme, alors que la conférence de Thomas Lepeltier apporte des arguments rigoureux et rationnels sur la question de l’éthique de la prédation, qui sauront remettre en question des positions pourtant confortables que nous avons majoritairement tous sur ces questions.

  • Francois Jaquet : Introduction au spécisme.
  • Yves Bonnardel : Lutte contre le spécisme: actualités et enjeux.
  • Thomas Lepeltier : Faut-il sauver la gazelle du lion ?
  • David Olivier : « Spécisme »: l’importance des fondamentaux.
  • Yves Bonnardel : Pourquoi et comment combattre le spécisme.
Conférence d’Yves Bonnardel sur la philosophie animaliste et la critique du spécisme.
  • Interview de Peter Singer par Richard Dawkins
R. Dawkins questionne et expose la philosophie morale de Peter Singer.
  • Renan Larue, Le végétarisme et ses ennemis: 25 siècles de débats.
Conférence de R. Larue où ce dernier présente un historique des différents affrontements argumentaires et philosophiques que les différents mouvements végétariens ont suscité à travers l’histoire.
  • Conférence de Brock Bastian sur la psychologie du spécisme (en anglais).
Dans cette courte intervention, le psychologue social Brock Bastian, explique certains des phénomènes psychologiques observés en laboratoire et qui vont de paire avec l’idéologie spéciste. Le fait est que l’écrasante majorité de la population admet que faire souffrir les non-humains est immoral. De la même manière, nous donnons à tord une importance morale et des capacités plus importantes à nos animaux de compagnie comparé aux animaux destinés à remplir nos assiettes. Ce que nous montre B. Bastian est que nous résolvons ces contradictions et dissonances cognitives en parti en réduisant les capacités cognitives et la valeur morale des individus que nous consommons afin de maintenir les paradoxes qui régissent nos modes de vie.
  • David Olivier: La souffrance des animaux sauvages, Estivales de la question animale, 2015.
En complément de la conférence de Thomas Lepeltier sur l’éthique de la prédation, David Olivier critique ici la vision biaisée et pourtant majoritairement défendue d’une « Nature » essentiellement bonne. En plus de décrire la souffrance des non-humains dits « sauvages », cette conférence, avance des arguments éthiques et pragmatiques encore trop peu présents dans le mouvement animaliste et n’hésite pas à défendre des positions philosophiques radicales que nous trouvons pertinentes.
  • David Olivier: Les humains sont aussi des animaux – JMFS 2016
Ici encore, David Olivier, qui semble aimer mettre le doigt aux endroits douloureux, critique  une posture souvent défendue par les défenseurs des animaux qui ont parfois une certaine tendance à faire ce qu’il nomme un « spécisme inversé », et à retirer à l’Humain toute considération morale au profit des non-humains.
  • Chaîne Youtube Cervelle d’oiseau.

Cette chaîne Youtube, comme les documentaires animaliers, ne parle pas à proprement parler d’éthique animale, mais comme des études tendent à montrer que plus nous connaissons une espèce et les capacités des individus.es qui la compose, plus notre empathie augmente envers les intéressés nous relayons aussi le travail de qualité que propose Sébastien Moro sur sa chaîne Cervelle d’oiseau. Malgré que ça ne soit pas son métier, M. Moro semble avoir la faculté de pouvoir lire un nombre d’études impressionnant qu’il vulgarise avec brio. Comme de plus il traite des individus les plus touchés par l’exploitation animale, cela nous motive à partager ces vidéos qui mériteraient plus d’audience.

“Les paupières des poissons” : l’éthologie sous-marine en ...

Nous vous mettons les liens de deux de ses vidéos mais n’hésitez pas à faire le tour de sa chaîne. En collaboration avec Fanny Vaucher, Sébastien Moro vient en plus de publier aux éditions La Plage, Les Paupières des poissons, une BD qui vous expliquera la vie de nos cousins aquatiques avec humour tout en étant scientifiquement rigoureux.

Le processus bolivarien au bord du gouffre : conférence Ami·es Monde Diplomatique / CorteX / France-Amérique Latine sur le Vénézuela

Cette conférence a été organisée le 24 octobre 2017 par les Ami·es du Monde Diplomatique – campus Grenoble, avec le concours du collectif CORTECS et de l’association France-Amérique Latine. Franck Gaudichaud est maître de conférence en civilisation latino-américaine à l’Université Grenoble-Alpes. Renaud Lambert est quant à lui rédacteur en chef adjoint au Monde Diplomatique. Merci à l’équipe du service audiovisuel pour la capture, le montage et la bonne humeur.

1ère partie, par Franck Gaudicheau

2ème partie, par Renaud Lambert.