De nouvelles pousses au CorteX

CorteX_Club_des_5Petit à petit, le CorteX s’agrandit. En ce début d’été, deux nouvelles personnes ont fait le pari fou de rejoindre nos rangs, et, plus grave encore : une a carrément décidé de REvenir. D’autres nous ont sur le dos le temps d’un stage. Présentations.

CorteX_gwladys-demazureGwladys Demazure a rejoint avec brio l’équipe santé du CorteX, en co-animant le stage pour doctorant·es « La santé du thésard » aux côtés d’Albin Guillaud en 2017, et en réalisant avec Richard Monvoisin une solide ébauche d’analyse critique de la sophrologie caycédienne – qu’elle a exposée lors d’une conférence chez nos ami·es de l’Observatoire Zététique, à Chambéry. Son expertise en psychologie clinique, plus particulièrement auprès des mineur·es étrangèr·es isolé·es, couplée à ses interrogations circonspectes sur l’héritage psychanalytique et plus généralement sur la santé mentale, sauront lui bénéficier pour sa thèse intitulée « Établissement d’un protocole de prise en charge thérapeutique pour les mineurs isolés étrangers présentant des symptômes d’états de stress post traumatiques et/ou de troubles associés » au Laboratoire interuniversitaire de Psychologie/Personnalité, Cognition, Changement social.

CorteX_alexandre-changenetAlexandre Changenet a travaillé l’année passée aux côtés de Guillemette Reviron, co-gérant un certain nombre d’interventions sur la pensée critique en milieu scolaire aux alentours de Montpellier. Ce doctorant en écologie forestière et statistique s’est particulièrement penché sur l’agriculture biodynamique et plus généralement sur l’analyse des fondements et des pratiques de méthodes de travail de la terre. Alexandre sera installé dans le bordelais à partir de septembre 2017 pour mener à bien sa thèse intitulée « Évaluation écologique et économique de la méditerrannéisation des forêts en France » à l’Institut national de la recherche agronomique.

CorteX_Julien_Peccoud_standJulien Peccoud avait déjà fort mouillé la chemise pour nous – et continue à le faire sur la théorie de l’évolution avec Richard Monvoisin. Il s’était mis en disponibilité l’année dernière, œuvrant sur les logiciels libres, le décentrage et la dégooglisation d’Internet, et développant les outils entre autres de Rézine, « un internet qui envoie du bois ». Il continuait tout de même à gérer l’informatique de notre collectif, en cachette. Las ! On lui manque trop ! C’est un come back ravigotant ! Il est plus déterminé que jamais à enrichir nos contenus sur le numérique, l’intelligent design et autres joyeusetés.

Et puis ont sué le burnous sous notre houlette de vaillants « stagiaires » !

Jérémy Fernandes Mollin

Le premier d’entre eux, qui a le mérite d’avoir enduré Richard Monvoisin comme directeur deux années d’affilée, est l’opiniâtre Jérémy Fernandes Mollien. Il soutiendra en septembre son mémoire de Master 2 de sciences politiques sur les mouvements syncrétistes païens.

 

 

Hermione Granger

 

Quant à Averil Huck, elle a fait son stage de L3 philosophie au CorteX avec Richard, et a produit un conséquent travail sur les arguments moraux des mouvements anti-avortement.

 

 

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Enfin, la toute fraîche unité d’enseignement Santé & autodéfense intellectuelle draine au CorteX des sollicitations pour des stages. Cet été, Chloé Micetta a plongé dans la création d’une méthodologie d’analyse critique des sites internet commercialisant des produits de santé. Nicolas Gérard quant à lui s’est intéressé au kinésio-taping (ces bandes adhésives roses et bleus) et à l’analyse d’études présentant des protocoles testant l’efficacité de ces bandes sur certains paramètres de santé ou de performance sportive.

 

 

English – when Edward Andò put his hands on scepticism and intellectual self-defence

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Hands-on « Edwood »

Edward Andò, is a CNRS Research Engineer working in Laboratoire 3SR (Soils, Solids, Structures and Risks) in Grenoble. Since a few years, he is involved with CorteX1. Recently, Edward decided to jump the line in presenting a lecture called Knowledge and the scientific method: basic intellectual self-defence and hands-on scepticism.

Here are record and slides he used at 19ème journées des doctorants, école doctorale EEATS (Électronique, Électrotechnique, Automatique & Traitement du signal), the 14th of june 2017. Thanks to Guy Vitrant and Cédric Masante.

Download the record.

Download his slides.

 

 

 

 

Amérindiens, Indiens, Inuit, Innus, Natives, Autochtones, Esquimaux… Démêlons l'écheveau

Yakari, indien sioux lakota inventé par Job; Derib et Dominique. Peu de gens savent que les Lakotas ont lancé une sécession avec les États-Unis : la République de Lakota.
Yakari, indien sioux lakota inventé par Job; Derib et Dominique. Peu de gens savent que les Lakotas, emmenés par Russell Means, ont lancé fin 2007 une sécession avec les États-Unis : la République de Lakota.

Dans un épisode du podcast Anthrostory que j’affectionne particulièrement, Jonathan, l’auteur principal, disait prendre le terme de « Natives Americans » plutôt qu’« Amérindiens », dû aux imprécisions graves que cela incluait. Quelqu’un lui ayant posé la question sur le détail de ces imprécisions, il a joué le jeu, dans son émission du 13 juillet 2016, en soulevant le couvercle de l’un des plus magnifiques effets paillasson qui soient. C’était drôle d’écouter presque au même moment des chroniques du regretté explorateur Paul-Émile Victor (dans Les nuits de France Culture du 2 novembre 2016) qui, bien de son époque, parlait immanquablement d’Esquimaux. « Racisme ordinaire », quand tu nous tiens…

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CorteX_Jonathan_anthrostoryRetranscription, par Jonathan lui-même (article d’origine) :

(…) J’ai trouvé une source très complète, que je vous invite à consulter, elle a un titre qui vend du rêve: « Le guide terminologique de l’Organisation nationale de la santé autochtone du Canada ». (…) laissez-moi vous résumer tout ça. Petite citation du début, tiré de ce document : « Les lecteurs devraient garder à l’esprit qu’il n’existe pas de terme simple pour décrire les populations autochtones ». Je vous le dis, on est très bien parti.

Quel terme choisir ?

On va prendre quelques termes, voir pourquoi il est plutôt bien ou plutôt mal de les utiliser, et sur la fin on va faire une petite image d’ensemble pour clarifier tout ça.

Aborigène, pour commencer. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai toujours attaché ce terme aux premiers peuples d’Australie, en tout cas, c’est la première image qui me vient dans la tête. Pourtant, on est loin du compte, c’est un terme générique qu’on peut utiliser pour tous les habitants premiers ou les peuples premiers, quelle que soit leur origine géographique. [NdRM : imaginez qu’on parle des aborigènes de la Savoie, ou de la Bretagne !) Donc, ça marche pour les premiers habitants du Canada, mais il est de moins en moins accepté… à passer aux oubliettes.

Amérindien, ou Indien d’Amérique, là par contre, en Europe, je pense que c’est le terme qu’on utilise le plus, il l’est aussi aux États-Unis. Certaines personnes (le document ne précise pas quel est leur nombre, mais assez pour que cette précision soit notée dans un rapport officiel) n’aiment pas ce terme, parce que sous l’appellation « indien », on regroupe aussi des peuples qui ne se considèrent pas comme étant indiens, comme les Inuits, les Yupiks et les Aléoutes de l’Alaska. Ce terme n’est pas très populaire au Canada, et c’est sans doute pour ça que j’ai dit qu’il était gravement imprécis et à ne pas utiliser, il faut m’excuser, j’écoute pas mal de podcasts québécois. En tout cas, en l’utilisant, on pense qu’on parle de TOUS les Indiens du Canada (et probablement des États-Unis), alors qu’en réalité on exclut des communautés entières, ce qui est bien sûr à éviter.

J’avais préféré le terme de Native American, traduit par indigène d’Amérique ou américain autochtone, parce que nos amis québécois aiment tout traduire. Est-ce que j’avais raison ? Oui et non. Oui, parce que l’article que je citai était américain [NdRM : étasunien, Jonathan ! Je change dans la suite de la retranscription], pas canadien, et que ce terme est fortement utilisé aux US. Et non parce que ce terme n’est pas employé au Canada parce qu’il fait référence à la nationalité étasunienne, donc ça pouvait sonner bizarre pour nos auditeurs québécois. Et encore oui, parce que certains autochtones du Canada disent qu’ils sont les premiers des habitants des Amériques, et que le terme Native American s’applique aussi à eux, ça n’a rien à faire avec la citoyenneté, mais avec la géographie. Ajoutons à ça qu’une réserve, celle d’Akwesasne est située entre le Canada et les USA, entre l’Ontario, le Québec et l’État de New York pour être plus précis, dur à savoir si ceux qui y sont sont étasuniens ou canadiens. Pour faire simple, on n’utilise pas Native American au Canada, mais on peut l’utiliser aux USA.

Indien. Là, c’est un poil compliqué. Il y a trois groupes de peuples autochtones au Canada, les Indiens, les Inuits et les Métis, qui prennent chacun une majuscule pour la peine. Il y a trois catégories d’Indiens, les Indiens inscrits, les Indiens non inscrits et les Indiens visés par un traité. Je ne vais pas rentrer plus dans les détails, mais ce qu’il faut se rappeler, c’est que c’est un terme jugé désuet, il y a même débat pour savoir s’il faut continuer à l’utiliser ou non. Il faut utiliser le terme membre des Premières Nations plutôt qu’Indien, même s’il y a des exceptions, j’y reviendrai après.

Autochtone. Ce terme regroupe les trois groupes que je citais avant, les Indiens, les Inuits et les Métis. Il est juste, mais un peu problématique quand on l’utilise dans la vie courante, sachant que des autochtones, ben y en a de partout, donc il faut l’utiliser en précisant « autochtones du Canada » par exemple, dans ce cas on parle des trois groupes cités plus haut, on n’oublie personne, on précise la localisation géographique, c’est parfait. Et si on veut taper vraiment large, on va dire « autochtones des Amériques », mais là on se met à regrouper sous un même terme un grand nombre de peuples et ça manque terriblement de précision dans une discussion. Pas très pratique.

Indigène. Là, je trouve ça un peu étrange, mais c’est une expression qui gagne en popularité parmi certains chercheurs autochtones et qui est employée par des groupes de travail aux Nations Unies. Mais il est rarement employé dans le langage courant. (NdRM : indigène a une connotation un peu primitiviste : on ne parle jamais d’indigène corse, ou d’indigène auvergnat.)

Métis. Comme on l’a vu, c’est un groupe d’autochtones reconnu par la loi constitutionnelle. Ce terme s’appliquait à des situations différentes en fonction de la localisation, dans les Prairies (région entre l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba), il s’appliquait aux enfants nés de femmes Cris (NdRM : Cris, ou Crees, diminutif de Knistenaux, francisation du nom d’un ancien village, Kenisteniwuik) et de commerçants de fourrures français, dans le Nord aux enfants de femmes dénées (NdRM : du peuple Déné, du territoire Denendeh et de commerçants anglais ou écossais et à Terre-Neuve et au Labrador aux enfants d’Inuites et de Britanniques. Aujourd’hui, il est utilisé pour désigner les gens qui ont à la fois des ancêtres européens et des ancêtres des Premières Nations et qui se considèrent comme Métis. Compliqué ? Ouais, surtout que les organisations de Métis au Canada ont des critères pour définir qui a le droit au titre de Métis ou non.

Esquimau. Alors là, c’est sur à 2000% au moins, ce terme est péjoratif, il s’agit du nom que les explorateurs européens ont donné aux Inuits, qui veut dire « mangeur de viande crue » (NdRM : il y a un doute sur cette étymologie algonquine. Certains auteurs comme Steve Sailer pensent à une origine micmac, en lien avec les raquettes à neige. D’autres comme Kaplanfont remonter le mot à ayas̆kimew, en Montagnais-Naskapis – la langue des Innus. Attention à ne pas confondre les Innus et les Inuit1).

Le terme à utiliser est Inuit, qui signifie « hommes » ou « peuple », terme que les Inuit utilisent pour se désigner eux-mêmes. Inuit, c’est quand on parle de plus de trois personnes, Inuuk avec deux « u » quand on parle de deux personnes, Inuk avec un seul « u » quand on parle d’une seule personne. Bon, si vous ne vous rappelez pas de ça et que vous vous foirez, au moins vous n’êtes pas loin du bon terme ;).

On va finir sur le terme Premières Nations, qui remplace les mots bande (qui est un groupe d’Indiens spécifique) et Indiens depuis les années 1970. À noter que ce terme remplace celui d’Indiens et donc… n’inclut ni les Inuit ni les Métis. Mais il est joli.

Remarques générales sur les termes et leurs utilisations

J’imagine que tous ces mots ont mis un peu le bazar dans vos têtes et que, du coup, vous ne savez plus trop quel terme utiliser. J’y viens.

Avant, il faut signaler plusieurs choses. Déjà, l’aspect légal. Des termes ont été utilisés dans des traités et dans des lois, et même s’ils ne sont plus forcément utilisés ou qu’il faudrait arrêter de le faire, ils continueront à l’être au niveau juridique.

Ensuite, on en avait parlé avec Anne-Laure quand nous avions évoqué le barrage du Belo Monte au Brésil et du chef Raoni, les termes qui sont utilisés sont, en partie, de la communication. Ça ne veut ni dire qu’il ne faut pas les utiliser, ni dire qu’il faut les utiliser, mais que ce sont des outils de communication. Je ne sais pas vous, mais quand on me parle de « premier peuple », j’ai forcément envie de les soutenir. Non pas que le soutien soit bon ou mauvais, chacun est juge, mais la communication peut aider.

Il ne faut pas oublier non plus qu’au Canada, il y a des intérêts économiques au niveau des réserves, des allocations, des droits miniers par exemple, du tourisme, etc. Là aussi, aucun jugement, mais la façon dont on choisit de s’appeler, l’origine qu’on proclame, etc…. Ça a de réels enjeux.

De plus, lié à la communication et aux intérêts économiques, il y a les intérêts politiques, là aussi sans jugement aucun, mais qui ont une réelle importance.

Je suppose qu’en écoutant Voyagecast puis Anthropodcast et maintenant AnthroStory, vous savez ces choses, mais on sait jamais, on a toujours de nouveaux auditeurs.

N’oublions pas non plus, et il faudra qu’on vous on parle plus précisément une prochaine fois, que les termes qu’on utilise évoluent. Un terme accepté il y a 50 ans peut être jugé raciste et inacceptable aujourd’hui, une expression peut soudain devenir à la mode et rendre désuets les anciens termes, un retour aux traditions et une recherche de connexions historiques peut, au contraire, réhabiliter un mot qu’on avait perdu en chemin. Bref, ce qui était utilisable hier ne l’est plus forcément aujourd’hui, mais le sera peut-être de nouveau demain.

Mais alors, on revient à notre question de départ: on utilise quoi comme terme ? Le guide dit, je cite: « Si vous n’êtes pas certain des noms et des termes, communiquez avec la personne ou l’organisation autochtone sur qui vous écrivez pour savoir quel terme elles préfèrent. Remarquez également que bon nombre d’Autochtones utilisent des translittérations anglaises de termes à partir de leur propre langue pour se désigner eux-mêmes (par exemple, la nation mohawke est également appelée les Kanien’Kaha:kas; les Pieds-Noirs, les Sisikas; les Chippewas, les Anishinabegs; et le nom que les Cris des marais utilisent pour se désigner est Mushkegowuks). ».

Je sais que c’est un peu une réponse de suisse, mais j’assume ma neutralité… toute relative. Le terme le plus précis est « autochtones du Canada », qui localise bien et regroupe les Indiens, les Inuit et les Métis. D’ailleurs, ce document par l’Organisation Nationale de la Santé Autochtone et est repris par les Affaires Autochtones et du Nord du Canada, ce qui veut probablement dire qu’autochtones est un bon terme très accepté.

Et si on changeait ça ?

En préparant cette chronique, j’ai parlé avec mon coloc, qui m’a dit, après une solide discussion sur encore plus de termes, que pour lui ben… les Indiens restaient ce qui collait mieux, la faute à Lucky Luke. La popularité lui donne raison.

Mais, des fois, je suis idéaliste. Vous êtes quelques centaines, voire milliers, à écouter cette chronique. Si chacun d’entre vous fait l’effort, dans les prochaines discussions, d’utiliser le bon terme, on peut changer ça. Parce que c’est la force de la connaissance, une fois qu’on l’a, on peut la distribuer et, à force, changer les petites choses.

Insignifiant ? Non. Le droit de s’appeler et de se définir comme on le veut est important, autant en tant qu’individu, que groupe, que communauté, etc. Et c’est à nous de respecter ces choix et de changer ce qui a été mal fait il y a très longtemps. N’oublions pas non plus qu’ici, je vous ai parlé du Canada, mais que c’est vrai… partout ailleurs. Le premier pas à faire, comme d’habitude, c’est d’aller vers l’autre, d’apprendre à le connaître, de savoir comment il veut être appelé et de respecter sa volonté.

Puis bon, sans déconner, c’est beaucoup plus cool de dire que j’ai un pote Manawan, un ami Kahnawake et un mate Tahitan que « j’ai trois potes indiens ».

En espérant avoir répondu de façon claire et précise, n’hésitez pas à réagir à nos chroniques, nous en feront d’autres, on répond à vos questions avec plaisir.

Jonathan.

Idées reçues sur les dinosaures

CorteX_Dinoaure_JurPark3A quoi est dû le succès évolutif des dinosaures ? Leur évolution s’est-elle arrêtée après l’impact météoritique d’il y a 66 millions d’années ? Les mammifères ont-ils pris la place des dinosaures ? Les dinosaures existent-ils encore aujourd’hui ? L’émission La méthode scientifique explore à nouveau ces questions à l’aune des connaissances actuelles de deux ténors, Eric Buffetaut, paléontologue, directeur de recherche CNRS et Guillaume Lecointre, directeur du département « Systématique et évolution » du Muséum d’Histoire Naturelle, bien connu de nos pages et grand contributeur du CorteX. Un régal à l’usage des profs de Sciences et Vie de la Terre (SVT) souhaitant nourrir la réflexion sur un sujet qui capte l’imaginaire.

 

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Tourisme, arme de destruction massive, de Jean-Paul Loubes

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Tourisme, arme de destruction massive Jean-Paul Loubes

Anthropologue, architecte et écrivain, Jean-Paul Loubes a enseigné à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bordeaux et à l’EHESS-Paris. Dans cet ouvrage, il alerte sur les conséquences du tourisme de masse à l’échelle planétaire : un milliard de touristes voyagent en effet chaque année dans le monde en « dénaturant », déformant, polluant et privatisant les sites qui paient ainsi un lourd tribut à leur « mise en valeur touristique ». Des destinations comme Venise, Bali, l’île de Pâques, sont devenues tellement populaires qu’elles sont aujourd’hui menacées de disparition. Plus grave encore, ce que Jean-Paul Loubes intitule l’effet UNESCO, lié au classement au Patrimoine mondial, peut être catastrophique pour la protection des sites. Étayé de nombreux exemples, l’ouvrage de Jean-Paul Loubes laisse pantois et offre une nouvelle gamme d’exemples de réécriture potentielle de l’Histoire qui auront toute leur place dans nos enseignements – comme au Mas d’Azil, en Ariège, où Cromignon et Cropetite remplacent les livres pointus dans les « boutiques de souvenirs », pardon, les « comptoirs du patrimoine », tout cela sous la bénédiction du Ministère de la Culture (et de la Communication !), et la caution de scientifiques plus ou moins scrupuleux.

Cet ouvrage de 170 pages expose en 12 chapitres :CorteX_touristes

  • la marchandisation des échanges humains par le tourisme (comme au Pont du Gard, devenu un lieu payant, ou encore la rencontre préfabriquée, parfois forcée, avec des Massaï au Kenya ou des « ethnies » au Laos) ;
  • les menaces environnementales et sociales provoquées par la concentration de personnes sur des sites touristiques urbains, ruraux, insulaires, littoraux, montagnards (Carnac, St-Emilion, Carcassonne, le pays Dogon, la vallée de l’Omo, la Cappadoce, Samarcande et les villes des Routes de la Soie, Turfan, Kashgar, le Canal du Midi);
  • l’usage de fac-similés (la grotte Chauvet, le Mas d’Azil) pour développer le tourisme que l’on peut associer à la privatisation de sites pour raison touristique (le Pont du Gard par exemple) ;
  • la labellisation comme outil de promotion du tourisme de masse, notamment celle de l’Unesco, tourisme dit patrimonial ou culturel (une culture qui reste superficielle).
jean-Paul Loubes
jean-Paul Loubes

Jean-Paul Loubes s’appuie sur de nombreux exemples tirés de la liste du patrimoine mondial de l’humanité dressée par l’Unesco depuis 1972, période de l’avènement du tourisme de masse. Cette lecture ne peut pas laisser indifférent le.la touriste qui sommeille en nous.

Date de parution : août 2015
ISBN : 978-2-84978-049-7
Format :13 X 20 cm, 176 pages, 18 euros €

Voici un extrait du livre, gracieusement mis en ligne par l’auteur.

 

Du neuf dans BD & esprit critique – Série audio de la fabrique de l'histoire

Tome 1 de Notre mère la Terre, de Kris & Maël
Tome 1 de Notre mère la Guerre, de Kris & Maël

La fabrique de l’histoire, émission de France Culture, a abordé en octobre 2016 un cycle sur l’histoire de bande dessinée. Histoire de la BD avec entre autre Kris, puis documentaire sur la légendaire revue Pilote. S’ensuit une visite d’exposition sur Hergé avec un retour sur les opinions très conservatrices du père de Tintin et Milou, et un débat historiographique : apprend-on l’histoire dans les BD historiques ? Un régal pour les fans du neuvième art.  La suite ici.

Les crânes de cristal, par Denis Biette

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Harrison Ford en action. Il doit tout à Denis Biette.

Denis Biette est un être légendaire pour certain·es d’entre nous : d’abord parce qu’il a tenu à bras tendus le fond documentaire du Laboratoire de zététique, avec Henri Broch ; ensuite parce qu’il a une passion immodérée pour l’archéo-fiction et la cryptozoologie, au point d’en devenir un quasi-expert. C’est le cas sur le sujet des crânes de cristal, sujet qui défraye la chronique depuis le quatrième Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, réalisé par Steven Spielberg en 2008.

CorteX_l-enigme-des-cranes-de-cristal-un-mythe-moderneAlors il a publié en 2012 un ouvrage, L’énigme des crânes de cristal, un mythe moderne, aux éditions book-e-book.com. Il a récemment accepté de répondre aux question de notre camarade Nichoax, dans son émission L’heure du doute du 23 mars 2017, sur Mosaïque FM. Voici l’extrait.

 

 

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Bhagat Singh, pourquoi je suis athée

CorteX_Baghat_Singh_sepiaIl est des gens qui payent cher leur courage et leur prises de position. Dans le contexte d’assassinats et d’agressions régulières de blogueurs, de militant·es progressistes, féministes, athées ou simplement agnostiques en Inde, au Pakistan et surtout au Bangladesh (voir quelques exemples ici), il s’imposait de refaire surgir la figure oubliée de Bhagat Singh, mélange étonnant dans un Pandjab colonisé d’un Bertrand Russell et d’un Ernesto Guevara. C’est ce qu’ont fait les Éditions de l’Asymétrie, dans un très beau petit livre, dont les recettes sont envoyées au réseau libre-penseur et séculier Mukto-Mona.

Bhagat Singh. Pourquoi je suis athée (Why I am an atheist) traduit de l’anglais (Inde) CorteX_Baghat_Singh_couvpar les Éditions de l’Asymétrie. 10 € TTC, 128 p. Collection Rimanenti. Sortie le 8 septembre 2016.

Préfaces de Raihan Abir, éditeur, Mukto-Mona, de Shammi Haque, blogueuse et activiste féministe de la Ganajagaran Mancha (Mass awakening Platform / Plate-forme pour le réveil des masses), et de Marieme Helie Lucas, sociologue, fondatrice et coordinatrice des réseaux Secularism is a Women’s Issue et Women living under Muslim Laws. Postfaces de Chaman Lal, historien, JNU-Delhi, et d’Ahmedur Rashid Chowdhury (Tutul), éditeur, Shuddhashar.

« Un hindou croyant peut espérer renaître en roi ; un musulman ou un chrétien pourraient rêver des luxes dont ils espèrent profiter au paradis comme récompense pour leurs souffrances et leurs sacrifices. Mais moi, que dois-je entretenir comme espoir ? Je sais ce que sera la fin, quand la corde sera serrée autour de mon cou et les chevrons passés sous mes pieds. Pour utiliser une terminologie religieuse plus spécifique, ce sera le moment de l’annihilation finale. Mon âme retournera au Rien. Si je remets réellement en question la notion de “récompense”, je conclus qu’une courte vie de lutte, sans fin magnifique, suffit comme récompense. C’est tout. Sans aucun motif égoïste d’obtenir une récompense ici ou dans l’au-delà, j’ai consacré ma vie de façon désintéressée à la cause de la liberté.  »

CorteX_Baghat_Singh_sloganCe texte, écrit en prison en 1930 par celui que l’on a surnommé le « Che Guevara libertaire » indien (1907-1931) alors qu’il est condamné à mort, constitue un brûlot malmenant à la fois les religions, les castes, et le colonialisme. Encore très diffusé aujourd’hui en Inde, et au cœur de nombreuses récupérations, il exerce une influence toujours déterminante sur les luttes contre tous les fanatismes, notamment celles des blogueurs, éditeurs et libres penseurs d’Asie et du monde arabe. Cette traduction est donc accompagnée des contributions de quatre d’entre eux qui soulignent l’actualité de Bhagat et de ses combats. Les bénéfices tirés de la vente de ce livre sont reversés au site Internet Mukto-Mona (Libre Pensée) qui héberge les blogs de plusieurs athées bangladais.

Pour en savoir plus sur Mukto-Mona, voir ici.