Enseignement Scientifique et Esprit Critique : comment s'y prendre ?

En mai 2018 paraissait une « Note d’analyses et de propositions sur les programmes du lycée et sur les épreuves du baccalauréat« , publiée par le Conseil Supérieur des Programmes. On y trouvait, entre autre, la description d’un nouvel enseignement : l’enseignement scientifique. Celui-ci sera présent dès la rentrée 2019 dans les emplois du temps de tous les élèves de Première des lycées généraux et technologiques (puis de Terminale à la rentrée en 2020), dans le tronc commun, c’est-à-dire qu’il sera obligatoire.

Dans ce document, on trouvait les orientations que devait prendre un tel enseignement. Et en y regardant de plus près, quelques phrases et mots clés nous ont rappelé une thématique que nous connaissons bien au Cortecs, extraits choisis : « […] cet enseignement permettra à tous les élèves des classes de première et terminale de se familiariser avec les raisonnements et les démarches caractéristiques de la science telle qu’elle s’est développée depuis l’époque moderne et d’identifier les principales étapes de la construction, du développement et de l’évolution des théories scientifiques. » […], il s’agira d’aiguiser le jugement des élèves pour qu’ils puissent, en toute autonomie de pensée, distinguer ce qui relève du savoir et ce qui appartient au registre du préjugé. La dimension rationnelle des savoirs et des méthodes scientifiques constituera, en effet, le fil continu de cet enseignement […] ».
Aussi, nos collègues Delphine Laugier et Denis Caroti, bien aidés par Sabrina Ben Brahim (tous les trois formateurs·trices sur la thématique Esprit critique et Sciences et enseignant·e·s de physique-chimie) se sont pris au jeu et ont élaboré un document présentant une organisation possible de cet enseignement, le découpant en thématiques et séquences pédagogiques. Ce document a été remis en juin 2018 au groupe d’élaboration d’un projet de programme en charge de l’enseignement scientifique, et il est téléchargeable ci-dessous. Bien entendu ce document n’est ni exhaustif, ni définitif, et reste modifiable en fonction des retours et autres améliorations que nos collègues y porteront. Il est surtout diffusable et partageable.
A télécharger : Enseignement scientifique et esprit critique

De l'autodéfense intellectuelle dans l'Actualité Chimique

Denis Caroti a pris sous son aisselle duveteuse Albin Guillaud et Richard Monvoisin pour aller écrire dans la revue l’Actualité Chimique. Qu’est-ce que l’Actualité Chimique ? La seule revue généraliste française de chimie dite « de haut niveau », éditée par la Société Chimique de France. De quoi parlent-ils ? D’un plaidoyer pour l’autodéfense intellectuelle au cœur de l’enseignement des sciences. C’est dans le numéro de septembre 2017. En voici le résumé.

Résumé

Plaidoyer pour l’autodéfense intellectuelle au cœur de l’enseignement des sciences

Enseigner la pensée critique est nécessaire aussi bien pour distinguer les contenus scientifiques des contenus pseudoscientifiques, critiquer les médias, qu’évaluer les thérapies efficaces, déceler les mensonges à but commercial ou politique, ou  prévenir l’intrusion des idéologies en science, comme dans le cas du créationnisme. Cet apprentissage procure les moyens de se défendre intellectuellement face aux idées reçues, préjugés et arguments fallacieux, avec des outils simples, tirés de différents champs disciplinaires et partageant un socle commun fondé sur la démarche scientifique. Développer l’esprit critique prend alors tout son sens, non seulement dans le milieu éducatif, mais également dans la vie de tout citoyen qui, soumis à des flots incessants d’informations, devrait être en mesure de faire ses choix en connaissance de cause. Un exemple pédagogique concernant l’utilisation abusive de mots fortement connotés,  nommé « effet impact », est présenté pour illustrer cette démarche.

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Plea for intellectual self-defense at the heart of the science teaching

Face to an endlessly information stream, teaching critical thinking is of primary importance in order to allow people to distinguish scientific from pseudoscientific contents, to evaluate health informations, to detectcommercial or political lies, or to prevent ideological intrusions into science as for creationism. It is a truly learning of an intellectual self-defense, built by the mean of simple tools drawn from different fields, but sharing a common foundation based on the scientific approach of the world. Developing critical thinking is not only relevant in an educational context, but also for the citizenship practice. Indeed, everybody should be able to make informed private and political choices without falling in the classical intellectual traps. In this paper, an example of critical thinking pedagogy is given by using the topic of the highly connoted words we named “impact-effect words”.

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Grande braderie de l'autodéfense intellectuelle

Les attentats qui ont agité la France et la médiatisation qui s’en est suivie ont crée un processus assez étonnant dont nous sommes un peu les victimes collatérales. La sphère intellectuelle médiatique et enseignante semble avoir trouvé son gadget : l’esprit critique. L’esprit critique redresse les délinquant.es, l’esprit critique ramène dans le droit chemin les complotistes, l’esprit critique calme les djihadistes, bientôt l’esprit critique redressera les sexes tordus et récurera même le linge. Il faut en mettre partout, même dans BFMTV ou dans Le Point, organes pourtant connus pour leur entreprise de décervelage des masses. Et nous dans tout ça ? [Mise à jour du 22 février : réaction de quelques penseurs/se critiques francophones et notre réponse.]

Les attentats qui ont agité la France et la médiatisation qui s’en est suivie ont crée un processus assez étonnant dont nous sommes un peu les victimes collatérales. La sphère intellectuelle médiatique et enseignante semble avoir trouvé son gadget : l’esprit critique. L’esprit critique redresse les délinquant.es, l’esprit critique ramène dans le droit chemin les complotistes, l’esprit critique calme les djihadistes, bientôt l’esprit critique redressera les sexes tordus et récurera même le linge. Il faut en mettre partout, même dans BFMTV ou dans Le Point, organes pourtant connus pour leur entreprise de décervelage des masses. Et nous dans tout ça ? [Mise à jour du 22 février : réaction de quelques penseurs/se critiques francophones et notre réponse.]

Notre point de vue

Notre point de vue est résumable en un point : l’esprit critique est en train d’être bradé. De trois façons différentes : médiatisation, appauvrissement et dépolitisation.

La médiatisation d’abord : si on enseigne l’autodéfense intellectuelle, on enseigne la critique des médias. Or les travaux bourdieusiens, parmi d’autres, illustrent le fait que le cadre télévisuel en particulier ne permet généralement pas de développer une argumentation complète et rigoureuse, et fait le jeu des slogans et des thèses simples. Donc un.e spécialiste devrait toujours se demander : est-il justifié que je parle dans telle ou telle émission ? Au prix de quelle déformation de mon propos, de quelle mise en scène scénaristique ? Car si nous acceptons de parler dans un média qui bourre le mou de son lecteur ou de son spectateur depuis des années, nous lui donnons une caution évidente, dont il saura se targuer quand des critiques fuseront. Si nous acceptons de ne parler qu’en borborygmes, en quolibet, de ne débattre qu’en se soumettant aux codes violents de la coupure de parole et du horion, que restera-t-il de constructif dans l’explosion de divertissement ? Si nous acceptions de parler dans Le Point, alors que nous faisons des cours critiques basés sur le décorticage des scénaristiques conservatrices, des mensonges chiffrés, des généralisations abusives, voire des fraudes (voir affaire Bintou) sur le même journal, quelle serait la cohérence ? Un.e penseur/se critique qui fait des piges dans des médias corrodés leur sert de danseuse, pour reprendre cette expression un tantinet sexiste. Mais il semble que cela ne leur pose pas trop de problème moral, ou que s’ils/elles en vivent un, les bouffées médiatiques régulières dont leur visage est baigné le leur font vite oublier. En effet, en vertu de l’effet Matthieu, « on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a » c’est-à-dire que plus ils/elles sont invité.es dans les médias, plus ils/elles sont invité.es dans les médias. Mais rappelons ces deux règles classiques : d’abord, si les médias les invitent, c’est qu’ils/elles ne sont pas trop critique pour eux. Ensuite, les médias se serviront d’eux/elles, les feront parler de tout et son contraire, feront d’eux/elles des fast thinker, et les jetteront lorsque la mode sera passée.

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Logo du site gouvernemental visant à lutter contre les « théories du complot » depuis 2016, en enseignant l’esprit critique

L’appauvrissement : les médias ne sciant pas leur branche, il ne faut pas s’attendre à de la pensée critique très élaborée de la part de ces sortes de « chiens de garde » de l’esprit critique. Foin de la critique des institutions, du système (éducatif, carcéral, etc.). Un exemple ? Nous avons entendu plein de gens « spécialistes » de l’esprit critique se congratuler à l’idée de faire des interventions en prison pour « guérir » les jeunes détenus du complotisme – l’un de nous a même rencontré une fonctionnaire pénitentiaire qui lui a dit récemment « moi je m’en fous, je me tire bientôt, il y a un créneau dans la déradicalisation, j’y connais rien mais on verra bien ». Mais nous n’avons entendu aucun de ces penseur/ses médiatiques « spontané.es » capables d’évoquer les critiques mettant en cause la capacité du système carcéral à endiguer le problème qu’il est censé traiter. Surtout, ne pas toucher aux médias dominants et ne pas toucher à la prison. En gros, ne toucher à rien.

Ce qui amène à la dépolitisation. La pensée critique est censée permettre de plein de façons différentes une seule chose : élargir le champ des possibles pour un individu. En lui expliquant les biais de son cerveau, les représentations sociales non conscientes, etc., on lui donne des leviers sur sa vie, intime et publique. Mais les « chiens de garde » de la pensée critique font le focus sur les biais cognitifs et rient de complotismes naïfs, sans jamais aborder les problèmes de fond comme « À quelle politique post-coloniale doit-on ces poches de descendants d’immigrés qui font le choix de la violence politique ? » ; ou encore « quand dans un programme scolaire est-il abordé le fait que des grandes puissances s’arrogent le droit de bombarder, de nos jours, des peuples civils ? » ou bien « quand, en éducation morale, aborde-t-on la question du nombre de conflits dans lesquelles la France est impliquée, et son statut officiel de 2e vendeur d’armes au monde en 2016 ? » Et quand discutera-t-on avec les élèves du statut du savoir, qu’il est des choses qu’il faut connaître avant d’arriver dans la vie adulte et que l’école est là pour ça, alors que pour eux, le plus souvent, l’école est une corvée, non négociée, non négociable, coercitive, infantilisante et élitiste ?

Nous ne nous reconnaissons pas dans cette autodéfense aseptisée, dans cet esprit critique circonscrit. Un peu comme certain.es rationalistes, prompts à s’acharner sur la mémoire de l’eau, les granules et les croyances du quidam qui passe, mais qui ne présentent pas la même heuristique de doute lorsqu’il s’agit de critiquer leurs propres système de croyances, ainsi que de questionner rationnellement la moralité des comportements qui en résultent. Nous n’avons pas envie de laisser l’autodéfense intellectuelle chomskienne bradée à des petites carrières de pédagogues à la mode, sans aucun mordant, sans aucune velléité de réformer ou modifier un tant soit peu les barreaux de la cage, qui conspuent l’anti-darwinisme chez les élèves musulmans, mais ne raillent pas l’iniquité du contrat didactique tissé à l’école, ni la reproduction des classes sociales que celle-ci proroge, et encore moins l’imposture de certains médias qui font appel à elles/eux, ni le détournement du problème politique soulevé par les « djihadistes » en pur problème cognitivo-mental.

Le CorteX

Des camarades sceptiques nous répondent

Quelques camarades sceptiques nous ont fait le plaisir de réagir à ce texte, et nous les en remercions. Ils nous ont autorisé à reproduire le courrier du 29 janvier 2017 contenant leurs remarques, et à rendre publics nos échanges ultérieurs éventuels. Puisse tout ceci te permettre, ami.e lecteur.rice, de te faire une opinion éclairée de divers points de vue. :

lire leur réaction

Cher CORTECS,

Votre article sur la grande braderie de « l’autodéfense intellectuelle » a heurté plusieurs acteurs des réseaux de l’esprit critique. Nous vous savons ouverts aux critiques, c’est pourquoi nous vous écrivons. Le but n’est pas de se lancer dans un débat, mais de vous fournir nos impressions pour que vous jugiez des suites à donner à votre publication.

Tout d’abord, le ciblage de cet article nous semble problématique, puisque nous avons été plusieurs à ne pas savoir qui était concerné par les accusations qu’il contient : la “cible” réelle n’est apparue aux lecteurs “éclairés” que nous croyons être qu’aux termes de longs échanges, et surtout d’un “décodage” sollicité auprès de Richard Monvoisin par Jérémy Royaux.

Le ton général du texte s’éloigne de la qualité habituelle des contributions du Cortecs par son ton moqueur, ton qui peut parfois même être perçu comme agressif par certains.

Le ressenti spontané de nombreux lecteurs a été celui d’un mépris de votre part envers les initiatives tournées vers les médias populaires. Nous respectons bien évidemment les choix du CORTECS d’agir en dehors de ces médias et de trouver des manières alternatives de transmettre l’esprit critique. Nous sommes néanmoins préoccupés par l’image que votre billet donne, volontairement ou involontairement, de ne pas respecter les autres choix. En effet, l’alternative est féconde, et nous pensons de notre côté qu’il faut encourager la diffusion des outils de la pensée critique, y compris auprès des médias qui font partie du problème. Sans complaisance, mais sans sembler condamner d’emblée les efforts de ceux qui s’impliquent sur ce terrain. Nous sommes beaucoup à avoir conclu, après de longs échanges, que telle n’était pas votre intention… mais ceci n’a semblé évident à personne. Nous comprenons que votre approche du scepticisme soit politisée, et nous respectons votre choix en la matière, mais nous pensons que vous devriez aussi respecter les autres démarches. Depuis l’origine du mouvement sceptique, certains ont principalement étudié le paranormal (Houdini par ex.), d’autres critiqués la religion (comme Richard Dawkins), d’autres encore se sont investis dans les débats politiques (à la Chomsky). Il n’y a pas là un bon choix versus des mauvais choix, uniquement des manières différentes de pratiquer la zététique.

Parallèlement à ces considérations de forme, qui ont nuit à l’intelligibilité des intentions, des débats sur le fond ont émergé. Cette seconde partie de notre lettre portera sur ces questionnements.

Tel que beaucoup ont pu comprendre (et ont compris) votre article, vous semblez rejeter toute participation sceptique aux médias que nous critiquons, en raison d’une supposée validation de ces médias que provoquerait la présence des sceptiques sur leurs ondes. (La présence de Mendax sur Meta TV vaut-elle validation de ce média par la Tronche en Biais ?) Si la question peut être posée, on ne peut y répondre aussi rapidement et encore moins avec une posture aussi marquée.

Cet argument nous paraît peu étayé. Les médias ne sont pas univoques, et des auteurs d’un même journal peuvent donner différents sons de cloche. On peut certes craindre un effet de halo, mais la remise en cause de la fiabilité des médias n’en est pas moins rendue visible par les productions critiques alors publiées. Savoir quel effet prédomine n’est pas clair.

Soulignons de plus que l’intrusion de l’esprit critique dans ces médias grand public (qui nous posent problème par ailleurs) permet de toucher une cible importante, souvent inaccessible autrement : le “grand public”, première victime des dérives de ces médias. Cette cible n’a pas forcément accès aux supports qui remettent en question la légitimité des discours diffusés, et peut ignorer jusqu’à l’existence même d’entités proposant une critique constructive des médias. N’oublions pas qu’il y a peu de temps encore les divers réseaux de l’esprit critique demeuraient relativement confidentiels. L’engouement actuel (par milliers) sur les réseaux du scepticisme est le résultat d’une forme de présence médiatique que nous jugeons bénéfique. Et cet engouement en lui-même nous semble tout à fait souhaitable.

Tel que d’autres lecteurs sont parvenus à le comprendre, votre texte est une récrimination à l’égard de figures médiatisées de façon récurrentes, et qui présenteraient une vision abâtardie, simplifiée, étriquée, de l’esprit critique. Cet esprit critique édulcoré, qui ne peut critiquer les médias car étant DANS les médias, pose très probablement problème. Mais votre texte ne semble offrir qu’une réaction possible : la déception, teintée d’une certaine hargne (ressentie sinon exprimée). Le texte ne semblant pas proposer d’alternative, nous nous demandons encore une fois : quel est son but ?

Enfin l’aspect politique est central dans ce texte et dans la démarche du CORTECS, mais il reste à prouver que cela doive être le cas du scepticisme en général. On pourrait arguer que la zététique en tant que didactique des sciences a pour noyau l’analyse du paranormal ou des pseudosciences. Cette discipline permet une évolution des représentations du champ social vers plus de rationalisme sans que tous les sceptiques se préoccupent forcément de cet objectif. Dans cette optique l’incursion d’un discours politique peut être jugée problématique car potentiellement contre-productive dans la diffusion de l’esprit critique vers des populations rétives à une approche politisée. Pourtant aucun d’entre nous n’imagine une seconde contester à quiconque la légitimité de porter ce combat. Nous sommes plus circonspects, encore une fois, quand votre collectif, figure importante et respectée, semble décréter que sa ligne est en quelque sorte « l’authentique scepticisme» et que les autres sont « aseptisés ».

Oui, en somme, et comme l’a confirmé la nécessité des éclaircissements transmis par Richard Monvoisin à Jérémy Royaux, aucun de nous n’a compris le but (ou les buts ?) de cet article. Nous craignons de ne pas être les seuls.

Et c’est bien cette crainte qui nous pousse à vous écrire aujourd’hui. Il est nécessaire que les sceptiques se critiquent. Ils doivent néanmoins s’assurer que leur critique est claire, et ne prête pas à des interprétations abusives. Les “sceptiques du scepticisme”, que beaucoup d’entre nous devons subir dans nos réseaux, vont très certainement instrumentaliser ce texte sans nuance pour nous jeter du “chien de garde du système” avec une délectation accrue par la possibilité de citer le CORTECS à l’appui de telles accusations. Il serait regrettable de ne pas tenir compte des écosystèmes dans lesquels d’autres que vous travaillent, et qui représentent leurs propres défis.

Votre intention n’était peut-être pas, nous en convenons, de critiquer les sceptiques qui ont une approche moins politisée que la vôtre, mais plutôt de cibler quelques figures médiatiques. Néanmoins vous savez aussi bien que nous qu’un article n’est pas qu’une affaire d’intention, mais également d’intelligibilité et de perception. Or cet article nous semble loin d’être transparent aux yeux des éventuels lecteurs potentiels.

Signatures : Jean-Michel Abrassart, Ariane Beldi, Sylvain Bissel des Chroniques Zététiques, Bunker D, Marc Doridant, Thomas Durand, Nichoax Pocus, Jérémy Royaux, Vled Tapas

Le pacte cérébelleux, réponse aux camarades

Nous avons pris bonne note, réfléchi, discuté, et co-écrit une réponse collégiale, postée le 19 février 2017 avec l’espoir qu’elle augure maintes réflexions critiques dans les chaumières – et nous gratifie d’autres courriers, d’accord avec nous ou non. Puisse tout ceci te permettre, ami.e lecteur.rice, d’usiner ta réflexion déjà bien aiguisée (méfie-toi, cette dernière phrase est une technique de flatterie). :

lire notre réponse

Bonjour à vous, consortium d’acteurs et d’actrices de l’esprit critique.

Merci de vos retours et de vos questionnements. Nous avons pris le temps pour répondre car notre collectif a pour fâcheuse habitude de travailler par consensus. Par conséquent, nous avons bossé à plus de 20 mains. C’est plus que Blanche-Neige, qui elle bossait seulement avec 7.

Nous ne voyons pas où serait le problème, comme vous dites, de se « lancer dans un débat », bien au contraire, surtout s’il est rationnel. Nous ne sommes par contre pas sûr.es de voir en quoi le fait de ne pas mentionner une cible réelle serait problématique en soi : ce que nous critiquons, c’est une certaine posture, une disposition vis-à-vis de la diffusion de l’esprit critique. Viser telle ou telle personne raterait doublement l’objectif : d’une part, cela confinerait à de l’ad hominem 1, or ce ne sont pas les personnes qui nous préoccupent, mais les comportements ; et d’autre part ces comportements ayant de réelles conséquences dans la vie publique et politique, il nous semble judicieux que toute la « communauté » sceptique, zététique, rationaliste, matérialiste, bright, peu importe l’épithète, s’empare de ces préoccupations. Nos critiques sont vectorielles, si vous nous passez l’expression, car étant toutes et tous à des implications diverses et au moyen de supports différents, elles visent un effet de direction. Pointer des gens en particulier, c’est possible – certains d’entre vous l’ont fait copieusement à propos d’Idriss Aberkane (épisode 362 du podcast Scepticisme scientifique, ou menace-théoriste en octobre 2016), ou dans un temps plus ancien sur Pierre Lagrange par exemple – mais malgré la justesse de ces critiques, cela nous a souvent laissé une impression de s’en prendre à la culotte du zouave, et non au colonialisme.

Vous avez été « heurté.es », et déplorez un « ton moqueur », « pouvant être perçu comme agressif ».

Nous ne savons pas trop quoi faire avec ça. C’est plutôt paradoxal parce que les affects n’auraient dû justement s’ébouriffer que si nous avions ciblé des individus, ce que volontairement nous n’avons pas fait. Loin de nous toutefois l’intention de développer des ressentis de ce genre, mais, que le lecteur en palpe le caractère corrosif, et le prenne de plein fouet, oui, c’était notre but.

Il faut dire que l’enjeu est de taille. L’un.e d’entre vous a par exemple cité le passage suivant :

« […] des petites carrières de pédagogues à la mode, sans aucun mordant, sans aucune velléité de réformer ou modifier un tant soit peu les barreaux de la cage, qui conspuent l’anti-darwinisme chez les élèves musulmans, mais ne raillent pas l’iniquité du contrat didactique tissé à l’école, ni la reproduction des classes sociales que celle-ci proroge, et encore moins l’imposture de certains médias qui font appel à elles/eux, ni le détournement du problème politique soulevé par les « djihadistes » en pur problème cognitivo-mental. »

N’oubliez pas que ce passage est précédé de « Nous n’avons pas envie de laisser l’autodéfense intellectuelle [ADI] à » ces types de carrières. Il s’agit donc d’un souhait qui ne nous semble pas déraisonnable, et que vous partagez probablement : nous avons du mal à imaginer quelqu’un.e qui souhaiterait que l’ADI soit bradée à des petites carrières de pédagogue à la mode, etc.

Au sujet du ton peu orthodoxe de cet article, il est spécifié dans sa catégorisation qu’il s’agit pas d’un matériel didactique, mais d’un article d’opinion. Ce n’est d’ailleurs pas le premier. Il ne faut donc pas s’attendre à un « standard scientifique » – à moins que l’on y décèle la présence d’assertions fausses (le cas échéant, merci de nous le signaler).

Puisqu’il faut rentrer dans le détail de votre courrier, faisons-le précisément si le mode par incises ne vous gêne pas. Nous en profiterons pour aborder les trois ou quatre points-clés de la discussion.

Vous écrivez :

« Le ressenti spontané de nombreux lecteurs a été celui d’un mépris de votre part envers les initiatives tournées vers les médias populaires. »

Un sentiment étant subjectif, il nous sera difficile d’argumenter dessus. Vous serez d’accord qu’invoquer « de nombreux lecteurs », sans chiffres, fasse un peu flop. Et quand bien même ces lecteurs seraient légion, l’ad populum ne serait pas loin.

Quant aux deux seuls médias explicitement cités, il s’agit de BFMTV et Le Point. Pourvu que ça ne résume pas ce que vous appelez des médias « populaires », terme pour le moins impropre. BFMTV est une filiale du groupe NextRadioTV, elle-même possédée par le groupe News participation dont l’actionnaire principal est André Weill, une des plus grandes fortunes de France. Le Point est une filiale du groupe Sebdo Le Point, elle-même possédée par le groupe Artemis dont l’actionnaire principal est François Pinault, une autre des plus grandes fortunes de France (voir cette infographie). On fait plus « populaire » ! Ce sont des médias qui sont des rouages de propagande bien connus, décrits comme tels depuis longtemps, et coutumiers de toute la panoplie des biais que vous et nous critiquons et d’un certain nombre d’arrangements avec la réalité, confinant parfois à la fraude (voir l’affaire Décugis en 2010, par exemple).

Donc nous ne citons pas de médias « populaires », par conséquent il ne risque pas d’y avoir de « mépris » envers eux dans notre texte.

Peut-être entendez-vous « populaire » au sens de « beaucoup lus ou vus » ? Pas de « mépris » a priori non plus envers ce type de média, ou envers leur lectorat ! Bon, il y a bien deux bémols : pour les presses quotidiennes régionales, qui nous fournissent tant de matériel critique sans le vouloir qu’on a du mal à les prendre au sérieux ; et pour les presses gratuites qui ne sont plus vraiment des presses, mais des publicités.

Répétons-nous si besoin : nous remettons en question le fait de se tourner spontanément et sans hésitation vers ce type de média pour diffuser l’esprit critique. Pas de mépris, donc, mais des doutes rationnels, qui ne semblent pas être vôtres.

Vous dîtes :

« Nous respectons bien évidemment les choix du CORTECS d’agir en dehors de ces médias et de trouver des manières alternatives de transmettre l’esprit critique. Nous sommes néanmoins préoccupés par l’image que votre billet donne, volontairement ou involontairement, de ne pas respecter les autres choix.

En effet, l’alternative est féconde, et nous pensons de notre côté qu’il faut encourager la diffusion des outils de la pensée critique, y compris auprès des médias qui font partie du problème. »

L’alternative est féconde quand il s’agit d’imaginer plusieurs hypothèses pour expliquer un phénomène. En revanche, c’est franchement inadapté dans le cas présent, puisque l’enjeu n’est pas de proposer une théorie alternative, mais d’atteindre un objectif de transformation sociale ou politique – car que peut avoir, in fine, comme autre objectif valable la diffusion de la pensée critique, sinon une transformation sociale vers la fameuse et hypothétique connaissance de cause ?

Attardons-nous une seconde sur ce point : qu’est-ce qu’apprendre à détecter des sophismes, des corrélations hasardeuses, des concepts creux, des mensonges pseudoscientifiques, si ce n’est pour une vertu sociale, ou citoyenne ? Enseigner la zététique sans velléité de transformation sociale, c’est comme chanter en silence, comme danser sans bouger, comme croire sans Dieu ou l’un de ses avatars. Beaucoup d’associations sceptiques revendiquent ce principe plutôt déontologiste, « de ne pas faire de politique », mais elles optent toutes pour des conférences publiques et des apparitions médiatiques : pourquoi sinon pour changer des opinions et faire de l’éducation populaire ? Au sens grec ancien, ça s’appelle de la politique.

Afin d’éviter tout écueil type effet paillasson sur le mot « politique », disons en première approche que par « politisé » nous entendons au minimum :

− qui se questionne ou est disposé à se questionner sur la dimension morale de ses actions (de toutes ses actions) ;

− qui possède une volonté d’agir pour transformer nos systèmes sociaux et politiques ;

− qui croit que l’état actuel de ces systèmes ne résultent pas d’un processus inexorable, d’un deus ex machina, mais résultent en partie de choix, qu’il aurait pu en être autrement et qu’il peut en être autrement (évidemment ce point est lié au précédent). Le scepticisme raisonnable moderne s’inscrit exactement dans cette visée.

Aussi, faire une transmission apolitique de la zététique, c’est un oxymore, pour ne pas dire un non-sens. Que ferait une association zététique vraiment apolitique ? Elle ferait de la pantoufle dans un entre-soi de salon, et se garderait par-dessus tout d’aller dans les médias.

Un peu plus en aval dans votre lettre vous mentionnez que

« […] l’incursion d’un discours politique peut être jugée problématique car potentiellement contre-productive dans la diffusion de l’esprit critique vers des populations rétives à une approche politisée. »

On pourrait retourner cet argument comme une chaussette : une zététique qui se dit apolitique pourrait être contre-productive dans la diffusion de l’esprit critique vers des populations avides d’approches politisées – qui sont aussi très présentes dans les classes populaires.

Mais de manière plus vaste, nous ne sommes pas les seul.es à politiser la question. D’autres le font, avec des moyens autrement plus importants que les nôtres, en affichant en outre une prétendue « neutralité ». Or, vous connaissez l’aphorisme de Howard Zinn : « on ne peut pas être neutre dans un train en marche ». Centrer l’apprentissage de l’esprit critique sur certains sujets, en en évitant d’autres est un choix non neutre. Y a-t-il besoin d’exemples ?

Nous sommes sollicité.es pour promouvoir l’esprit critique dans des formations pour les enseignants sur la laïcité : au programme, questionner le port du voile ou faire accepter les fameuses « valeurs de la République »… sans aucune injonction à toucher aux grosses entorses à la laïcité faites par nos institutions, à commencer par la Loi o 59-1557 dite Loi Debré, instaurant un financement étatique des établissements d’enseignement privés et confessionnels. Ou encore, enseigner ce qu’est une propagande au sens donné par Edward Bernaÿs, et l’appliquer sur Daesch et la Corée du Nord plutôt que dans la communication militaire de l’état français. Ce sont des choix politiques implicites. Nous, à l’opposé, nous assumons notre politisation, la rendons explicite, l’exposons, et la soumettons à critique rationnelle.

Nous pensons qu’une approche apolitisée de la zététique est un non-sens. Donc diffuser un esprit critique apolitique, ça ressemble un peu à certaines positions d’associations anti-sectes qui ne souhaitent pas toucher à Freud de peur de perdre leur public. Transmettre la zététique sans un programme progressiste de transformation sociale, ce serait transformer la zététique en hobby de bourgeois, en scepticisme mondain.

Tant mieux, que l’esprit critique soit diffusé dans des populations apolitiques, mais si tant est que le but soit de les rendre plus politisées, en clair plus actrices de leur propre monde.

Revenons maintenant sur cette vertu d’utilité publique, ou de bien social, ou de transformation politique, comme vous voudrez. Dans cette direction, tout ne se vaut malheureusement pas. Le raisonnement n’est pas différent de celui applicable en santé : toutes les thérapies auto-proclamées ne se valent pas pour améliorer la souffrance d’un patient.
En matière d’intervention dans les médias, un certain nombre d’auteurs ont démontré, dans une filiation allant de Nizan à Bourdieu, de Hermann à Finkelstein, qu’ici non plus tout ne se vaut pas.

Fort heureusement, dans les médias tout n’est pas à jeter ! C’est pourquoi il nous arrive, au bout d’un processus algorithmique des plus tortueux et nécessitant moult palabres internes, qu’on cède de ci ou de là : France Inter, France Culture, RFI, ou le Monde comme c’était le cas il y a quelques jours… 2

Néanmoins, présenter qu’il est pertinent de diffuser les outils de la pensée critique tous azimuts sans regard sur le média, montre une ignorance assez forte, qui ne peut pas être vôtre, de la sphère médiatique, et surtout nécessite des preuves. Le problème, c’est qu’afin de constituer ces preuves, il va falloir s’entendre sur ce qu’il est entendu par « pertinent ». Or c’est là que le bât blesse : nous ne sommes, par exemple, pas du tout convaincu.es que le plus pertinent soit de « saupoudrer sur une masse de gens importante », qui plus est par le truchement d’un média corrodé, scénarisant les discours, faisant des coupes. À la rigueur pourriez-vous rétorquer que faire la prétention inverse (il n’est pas pertinent de…) requiert, elle aussi, des preuves, mais ce serait faire fi de la charge de la preuve, qui immanquablement revient à celui qui produit l’énoncé sur le monde, non pas à nous qui en doutons. Autrement dit, c’est aux sceptiques qui pensent qu’utiliser les médias sans distinction de Féminin Psycho au Dauphiné Libéré, d’On est pas couché au Figaro Magazine, est pertinente pour la diffusion de l’esprit critique (et donc la transformation sociale émancipatrice), d’en apporter la preuve. Et ils/elles partent avec un handicap : car écrire dans Le Point par exemple, sert d’abord Le Point avant de servir le propos. Un média a pour objectif de se vendre. Si on lui propose des informations qui scient la branche sur laquelle lui ou ses annonceurs reposent, il n’y a aucune chance qu’il les accepte (pensez à Lazarus sur France 2, ou les films de Pierre Carles, entre autres). Si Gérald Bronner mettait en danger Le Point avec ses chroniques, Le Point aurait tôt fait de mettre un terme à sa pige. Or Le Point vit très bien les chroniques de Gérald. Et toute la soupe économiquement orthodoxe au bouillon réactionnaire gorgé de valeurs conservatrices que déverse ce « journal de milliardaire » peut s’enorgueillir d’un petit croûton à l’ail d’esprit critique, aussi goûtu soit ce croûton. Il est même probable que les chroniques bien tournées de Gérald amènent du lectorat au Point, ce qui serait quand même un comble.

Vous écrivez que nous souhaitons « condamner d’emblée les efforts de ceux qui s’impliquent sur ce terrain » ? Que nenni ! Ça sent un peu l’épouvantail. Ce n’est ni une condamnation, ni « d’emblée », ni des gens.

Mais les implications en question témoignent soit d’une forte ignorance des processus médiatiques ; soit d’un idéalisme angélique que même les théologiens envieraient ; soit de la simple et compréhensible envie d’être reconnu par son boulanger et d’enorgueillir sa maman. Il ne s’agit pas d’un faux trilemme ! À moins que… à moins que la démonstration soit faite qu’une présence bien souvent cantonnée au « gadget » dans un média « populaire », comme vous dites, ait un effet pérenne en matière de pensée critique chez les récipiendaires. Là, c’est comme en santé :on ne peut pas se cantonner à mesurer l’effet satisfaisant d’une intervention. Il s’agit plutôt de mesurer le rapport bénéfice – risque. Et nous rencontrons des publics qui en ont ras la casquette de se faire expliquer qu’ils ne pensent pas comme il faut (conspirations, laïcité, « radicalisation », médecines dites alternatives) mais à qui on rétorque que leurs critiques – souvent rationnelles – envers un système qui les opprime, hé bien, c’est autre chose, voyons, allez circulez y a rien à voir. Ces gens risquent de jeter le bébé (la démarche sceptique en général) avec l’eau du bain (une démarche sceptique ciblée uniquement sur leurs croyances et leurs pratiques).

Merci en tout cas de nous préciser, malgré l’ad populum discret, que vous êtes

« beaucoup à avoir conclu, après de longs échanges, que telle n’était pas [n]otre intention »

C’est gentil, mais dites-nous : de quelle intention s’agissait-il ? S’il s’agit de jalouser des passages médiatiques, ça ne risque pas – on a déjà donné !

S’il s’agit de nuire à quelqu’un.e non plus. S’il s’agit de mettre la pression sur la communauté sceptique pour qu’elle hisse ses critères d’analyse médiatique, alors oui.

S’il s’agit de stresser un peu les candidat.es au rôle de fast thinker médiatique, alors deux fois youpi !

S’il s’agit de dire que le costume de sceptique revêtu en public implique un devoir de constance critique (constance au sens psychologique), alors trois fois hourra !

En attendant, vous « compren[ez] que [n]otre approche du scepticisme soit politisée, et nous respectons votre choix en la matière » : mais il ne s’agit pas d’un choix. La démarche de diffusion du scepticisme est politisée.

Le registre change un peu ici :

« […] nous pensons que vous devriez aussi respecter les autres démarches »

Il serait étonnant que notre billet nuise bien fort à d’autres démarches. Nous ne sabotons pas les passages médiatiques, ne polluons pas les Youtube, ne commentons rien sur Facebook et pour cause (voir à ce sujet Pour les facebookiens, youtubers, twittors et gmaileux – Entrevue avec Thomas vO) et n’empruntons pas à l’Internationale pâtissière ses tartes à la crème pour faire des entartages. Faut-il pour autant « respecter » une démarche qui semble aller à l’encontre du but escompté ? Cet argument du respect, bizarrement, est exactement homologue des arguments des médecines dites alternatives, des nouveaux mouvements religieux, etc. Nous respectons les acteurs et actrices qui se mouillent, mais déplorons le peu de regard sur une machinerie qui se joue souvent d’elles.eux. Comme aurait dit Bernard de Clairvaux un soir de déprime, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Vous écrivez que

« depuis l’origine du mouvement sceptique, certains ont principalement étudié le paranormal (Houdini par ex.), d’autres critiqués la religion (comme Richard Dawkins), d’autres encore se sont investis dans les débats politiques (à la Chomsky). Il n’y a pas là un bon choix versus des mauvais choix, uniquement des manières différentes de pratiquer la zététique. »

Qu’il y ait différents objets sur lesquels appliquer l’esprit critique (paranormal, religion, pratiques sociales ou politiques, etc.) et qu’il y ait différentes manières de l’appliquer – on peut par exemple critiquer la religion sur ses assertions factuelles ou sur ses assertions morales – est quelque chose que personne chez nous ne songe à remettre en cause. C’est presque un truisme.

En revanche, nous pensons qu’une fois le pavois moral choisi (par exemple, diminuer la souffrance et maximiser le bien-être du plus grand nombre, option type conséquentialiste, dans le sillage ramifié d’un Bentham par exemple, comme certains d’entre vous l’ont traité dans de récents podcasts), tous les moyens utilisés pour diffuser l’esprit critique ne se valent pas – mais nous avons déjà traité ce point plus haut. De surcroît, on remarque que bien souvent les critiques épargnent des sujets avec lesquels les zététicien.nes ont des liens d’intérêt : pensez au peu de crédit qui est donné aux critiques des croyances sur les médias type Google, Facebook, Youtube et sur les questions de propriété intellectuelle ; pensez au peu de présence zététicienne sur les questions de genre, sur les questions de naturalisme/essentialisme, sur les questions d’éthique animale, sur les questions de propagande de guerre, sur le système carcéral, sur le concept de déradicalisation, sur les politiques de santé publique, sur l’indépendance des professionnels de santé vis-à-vis de l’industrie, sur l’économie orthodoxe, et tant d’autres.

Bien entendu, c’est là l’objet d’une discussion à part entière. Nous nous ferons un plaisir d’y revenir si besoin est.

Surtout, ceci : il n’y a pas différentes méthodes d’application de la zététique ! Il n’y a que des sujets différents. L’heuristique elle est la même, et la rigueur doit être maximale. Le tout est de reconnaître qu’on reste dans un champ et dire pourquoi on en sort, de peur d’être incompétent, et non de peur de mouiller la chemise ou de déplaire au public qui nous écoute. Mais, et c’est ce que font certain.es qui méritent bien nos critiques, si quelqu’un.e se présente nationalement comme zététicien.ne professionnel.le, ou comme champion.ne de la pensée critique, et sans le dire cantonne sa critique à des sujets particuliers en occultant sciemment des pans entiers de réflexion, il y a usurpation ! Nous préférons mille fois des membres d’associations qui disent « nous nous cantonnons au paranormal » en regrettant de ne pas se pencher plus avant sur d’autres sujets plus prégnants par manque de temps, d’énergie, etc. – et Broch en fait partie ! Bien qu’il n’ait par contre jamais nié son engagement de transformation sociale d’extrême-gauche – que des personnages qui font leur capital médiatique sur cette pensée critique, mais ne l’appliquent plus sur des énoncés plus graves, possiblement par incompétence (dans ce cas ils usurpent vraiment leur statut d’incarnation de l’esprit critique), plus probablement de peur de heurter de plein fouet les structures de domination dont ils profitent, ou afin de ne pas mordre la main qui les nourrit (ou les flatte) : dans ce cas, ils.elles sont consciemment ou non rouages du système, nervis.es du pouvoir.

Un exemple : nous savons au CorteX que la critique de l’économie orthodoxe est primordiale. Seulement, nous ne sommes pas expert.es. Aussi reconnaissons-nous que nous péchons par incompétence, et qu’il faudrait dans l’absolu y remédier vue la souffrance générale créée par le modèle économique actuel, qui dépasse largement la souffrance générée par l’ésotérisme ou les médecines dites alternatives.

« Tel que beaucoup ont pu comprendre (et ont compris) votre article, vous semblez rejeter toute participation sceptique aux médias que nous critiquons, en raison d’une supposée validation de ces médias que provoquerait la présence des sceptiques sur leurs ondes. (La présence de Mendax sur Meta TV vaut-elle validation de ce média par la Tronche en Biais ?) Si la question peut être posée, on ne peut y répondre aussi rapidement et encore moins avec une posture aussi marquée. »

Encore une fois, il serait profitable à tous de nous citer précisément. Ici, vous nous servez une généralisation abusive (« toute participation ») et un effet cigogne (« en raison d’une supposée ») alors que justement, nous ne rejetons aucune participation dans les médias a priori et nous soupesons chacun de nos choix, selon des critères que nous avons longuement discutés ensemble (et qu’on appelle entre nous notre « algorithme média »). Nous disons en substance : « Car si nous acceptons de parler dans un média qui bourre le mou de son lecteur ou de son spectateur depuis des années, nous lui donnons une caution évidente, dont il saura se targuer quand des critiques fuseront. » La participation d’un.e sceptique à un média constitue une caution, minime, mais réelle, à ce média. D’ailleurs, aucun média ne finance des piges ou des propos qui vont à l’encontre de leur ligne. Autrement dit, en tant que penseur.se critique, si nous acceptons de parler dans ce média-ci, c’est qu’il nous apparaît comme fréquentable, qu’il a suffisamment de bons côtés. Au moins pour des penseurs.ses critiques, la question qui gouverne ces choix doit être la suivante : « La caution que je vais apporter à ce média moisi va-t-elle être contrebalancée par l’effet de mon intervention ? ». Or comme nous l’avons exposé précédemment, la question de l’efficacité de l’intervention n’est pas du tout évidente… les aspects problématiques de bon nombre de médias, eux, par contre, sont évidents. Donc si vous êtes à tendance conséquentialiste, ce qui est assez probable, le choix est souvent assez vite fait.

Pour vous montrer à quel point il n’y a pas grand chose de postural dans notre position : même le média « enseignemental », central dans notre travail, est discuté chez nous. En prison par exemple, le leitmotiv est le suivant : dans quelle mesure faire des cours d’esprit critique en prison légitime une structure de purgation de peine qui est mortifère ? Durant six ans, nous avons pensé que cela valait la peine. En 2017, avec le nouveau plan de lutte anti-terrorisme, il nous est quasiment demandé de fliquer les détenu.es radicalisé.es. Le ratio n’est plus bon. Nous allons nous retirer, en expliquant publiquement pourquoi (voir note supra).

Alors, vous autres camarades et collègues : y a-t-il un comportement de Youtube qui vous ferait un jour quitter la plate-forme ?

Y a-t-il un point qui ferait que vous déclineriez un plateau télé ?

Sans critère de démarcation, une unilatéralisation médiatique est un scénario incontradictible. Comme dans une théorie auto-immune. Comme dans la tombe de Popper. Comme si « évangéliser le grand public » quelle que soit la forme était « bien » en soi. Auquel cas, cela ressemblerait aux postures humanitaristes classiques, fortement déontologistes.

En attendant, pour répondre prosaïquement, oui Mendax sur MétaTV est une caution (non pas dans le sens où Mendax doive cautionner tous ce qui est dit sur MétaTV en général, mais au sens où MétaTV peut se prévaloir de l’avoir invité), Jean-Michel Abrassart dans un magazine « féminin » aussi, Richard Monvoisin sur RFI aussi, Albin Guillaud sur Scepticisme scientifique également, mais bien moins à déplorer que, par exemple, un.e rationaliste qui irait écrire dans Valeurs actuelles ou Le Point : si vraiment la critique filtrait chez les lecteurs du Point, alors il y a fort à parier que les lecteurs… arrêteraient de lire le Point ! Donc si Le Point y trouve son compte, la démonstration est faite. Idem pour un.e sceptique qui irait sur BFMTV. D’ailleurs, regardons ensemble l’argument suivant : c’est probablement plus grave d’aller dans un média décérébrant que dans un média d’opinion assumée comme la presse d’extrême-droite National hebdo. Bizarrement, aucun.e des sceptiques au nom desquels vous parlez n’y va, à notre connaissance. Nous non plus d’ailleurs, à là différence près que nous avons questionné ce choix, de la même manière que celui d’aller dans les autres médias. Et maintenant vous connaissez notre algorithme 3. Mais le vôtre ne nous est pas connu.

Si « tout est bon », pourquoi n’allez-vous pas dans les médias nationalistes ? Et pourquoi, si « zététique apolitique » était vraie, certain.es d’entre vous en veulent à Bricmont de ne pas regarder dans quel média il s’exprime ? N’y-a-t-il pas là contradiction ?

« Les médias ne sont pas univoques, et des auteurs d’un même journal peuvent donner différents sons de cloche. On peut certes craindre un effet de halo, mais la remise en cause de la fiabilité des médias n’en est pas moins rendue visible par les productions critiques alors publiées. Savoir quel effet prédomine n’est pas clair. »

Nous sommes a priori d’accord avec le début (même si nous n’avons pas bien compris la fin de la deuxième phrase).

« Soulignons de plus que l’intrusion de l’esprit critique dans ces médias grand public (qui nous posent problème par ailleurs) permet de toucher une cible importante, souvent inaccessible autrement : le “grand public”, première victime des dérives de ces médias. »

C’est toujours la même antienne.

Notre problème réside dans « toucher une cible importante ». Une personne ayant à cœur la diffusion de l’esprit critique dans une perspective de transformation sociale doit-elle souhaiter qu’un maximum de monde soit « touché » par une intervention critique éructée par un.e sceptique qui doit crier plus fort que les autres ? « touché » par un « savant » qui se voit contraint de se mettre une plume dans un orifice en gloussant entre Miss France et un chroniqueur célèbre ? Ou « touché » par un discours tronqué, coupé quand trop technique, transformant l’outil très abrasif qu’est le rasoir d’Occam en un gadget incompréhensible du type « l’explication simple est toujours la bonne » ? Ou « touché » par une critique d’une thérapie alternative, mais en épargnant l’héritage freudien qui permettra telle une hydre de refaire renaître autant de nouvelles thérapies du même genre ?

Il y a une part d’angélisme dans cette posture qu’au fond, on envierait presque. À ce que nous voyons, les interventions média grand public des zététicien.nes dont vous portez la parole ne sont pas choisies sur un ratio morceaux-d’outils-critiques-transposables-à-telle-heure-devant-tel-public-mangeant-des-cacahuètes-après-le-boulot versus déformation-du-propos-occasionnée-par-le-montage, le cadre et la scénarisation entourant l’intervention, etc.

Baaah, nous ne faisons que radoter. Ces points ont déjà été abordés entre autres dans « Le débat immobile, ou L’argumentation dans le débat médiatique sur les « parasciences » » de Marianne Doury aux éditions Kimé. C’était il y a maintenant 20 ans. Sans doute est-ce trop peu lu.

« N’oublions pas qu’il y a peu de temps encore les divers réseaux de l’esprit critique demeuraient relativement confidentiels. L’engouement actuel (par milliers) sur les réseaux du scepticisme est le résultat d’une forme de présence médiatique que nous jugeons bénéfique. Et cet engouement en lui-même nous semble tout à fait souhaitable. »

Voilà factuellement l’angélisme, humanitariste. D’abord, votre effet cigogne : comment savoir si l’engouement est dû à un effet de seuil dans la population, aux interventions médiatiques, aux enseignements, etc. ? Car, pardon de le rappeler, il y a un faux dilemme à éventer : soit on va dans les médias, soit on prive le grand public de l’esprit critique. C’est le dilemme devant lequel nous avons été mis par la journaliste du Point, d’ailleurs. Il y a pourtant d’autres moyens de diffuser nos outils, dans des cadres qui permettent un meilleur rapport bénéfice risque, par exemple créer des enseignements au long cours.

D’ailleurs, n’êtes-vous pas étonnés de cet engouement ? N’êtes-vous pas étonnés de la prolifération de youtubers, à la qualité parfois vraiment discutable ? Quels sont les critères que vous transmettriez pour discriminer un.e bon.e youtubeu.r.euse zététicien.ne d’un.e mauvais.e ? S’il n’y en a pas, alors on rejoint les chasseurs du Bouchonnois.

Et cet engouement vous paraît souhaitable ? Quel type d’engouement ? Si c’est une pensée critique qui amène les citoyen.nes à trouver des sophismes chez leurs dirigeants, ou leur donne des degrés de libertés en plus, pas de problème. Si c’est une version critique édulcorée, sans dent, sans main, sans rien d’autre que le statut social que l’on peut prendre en discutant très tard de la mémoire de l’eau, mais en quittant la discussion par exemple quand il s’agit de discuter des plafonds de verre des femmes, et des rouages qui font que la majorité des gens se tournant vers la zététique semblent être des hommes, blancs, hétéro, CSP moyenne aisée… alors oui, cela revient à brader la démarche.

On espère que vous ne revendiquez pas l’évangélisation d’une armée de zététicien.nes de surface, cantonné.es à des sujets précis et souvent inoffensifs, avec quelques héraults médiatiques épatant la galerie. Nous, nous voulons former des penseurs.ses critiques sans fard, sans œillères, sans limite sinon des limites assumées, en déclarant par ex. « oui, en tant que penseur critique, je devrais être pointu sur la science officielle qu’est devenue l’économie libérale / la psychanalyse / la pseudo-histoire, mais je n’ai pas eu le temps de m’y pencher. Cependant, c’est un défaut de mon organisation ou de mes goûts, et non une frontière légitime dans l’utilisation de mon cerveau critique qui se doit d’être constante ». Ce genre de réponse serait vraiment géniale. Nous en connaissons quelqu’un.es qui la font et l’assument. C’est une sorte de pacte cérébelleux.

« Tel que d’autres lecteurs sont parvenus à le comprendre, votre texte est une récrimination à l’égard de figures médiatisées de façon récurrentes, et qui présenteraient une vision abâtardie, simplifiée, étriquée, de l’esprit critique. Cet esprit critique édulcoré, qui ne peut critiquer les médias car étant DANS les médias, pose très probablement problème. Mais votre texte ne semble offrir qu’une réaction possible : la déception, teintée d’une certaine hargne (ressentie sinon exprimée). Le texte ne semblant pas proposer d’alternative, nous nous demandons encore une fois : quel est son but ? »

Si ce texte nous a permis de pointer cet embourgeoisement « topique », le premier but est atteint. Nous avons un certain nombre de courriers qui nous en remercient – mais le nombre n’est pas un argument.

S’il nous a permis également d’exprimer que le scepticisme scientifique est une posture qu’on ne peut revêtir facilement, le deuxième but est également atteint. Que le scepticisme et le matérialisme méthodologique soit une posture permanente et non un hobby « pépère » ; et que ceux qui s’octroient du pouvoir aient cette cohérence intellectuelle et la rigueur maximale. CorteX ou pas CorteX, peu importe, il s’agit de hisser le niveau général. De fournir un standard de rigueur et de cohérence intellectuelle. Nous faisons avec notre milieu sceptique la même chose que dans le monde des thérapies manuelles, par exemple : mettre un standard élevé, sous peine de voir la discipline galvaudée. Un certain nombre d’entre vous remplissent d’ailleurs en grande partie ces exigences. Et nous ne proposons pas d’alternatives ? Bien sûr que si : les cours, en amphi, en classe. Les conférences. Les formations pédagogiques de profs. L’auto-hébergement de ressources. La mise en ligne de séquences pédagogiques. La participation aux podcasts qui tiennent sévèrement la route comme Scepticisme scientifique ainsi que nos contributions financières pour soutenir nombre de projets sceptiques de tout type. La publication dans des revues scientifiques libres et dans des maisons d’édition qui ne soient pas des majors. Le financement participatif de films et de documentaires, de webradio, etc.

Il y en a un paquet.

Dans notre démarche, nous sommes loin d’être des modèles : Bertrand Russell est bien plus solide que nous, de même qu’en vrac à différents niveaux des Baillargeon, Lecointre, Bricmont, Chomsky, Zinn, Sand, Dawkins, Nasreen, Bourdieu, Accardo, Gardner, et plus anciens comme Fanon, Rostand, Diderot… et tellement d’autres ! Le bouquin de Charbonnat « Histoire des matérialismes » chez Matériologiques regorge de personnages de ce genre, bien plus proches de ce que nous appelons de nos vœux que nous-mêmes.

« Les “sceptiques du scepticisme”, que beaucoup d’entre nous devons subir dans nos réseaux, vont très certainement instrumentaliser ce texte sans nuance pour nous jeter du “chien de garde du système” avec une délectation accrue par la possibilité de citer le CORTECS à l’appui de telles accusations. Il serait regrettable de ne pas tenir compte des écosystèmes dans lesquels d’autres que vous travaillent, et qui représentent leurs propres défis. »

Les nuances, c’est comme le Dieu de Laplace : cela n’est pas nécessaire ici. L’argument des nuances est un grand classique, par exemple, des curés envers les athées, des Intelligent designers envers les évolutionnistes ! C’est une sorte de sous-ensemble de l’argument du pluralisme démocratique discuté plus haut.

Toute cette inquiétude est réflexive : sommes-nous des chiens de garde du système ? Sommes-nous des « danseuses », des « bouffons » à l’université ou dans l’éducation nationale ? Pour le savoir, il faut essayer de se doter de critères rationnels, et solliciter des regards extérieurs. Nous avons pensé réunir un panel de personnes peu complaisantes qui pourraient nous dire « stop, là, les couleuvres que vous avalez sont trop grosses pour laisser votre scepticisme indemne ». De votre côté, sans critère de ce genre, vous prenez le risque d’être confit.es dans une position relativiste, sans critère de réfutabilité à vos stratégies médiatiques. Et c’est là qu’on devient un.e chien.ne de garde. Alors partageons nos réflexions et nos critères, hissons-nous mutuellement vers le haut.

Quant au risque d’instrumentalisation de notre texte par les sceptiques du scepticisme dans les « écosystèmes » sceptiques francophones, il ne nous inquiète pas vraiment. Les sceptiques du scepticisme sont souvent soit des relativistes cognitifs, soit des croyant.es (avec acte de foi), donc leurs attaques sont fragiles et supportent mal la panoplie atropopaïque des rasoirs d’Occam, critère de Popper, etc. Et il est des « écosystèmes » bien plus difficiles. Car méditons quand même ceci : vous qui semblez défendre une zététique apolitique, comment expliquer qu’en se déplaçant dans des « écosystèmes » un peu plus lointains, chez Basava Premanand ou chez Narendra Dabolkar, ou quelques kilomètres plus loin, chez Avijit Roy, Washiqur Raman ou Ananta Bijoy Das, ou quelques kilomètres plus près comme Raïf Badawi, comment expliquer que le contenu « apolitique » que vous produisez ici vous vaudrait au mieux les fers, au pire l’éventration ailleurs ? Revendiquer une zététique non politisée, comment cela serait-il possible quand déjouer des illusions ou appliquer le pacte cérebelleux vous fait tuer à la machette à quelques milliers de kilomètres ? Si vous y croyez vraiment, alors par pitié ne faites plus de vidéos ou de podcasts ! Car il est des contrées où le simple fait de les utiliser fait prendre le risque d’une rafale de plomb.

Avec toute notre sympathie pour la plupart de vos initiatives, avec doute rationnel pour certaines, et avec l’espoir que toute la communauté sceptique reconnaisse et se saisisse des aspects politiques de la diffusion de la pensée critique.

L’équipe du CorteX


Pour compléter cette réponse, voici le lien vers l’interview de Richard Monvoisin réalisée en octobre 2015 par Jérémy Royaux et Jean-Michel Abrassart pour le balado Scepticisme Scientifique, interview dans laquelle sont abordés plusieurs sujets en rapport direct avec la discussion entamée ci-dessus :

(notamment à partir de 25′)

Pour une pensée critique corrosive. Le CorteX en terres parisiennes

Depuis les attaques qui ont touché Paris en novembre dernier, la pensée critique est mise à toutes les sauces. On ne compte plus les experts auto-consacrés qui raflent de juteux marchés publics en prison (nous avions reproduit un article du Canard enchaîné qui en cause ici) ou dans les écoles. Soyons honnêtes : en plus de nous affliger, la situation nous agace car elle participe à aseptiser et à individualiser une pensée critique que nous concevons comme collective et corrosive. Alors, sur les conseils de nos prédécesseurs comme Normand Baillargeon, nous avons accepté de porter la lutte dans les hautes sphères du Ministère de l’Éducation Nationale à Paris. Récit d’une folle aventure qui va porter le CorteX et le travail discret mais acharné de notre collègue Denis Caroti dans la bouche d’une ministre.

Tout commence par un de ces courriels qui nous invitent à siéger en tant qu’expert dans un obscur « comité de pilotage ». Cette fois-ci, c’est du Ministère de l’Éducation nationale dont il est question. A l’origine la demande est plutôt reçue fraîchement : on se demande ce que va bien pouvoir changer notre participation à une énième réunion d’experts de la pensée critique.  Alors, comme souvent, on pèse le pour et le contre et on en parle autour de nous. Richard Monvoisin en touche notamment un mot à Normand Baillargeon lors de sa participation au colloque Forum et Société de l’Association Francophone pour le Savoir (ACFAS). La réponse de ce dernier est sans équivoque : il nous conseille d’y aller pour porter la cause de toutes celles et ceux qui ont essuyé quolibets, horions et avanies pour avoir enseigné une pensée critique subversive dans des lieux où elle n’était guère la bienvenue.

C’est ainsi que nous avons mandaté nos collègues Denis Caroti et Richard Monvoisin pour participer à cette grand-messe de la pensée critique (il faut dire qu’on sentait bien que tous deux avaient une furieuse envie de voir la Tour Eiffel et les Champs Élysées). Le fonctionnement de telles instances est tellement flou qu’on se dit, qu’à tout le moins, on pourra rapporter ce qu’il s’y passe. 

Arrivés sur les lieux, on se retrouve au milieu d’un panel d’experts invités et mélangés avec un grand nombre de représentants de l’Education Nationale et autres institutions qui y sont rattachés. Aucune justification n’est donnée du panel de personnes présentes mais on se retrouve en compagnie de têtes connues comme Nicolas Gauvrit et d’autres moins connues comme Frédéric Lenoir, plutôt connu pour ses positions spiritualistes ambigues1. L’ordre du jour mentionnait un grand nombre de points à traiter (comme l’évaluation des actions remontées au Ministère par les enseignants depuis un mois suite à l’appel à projets diffusé à tous les professeurs de France), et nous avions peu d’espoir de glisser nos interrogations et propositions et aussi de dire que la pensée critique que nous rêvons de voir enseignée dans les classes n’est pas forcément celle promue par nos prescripteurs.

La réunion flotte alors un peu et c’est à ce moment que nos collègues s’engouffrent dans la brèche et présentent le travail fait depuis ces 10 dernières années, sans taire les griefs contre un « esprit critique » longtemps vanté par tous, enseigné par personne, et désormais improvisé par nombre d’acteurs avec des standards plus ou moins élevés, personnalisant son enseignement et dévoyant son contenu, subversif par nature. Nous en avons été témoins à de maintes reprises : à trop vouloir ramener les détenus, les élèves, et le « grand public » dans le droit chemin au nom de la promotion du « bien penser », on finit par créer les bi-standards que l’on dénonce en plaçant la pensée critique du côté des puissants. On en profite aussi pour souligner les blocages, trop fréquents, auquel on fait face. C’est l’occasion, une fois n’est pas coutume, de souligner l’œuvre de notre collègue Denis Caroti qui a pendant près de 10 ans répandu des centaines (centaines !) de conférences en collège et lycée et des dizaines de formations pour enseignants sur la pensée critique, dans une indifférence presque totale de la part de sa hiérarchie et de l’ESPE surtout. On se dit que, quitte à avoir fait le déplacement, autant le rentabiliser en ne restant pas silencieux. A dire vrai, la sensation fut plutôt positive : écoute et hochements de têtes réguliers accompagnant nos prises de paroles.

La suite, nous n’en espérions pas tant : un directeur de cabinet qui promet de nous revoir, une proposition de création de postes dédiés à la formation continue des enseignants à la pensée critique et… une ministre qui cite dans le CorteX devant un parterre de professeurs à la Sorbonne. Voici un extrait du discours du 9 décembre 2016 de Najat Vallaud-Belkacem, lors du forum Laïcité et esprit critique.

Le reste du discours est ici.

Oh, le discours n’est pas enflammé, la ministre ânonne un peu. Et puis, nous ne sommes pas dupes : cette reconnaissance, on la doit avant tout à un travail obstiné dans l’ombre et aux centaines de professeurs qui sont repartis convaincus de nos formations et qui ont porté le combat dans leurs établissements. Et pour qui nous connaît bien, la recherche des reconnaissances symboliques n’est pas notre fort. Médailles, breloques, citations, ce n’est pas vraiment le carburant qui irrigue nos veines, et nous applaudissons celles et ceux qui les refusent (comme Jacques Bouveresse, vous vous rappelez ? On avait applaudi des deux mains). 

Mais enfin, c’est une brèche, et notre but est de contraindre tous les acteurs auto-revendiqués esprit critique à prendre un standard critique élevé. Car la pensée critique n’existe plus si elle est bradée, ou cantonnée à des sujets limités et consensuels. Elle est corrosive, griffue, difficile à manier et oblige à se la retourner soi-même contre soi.

Petite compromission quand même : Denis répète souvent qu’il faut arrêter de jouer avec l’effet paillasson sur le mot énergie.  Bizarre, il ne l’a pas fait remarquer à la Ministre. Pleutre !

Comment évaluer l'esprit critique ? Quelques pistes.

L’esprit critique (EC) 1 est l’objet qui rassemble les membres et contributrices.teurs du Cortecs. Cet été j’ai voulu savoir ce qui se disait sur le sujet dans la littérature scientifique internationale2. Les mots clés « critical thinking » donnant plus de 15 000 résultats rien que dans le moteur de recherche d’ERIC3, j’ai ciblé mes recherches plus spécifiquement sur les moyens d’évaluer l’EC d’un individu ou d’une population. La finalité n’étant pas la classification des personnes en fonction de leur niveau d’EC mais plutôt l’évaluation de nos enseignements qui ont souvent pour volonté de développer l’EC.

Tests évaluant l’EC

J’ai d’abord identifié les travaux ayant effectué des synthèses sur les différents outils existants  4. Une revue de 1997 identifiait déjà une trentaine de tests différents 5. J’ai ensuite identifié les tests les plus fréquemment cités et utilisés en lisant ces publications, leurs bibliographies, et les études auxquelles elles renvoient. Ils sont présentés dans le tableau ci-dessous (les tests apparaissent selon l’ordre chronologique selon lequel je les ai trouvés).

La liste des tests est bien loin d’être exhaustive ; je m’en suis tenue à présenter ceux pour lesquels des informations a minima détaillées étaient accessibles. La plupart des tests identifiés sont en langue anglo-américaine (ceux disponibles en langue française sont surlignés en gris clair). Le plus souvent ces tests ne sont pas en libre accès et leur commercialisation apparaît comme une entreprise bien lucrative au vu des tarifs accolés (les tests accessibles gratuitement sont surlignés en gris foncé). Si les tests sont majoritairement destinés à évaluer le niveau d’esprit critique d’étudiant.e.s (particulièrement des étudiant.e.s en santé), ils sont aussi souvent utilisés dans les ressources humaines et plus rarement destinés à évaluer la qualité des enseignements dispensés (par l’intermédiaire du « niveau » en esprit critique des étudiant.e.s). Leur qualité métrologique est rarement évaluée de manière complète. Presque toujours, seule la cohérence interne est évaluée, c’est-à-dire la corrélation entre les réponses des questions portant sur le même sujet du test.

 

Définition

Contenu

Validité et fiabilité

Population visée

Spécificités

California Critical Thinking Disposition Inventory (CCTDI)

Facione & Facione

1986-1990

« We understand critical thinking to be purposeful, self-regulatory judgment which results in interpretation, analysis, evaluation, and inference, as well as explanation of the evidential, conceptual, methodological, criteriological, or contextual considerations upon which that judgment is based. »

(Rapport Delphi)

– QCM (Questionnaire à choix multiples), 75 questions ;

– degré d’accord-désaccord avec différentes affirmations demandées ;

– 7 dispositions étudiées.

Étudiées

Étudiants du secondaire et plus, professionnels

– Commercialisé (environ 7 $ US/étudiant.e) ;

– temps de passation : 30 min max ;

– existe en 19 langues dont le français.

California Critical Thinking Skills Test

Facione

« We understand critical thinking to be purposeful, self-regulatory judgment which results in interpretation, analysis, evaluation, and inference, as well as explanation of the evidential, conceptual, methodological, criteriological, or contextual considerations upon which that judgment is based. »

(Rapport Delphi)

– QCM, 34 questions ;

– 5 dimensions étudiées.

Étudiées

Étudiants du collège (états-unis)

– Commercialisé (environ 7$ US/test) ;

– temps de passation : environ 50 min.

Health Science Reasonning Tests

« We understand critical thinking to be purposeful, self-regulatory judgment which results in interpretation, analysis, evaluation, and inference, as well as explanation of the evidential, conceptual, methodological, criteriological, or contextual considerations upon which that judgment is based. »

(Rapport Delphi)

– QCM, 33 questions ;

– 7 dispositions étudiées.

Étudiées

CCTDI pour les professionnels et étudiants en santé

– Commercialisé ;

– temps de passation : 30 à 50 min.

Halpern Critical Thinking Assessment (HCTA)

Halpern

années 2000

« We understand critical thinking to be purposeful, self-regulatory judgment which results in interpretation, analysis, evaluation, and inference, as well as explanation of the evidential, conceptual, methodological, criteriological, or contextual considerations upon which that judgment is based. »

(Rapport Delphi)

– QCM ;

– 20 scénarios de la vie quotidienne ;

– 5 dimensions étudiées.

Étudiées

Plus de 15 ans.

Secteurs de l’éducation, de la psychologie, des ressources humaines.

– Commercialisé ;

– temps de passation : 60 à 80 min.

Watson Glaser Critical Thinking Appraisal (WGCTA) ou The Gold Standard Critical Thinking Test

Watson et Glaser

1925-1980-2010

« (…) the raw material that underlies fundamental workplace competencies, such as problem solving, decision making, planning, and risk management. »

(http://www.thinkwatson.com)

– QCM, 40 questions ;

– 5 dimensions étudiées.

Étudiées

– Recrutement des managers et cadres ;
– détection de potentiels ;
– gestion des carrières.

– Commercialisé (environ 12$ US / étudiant) ;

– temps de passation : 30 à 50min ;

– existe en 9 langues dont le français.

Holistic Critical Thinking Scoring Rubric

Facione et Facione.

1994

« We understand critical thinking to be purposeful, self-regulatory judgment which results in interpretation, analysis, evaluation, and inference, as well as explanation of the evidential, conceptual, methodological, criteriological, or contextual considerations upon which that judgment is based. »

(Rapport Delphi)

Permet d’évaluer des documents produits par des élèves en leur attribuant un score allant de 1 à 5 en fonction du contenu.

Non étudiées

Élèves et étudiant.e.s

– En accès libre ici ;

– existe en 6 langues mais pas en français.

International Critical Thinking Test (ICTET)

Paul et Elder,

Foundation for Critical Thinking

«  Critical thinking is that mode of thinking – about any subject, content, or problem — in which the thinker improves the quality of his or her thinking by skillfully taking charge of the structures inherent in thinking and imposing intellectual standards upon them. »

(Paul and Elder, 2001)

Questions ouvertes sur un texte.

Étudiées

Étudiant.e.s

Commercialisé : 1000$ US la licence.

Collegiate Assessment of academic Proficiency, module Critical thinking (ACT CAPP Critical thinking)

« (…) measures students’ skills in clarifying, analyzing, evaluating, and extending arguments. »

(http://www.act.org/)

– QCM de 32 questions à partir de 4 textes ;

– 3 dimensions étudiées (score global).

Étudiées

Utilisé par de nombreuses universités états-uniennes pour évaluer l’efficacité de leurs programmes d’éducations généraux.

– Commercialisé ;

– temps de passation : 40 min.

Critical Thinking assessment test (CAT)

années 2000

Tennessee Technological University

?

– QCM et questions ouvertes, 15 questions ;

– 4 dimensions étudiées.

Étudiées

Étudiant.e.s

– Commercialisé (9,95$ US/test, minimum 50 tests + participation annuelle de 200$) ;

– temps de passation : 30/45 min.

Critical Thinking Test

«  (…) measure an individual’s ability to make analyse, conceptualise and reason effectively. »

(http://www.act.org/)

– QCM, 20 questions ;

– porte sur des syllogismes uniquement.

Non étudiées

Étudiants du supérieur

Gratuit, en ligne, avec réponses ici

Cornell Critical Thinking Test Level

2005

Ennis et Millman

Niveau X et niveau Z

« Critical thinking is reasonable reflective thinking that is focused on deciding what to believe or do. »

(Ennis, 1962)

– version X : 76 items de QCM en 4 sections ;

– version Z : 52 items de QCM en 7 scetions.

Étudiées

– Version X : élèves de 9 à 18 ans ;

– version Z : élèves de 12 à 18 ans et adultes.

– Traduit en français dans le cadre du travail de recherche de Boisvert, 2002 ;

– commercialisé : 3$ US par test pour 10 tests, 500 $ pour 1000 tests ;

– temps de passation de 90 min pour la version Z, 50 min pour la version X.

Ennis-Weir Critical Thinking Essay Test

Ennis et Weir

1985

« Critical thinking is reasonable reflective thinking that is focused on deciding what to believe or do. »

(Ennis, 1962)

Lecture d’une lettre argumentée (concernant la nécessité de restreindre le stationnement automobile). Évaluation des arguments y figurant (9, un par paragraphe). L’évauluation de chaque argument est notée (-1 à 3).

Évaluées

Étudiants (high school et college)

Pour l’enseignement et la recherche.

–  Traduit en français dans le cadre du travail de recherche de Boisvert, 2002 ;

– temps de passation : 40 min.

Évaluation de l’apprentissage au niveau collégial

(CLA et CLA+)

Council for Aid to Education

2002-2012

« Poser des questions pertinentes, déceler les problèmes et les définir, trouver des arguments de part et d’autre dans un débat, chercher des données pertinentes et s’en servir, puis arriver à la conclusion après un jugement soigneusement raisonné. »

(Bok, 2006)

– 6 dimensions étudiées ;

– à partir d’une sélection de documents divers (articles, vidéos, sites web, etc.), répondre à des questions ouvertes et fermées.

Étudiées

Étudiants universitaire de première à quatrième année.

– 35 $ US / étudiant.e. (minimum 100 tests) ;

– potentiellement le test choisi au niveau national aux États-Unis ;

– ressources ici et exemple ;

– temps de passation : 90 min puis 30 min.

Illinois Critical Thinking Essay Tests

Finken et Ennis

1993

« Critical thinking is reasonable reflective thinking that is focused on deciding what to believe or do. »

(Ennis, 1962)

Lire un court texte présentant deux positions sur le visionnage libre ou non par des jeunes de clips vidéos et rédiger un texte argumenté.

Non étudiées

Étudiants

En libre accès ici

General Analytical Aptitude Test (GAAT) – Critical Thinking

« L’habilité de communiquer effectivement, la facilité à résoudre des problèmes, analyser des arguments et prendre des décisions objectives. »

(http://www.centraltest.fr)

– 30 questions ;

– évaluation des arguments, analyse critique, raisonnement déductif et raisonnement inductif.

Non étudiées

– Ressources humaines ;

– cadres, managers, jeunes diplômés, étudiants des grandes écoles.

– Commercialisé ;

– existe en français ;

– temps de passation : 4 0min.

Réflexions sur l’évaluation de l’EC

Étant donné la diversité des tests existants, j’ai ensuite cherché, par des recherches moins formalisées, des écrits plus généraux sur l’évaluation de l’esprit critique. J’ai identifié un auteur contemporain, Kevin Possin, professeur de philosophie et d’esprit critique aux États-Unis, qui écrit régulièrement sur le sujet, en analysant notamment de manière critique les tests existants. Robert Ennis, auteur et co-auteur de nombreux tests d’EC dont certains sont en accès libre, a également écrit sur le sujet. En langue française, on peut se tourner vers certains textes de Jacques Boisvert, dont nous avons déjà cité les travaux ici ainsi que de Mathieu Gagnon, professeur en en sciences de l’éducation au Québec.

Aux États-Unis, une commission gouvernementale chargée d’évaluer une stratégie pour réformer le système d’éducation du post-secondaire (l’équivalent de l’après-bac par chez nous) a recommandé de généraliser l’utilisation par les universités de tests d’esprit critique, à condition qu’ils soient transparents et comparables d’une université à l’autre. Certain.e.s pensent qu’il serait possible de choisir ou créer un test unique permettant d’évaluer l’EC au niveau national tandis que d’autres arguent du fait qu’il est plus judicieux d’avoir des outils spécifiques selon l’enseignement dispensé, la compétence visée et la discipline concernée 6.

Concernant la forme des outils d’évaluation, Possin 7 et Gagnon 8 en énumèrent un certain nombre en les commentant de manière critique. On peut citer principalement les questionnaires à choix multiples, les sondages auprès des élèves ou étudiant.e.s du type « avez-vous appris quelque-chose », la réalisation de travaux aux format écrit ou audio-visuel, le commentaire d’essais argumentés, les entretiens, etc.

Qu’en retenir pour les enseignant.e.s d’EC

Pour concevoir un cours, et éventuellement l’évaluer, on pourra :

  • réfléchir aux compétences précises visées : apporter des connaissances ? Apprendre à repérer des sophismes, un argumentaire fallacieux ? Améliorer les capacités argumentatives ? Monter un protocole expérimental ? Rechercher des informations fiables ? Évaluer la qualité des sources d’information ? etc.
  • réfléchir au(x) domaine(s) d’application de ces compétences pour le public qui nous intéresse : la biologie ? Les sciences politiques ? La santé ? La vie quotidienne ? Les médias ?
  • s’inspirer des tests déjà existants (voir tableau précédent) ainsi que des exercices et examens finaux disponibles sur notre site à cette adresse ;
  • imaginer d’autres formes d’évaluation en s’appuyant sur les tests indiquant le degré d’adhésion aux phénomènes dits paranormaux ou envers d’autres croyances (efficacité spécifique des médecines alternatives, scénarios conspirationnistes etc.).
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Zététique et esprit critique en France à la rentrée 2015

Le CORTECS essaie de recenser tous les enseignements spécifiques centrés sur la didactique de l’esprit critique, qu’ils s’appellent « pensée critique », « esprit critique », « autodéfense intellectuelle » ou autre. A la rentrée 2015, voici les enseignements estampillés comme tels dont nous avons connaissance. Du Sud au Nord…

Marseille

Les enseignements, conférences et formations sur Marseille et sa région sont nombreux cette année :

A l’université

Denis Caroti, l'Aristote de la méthode scientifique

Université du Temps Libre (UTL) : deux séminaires « Esprit critique et autodéfense intellectuelle » sont ouverts pour les étudiant-e-s, le cours de niveau 1 ainsi que sa suite, niveau 2, pour celles et ceux ayant suivi le cours n°1. Un lundi sur deux à partir du 28 septembre (Denis Caroti).

– Ecole Centrale de Marseille : dans le cadre du tutorat assurés par les étudiants de l’ECM à destination des élèves de collèges et lycées marseillais, une formation centrée autour de l’approche pédagogique critique et zététique sera donnée tout au long de l’année (Denis Caroti).

Stages doctoraux

Deux nouveaux stages sont ouverts cette année :

– Zététique & Autodéfense intellectuelle

– Médias et pseudosciences

Les dates sont déjà fixées : 19-20 octobre et 22-23 octobre pour les deux premières journées. Une troisième journée de restitution est prévue pour le mercredi 4 novembre et vendredi 6 novembre (Denis Caroti)

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Nicolas Montes fait un cours de zététique en L1 Science de la Terre et Environnement et en M2 Sciences de l’Environnement Terrestre

Dans le secondaire

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– Conférences Sciences et esprit critique : à destination des lycées de la région PACA (académies de Nice et d’Aix-Marseille), 30 conférences sont à nouveaux proposées (3ème année consécutive) aux lycées qui en ont fait la demande, ceci dans le cadre du dispositif régional Science Culture . Différents sujets sont traités en fonction des attentes des professeurs impliqués dans le dispositif (Cyrille Baudouin & Denis Caroti, Guillemette Reviron).

– Cours « Sciences et esprit critique » au collège Stéphane Mallarmé : tous les jeudis avec les élèves de 3ème qui se portent volontaire pour un cours optionnel traitant de zététique appliquée (Denis Caroti).

– Stages pour enseignants :depuis 2008, la formation « Sciences et pseudosciences » figure au plan de formation pour les enseignants du secondaire. Elle est à nouveau reconduite cette année. Inscriptions à partir du 15 septembre (Denis Caroti, Julien Pellegrino, Yannick Laurent).

Carcassonne

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Marion Margerit et Marie-Hélène Hilaire relancent les Enquêtes Z au collège Le Bastion, ateliers ouverts aux élèves de 6ème et 5ème.

Montpellier

A destination des enseignants

Caroline Roullier
Caroline Roullier

Cette année, cinq formations sont proposées par le Cortecs dans le PAF :

  • Agir pour l’égalité fille-garçon (n° de la formation dans le PAF : 15A0110405) animée par Caroline Roullier
  • Agir pour l’égalité fille-garçon (sous forme de Formation Territoriale – n° de la formation dans le PAF : 15A0110414) animée par Caroline Roullier
  • Médias, pseudosciences et esprit critique (n° de la formation dans le PAF : 15A0110667) animée par Guillemette Reviron
  • Mathématiques et auto-protection intellectuelle (n° de la formation dans le PAF : 15A0110484) animée par Guillemette Reviron
  • Vivre et apprendre dans l’établissement (sous forme de Formation Territoriale – n° de la formation dans le PAF : 15A0110461) animée par C. Roullier et G. Reviron

En détention

Les ateliers Médias et esprit critique se dédoublent à la maison d’arrêt de Villeneuves-lès-Maguelone et s’exportent au centre pénitentiaire de Béziers. Ils seront animés par Caroline Roullier et Guillemette Reviron

A l’université

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Deux sessions du cours Sciences et auto-défense intellectuelle seront proposées aux étudiants de L2 de l’Université de Montpellier, une par semestre. Ces cours sont ouverts moyennant discrétion.

Stages doctoraux

Outre le stage Médias et pseudosciences qui existe depuis 2010, Guillemette Reviron animera le stage Auto-défense mathématiques pour non mathématiciens

Nice

L’équipe composée d’Aziz Ziad, Martine Adrian-Scotto, David Mary et Thierry Corbard ont repris les enseignements légendaires de Henri Broch pour les licences 1 de sciences fondamentales.

Grenoble

Stages pour enseignants : depuis 2013, la formation « Sciences et esprit critique, zététique » figure au plan de formation pour les enseignants du secondaire. Elle est à nouveau reconduite cette année, à destination des collègues de physique-chimie, SVT, mathématiques et technologie, travaillant dans les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Inscription ici.

L’unité d’enseignement transversal « Zététique et autodéfense intellectuelle« , par Richard Monvoisin existe depuis 2005. Ce cours est ouvert au public.

Le cours spécialisé « Sciences et pseudosciences politiques » est porté pour la 2ème année par Clara Egger à l’Institut d’études politiques (second semestre). Il est ouvert au public.

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La première édition du séminaire « Complots et conspirationnismes« , co-animé par Clara Egger et Raùl Magni-Berton est ouvert à l’Institut d’études politiques. Il s’agit d’un séminaire de formation à la recherche, destiné aux étudiants de troisième année. Les cours débuteront le 17 septembre et se dérouleront principalement au premier semestre. Le second semestre est dédié au suivi des travaux des étudiants.

D’autres cours de pensée critique appliquée à des thèmes spécifiques existent à l’IEP, au niveau Master. Le cours « Les ONG et le système international » est ouvert, depuis 2013, aux étudiants en première année du master « Politiques et Pratiques des Organisations Internationales ». Deux autres cours débutent cette année : le cours « Élaboration de la décision scientifique »  (premier semestre, Master 1 & 2 « Sciences, Techniques et Démocratie ») et le cours « Les ONG islamiques » (premier semestre, Master 1 « Intégration et Mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient »).

Stage doctoral « zététique & didactique de l’esprit critique« , depuis 2006, par Richard Monvoisin.

Le stage doctoral « Médias & pseudosciences » créé en 2008 et le stage doctoral Auto-défense mathématiques pour non mathématiciens seront portés par Guillemette Reviron.

Stage doctoral « Science sans conscience… », depuis 2014, porté par Guillaume Guidon et Clara Egger.

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Stage « La santé  du thésard« , créé en 2015, est animé par Nelly Darbois et Albin Guillaud.

Stage doctoral « Enseignements et dominations« , depuis 2015, porté par Clara Egger.

Ismaël Benslimane

Le « Cours pratique d’autodéfense intellectuelle » à l’Université inter-âge du Dauphiné a été créé en 2012. Il est repris en 2015 par Ismaël Benslimane et Clara Egger.

 

Chambéry

Tudy Guyonvarch propose un atelier Autodéfense intellectuelle à la Maison d’enfance du Biollay, un centre de loisirs associatif géré et financé par la mairie. 7 séances sont proposées pour des enfants de 7 à 10 ans les mardis soirs de février-mars sur le Temps d’Accueil Périscolaire.

La Rochelle – Poitiers – Tours

Stage doctoral « zététique & didactique de l’esprit critique« , depuis 2011, par Richard Monvoisin, pour doctorant-es de Tours, Poitiers, Angers, La Rochelle relevant des écoles doctorales CIMES et CPMEC.

Lyon

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Le cours de Denis Machon s’adresse aux étudiants de L2 et L3 de toutes les spécialités de l’université Lyon I. Il s’intègre dans les enseignements intitulés « Transversales : Sciences Humaines et Sociales ». Denis est secondé de Mailÿs Faraut.

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Mailys Faraut

Brest

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Delphine Toquet développe depuis plusieurs années un enseignement critique pour les étudiant-es de l’école d’ingénieurs de Brest. Le CORTECS est invité chaque année en janvier pour y réaliser des ateliers zététiques.

Saint-Ouen

Sophie Mazet faisait un atelier d’autodéfense intellectuelle dans son lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen. Hélas nous ne pouvons en dire plus, car cette dame n’a jamais souhaité fonctionner en réseau.

Paris

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Florian Gouthière

Le Master Journalisme, culture et communication scientifiques de l’Université Denis Diderot (Paris VII) intègre désormais, au premier semestre de son Master 2, un module « esprit critique », inclus dans ses TD de médiation scientifique. Ce module a été conçu par Florian Gouthière il y a trois ans, initialement pour la Licence (L3) préalable à ce master. Les cours font découvrir aux étudiants les principes de base de la zététique, plusieurs mise en situation les amenant à mettre en pratique la théorie.

Lille

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Mikaël Salson

L’informaticien Mikaël Salson a ouvert deux enseignements de zététique. Le premier existe depuis 2013, pour les master de la filière journalisme scientifique de l’école supérieure de journalisme ; le second est une option pour les licence 3ème année d’informatique.

Le psychologue Mikaël Mollet a développé une unité d’enseignement sur la méthodologie en psychologie, niveau licence 2 à l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3.

Le cours de l’Université de Marne-la-Vallée n’existe plus, tout comme le cours de zététique de l’INSA de Lyon. Quant aux cours de l’école d’ingénieurs de Sceaux et de l’Université d’Artois, nous n’avons pas de nouvelles fraîches, idem pour l’école Polytechnique Supérieure de Dakar et l’Université de Belgrade.

Vous connaissez d’autres cours de ce genre ? Écrivez-nous.

phare breton

Un phare breton dans les ténèbres de la kinésithérapie

ÀPhare breton sous un beau ciel bleu l’école de kinésithérapie de Rennes, les « frères Piette », deux kinés et formateurs, furent à l’initiative, en collaboration avec le CorteX, de la création d’un module « formation à l’esprit scientifique ». Gaël Piette n’en est pas resté là et a cherché à évaluer l’impact de cet enseignement sur les attitudes et capacités critiques des étudiants, en les comparant à celles d’une population témoin n’ayant pas suivi ces cours.

Dans ce travail réalisé dans le cadre d’un master 2 en sciences de l’éducation, Gaël retrace également les parcours professionnel et intellectuel qui l’ont conduit petit à petit à se questionner sur l’efficacité de ses pratiques. Il y détaille aussi le contenu des cours qui furent dispensés à l’école de Rennes.

Toute l’originalité de sa démarche réside dans l’élaboration et la mise en place d’un questionnaire pour tester, rétrospectivement, si la  population exposée aux séquences  pédagogiques a une meilleure pensée critique et une moindre adhésion aux croyances que la population témoin. Bien sûr, Gaël n’hésite pas à souligner les limites de son expérimentation. Son travail pourra constituer une base solide pour des étudiants ou professionnels kinés souhaitant aborder le thème esprit critique et kinésithérapie.

Voici le mémoire en PDF : Mémoire Gaël PIETTE – Esprit critique et kinésithérapie.

Bravo à lui pour ce travail mené en parallèle d’un exercice professionnel chronophage ; ils sont fous ces bretons1 !

À noter qu’en Bretagne, les kinésithérapeutes peuvent, dans leur développement professionnel continu, choisir les formations « Sciences et croyances en kinésithérapie » ou « Choisir ses traitements à l’aide des statistiques ». Cela se passe ici.

Ateliers Zététique et esprit critique au collège

Cette année, nous avons eu l’occasion de travailler avec plusieurs enseignant·e·s souhaitant intégrer des séquences de zététique dans leurs cours. Voici le descriptif de ces ateliers effectués au collège Marie Laurencin, à Marseille, dans les cours de Nathalie Crouzet (physique-chimie) et chapeautés par Denis Caroti.

Le contexte

Depuis la rentrée 2013, un dispositif expérimental a été mis en place au collège Marie Laurencin (établissement ZEP) et permettant de former des groupes de travail allégés, tous les après-midi de la semaine. Ce cadre favorable a donné l’idée à Nathalie de monter des séquences de zététique avec ses élèves de 5ème et 3ème. Après quelques rencontres de préparations pour cerner ses objectifs et les sujets à traiter, nous avons décidé de consacrer 4 ateliers pour les groupes de 5ème et 3 ateliers pour le 3ème. Chaque atelier avait une durée de 45 minutes, voici le détail de chacun.

Premier atelier en 5ème : nos sens nous trompent !

Contexte : pour les besoins de la séquence, toute la classe était présente, soit 23 élèves environ.

Durée : 1h30

Objectif : présenter la facette zététique et introduire la facette Nos sens nous trompent afin de relativiser la valeur d’un témoignage dans le cadre d’une recherche sur la réalité d’un phénomène.

Préparation : c’était ma première intervention, j’ai donc profité de celle-ci pour effectuer l’expérience de Bertram Forer pour tester la pertinence d’une description personnalisée (mais en réalité identique) pour chaque élève. Il a donc fallu leur demander quelques renseignements personnels lors d’un cours précédent (date et lieu de naissance, écrire à la main) pour préparer les enveloppes contenant la description.

Outils présentés : effet Barnum, illusions d’optique

Diaporama : à télécharger ici

Résumé distribué aux élèves : à télécharger ici

Déroulement

En arrivant, les élèves savaient simplement qu’ils allaient assister à un cours de zététique. Après une présentation rapide et assez vague, j’ai annoncé qu’ils allaient participer à une expérience très importante, consistant à étudier et noter la qualité d’une description de leur personnalité, grâce aux informations fournies la semaine précédente.

Remarque : l’ambiance doit être bien maîtrisée pendant la lecture de la description et il est fondamental d’insister sur le caractère formel de l’expérience : pas de triche, aucune parole, respect des consignes.

Au signal, chaque élève a ouvert son enveloppe et a lu le texte, puis a entouré la note (de 0 à 5) et l’appréciation qu’il souhaitait lui attribuer.

La moyenne de la classe a été de 4,1/5 et le dénouement spectaculaire (lecture à haute voix de la description par un·e élève ayant attribué la note maximale à la description) a permis de lancer la séquence dans les meilleures conditions.

Après explications sur l’expérience, j’ai ensuite présenté la thématique générale et nous avons enchaîné avec la première facette « un témoignage n’est pas une preuve. Mille non plus » (voir diaporama).

J’ai également diffusé un extrait du film réalisé par Patrick Jean Mirages, les pouvoirs de l’esprit (voir les autres vidéos de Lazarus) où l’on voit notre collègue et ami Stéphane Bollati faire une séance de cold reading (lecture à froid).

J’ai également diffusé le canular de J.Y. Lafesse :

A la fin de l’atelier, j’ai distribué un résumé de la séquence ainsi que la photocopie de l’illusion d’Adelson :

CorteX_illusion_Adelson

Illusion que l’on peut retrouver « en vrai » dans cette vidéo :

A télécharger ici : CorteX_Illusion_Adelson_video

Premier atelier en 3ème : un témoignage n’est pas une preuve

Contexte : une moitié de classe de 3ème (préalablement séparée en deux groupes de 12, Nathalie faisant les mêmes séquences avec l’autre moité)

Durée : 45 min

Préparation : aucune

Objectifs : sensibiliser les élèves à l’attitude de doute à avoir face à nos perceptions et aux témoignages dans le cadre d’une recherche sur les faits.

Outils : illusions d’optique, cécité au changement, charge de la preuve

Diaporama : à télécharger ici

Résumé distribué aux élèves : à télécharger ici

Déroulement

Après avoir présenté la zététique et ses objectifs, j’ai démarré avec les illusions d’optique. J’ai distribué l’illusion d’Adelson (voir-ci-dessus) pour découpage des cases A et B afin de vérifier l’affirmation qu’elles étaient de même couleur.

L’illusion du lac (ci-dessous) est un excellent moyen pour faire toucher du doigt l’idée que l’on peut être également trompé dans un contexte familier et réel.

CorteX_illusion_lac_montagne

J’ai terminé avec l’expérience du décompte des passes. Voici une manière de procéder :

1/ On présente la vidéo « The original selective attention task » en indiquant que deux équipes (habillées en blanc et en noir) vont se faire des passes avec deux ballons de basketball : l’objectif est de compter le nombre de passes qu’effectuent les blancs : « Qui trouvera le score exact ? ».
Il faut insister : « c’est une tâche complexe, le silence est donc requis ».

2/ La vidéo est diffusée. On demande ensuite, sans laisser le temps aux commentaires, qui a vu : moins de 12 passes, 12, 13, 14, 15, 16, 17, plus de 17 – ce qui permet de montrer qu’il y a déjà une discordance dans les réponses. La bonne réponse est alors donnée (15) puis on ajoute « avez-vous vu quelque-chose d’étrange ? » puis « avez-vous vu un gorille passer au milieu de la scène ? ».

3/ On repasse la vidéo pour prouver la présence du gorille.

4/ Si en préambule on s’aperçoit que les élèves connaissent cette vidéo, qui date de 1999, on présente une deuxième vidéo datée de 2010 : « The Monkey Business Illusion » est basée sur le même principe. Personne ne devrait rater le gorille mais cette fois plusieurs changements dans la scène (sortie d’un personnage, couleur des rideaux) auront échappé à une majorité de personnes.

6/ Faisant croire que l’on change de sujet, on diffuse la vidéo « Color changing card trick » de Richard Wiseman. Effet garanti.

1ère partie :

2ème partie

7/ On pourra, avec un groupe motivé, reproduire les deux expériences de cécité au changement suivantes :

– l’expérience de la bibliothèque,

– l’expérience de la porte, ou «door study».

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=FWSxSQsspiQ]

Pour aller plus loin : les travaux de DJ Simons : Simons, D.J. et Levin, D.T. (1997) Change blindnessTrends in Cognitive Sciences, 1(7), 261-267.

Deuxième atelier en 5ème et 3ème : l’alternative est féconde

Contexte : une moitié de la classe de 5ème (préalablement séparée en deux groupes de 12, Nathalie faisant les mêmes séquences avec l’autre moité). J’ai refait la même séquence avec le groupe de 3ème.

Durée : 45 min

Préparation : aucune

Objectifs : sensibiliser les élèves à la nécessité d’aller chercher des explications alternatives pour analyser un phénomène. Introduction du rasoir d’Occam.

Outils : l’alternative est féconde, rasoir d’Occam.

Diaporama : aucun

Résumé distribué aux élèves : à télécharger ici

Déroulement

J’ai tout d’abord commencé par rappeler que, si nos sens nous trompent, il ne faut pas pour autant jeter tous les témoignages à la poubelle. Mais pour savoir si un phénomène est réel ou pas, ces témoignages ne peuvent constituer une preuve solide. Pour aller plus loin, j’ai évoqué rapidement la question du niveau de preuve requis selon l’affirmation qui était avancée : affirmer que l’on a aperçu un kangourou voler dans le ciel de Martigues demande une preuve bien plus solide que l’affirmation « j’ai vu une voiture orange sur l’autoroute ».

J’ai ensuite démarré la séance avec la vidéo du célèbre hypnotiseur Franck Syx :

Télécharger ici

On peut également montrer celle-ci, dans laquelle l’hypnotiseur donne plus de détails :

[dailymotion id=xvkjbf]

J’ai ensuite demandé leurs avis aux élèves. On obtient plusieurs réactions, dont « c’est incroyable ! » ou « c’est bidon », ou encore « y a un truc ».

Face à un phénomène qui sort de l’ordinaire, une attitude rationnelle pour en connaître la cause consiste à rechercher d’autres alternatives et formuler des hypothèses explicatives. Ainsi, j’ai proposé aux élèves d’en formuler une chacun leur tour ce qui a donné : « l’animatrice est complice ; il y a un trucage vidéo ; il y a un trucage avec les tréteaux ; il ne monte pas vraiment dessus ; il y a un fil qui la maintient en l’air. »

Cette phase a nécessité au moins 5 minutes et, comme à chaque fois, un élève a pris la parole pour dire que, tout simplement, on pouvait y arriver sans être hypnotisé (souvent formulé autrement, par exemple « tout le monde peut le faire ! »

« Très bonne idée ! Prouve-le ! » ai-je rétorqué, ce qui a permis de passer à la phase de vérification : l’élève en question a été placé entre deux tréteaux, sans être hypnotisé évidemment, et on a fait monter un de ses camarades, debout, pieds posés sur son thorax et ses tibias. Les précautions d’usage étaient scrupuleusement respectées (élève sans problème au dos, épaules et bas des mollets posés sur les tréteaux maintenus par d’autres élèves pour éviter tout problème) et tout s’est passé sans souci, d’autres élèves souhaitant passer sur les tréteaux !

La conclusion est très importante à ce stade : nous ne venons pas de démontrer que l’hypnose n’existait pas, ou que Franck Syx n’avait pas la capacité de mettre un sujet en catalepsie, ou bien encore que tout ceci est un énorme canular organisé par M6. Non, nous avons seulement montré – ce qui est déjà énorme – que toutes ces hypothèses étaient inutiles pour expliquer le phénomène auquel nous avons assisté.

Un élève a alors fait remarquer que nous avions choisi une explication parmi d’autres, et qu’il ne comprenait pas pourquoi. Ce fut l’occasion d’évoquer le principe parcimonie (également nommé rasoir d’Occam), en utilisant la vidéo d’une publicité pour Canal+ :

« Quelle hypothèse vous semble la plus « simple », la moins coûteuse ? » ai-je demandé. Il semblait évident que, avant d’accepter une explication aussi extraordinaire et coûteuse que celle donnée par le jeune homme surpris dans l’armoire, l’hypothèse de l’adultère devait être privilégiée.

J’ai tenté d’insister sur la notion d’explication coûteuse versus parcimonieuse en évitant de recourir à l’adjectif « simple » (voir ici sur le rasoir d’Occam), mais il est toujours difficile de faire sentir les nuances entre des termes peu utilisés par les élèves. J’ai ainsi pu répondre à la question sur la catalepsie : nous pouvons nous tromper, mais en l’absence d’autres informations et en l’état actuel de ce qui est affirmé par l’hypnotiseur, nous devons choisir l’hypothèse d’une capacité ordinaire – mais surprenante – de tenir allongé entre deux tréteaux.

Troisième atelier en 3ème : le bizarre est possible

Contexte : une moitié de la classe de 3ème (même groupe qu’auparavant).

Durée : 45 min

Préparation : aucune

Objectifs : permettre aux élèves de toucher du doigt la notion de taille d’échantillon et de tri des données, interpréter les coïncidences sous un angle probabiliste.

Outils : le bizarre est possible, tri des données, taille d’échantillon

Diaporama : à télécharger ici

Résumé distribué aux élèves : à télécharger ici

Déroulement

J’ai démarré cette séance avec la vidéo ci-dessous (lancers de canettes) pour faire réagir les élèves, mais il est tout à fait possible d’en prendre une autre, comme la seconde par exemple (paniers de basket) :

Paniers de basket incroyables :

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=3arMOg_W_lM]

A la vue de cette vidéo (lancers de canettes), les élèves ont eu deux réactions typiques : « les personnes filmées sont extrêmement douées » et « il y a un trucage vidéo ».

J’ai alors demandé de se remémorer la séance précédente, amenant les élèves à chercher d’autres alternatives. Une hypothèse a alors été formulée : « ils sont peut-être malins et ils se sont filmés plein de fois ! Puis ils ont gardé les vidéos qui marchaient…« .

J’ai alors évoqué la notion de taille de l’échantillon grâce à la vidéo suivante où l’on voit un lanceur de baseball frapper un oiseau en plein vol avec sa balle :

Lorsque l’on veut savoir si un événement est extraordinaire il faut comparer deux choses : la probabilité qu’il a de se produire avec le nombre de fois où ce phénomène s’est produit. Avec la vidéo sur l’oiseau on amène les élèves à exprimer clairement le fait qu’un nombre énorme de balles ont été lancées et filmées dans le monde entier ce qui, comparé à la probabilité estimée très faible que la balle arrive au même endroit et au même moment que l’oiseau, nuance grandement « l’extraordinarité » de l’événement.

On parle alors de tri des données puisque, parmi tous les événements (lancers de balle, lancers de canettes), on n’a retenu que celui ou ceux qui sortaient de l’ordinaire. J’ai pris deux exemples rapides : le loto et l’histoire de Paul le poulpe (voir diaporama)

En revenant sur les lancers de canettes, les élèves étaient d’accord pour dire que cette explication était moins coûteuse que les autres, ce qui m’a permis de proposer l’expérience suivante : quelle est la probabilité d’obtenir 7 fois « pile » consécutivement en lançant une pièce ? Le calcul est assez vite compris par les élèves : 1 chance sur 2 à chaque lancer, ce qui donne une probabilité de 1/128 = 0,0078, soit environ 0,78%. Moins d’une chance sur cent, c’est assez faible, et pour le faire vraiment sentir aux élèves je pose la question suivante : « si je vous demandais de penser à un nombre entre 1 et 128 et que je le découvrais, penseriez-vous que ce soit par hasard ? Il semble que non car il y a 128 possibilités ! » Les élèves saisissent ainsi les très faibles chances de réussir l’expérience.

Après quelques minutes de discussions, les élèves ont proposé de reproduire l’expérience plusieurs fois : en multipliant les tentatives, on aura d’autant plus de chance d’obtenir 7 fois « pile » de suite, ce que nous avons fait. En quelques minutes au moins un élève y est parvenu. J’avais également proposé de former des binômes, l’un étant chargé de filmer avec son téléphone les lancers de son camarade. Mais la fin de la séance était proche et nous avons simplement conclu : le bizarre est possible, attention au tri des données et pensons toujours à la taille d’échantillon.

Troisième atelier en 5ème : coïncidences extraordinaires ?

Contexte : une moitié de la classe de 5ème

Durée : 45 min

Préparation : aucune

Objectifs : permettre aux élèves de toucher du doigt la notion de taille d’échantillon et de tri des données, interpréter les coïncidences sous un angle probabiliste.

Outils : le bizarre est possible, tri des données, taille d’échantillon

Diaporama : à télécharger ici

Résumé distribué aux élèves : à télécharger ici

Déroulement

Cette séance a débuté comme celle réalisée avec les 3ème ce qui m’a permis d’introduire la notion de tri de données et taille d’échantillon (voir ci-dessus). Puis, au lieu de partir sur l’expérience des lancers de pièce, j’ai proposé aux élèves de revenir sur ce que l’on appelle habituellement les « coïncidences extraordinaires ». J’ai choisi celle des nombres récurrents 9 et 11 lors des attentats du World Trade Center. À titre d’exemples :

– La tragédie a eu lieu le 11 de Septembre, soit le 11/9 (1+1+9=11).

– La date coïncide avec le numéro des urgences 911 or 911= 9+1+1=11.

– Le 11 Septembre, est le 254ème jour de l’année soit : 2+5+4=11.

– À partir du 11 septembre il reste 111 jours jusqu’à la fin de l’année.

– « New York City » comporte 11 lettres.

– New York est l’état n°11 des USA.

– Afghanistan comporte 11 lettres.

– « The Pentagon » comporte 11 lettres.

– George W. Bush comporte 11 lettres.

– Les Twin Towers de part leur forme nous rappelle le 11.

J’ai alors fait remarquer que ces coïncidences semblaient trop surprenantes pour être dues au hasard (après vérification, il se peut d’ailleurs que certaines soient tout simplement fausses ou inventées). Puis j’ai demandé : « un peu comme la balle de baseball qui percute l’oiseau ? Comme les lancers de canettes ? Qu’oublie-t-on de regarder dans ces coïncidences avec les nombres 9 et 11 ? » Les élèves comprennent assez vite que nous n’avons pas cherché les non-coïncidences : tout ce qui ne colle pas avec ce nombre, comme par exemple la ville de New York, qui ne comporte pas 11 lettres.

Pour permettre de mieux comprendre ce tri des données, j’ai ensuite proposé l’expérience suivante aux élèves : « par binôme, vous devez trouver un maximum de coïncidences avec votre camarade. Jour, lieu, date de naissance, prénoms des parents, des frères et soeurs, adresse, couleur préférée, dernier film vu, date de naissance des membres de la famille, etc. » Pour pimenter un peu la recherche, j’ai indiqué que l’équipe qui trouverait le plus de coïncidences serait déclarée « l’équipe la plus extraordinaire de la classe ! ».

En quinze minutes, tous les binômes avaient trouvé au moins une dizaine de coïncidences…

Remarques complémentaires

Tout d’abord, on pourra trouver un grand nombre de ressources supplémentaires (vidéos et images) sur la page dédiée au livret Esprit critique es-tu là ? 30 activités zététique pour aiguiser son esprit critique.

Vous êtes enseignant·e et vous souhaitez faire la même chose ? N’hésitez pas à nous contacter. Vous avez déjà fait ce type d’ateliers ? Partagez-les en nous les signalant.

Contacts :

Le collectif CorteX : contact@cortecs.org

Denis Caroti : caroti@cortecs.org

Denis Caroti

Une bonne poignée de mini-conférences CORTECS

Depuis août 2012, le centre névralgique du CORTECS est hébergé dans la bibliothèque des sciences de l’université de Grenoble (appelé aussi SICD1). L’occasion était belle pour agiter un peu l’auditorium qui trône au milieu. Sous la maîtrise technique de Jean-Michel Mermet, nous avons procédé depuis septembre 2012 à plusieurs conférences thématiques critiques, d’un format très court (30mn + questions), qui sont toutes disponibles, soit sur le site des Ateliers de l’information là-bas, soit ci-dessous, en cliquant sur celle qui vous intéresse.


Table des matières

Zététique et autodéfense intellectuelle, par Richard Monvoisin

Tester l’extraordinaire : 2 cas expliqués, par Richard Monvoisin

Le placebo et ses facettes, par Nicolas Pinsault

Choisir un thérapeute – des outils pour nous aider, par Nicolas Pinsault

Dérives sectaires & esprit critique, par Richard Monvoisin

Analyse scientifique de l’homéopathie, par Richard Monvoisin

Critique du système de publication scientifique, par Nicolas Pinsault

La psychogénéalogie et ses dérives, par Nicolas Gaillard

Les argumentocs – sophismes et rhétoriques fallacieuses, par Nicolas Gaillard

Mésusages mathématiques dans les médias, par Guillemette Reviron

Psycho-pop, psychologies de comptoir et leurs dérives, par Nicolas Gaillard

Les historiens de garde : pourquoi Lórant Deutsch et son Métronome posent problème, par Guillaume Guidon

L’identité européenne et la fabrique des Européens : décryptage d’une construction politique, par Clara Egger, IEP

L’art de corrompre les futurs médecins. Exemple vécu, par Jessica Guibert

Idées reçues et récupérations idéologiques de la théorie de l’évolution, par Julien Peccoud

Comment lire et comprendre des articles scientifiques ?, par Nicolas Pinsault

Les rouages de la propagande de guerre : des Sudètes (1938) à la Syrie (2013), par Clara Egger & Richard Monvoisin

Mieux comprendre la croyance aux conspirations, par Anthony Lantian

Qu’est-ce qu’une imposture intellectuelle ?, par Denis Caroti

Est-il utile de dormir ?, par Patrick Lévy, président de l’UJF

Il faut sauver la neutralité d’Internet ! par Silvie Renzetti, bibliothécaire SICD1

Les créationnismes et l’intrusion de valeurs en sciences, par Julien Peccoud

L’Intelligent Design : la face pseudo-scientifique du créationnisme, par Julien Peccoud

Peur sur la ville : les islamistes, Al Qaïda et le djihad global, par Clara Egger, Collectif CorteX

La trépidante histoire du droit d’auteur (1) « le piratage c’est du vol », et autres phrases chocs, par l’Association Grésille

La trépidante histoire du droit d’auteur (2) La crise, par l’Association Grésille

La « théorie » du genre, par Guillemette Reviron

Le freudisme : un conte scientifique ? Par Jacques Van Rillaer

Peur sur la ville : les islamistes, Al Qaïda et le djihad global (2), par Clara Egger.

Les neuromythes, par Nelly Darbois


Zététique et autodéfense intellectuelle, par Richard Monvoisin

(14 octobre 2012) Durée avec les questions : 51 min. Télécharger (format .m4v, 605Mo). Télécharger le support.

Tester l’extraordinaire : 2 cas expliqués, par Richard Monvoisin

(22 novembre 2012). Durée avec les questions : 50 min. Télécharger (format .m4v, 395Mo) Télécharger le support.

Le placebo et ses facettes, par Nicolas Pinsault

(28 novembre 2012). Durée avec les questions : 55min. Télécharger (format .m4v, 438Mo) Télécharger le support.

Choisir un thérapeute – des outils pour nous aider, par Nicolas Pinsault

(30 janvier 2013) Ostéopathie, kinésithérapie, chiropractie, kinésiologie, micro-kinésithérapie… L’offre de thérapies disponible pour prendre en charge nos maux quotidiens est pléthorique. Comment choisir ? Sur quels critères ? Durée avec les questions : 61min. Télécharger (format .m4v, 478Mo) Télécharger le support.

Dérives sectaires & esprit critique, par Richard Monvoisin

(6 février 2013). Les dérives sectaires font sourire, jusqu’à ce qu’un de nos proches se retrouve engoncé dans une de ces mécaniques aliénantes. Nous verrons comment fonctionnent ces aliénations mentales, quels sont les terrains les plus propices à leurs développement et quelques outils de préventions simples. Durée avec les questions : 58mn. Télécharger (format .m4v, 685Mo) Télécharger le support.

Analyse scientifique de l’homéopathie, par Richard Monvoisin

(20 février 2013). Homéopathie, pour ? Contre ? Pour ou contre quoi, au fait ? Pour ou contre son enseignement, son remboursement, sa théorie sous-jacente, le retrait de certains produits ? Aborder ce sujet en 30 minutes est un sacré pari. Durée avec les questions : 54 min. Télécharger (format .m4v, 730Mo) Télécharger le support.

Critique du système de publication scientifique, par Nicolas Pinsault

(6 mars 2013). Le processus de publication scientifique par le biais d’une validation par les pairs est construit pour s’assurer de la qualité des informations publiées. Qu’en est-il vraiment ? Où sont les failles du processus ? Durée avec les questions : 48min. Télécharger (format .m4v, 214Mo) Télécharger le support.

La psychogénéalogie et ses dérives, par Nicolas Gaillard

(10 avril 2013). Cette méthode de psychothérapie consiste à rechercher dans le vécu de nos ancêtres les sources de nos troubles psychologiques et maladies. Avec ses calculs mathématiques, son vocabulaire psychologique et ses « succès » thérapeutiques, elle se pare de scientificité. Pourtant, derrière cette apparence, une analyse critique s’impose. Durée avec les questions : 52 min. Télécharger (format .m4v, 418Mo) Télécharger le support.

Les argumentocs – sophismes et rhétoriques fallacieuses, par Nicolas Gaillard

(20 juin 2013). Marre des discours pompeux, des phrases fumeuses, des joutes oratoires moisies ? Ad hitlerum, ad populum, faux dilemmes et technique de l’homme de paille… Venez apprendre à reconnaître à 10 kilomètres une escroquerie rhétorique ! Durée avec les questions : 54 min. Télécharger (format .m4v, 429Mo) Télécharger le support.

Mésusages mathématiques dans les médias, par Guillemette Reviron

(11 septembre 2013). Chiffres de la délinquance, du chômage, de la fraude aux allocations, de l’immigration, des dépenses publiques, de la croissance, du moral des ménages, du CAC 40, de la consommation : les recours aux chiffres dans les médias sont particulièrement courants. Face à ces avalanches de chiffres, le public adopte souvent deux attitudes contradictoires : d’une part un grand respect des données chiffrées (qui deviennent ainsi un argument d’autorité très performant), d’autre part une « mathophobie » très présente. Ces réactions peuvent inciter à baisser les bras et à renoncer à comprendre ce qui se dit et surtout ce qui ne se dit pas. Ne reste alors que les impressions créées par les chiffres énoncés. L’objectif de cette conférence est de présenter des outils simples, accessibles à tous, pour démystifier les chiffres et surtout pour apprendre à oser les questionner. Durée avec les questions : 42min. Télécharger (format .m4v, 490Mo) Télécharger le support.

Psycho-pop, psychologies de comptoir et leurs dérives, par Nicolas Gaillard

(18 septembre 2013). La gamme de concepts de psychologie humaine que l’on retrouve exposés dans les ouvrages ou les médias dits « grand public » s’avèrent souvent plus proches de la pseudo-science que de la véritable vulgarisation scientifique. En entrant dans le langage quotidien, cette psychologie « populaire » semble offrir les clés d’interprétation de notre environnement : éducation, vie de couple, relations familiales, réussite personnelle et professionnelle, etc. Mais Comment se prémunir face à des concepts nébuleux propices aux interprétations les plus fantaisistes et aux conséquences parfois dramatiques ? Comment s’y retrouver dans le monde du « psy » et éviter ses travers ? Nous aborderons quelques outils d’autodéfense intellectuelle utiles pour maintenir notre vigilance critique dans ce domaine. Durée avec les questions : 46 min. Télécharger (format .m4v, 412Mo) Télécharger le support.

Les historiens de garde : pourquoi Lórant Deutsch et son Métronome posent problème, par Guillaume Guidon

(2 octobre 2013). A travers l’exemple de Lórant Deutsch et de son désormais célèbre « Métronome », déjà vendu à plus de deux millions d’exemplaires, l’objectif de cette séance est de s’interroger sur les usages et l’écriture de l’histoire. Comment ces dernières années, à contre-courant total de l’évolution des sciences humaines et de la recherche historique, certains « historiens » improvisés comme Lórant Deutsch en reviennent à l’écriture d’une histoire nationale, patriotique, faite par les « grands hommes » ? Comment la méthode historique qui se veut scientifique est complétement balayée par ces auteurs ? Comment ces « historiens de garde » parviennent à toucher un auditorat large grâce à des relais médiatiques puissants ? Voici quelques unes des questions auxquelles nous tacherons de répondre. Durée avec les questions : 52 min. Télécharger (format .m4v, 434Mo) Télécharger le support.

L’identité européenne et la fabrique des Européens : décryptage d’une construction politique, par Clara Egger, IEP

(9 octobre 2013). L’ identité en science politique fait référence aux valeurs et aux modes de vie communs mais aussi au processus d’attachement des citoyens à la communauté politique. Après avoir construit l’Europe, voilà qu’on s’efforce de construire les Européens. Oui mais voilà on ne s’attache pas facilement à une Union Européenne perçue comme lointaine, froide et technocratique. Dans ce contexte tous les moyens sont bons : recours à l’imaginaire politique, aux mythes, et, pourquoi pas à la peur. Décryptage. Durée avec les questions : 39min. Télécharger  (format .m4v, 335Mo ) Télécharger le support.

L’art de corrompre les futurs médecins. Exemple vécu, par Jessica Guibert

(16 octobre 2013). Itinéraire d’une étudiante en médecine parmi les diverses sollicitations des laboratoires pharmaceutiques… Comment les industries de santé cherchent-elles à influencer les futurs médecins ? Peuvent-ils échapper à cette stratégie de promotion ? Durée avec les questions : 47min. Télécharger  (format .m4v, 398.14Mo ) Télécharger le support.

Idées reçues et récupérations idéologiques de la théorie de l’évolution, par Julien Peccoud

(23 octobre 2013). Bien que traitée dans les programmes de l’Éducation Nationale, la théorie de l’évolution est souvent surinterprétée ou mal comprise. Son enseignement reste difficile car nécessite une attention toute particulière sur les analogies et les termes utilisés afin de ne pas entretenir des conceptions fallacieuses, déjà bien trop présentes dans les médias. Mieux connaître les facettes de cette théorie permet de se prémunir face aux interprétations classiques (anthropocentrisme, finalisme, complexité irréductible) qui font le lit des créationnismes de toutes sortes. Durée avec les questions : 39min. Télécharger  (format .m4v, 457.11Mo ) Télécharger le support.

Comment lire et comprendre des articles scientifiques ?, par Nicolas Pinsault

(13 novembre 2013) Un point commun des crèmes anti-rides, shampoings contre la perte des cheveux, thérapies manuelles révolutionnaires pour faire disparaitre les migraines est souvent le critère d’efficacité « scientifiquement prouvé » dont ils se parent. Mais comment savoir si la méthode utilisée est bonne pour évaluer une efficacité ? Durée avec les questions : 41min. Télécharger  (format .m4v, 443Mo ) Télécharger le support.

Les rouages de la propagande de guerre : des Sudètes (1938) à la Syrie (2013), par Clara Egger & Richard Monvoisin

(20 novembre 2013) La propagande est un ensemble de moyens psychologiques développés pour influencer la perception publique des événements ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d’une manière prédéfinie. La propagande de guerre a ceci de particulier qu’elle est extrêmement simple à décrypter, et pourtant efficace, même en France. Petit survol. Durée avec les questions : 1h06min. Télécharger  (format .m4v, 548Mo ) Télécharger le support.

Mieux comprendre la croyance aux conspirations, par Anthony Lantian

(27 novembre 2013) Pour quelles raisons certaines personnes ont-elles tendance à voir derrière les faits d’actualités les signes d’une vaste conspiration mondiale ? Cette présentation aura pour objectif de donner un aperçu de ce que les recherches en psychologie sociale peuvent nous apprendre au sujet des croyances aux théories de la conspiration. Durée avec les questions : 59min. Télécharger  (format .m4v, 508Mo ) Télécharger le support.

Qu’est-ce qu’une imposture intellectuelle ?, par Denis Caroti

( 24 janvier 2014). L’utilisation d’un jargon scientifique pour impressionner le quidam n’est pas l’apanage des charlatans : l’usage plus subtil de concepts mathématiques ou physiques pointus, notamment pour alimenter des analogies et extrapolations abusives, se retrouvent dans les textes de nombreux auteurs bien connus. Dénoncées par Alan Sokal et Jean Bricmont il y a plus de dix ans, ces « impostures intellectuelles » surfent sur la vague d’un relativisme à la mode, pour lequel l’objectivité est une simple convention sociale. Comment pouvons-nous les déceler et les désamorcer ? Durée avec les questions : 35min. Télécharger  (format .m4v, 295Mo ) Télécharger le support.

Est-il utile de dormir ?, par Patrick Lévy, président de l’UJF

(26 janvier 2014). 1/ Dans les sociétés modernes, la privation de sommeil semble être le prix à payer de l’évolution des modes de vie et de travail ; 2/ dans le même temps, la recherche a mieux cerné pourquoi nous dormons et quelle est la fonction du sommeil pour l’équilibre général de notre organisme ; 3/ c’est cette contradiction qui doit être explorée dans ces différentes dimensions. Durée avec les questions : 46min. Télécharger  (format .m4v, 389Mo ) Télécharger le support.

Il faut sauver la neutralité d’Internet ! par Silvie Renzetti, bibliothécaire SICD1

(19 mars 201). La neutralité de l’Internet est une question technique qui met en jeu des opérateurs économiques puissants et implique des enjeux politiques forts, c’est pourquoi au-delà du débat d’experts, il serait tout à fait imprudent de se désintéresser d’un tel sujet. Cet exposé tente de comprendre quels sont les termes, les acteurs et les conséquences de cette question débattue depuis des années. Durée avec les questions : 42min. Télécharger  (format .m4v, 351Mo ) Télécharger le support.

Les créationnismes et l’intrusion de valeurs en sciences, par Julien Peccoud

(26 mars 2014). Le créationnisme nait avec les textes sacrés mais le débat autour de la question des origines et de l’évolution de la vie a émergé avec l’avènement des pensées évolutionnistes et plus précisément de la théorie de l’évolution de Charles Darwin. Ces courants créationnistes, très divers, se réclament originellement des écritures saintes mais s’en éloignent dans des courants plus récents. Pour autant, les procédés rhétoriques restent équivalents, unifiés dans des schèmes de pensée communs. Afin de se faire un avis objectif, il est donc important de pouvoir identifier les origines, les pensées et les liens que ces différents courants entretiennent ainsi que de discerner leurs arguments fallacieux à l’encontre de la théorie de l’évolution. Durée avec les questions : 46min. Télécharger  (format .m4v, 383Mo ) Télécharger le support.

L’Intelligent Design : la face pseudo-scientifique du créationnisme, par Julien Peccoud

(2 avril 2014). L’intelligent design (ID) est un courant proposant une alternative souvent séduisante à la théorie de l’évolution. Les arguments sont très divers et les tenants de l’ID peuvent se réclamer d’un évolutionnisme mais révoquent la notion de hasard en proposant que des « forces » transcendantes puissent guider ou être à l’origine de cette évolution. Le but de cette conférence sera de contrer quelques arguments de l’ID sur le champ de la biologie évolutive mais surtout d’analyser sa légitimité dans le champs de la science et en quoi l’ID reste un créationnisme, une porte d’entrée aux intrusions spirituelles et aux valeurs en sciences ainsi qu’une stratégie politique. Durée avec les questions : 46min. Télécharger  (format .m4v, 392Mo ) Télécharger le support.

Peur sur la ville : les islamistes, Al Qaïda et le djihad global, par Clara Egger, Collectif CorteX

(9 avril 2014) « Internationale terroriste », « arc de crise djihadiste » sont autant de pseudo-concepts créés depuis le 11 Septembre 2001 pour analyser les relations internationales sous le prisme d’un affrontement entre l’ « Occident » et l’ « Islam ». A l’image de la prise d’otage à Nairobi en septembre dernier, chaque événement est utilisé pour confirmer la thèse d’un terrorisme islamiste susceptible de frapper partout, n’importe quand au nom du djihad global. Mais qu’y a-t-il derrière le concept d’« islamisme » ? Peut-on réduire l’ensemble des mouvements se revendiquant de cette idéologie à ce mot-valise ? Le 11 Septembre a-t-il véritablement changé la donne de la politique internationale ? Durée avec les questions : 38min. Télécharger  (format .m4v, 323Mo ) Télécharger le support.

La trépidante histoire du droit d’auteur (1) « le piratage c’est du vol », et autres phrases chocs, par l’Association Grésille

(16 avril 2014). Une courte vidéo annonçant que « le piratage, c’est du vol » est imposée à tous les spectateurs de DVD achetés dans le commerce. Pourtant, ces six mots contiennent un nombre de contre-vérités assez impressionnant. Dans cet atelier, nous décortiquerons cette phrase, ainsi que quelques autres à propos du droit d’auteur et d’Internet. Internet signe-t-il la mort de l’industrie du disque ? Internet est-il une zone de non-droit ? Le droit d’auteur encourage-t-il la création artistique ? Le piratage nuit-il à la création artistique ? Durée avec les questions : 37min. Télécharger  (format .m4v, 311Mo ) Télécharger le support.

La trépidante histoire du droit d’auteur (2) La crise, par l’Association Grésille

(23 avril 2014). Le droit d’auteur est forcé de changer. Ses conditions d’existence ne tiennent plus : il est remis en cause par la possibilité de s’abstraire du support physique des œuvres, et de copier celles-ci pour un coût négligeable. L’industrie du divertissement l’a bien compris et déploie une énergie importante pour contrôler la distribution culturelle sur ce nouveau média. Si Internet et l’informatique révolutionnent la création, ils fournissent aussi aux industries du divertissements des moyens de contrôle pour préserver leur position et s’opposer à cette révolution. Dans cet atelier, nous aborderons cette crise et l’évolution de la création culturelle qui en résulte.
Durée avec les questions : 42min. Télécharger (format .m4v, 344Mo ) Télécharger le support.

La « théorie » du genre, par Guillemette Reviron

(28 mai 2014). Depuis son entrée dans les programmes des classes de 1ères L et ES en 2011, ladite « théorie du genre » a suscité de vives inquiétudes et de fortes oppositions (lettre de députés demandant son retrait des programmes scolaires, veilles de parents d’élèves dans les écoles, tracts distribués devant les écoles, journée de retrait de l’école). La médiatisation de cette protestation a fortement contribué à entretenir de grandes confusions sur la notion de genre, véhiculant notamment l’idée que la « théorie du genre » a pour objectif de gommer les différences entre les sexes. Or, contrairement à ce qui fut souvent affirmé, les études sur le genre ne nient pas les différences entre les sexes : elles mesurent les différences non biologiques entre les sexes, mettent en évidence les processus qui les perpétuent et étudient les rapport de domination entre les sexes qui en résultent. Durée avec les questions : 62min. Télécharger (format .m4v, 503Mo ) Télécharger le support

Le freudisme : un conte scientifique ? Par Jacques Van Rillaer

(09 oct. 2014). Partant du commentaire fait par Krafft-Ebing d’une conférence de Freud : « cela ressemble à un conte scientifique », on montrera que Freud, qui croyait que sa place était à côté de Copernic et Darwin, est à placer à côté de Charles Perrault et les frères Grimm, les auteurs de contes. Durée avec les questions : 57min. Télécharger (format .m4v, 498.8Mo )

Peur sur la ville : les islamistes, Al Qaïda et le djihad global (2), par Clara Egger.

(2 dec. 2014). Durée avec les questions : 45min. Télécharger (format .m4v, 503Mo ) Télécharger le support

Les neuromythes, par Nelly Darbois

(26 mai 2015). Dans le milieu de l’éducation comme de la santé, le recours à des concepts découlant des neurosciences est fréquent, souvent pour donner du crédit à des méthodes pédagogiques ou des thérapies et ainsi en légitimer l’usage. Il existe dans ces domaines ce qu’on appelle parfois des neuromythes : des concepts ou théories fausses ou non vérifiées sur le fonctionnement cérébral, découlant parfois d’une erreur de compréhension d’un fait scientifiquement établi. En parallèle de cela, nous avons tendance à accorder plus de crédit à une idée qui se réclame des neurosciences, qui utilise son langage ou ses images. Nous expliciterons quelques-uns de ces neuromythes et leur potentielles dérives. Durée avec les questions : 46min. Télécharger (format .m4v, 389Mo ). Télécharger le support

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Effet Pangloss, ou les dangers des raisonnements à rebours

Dans la Traverse N°2, revue des Renseignements Généreux parue en mars 2011, a été publié un article de Richard Monvoisin initulé L’effet Pangloss, ou les dangers des raisonnements à rebours..En voici le pdf ! Merci aux Renseignements Généreux et à la graphiste Clara Chambon.
Et pour s’entraîner, on pourra aller vite fait ici.
Note : en 2010, des doctorants-moniteurs ont réalisé un excellent Zétéclip sur le raisonnement panglossien. Voir ici.

Effet Pangloss : les dangers des raisonnements à rebours

Aujourd’hui je vous propose de regarder de près un raisonnement qui a l’air tout à fait anodin mais qui peut se révéler terrifiant. Ce raisonnement consiste à penser à rebours. À la manière de ces poils qui poussent à l’envers et s’enkystent dans la peau, il est agaçant et difficile à éliminer, quelle que soit la dose de crème dont on l’enduit. Il est bien plus répandu qu’on ne le pense, et nous allons essayer de le débusquer au travers de quelques exemples.

Le Loto

Je vais partir de la loterie nationale française, ledit Loto. Ayant pour objectif de nous soutirer jusqu’à nos derniers sous en nous faisant miroiter une lointaine et peu probable carotte, ce jeu, nous allons le voir, ressemble à une forme élaborée de soumission librement consentie. Si nous avons un élève de terminale scientifique à portée de main, demandons-lui d’évaluer nos chances de nous faire détrousser, c’est à son programme de maths. Sinon, nous allons le faire ensemble, ce n’est pas très compliqué.

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« Le loto, c’est facile, c’est pas cher, et ça peut rapporter gros ». Slogan de 1984.

Depuis 2008, le nouveau Loto (qui est plus difficile à remporter que l’ancien si l’on compare) demande d’obtenir 5 numéros parmi 49, ainsi que le numéro « chance » tiré parmi 10. Le nombre de tirages possibles se calcule ainsi : frac{ 49 times 48 times 47 times 46 times 45 }{ 1 times 2 times 3 times 4 times 5} times frac{10}{1}= 19068840

Sachant qu’il y a trois tirages par semaine (le lundi, le mercredi et le samedi), une personne dotée d’une espérance de vie à la naissance de 2010 en France (moyenne Femmes-Hommes : environ 82 ans) et qui, chose invraisemblable, jouerait dès le berceau à tous les tirages aura rempli le jour de sa mort 82 (ans) x 52 (semaines) x 3 (tirages) soit quelque chose comme 13000 grilles, en voyant large. Ça lui donne un peu moins d’une chance sur mille de gagner une fois la cagnotte. C’est peu.

Pour avoir un autre ordre d’idée, nous pouvons prendre le taux annuel moyen de mortalité d’un individu garçon de 33 ans vivant en France comme moi, qui est de 119 sur 100 000 (soit 1 sur 840) – qui signifie qu’un type en France a une chance sur 840 de mourir dans l’année de ses 34 ans. Partons du principe que la probabilité de mourir est uniforme tout le long de l’année. Lorsque j’achète un billet de loto j’ai autant de « chances » de mourir dans les 24 minutes qui suivent que de gagner le gros lot. Si j’avais 90 ans, j’aurais autant de chance de gagner le gros lot que de ne pas survivre 9 secondes à l’achat du billet1.

En clair, un individu guidé par sa seule raison refuserait de claquer ses étrennes comme ça. Mais l’humain n’est pas toujours rationnel, loin de là. Et à l’orée du bois, les tire-laine guettent.

altMonique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, deux sociologues ont décrypté le comportement des vainqueurs du Loto dans Les millionnaires de la chance (Payot, Paris, 2010). Ils expliquent que certains individus jouent au Loto en sachant bien que les chances de gagner sont minces, mais… moins minces que celles de changer de classe sociale. En d’autre terme, il serait plus probable pour les classes pauvres de devenir riche en cochant les cases qu’en travaillant d’arrache-pied – ce qui fait réflechir sur le  « mérite » et les encouragements à travailler plus.

Où est le raisonnement à rebours ? Il arrive.

Et les 100% de perdants ?

L’argument massue qui a été employé pour nous faire jouer pendant des années était, rappelons-nous : « 100% des gagnants auront tenté leur chance ».

Ce slogan, à bien y regarder, ne veut pas dire autre chose que ceci : « tous ceux qui ont gagné ont joué », ce qui ne nous apprend rien : on ne gagne pas au loto, au football ou au poker à l’insu de son plein gré – quoi que, lors des matchs nationaux de football, on en voie certains hurler en ville « on a ga-gné » alors qu’ils n’ont pas joué, que voulez-vous, c’est le charme chauvin du sport.

Le séduisant de l’affaire est qu’on nous édicte une règle sur les gagnants. Et comme vous et moi voudrions tous gagner, on se dit tiens, comment ont-ils fait ? Ont-il trituré un trèfle, un fer à cheval ? Eh bien non, ils se sont contenté de jouer. Ils ont tenté leur chance. Voilà. Mais si on y pense, la même chose est valable pour les perdants. Car, c’est ce que la Française des jeux ne nous dit pas : « 100% des perdants ont eu aussi tenté leur chance ! ». Et comble des choses, le 100% des perdants est vachement plus nombreux que le 100% des gagnants. Il n’y a pas beaucoup de gagnants, alors qu’il y a plein de perdants. Mathématiquement, ça se calcule, on a une chance de gagner le gros lot sur 19 millions et quelques (voir le tout premier calcul).

Chercher des raisons

Examinons maintenant ce qui se passe dans la tête d’un joueur lambda.

Quand il perd, il a une forte tendance à se dire quelque chose comme « la chance n’était pas là », puis à shooter dans une boîte de conserve qui traîne. C’était la normalité, qu’il ne gagne pas, il n’était pas dupe, il conclut parfois d’un l’air las « je ne gagne jamais, de toute façon » ou « de toutes les manières je n’ai jamais eu de chance au jeu ». Mais là où le perdant a somme toute un côté assez pragmatique, le gagnant lui, pas du tout ! Il en est même agaçant : il commence déjà par être content de lui, ce qui est une réelle faute de goût. Puis il se trouve plein de bonnes « raisons », comme « je le méritais », ou alors « j’ai joué les bons numéros », « je le sentais », etc.

C’est là que commence le raisonnement à rebours.

Les psychologues sociaux mettent des mots à cela, et c’est bien pratique : le perdant aura un « locus de contrôle » externe (la cause de son échec est le manque de chance, extérieur à lui), tandis que le gagnant aura un « locus de contrôle » interne (il attribue sa réussite à ses qualités propres, ce qui est horripilant). Depuis les travaux de Miller & Ross en 1975, on parle de biais d’autocomplaisance.

Rebours, rebours et ratatam

À chercher une raison pour avoir gagné, la tendance est forte à aller la trouver dans son mérite personnel, comme si le Hasard personnalisé se souciait d’évaluer nos mérites respectifs. Ou dans un coup du sort, comme une espèce d’ange gardien qui veille sur nous. Cela rejoint, vous vous rappelez peut être, le biais du monde juste (cf. Traverse N°1).

C’est effectivement le hasard (sans H majuscule) qui fait la différence entre le gagnant et le perdant. Si les 19 millions et quelques combinaisons possibles sont jouées, la probabilité que quelqu’un gagne est de 1 (on dit 1, mais ça veut dire 100%, tout comme une proba de 0,5 veut dire 50%).

Qu’il y ait un gagnant dans ces cas-là n’est pas une surprise. C’était même quasi-certain. L’incertain, c’est sur qui ça va tomber. Que ça tombe sur moi ou un inconnu, au fond, ce n’est qu’un aléa : il n’y a logiquement aucune conclusion à tirer, ni sur la beauté du monde, ni sur les numéros joués. Pourtant, c’est trop dur : devant la rareté statistique, on cherche une raison à rebours. Alors on se dit au choix

  • qu’on a de la veine,
  • qu’on s’est levé du pied droit,
  • qu’on avait touché sa patte de lapin,
  • que Dieu est bon,
  • que malheureux en amour, heureux au jeu,
  • que le hasard est gentil,

On se dit que quelque part (où ?) quelque chose (immatériel ?) comme la Chance lui a souri (avec quelles dents ?).

Mais le hasard n’est pas gentil. Ni méchant. En tant que volonté, il n’ « est » pas. Il n’obéit à rien, il se contrefout royalement de vous et de moi. Il ne se « contrefout » même pas.

Le sentiment d’avoir déjoué la volonté du Destin est d’ailleurs telle que bien peu veulent rejouer la semaine suivante la combinaison qui a déjà gagné, comme si elle était usée – ce qui n’a pas de sens, les tirages étant indépendants les uns des autres (on appelle ça le sophisme du joueur, je le dis pour l’anecdote).

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Raisonnement à rebours sur la bière, selon frère Joseph (extrait de Jean Van Hamme, Francis Vallès, Les maîtres de l’orge, vol. 1 1854, Charles).

Un balcon sur la tête de Tante Olga

Ce raisonnement à rebours nous arrive aussi en cas de coup dur. On a tous une histoire tragique en stock, comme un balcon qui se décroche juste au dessus de la tête d’une Tante Olga. Alors que la « normalité » est de ne pas se prendre le balcon sur la face (tout comme perdre au Loto), là, on se dit qu’il a « manqué » quelque chose à Tante Olga, du pot, de la veine, de la baraka, du cul bordé de nouilles. On se hasarde même à penser que les desseins du Seigneur sont impénétrables, ou que rien n’arrive par hasard, ou que c’était son karma, et qu’elle paye des vies antérieures plutôt fautives. Il se trouvera bien un vieux voisin un peu aigri, une vieille voisine grincheuse pour dire qu’au fond, entre nous, elle ne l’a pas volé2. Mais l’erreur est toujours la même : on se retrouve à raisonner à rebours sur ce cas seulement, et on oublie de replacer le cas dans la statistique de toutes les tantes (ou oncles) du monde qui se sont promenées un jour en passant sous un balcon et à qui il n’est rien arrivé, surtout pas un balcon.

Le TSD (tri sélectif des données)

Allons plus loin. Imaginons qu’à la terrasse d’une taverne, seul-e comme un menhir, vous jouez à pile ou face. Quelle est la probabilité d’obtenir cinq fois pile d’affilée ? Facile. 1 chance sur 2 au premier lancer (soit 0,5), pareil pour le deuxième, etc. Ça donne : 0,5×0,5×0,5×0,5×0,5 = 0,0312 environ, ça veut dire environ 3 chances sur 100.

Imaginons maintenant que dans 64 autres tavernes, 64 autres comme vous s’emmerdent à mourir et fassent la même chose. Là, la probabilité que vous fassiez 5 fois pile est toujours la même, mais la probabilité que l’un d’entre vous fasse 5 fois pile est, quant à elle, immense : il est quasiment certain que l’un des joueurs fera ce résultat. Et s’il est tout seul et ne regarde que sa lorgnette, il va conclure qu’il est quand même sacrément doué.

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On a envie de sourire, tellement c’est simple, et pourtant, cette erreur qui consiste à extraire le résultat extraordinaire de sa souche statistique et de le brandir comme un étendard est à la base de tout un tas de « miracles ». En voici quelques-uns.

Ötzi la momie

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Prenons la malédiction de la momie Ötzi : ce chasseur vieux de cinq milles ans retrouvé congelé en 1991 dans les alpes italo-autrichiennes aurait causé la mort de six personnages l’ayant approché de près, trois scientifiques, un journaliste, un guide de haute montagne, etc. Sachant le nombre conséquent de gens qui ont gravité autour du corps, depuis les expertises lors de sa découverte jusqu’aux visiteurs du musée italien de Bozen-Bolzano où il réside désormais, est-il si extraordinaire que six d’entre elles meurent, surtout lorsqu’elles sont soit pas spécialement jeunes (cinq sur six avaient plus de 50 ans) soit une profession à risque (guide de haute montagne, tué par une avalanche) ? Si l’on compare le nombre de morts rapporté au nombre de personnes qui ont approché Ötzi et sont restées vivantes, l’hypothèse de la malédiction, tout comme les dents de la momie, se déchausse.

Paul le poulpe

Il était une fois une pieuvre qui, durant la coupe d’Europe 2008 et la coupe du Monde 2010 de football masculin, a su déterminer douze des quatorze résultats d’épreuve qui lui ont été demandés. Certaines mauvaises langues disent que la pieuvre aurait actuellement moins d’un an (fin 2010), ce qui implique soit que le poulpe remonte le temps, soit qu’il y a eu deux poulpes, mais enfin peu importe.

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Ce poulpe mâle, appelé Paul a mérité son surnom d’oracle d’Oberhausen en choisissant, soit disant avec une chance sur deux l’une des deux boîtes affublées des couleurs de chaque équipe (voir l’illustration) En évaluant ce que représentent 12 bonnes réponses sur 14, et en partant du principe qu’il ne pronostique pas les matchs nuls, la probabilité de réussite du poulpe par hasard était de 0,56 %, en gros une chance sur 200. A priori balèze, donc, l’octopode ! Mais bien peu ont enquêté sur le nombre de céphalopodes, de poissons, oiseaux ou autres bestioles de part le monde à qui on s’amuse à poser la question. Si un allemand sur 400 000 fait le coup avec un animal quelconque, on est assuré d’avoir au moins un labrador, un iguane ou un canard cendré qui aura un tel résultat par pur hasard. Suffit de placer ensuite le projecteur des médias sur l’œil humide du vainqueur, en évinçant tous ceux qui ont échoué, et le scénario de l’animal extraordinaire au tentacule malicieux peut se dérouler dans notre vitreux petit écran.

Est-ce risqué d’aller à Lourdes ?

C’est sensiblement le même processus pour les miracles de guérison de Lourdes. On ne peut que s’extasier des 67 miracles revendiqués par l’Église catholique sur le lieu saint depuis les visions de Bernadette Soubirous en 1858, mais posons-nous la question : y-a-t-il réellement plus de guérisons extraordinaires là-bas qu’ailleurs ?

Comme les chiffres sont assez imprécis, nous allons faire une simple estimation.

La principale étude de guérisons considérées comme miraculeuses en milieu hospitalier, là où on trouve un grand nombre de malades, a été réalisée dans le titanesque travail d’archives de O’Regan et Hirshberg3. Leurs résultats sur 128 ans indiquent que, le « taux de miracle » en hôpital est d’environ un cas sur 100 000. Comme la Commission médicale internationale de Lourdes ne prend pas en compte les 70 % de rémissions liées au cancer (car elles sont généralement précédées d’une thérapie, ce qui dilue la part du miracle), il nous reste quelque chose comme un cas de rémission pour 333 000 personnes dans les hôpitaux. Autrement dit, il y a dans les hôpitaux un cas « comme à Lourdes » sur 333 000.

Puisqu’une bonne partie des miracles eut lieu avant de véritables expertises scientifiques, et sont peu fiables même de l’avis de médecins de la Commission d’expertise, nous allons raisonner sur les cinquante dernières années, lors desquelles 5 miracles eurent lieu. Pour se donner une idée, pensons que le dernier en date, reconnu en 2005, porte sur une dame appelée Anna Santaniello, miraculeusement guérie en … 1952. Gardons tout de même ces 5 derniers cas.

Le secrétariat général des sanctuaires estime à plus de 6 millions le nombre de visiteurs de Lourdes par an – dont 1% sont malades. Sur les 50 dernières années, cela donne 300 000 000 visiteurs. Parmi eux, 1%, donc 3 millions de malades plein d’espoir. Retirons comme le fait la Commission de Lourdes les non-atteints de cancer, cela fait 30% des 3 millions, soit environ un million de personnes malades sans cancer, donc susceptibles de vivre un miracle pouvant être homologué.

Cinq miracles sur un million, c’est à peine supérieur à la moyenne des miracles en hôpitaux. La moyenne des hôpitaux étant une moyenne, on comprend bien qu’il y en a affichant des scores meilleurs, d’autres des scores moins bons, et que cela forme une sorte de résultat en cloche autour de la moyenne. Le résultat de Lourdes tombe dans les résultats de cette cloche, et les matheux avec leur langage diraient que son résultat n’est pas significatif. Il semble donc que Lourdes ne soit pas un endroit plus propice aux miracles que l’hôpital près de chez nous, et que si nous en avons l’impression, c’est parce que chaque cas Lourdais est fortement médiatisé.

Certaines mauvaises langues ajoutent que si l’on compte le nombre de gens qui se sont tués sur la route pour aller à Lourdes, alors il semble en fin de compte plutôt risqué d’y faire pèlerinage.

Une pente panglossienne

Quel est le lien entre le « chanceux » au Loto et les frères Bogdanoff ?

Quel est le trait commun entre Paul le poulpe et les créationnistes « scientifiques » ?

Quel est le fil conducteur entre le « miraculé » de Lourdes et la fameuse main invisible du marché ?

Il s’appelle Pangloss. C’est, peut être vous rappelez-vous, le precepteur de Candide, dans le conte de Voltaire. Il enseigne la métaphysico-théologo-cosmolonigologie, et répète à qui mieux-mieux qu’ admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce monde qui est le meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.

Pangloss dit surtout :

« Il est démontré (…) que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. »….4.

Il s’agit d’une resucée de ce que le XIXe siècle a appelé la métaphore de l’horloger, que l’on doit au philosophe William Paley, et qui dit ceci

  1. Si l’on regarde une montre, on comprend très vite que la finesse de cette fabrication a nécessité quelqu’un pour la penser, — en l’occurrence un horloger.
  2. Si l’on regarde un phénomène naturel incroyablement fin / complexe / beau / rare / étrange / miraculeux on est contraint (au nom de l’horloger) de penser que la finesse / complexité / beauté / rareté / étrangeté de ce phénomène a nécessité quelque-chose pour la penser, pour la vouloir, c’est-à-dire un créateur intelligent ou un dessein cosmique.
  3. Donc un créateur ou un dessein existe.

Le melon, le schtroumpf, les Bogdanoff

Les exemples de cette dérive panglossienne se comptent par centaines. Cela démarre par des trucs rigolos, comme le melon, qui, selon Jacques-Henri Bernardin de Saint Pierre « a été divisé en tranches par la nature afin d’être mangé en famille. La citrouille étant plus grosse peut-être mangée avec les voisins.» 5

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Cela fait tout de suite moins rire quand des créationnistes chrétiens, juifs, ou plus récemment musulmans comme Harun Yayah viennent expliquer dans certaines écoles que l’œil humain, la synthèse des protéines, ou l’apparition de la conscience ne sont pas le produit d’une évolution mais d’un créateur et que l’Humanité a été créée par la volonté de Dieu. Cela fait vite frémir quand, de la même manière que le gagnant du Loto croit qu’il est élu par la Chance, Igor et Grishka Bogdanoff, ou Trinh Xuan Thuan le physicien bouddhiste croient l’univers trop finement réglé pour être le fruit du hasard physique (ce qu’ils appellent le fine-tuning, ce que d’autres appellent l’irréductible complexité).

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On vient par cette occasion implanter une lecture finaliste des choses, l’idée qu’avant que toute chose démarre il y a comme un plan, une idée préconçue, une main invisible qui guide le processus et qui, implacablement, place chaque élément à sa juste place. C’est beau, c’est frais, c’est rassurant… mais c’est la fin de la connaissance, et c’est l’entrée des explications simples. Car finalement, dans quelque univers que l’on vive, même différent, on pourrait conclure la même chose : que tout est bien dans le meilleur des mondes, et que madame la baronne est la meilleure des baronnes possibles. Tout être vivant, qu’il soit Paul le poulpe, une bactérie ou un martien, pourrait conclure lui-aussi qu’il est le but ultime du Dessein Intelligent, d’une volonté cosmique. C’est irréfutable.

Dans un épisode des Schtroumpfs, on voit un des personnages décocher une flèche avec son arc les yeux fermés, puis chercher sa flèche. Une fois trouvée, il s’applique à peindre une cible autour du lieu de l’impact et… repart tout fier.

Pangloss et la fin des « possibles »

On trouve également Pangloss caché derrière l’idée que si le capitalisme s’est imposé, c’est qu’il le fallait, inexorablement, et que la main invisible du marché veille au grain. Pangloss passe par la porte quand les anciens rapports coloniaux affirmaient que puisque les Noirs étaient corvéables un peu partout, c’est qu’il devait y avoir un ordre naturel des choses. Pangloss se glisse dans la cuisine en instillant que si les femmes s’occupent des enfants et font le ménage, c’est qu’elles sont « faites » pour ça. Pangloss revient par la fenêtre quand il nous murmure à l’oreille que c’est dans l’ordre des choses que nous torturions d’autres animaux. Pangloss se tortille dans nos postes de télévision quand, on conclue parmi tous les possibles que tout est de la faute de la CIA, de la maffia russe, du lobby gay et lesbien, de la Mondialisation, des Francs-Maçons, des Sages de Sion… Éloge du scénario simple pré-écrit par des groupes supérieurs inaccessibles.

Le raisonnement des Bogdanoff des défenseurs du fine-tuning, des créationnistes, d’une bonne part des scénarios capitalistes, des théories racistes, sexistes et spécistes6 est le même : il vient essentialiser l’état actuel du monde comme une nécessité, comme une sorte de destin. Pangloss, que ce soit en jouant sur un tri des données ou sur un tri des « possibles », vient troquer la connaissance contre une croyance. C’est en cela qu’il est trompeur et séduisant : en faisant miroiter un finalisme facile, il évince notre capacité à repenser notre vie, nos actes et nos préjugés. Il nous gèle intellectuellement et nous nourrit de scénarios implacables, de karma, de mektoub, autant de chapes de plomb contre lesquelles on nous fait croire qu’on ne peut pas se révolter.

Richard Monvoisin

1 Statistiques disponibles ici.

2 Eh oui, vous l’aviez reconnu, c’est encore le biais du monde juste ! (cf Traverse N°1).

3 Ils ont recensé 1574 cas dans le laps 1864 – 1992. O’Regan, Hirshberg, Spontaneous Remission: An Annotated Bibliography (1993).

4 Voltaire, Candide et autres contes V (1758).

5 J-H. Bernardin de Saint-Pierre, Etude de la nature XI (1784).

6 Spéciste : qui vise à poser que l’humain est fondamentalement différent de l’animal, avec un ordre moral.