Best of – les meilleurs dossiers Z du semestre 21, décembre 2015

Dans l’édition de décembre du Monde Diplomatique est paru un article co-écrit par Richard Monvoisin et Nicolas Pinsault. Ils y soulèvent une nouvelle fois l’importance de l’enseignement et de la mise en place de la démarche scientifique chez les professionnel.le.s de santé et notamment chez les kinésithérapeutes. Le titre initial, dont les auteurs étaient très fiers, était « La kinésithérapie : entre la poire et le faux mage », mais le journal a changé le titre, perdant en route, à notre grand dam, l’essence du jeu de mot. Qu’importe ! Voici l’article. Les lignes introductives sont rédigées par le journal. En bas, une réaction parue dans le Monde diplomatique de mars 2016, et notre réponse.

L’objectif à terme serait de mettre tous les dossiers réussis depuis dix ans. J’ai réussi à le faire le semestre passé (ici). En attendant, en décembre 2015 m’ont été rendu 65 travaux, dont voici à mon avis les plus stimulants. Bien sûr il y a des coquilles, des fautes d’orthographes, des maladresses, mais pour des étudiant-es commençant leur parcours universitaire, on aura vu bien pire. Bravo à elles/eux.

L’existence de Jésus de Nazareth est-elle plausible ? par Chedli TAÏEB, Léa LECLERCQ, Laure CHARDON et Christophe ARNOLD. Télécharger là.

L’indignité nationale, entre droit et déshonneur, par Fadila M., Jean-Loup DE SAINT-PHALLE. Télécharger ici.

Expérience sur l’effet mouton-chèvre, par Salomé VINCENT, Jérémy RASCHELLA, Chloé VELLA, Williams RANDY et Émeline MERCADIER. Télécharger ici.

Est-il raisonnable de faire partie d’une chaîne de Ponzi ? Par Cédric AUVRAY, Borana DOLLOMAJA, David-Antoine HAEUSLER et Julien SORBIER. Télécharger là.

Les attaques de la Bête du Gévaudan étaient-elle l’œuvre d’animaux sauvages, une entreprise criminelle, ou ont-elles une autre origine ? Par Nihal SATIA, Johan ARONS, Baptiste VALLET SIMOND et Marion USE. Télécharger ici.

Les médias ont-ils la capacité d’offrir une approche pragmatique du « Deep Web » ? Par Vincent AUBERT, Benjamin BESNIER, Florian MARCO et Romain THEVENON. Télécharger ici.

Pourquoi observe-t-on une phase de déclin tous les quatre ans chez les lemmings ? par Opale COUTANT, Bartholomé CLERC, Lilia DOUISSI, Kamal LAGHZIOUI et Thomas LOALENEUR. Télécharger là 

L’influence de l’autorité d’un médecin sur le comportement des individus, par Ariane ANCRENAZ, Samuel ATHANASE, Quentin FAIDIDE, Titouan GIROD et Margaux PLESSIS. Télécharger là.

Pouvons-nous légitimement penser que la création/diffusion du virus du sida serait une conséquence d’activités humaines dans la deuxièmes moitié du vingtième siècle ? Par Enzo GIOVANNITTI, Louis REYNOUARD, Sophie PAUCHON et Andréa PRUD’HOMME. Télécharger ici.

Il était une fois en Inde, un bébé qui prenait feu – La définition de la combustion « spontanée » est-elle pertinente dans le cas de Rahul ? Par Lucie DROUIN, Lucas GARNIER, Kévin GAZOUFER, Maureen GENTIL et Ophélie JOBERT. Télécharger là.

Comment le syndrome des faux souvenirs se manifeste-t-il en France ? Dans quellle mesure est-il pris en compte au niveau juridique ? Par Maëla MAGAGNIN et Perrine MOLLIEX. Télécharger là.

La théorie des chemtrails est-elle viable scientifiquement ? Par Manon GARNIER, Sarah LAROUI GAYMARD, Etienne LASSALAS et Noémie LHOTE. Télécharger ici. 

Les miroirs ardents d’Archimède ont-ils été une arme plausible lors du siège de Syracuse en -215 av JC ? Par Pierre AGNESE, Antoine FERE, Pauline MAIER, Maëva PASTOR et Frédéric PERIGNON.  Télécharger ici.

 

Richard Monvoisin

RFI vs. Scepticisme scientifique : le CORTECS sur les ondes

Vous aurez probablement remarqué notre rareté sur les médias. Il ne s’agit pas d’un manque de sollicitation, au contraire ! Il s’agit d’une position collective qui ne fait que se confirmer avec le temps. Comparatif entre deux prestations, sur le ballado Scepticisme scientifique le 16 octobre 2015 et sur RFI le jeudi 29.

Épisode 1

Je passais à Louvain-la-Neuve en octobre pour de la didactique des sciences, et parmi quelques à-côtés absolument géniaux (dont une causerie avec Marc Silberstein, des génialissimes éditions Matériologiques, ainsi qu’avec Pascal Charbonnat, l’auteur de la somme Histoire des matérialismes). C’est là que les camarades du ballado sceptique Scepticisme scientifique m’ont mis le grappin dessus.

Avec un magnéto, la piaule de Jean-Michel Abrassart (alias JMA) encombrée de bouquins d’ufologie et d’ouvrages de H. P. Lovecraft, Jean-Michel lui-même et Jérémy Royaux le psychologue « hypnotiseur » (c’est son métier, branche non mystique bien entendu) qui a préparé l’entretien, ça donne une heure et demie de causette approfondie que vous pouvez :

– télécharger en deux parties ici et pour faire votre ménage ou votre vaisselle en bonne compagnie

– ou écouter directement ici :

Épisode 1

Épisode 2

– ou aller à la source et là-bas.

Le résultat, à vous d’en juger, mais j’ai eu en tout cas le temps de développer, d’approfondir, et j’ai pris grand plaisir.

Épisode 2

CorteX_rfi

Le camarade Antonio Fischetti, connu pour ses pages sciences dans Charlie Hebdo, et que je connais depuis quelques années, me propose de venir causer de pseudo-sciences sur Radio France International, radio sur laquelle il faut un remplacement dans l’émission Autour de la question. Format large (50mn), Antonio très au fait du sujet puisqu’ayant co-écrit en 2004 le fameux Charlie saute sur les sectes avec le regretté Tignous : j’arrive très confiant dans la tour de RFI, à Issy-les-Moulineaux. Antonio m’a demandé si je pouvais fournir des extraits audio éclairants, et vous reconnaîtrez peut-être quelques outils que j’ai utilisé dans mes cours.

Le résultat ? Vous serez seuls juges. J’en suis sorti perplexe pour ma part, non par le travail réalisé par Antonio – les questions étaient bonnes, les extraits adéquats – mais perplexe par le format. RFI demande, de part sa diffusion internationale, un minutage extrêmement précis, à la minute près. Guillaume Ploquin à la technique nous faisait les signes quand il fallait, et Antonio avait un script taillé au cordeau. Les normes de l’émission sont strictes : un journal à la moitié, et deux chansons. Au final ? Perplexe, donc. 50 minutes d’émission, mais une impression de peau de chagrin. J’ai eu l’impression de faire des séries de phrases brèves. J’ai même tellement été surpris par la fin que je n’ai pu ni rendre un hommage appuyé à mes camarades, ni surtout faire ce que je désirais : lancer un appel aux enseignants africains francophones.

Vous pouvez forger votre opinion en :

– téléchargeant ici pour faire votre repassage ou bêcher le jardin en bonne compagnie

– ou en écoutant directement ci-dessous :

– ou en allant à la source .

Alors c’est vrai, j’avais écouté d’autres émissions de Autour de la question, mais je ne me rappelais pas que c’était si « ramassé ». Alors si le format ne me convenait pas, pourquoi y suis-je allé ?

C’est que je suis pris dans l’éternel dilemme du CORTECS :

Choix A :  faut-il passer le message critique dans les médias, quoi qu’ils vous fassent ? (C’est l’option que prend dans une certaine mesure, le sociologue Gérald Bronner par exemple, Florent Martin de l’Observatoire zététique, le physicien Jean Bricmont, ou Jean-Michel Abrassart, du podcast Scepticisme scientifique).

ou choix B : refuser d’y aller quand le format n’est pas adéquat, ou lorsqu’il faut, pour être audible, devenir un fauve comme dans certaines émissions de prime-time – entendez par « fauve » quelqu’un qui doit couper la parole à ses interlocuteurs pour se faire entendre, faire des phrases courtes, percutantes, si possible avec le ton hargneux et hautain qu’on aime voir chez un sceptique (je ne plaisante pas : j’ai disparu d’une émission il y a quelques années, parce qu’un autre sceptique était plus télévisuel, ayant usé d’invectives et de moqueries envers des adhérents à des thérapies « alternatives »). Cette solution de retrait fut prise par exemple par le sociologue Pierre Bourdieu à la fin de sa vie (voir à ce sujet son petit livre Sur la télévision et la conférence attenante, ci-dessous) et c’est la position pour l’instant adoptée collectivement par notre collectif, depuis maintes mésaventures télévisuelles notamment.

Le choix A vous mène parfois jusqu’à la caricature. Mais le choix B vous fait disparaître. Au CORTECS, nous pensons que notre job consiste à enseigner, et pour cela, il faut du temps, difficilement compatible avec le format audiovisuel. Nous pensons aussi qu’il est sain que n’apparaissent pas de « figures » médiatiques , en mode sous-commandant Marcos, ou Lazarus – c’est d’ailleurs pour cela que nous faisons tourner entre nous les interventions que nous acceptons. Sur ce point, je connais des avis divergents : les amis de la Tronche en biais me rappelaient  tantôt qu’une figure médiatique entraînerait plus de sillage qu’une masse anonyme… et je pense que c’est vrai. Mais c’est du court terme, et c’est flatter les mécanismes psychologiques les plus archaïques chez nous. Faut-il aller parler d’esprit critique dans des émissions très regardées mais dont le format, coincé entre le rire d’une miss France et un grincement de chroniqueur, ne permet aucun développement ? Serions-nous cohérents, en allant dans la meute chez Taddeï couper la parole aux autres pour pouvoir en placer une ? D’un autre côté, faisons-nous notre boulot d’éducation populaire en refusant presque toujours de communiquer dans les médias ?

Le cas de RFI est une illustration de ce dilemme : des centaines de milliers d’oreilles, pour une émission un peu engoncée dans un grand nombre de contraintes. Le ratio était valable, et nous avons fait collectivement le choix de m’y envoyer. Nous avons accepté quelques fois France Inter, sous certaines conditions. Avons refusé le Point (qui a quand même fait un article !). Avons refusé Ruquier. Avons accepté Le Monde Diplomatique. Avons voulu refuser Le Monde, puis dûmes accepter, contraints par le fait que plusieurs personnes avaient contribué avant nous à un article sur nous, et cela devenait embarrassant. Bref, notre « algorithme » média tourne en permanence. A chaque fois, le dilemme. A chaque fois, la peur que le format ne sabote complètement le propos.

Notre crainte ? Que si nous adhérons au principe que « au fond, tant que des gens entendent un discours critique, même bref, c’est toujours ça« , et que « de toute façon,  ce format est moins pire que bien d’autres« , alors nous ne voyons pas ce qui freinerait notre descente progressive dans les médias de plus en plus médiocres – il y aura toujours pire ailleurs !

L’esprit critique vaut-il qu’on le brade chez Ardisson, chez Berlusconi ? Mais doit-il être « réservé » à des barbus qui fument la pipe à 3 heures du matin sur une chaîne que personne ne regarde, ou qui pérorent sur une radio grandes ondes qui n’a que trois auditeurs boursouflés ? Si l’on devait tourner la question scientifiquement, elle serait comme suit : quand est la limite entre le format fast-thinking et le junk-thinking ? Franchement, au CORTECS, ne sachant pas répondre à cette question, nous tendons à la discrétion.

Richard Monvoisin

PS : le travail collectif lancé par JMA compte plus de 300 émissions, qui vraiment méritent une forte audience. A nous de compenser la maigre diffusion de ces contenus précieux – d’où cet article ! Il faut piller Scepticisme scientifique (et son petit frère tout récent outre-atlantique Le monde merveilleux du scepticisme, de Isabelle Stephen et Christopher Hammock). De quoi égayer même des travaux de plomberie.

Onus probandi, ou charge de la preuve (qui revient à celui qui prétend)

Faisons un petit exercice : veuillez s’il vous plaît fermer les yeux l’espace de deux secondes, là, maintenant. Puis rouvrez-les1. Nous vous affirmons que le livre que vous tenez en main en a profité, pendant que vos yeux étaient fermés, pour se transformer en petit monstre verdâtre globuleux, silencieux, inodore et de même masse. C’était tellement rapide que vous n’avez rien perçu… Comment ? Vous ne nous croyez pas ? Prouvez-nous que ce n’est pas vrai. A-ah ! Vous ne pouvez pas montrer que c’est faux…? Vous êtes donc obligé de croire en notre monstre.

Vous l’avez compris : c’est à celui qui prétend quelque chose de le prouver et non aux autres de prouver que ce qu’il prétend n’est pas vrai. Ce n’est pas aux critiques de Claude Vorilhon, alias Raël de prouver qu’il n’a pas pu être enlevé par des extraterrestres, mais bien à lui de démontrer qu’il l’a été. De la même façon, ce n’est pas aux critiques d’une technique manuelle de montrer qu’elle est inefficace, mais bien aux prétendants de montrer qu’elle possède l’efficacité que ceux-ci lui prêtent2. Imaginons le bazar s’il fallait prendre pour vraie toute affirmation, par exemple sur un médicament, et devoir attendre que quelqu’un montre qu’elle est fausse pour y renoncer. Tout vendeur de potions pourrait rétorquer à vos doutes : « prouvez donc que ma potion n’est pas miraculeuse ». Il est de toute façon logiquement impossible de montrer que quelque chose n’existe pas. Ce problème est appelé la charge, ou le fardeau de la preuve (burden of proof, disent les anglo-saxons), et cela incombe à celui qui prétend3. Ce renversement de charge de la preuve sert d’appât pour des appels à l’ignorance, ou ad ignorantiam, formes de démonstration absurdes à l’image de notre livre-monstre globuleux, qui consiste à dire qu’une proposition est vraie parce qu’elle n’a pas été démontrée fausse. 

(extrait de Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles, N. Pinsault, R. Monvoisin, PUG, 2014).

Voici un exemple d’onus probandi donné par Simone de Beauvoir.

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Best of – Les meilleurs dossiers Z du semestre 20, mai 2015

Comme chaque année depuis exactement 10 ans, les étudiant-es qui suivent le cours Zététique & autodéfense intellectuelle à l’Université Grenoble-Alpes rendent des dossiers. Certains sont vraiment très bons, et méritent d’être diffusés. Cândido Godoi la « ville » des jumeaux, la route de Bimini, la table oui-jà, les capacités de reconnaissance d’ossement par les éléphants, l’influence de la musique sur les chèvres et le lait qu’elles produisent et le terrifiant mystère de la tartine beurrée.

Notez bien que pour des étudiant-es de 1ère et 2ème année, ce type de travail d’enquête est souvent une première pour elles-eux, aussi la forme est-elle parfois décousue, et les fautes pléthoriques. Peu importe : ce qui compte est la qualité de la recherche.

Examen de « zététique & autodéfense intellectuelle », mai 2015. Essayez !

Voici l’examen de l’unité d’enseignement Zététique & Autodéfense intellectuelle, ouverte aux licences 1 et 2 toutes disciplines à l’Université Grenoble Alpes. Auriez-vous eu une bonne note ? Vous avez deux heures, tous documents papier autorisés.

Documents autorisés / Ordinateurs, tablettes, smartphones non autorisées (car tout le monde n’est pas équipé de la même façon). Le corrigé est ici

Cours (5 points)

Question 1 (3 points)

Igor et Grishka Bogdanoff affirment que les lois de notre univers sont trop précises pour être apparues par hasard ou par accident. Par conséquent, l’univers doit avoir été créé par un être intelligent, pourquoi pas Dieu. Avons-nous affaire à une théorie scientifique ? Justifiez votre réponse.

Question 2 (2 points)

2) Quel est l’intérêt pédagogique et intellectuel du Monstre en spaghetti volant (Flying spaghetti Monster) ?

Thérapie (6 points)

Question 1 (3 points)

Le naturopathe autrichien Rudolf Breuss a développé dans les années 80 une cure contre le cancer appelée cure Breuss. Son principe est le suivant : faire « mourir le cancer de faim », en de donnant au malade que des jus de légumes (et un peu de tisane) pendant 42 jours. Dans son livre Krebs. Leukämie und andere scheinbar unheilbare Krankheiten, il affirme

  • qu’il s’agit d’une guérison naturelle,

  • que 100 % des gens qui l’utilisent sont satisfaits.

Quelles critiques pouvez-vous faire de ces deux affirmations ?

Question 2 (3 points)

Un de vos amis vous dit ceci :

« C’est fou, je me suis brûlé la main avec une casserole d’eau bouillante, j’ai téléphoné à un barreur de feu et hop ! Non seulement la douleur est partie rapidement, mais en outre je n’ai pas eu de cicatrice. C’est incroyable, mais les barreurs de feu, ça marche ».

Votre ami a-t-il raison ? Justifiez votre réponse.

Protocoles expérimentaux (5 points)

Question (1,5 points)

Un monsieur vous dit que chaque fois qu’il est seul, des esprits de défunts lui parlent dans sa tête. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour vérifier l’affirmation de ce monsieur ?

Question 2 (3,5 points)

Une dame vous dit être capable, avec sa baguette de sourcier, de deviner où il y a de l’eau sur n’importe quel terrain. Il lui suffit de se promener, et la baguette lui indique l’endroit. « Selon les mouvements de la baguette, je peux même donner la profondeur ». Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour vérifier la capacité de la dame ?

Analyse de titres de presse (5 points)

Quelles critiques peut-on faire aux titres de presse suivants ?

  • Le sort s’acharne-t-il encore sur le Népal ?, Ismaël Karakawiwo’ole, Rainbow Press, 1er mai 2015

  • Hypnose : science ou arnaque ?, Alain Guillebot, Sciences & Avenir, mars 2015

  • Les grévistes de la RATP prennent encore en otage les parisiens, Mrkev Denisova, DNES, 14 février 2015

  • On pense avoir trouvé le gène de la violence, Lucas Bécou, Périgord sciences, décembre 2014

  • Les femmes sont sensibles, c’est leur nature, Virgolette Virrone, Freudismeonline.com, mars 2015

Bon courage ! Que l’esprit critique vous accompagne.

Le corrigé est ici.

Richard Monvoisin

Examen de « zététique & autodéfense intellectuelle », mai 2015 – Corrigé

C’était la première année qu’un tel examen sur table était proposé, contraint en cela par le nombre de personnes à évaluer (entre 300 et 350 chaque semestre). Alors qu’auparavant, des dossiers d’enquête scientifique étaient attendus, j’ai voulu voir si 350 copies étaient moins lourdes que 80 dossiers. Fatale erreur ! Non seulement c’est très pénible (35 heures de correction environ, avec pause obligatoire toutes les 10-12 copies sous peine de massacrer la dernière), mais en outre c’était sans compter le fait que j’avais, pour atténuer l’évaluation normative, proposé à qui souhaitait de rendre un dossier… Au final, j’avais mes centaines de copies, auxquelles se sont greffées une quinzaine de dossiers et… des étudiant-es non inscrit-es venu-e-s passer l’examen pour le fun (que j’ai évidemment corrigées). En conclusion, je me conforte dans l’idée que l’évaluation normative telle qu’elle est pratiquée devrait être abolie – hélas c’est difficile de faire entendre ça à l’université.

L’énoncé est disponible ici. Voici le corrigé-type. (total sur 21 points)

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Cours (5 points)

Question 1 (3 points)

Igor et Grishka Bogdanoff affirment que les lois de notre univers sont trop précises pour être apparues par hasard ou par accident. Par conséquent, l’univers doit avoir été créé par un être intelligent, pourquoi pas Dieu. Avons-nous affaire à une théorie scientifique ? Justifiez votre réponse.

Cette question était facile, car l’Intelligent design (dans sa version fine-tuning ici) a été traité à deux moments du cours. J’attendais :

  • raisonnement panglossien
  • irréfutabilité au sens de Popper
  • et entité surnuméraire au coût démesuré ne souscrivant pas à la parcimonie du rasoir d’Occam
  • éventuellement en plus une réflexion sur le hasard peu probable mais possible
  • (et pour les plus acharné-es, introduire les principes anthropiques forts et faibles)

Question 2 (2 points)

2) Quel est l’intérêt pédagogique et intellectuel du Monstre en spaghetti volant (Flying spaghetti Monster) ?

À l’instar de la théière de Russell, de la licorne invisible et rose ou du Dragon de Sagan et Druyand, le Monstre est utile pour les points suivants :

  • incontradictibilité, comme les autres dieux ;
  • la non-impossibilité n’est pas un argument d’existence ;
  • la charge de la preuve incombe à celui qui prétend (onus probandi) ;
  • les critiques exercées sur le monstre se retourne sur les autres croyances, qui elles aussi sont posées sans preuve et prônent l’acte de foi ;
  • contre-balance les revendications créationnistes ou intelligent design dans les contenus d’enseignement (si vous introduisez un argument téléologique dans l’enseignement, pourquoi pas celui du monstre ?)

Thérapie (6 points)

Question 1 (3 points)

Le naturopathe autrichien Rudolf Breuss a développé dans les années 80 une cure contre le cancer appelée cure Breuss. Son principe est le suivant : faire « mourir le cancer de faim », en de donnant au malade que des jus de légumes (et un peu de tisane) pendant 42 jours. Dans son livre Krebs. Leukämie und andere scheinbar unheilbare Krankheiten, il affirme :
– qu’il s’agit d’une guérison naturelle,
– que 100 % des gens qui l’utilisent sont satisfaits.
Quelles critiques pouvez-vous faire de ces deux affirmations ?

J’attendais la critique de la notion de « naturel » (voir à cette fin les travaux pédagogiques de G. Reviron et D. Caroti, ici) – sachant que même une tisane n’est pas « naturelle » puisque c’est une décoction artificielle. On pouvait pointer le discours latent « naturel / plantes / spiritualités vs. artificiel / médicaments / médecine scientifique ».

Le second point nécessitait une critique du mot « satisfait » (non équivalent à « guéri »), ainsi qu’une réflexion sur les probabilités inversées et le biais d’attrition ou « perdus de vue ».

Question 2 (3 points)

Un de vos amis vous dit ceci : « C’est fou, je me suis brûlé la main avec une casserole d’eau bouillante, j’ai téléphoné à un barreur de feu et hop ! Non seulement la douleur est partie rapidement, mais en outre je n’ai pas eu de cicatrice. C’est incroyable, mais les barreurs de feu, ça marche ».

Votre ami a-t-il raison ? Justifiez votre réponse.

Le mécanisme avait été expliqué en cours, mais même en ratant cet enseignement, on pouvait pointer suffisamment de biais classiques (effet cigogne douleur / gravité + Post hoc ergo propter hoc + tri sélectif des données + « ça marche » généralisé hâtivement + hypothèse du don par téléphone peu parcimonieuse au sens du rasoir d’Occam). Avec finesse, on pouvait indiquer que l’ami a probablement tort, mais que pour en être certain, un protocole était nécessaire.

Protocoles expérimentaux (5 points)

Question (1,5 points)

Un monsieur vous dit que chaque fois qu’il est seul, des esprits de défunts lui parlent dans sa tête. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour vérifier l’affirmation de ce monsieur ?

Ayant fait une question intestable de ce type au semestre dernier, l’effet de surprise n’a pas été le même, et beaucoup d’étudiant-es ont répondu « il est impossible de répondre à cette question« , ou « Mu » (que j’ai accepté mais ce qui n’est pas exactement adapté, Mu pointant un plurium affirmatum : « On ne peut correctement répondre à votre question car elle se fonde sur des présuppositions erronées ».). Cependant, certain-es m’ont pris à la lettre, et ont proposé de tester « des esprits de défunts s’expriment-ils dans sa tête quand le monsieur est seul ou en présence d’un sujet, présence randomisée ? » Cela ne teste pas l’affirmation complète, mais un petit bout, et c’est élégant, et j’ai compté quelques points tout de même.

Question 2 (3,5 points)

Une dame vous dit être capable, avec sa baguette de sourcier, de deviner où il y a de l’eau sur n’importe quel terrain. Il lui suffit de se promener, et la baguette lui indique l’endroit. « Selon les mouvements de la baguette, je peux même donner la profondeur ». Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour vérifier la capacité de la dame ?

Nombre d’étudiant-es m’ont recraché le cours, sans donner la faisabilité de ce qu’ils proposaient. Rarement a été proposé concrètement une solution pratique type estrade avec tuyauterie et écoulement randomisée. Est fréquemment oublié le traitement statistique des résultats : même si je ne demandais pas le calcul, il faut préciser la prétention, la p-value, le mode de rejet ou d’inclusion des données, qui sont primordiaux pour ce genre d’expérience.

Analyse de titres de presse (5 points)

Quelles critiques peut-on faire aux titres de presse suivants ?

Le sort s’acharne-t-il encore sur le Népal ?, Ismaël Karakawiwo’ole, Rainbow Press, 1er mai 2015

  • « Sort », notion téléologique sans fondement, venant se substituer à l’aléa des phénomènes naturels.
  • « encore », plurium affirmatum, sous-entendant qu’il s’est déjà acharné.
  • « acharné » : mot à effet impact

Bien sûr je ne demandais pas de voir que l’auteur est un mixte entre mon collègue Ismaël Benslimane et Israël Kamakawiwo’ole, interprète hawaïen connu sous le sobriquet de IZ, célèbre pour sa version de la chanson de Arlen et Stothart « Over the rainbow ».

Hypnose : science ou arnaque ?, Alain Guillebot, Sciences & Avenir, mars 2015

  • Structure en faux dilemme, carpaccio dual ou de combat.
  • Opposition science et arnaque injustifiée – compétitive, mais non contradictoire.
  • « ? » qui permet au journaliste de ne pas se mouiller.

Alain Guillebot lui non plus n’existe pas: son nom est un semi-anagramme de mon collègue Albin Guillaud.

Les grévistes de la RATP prennent encore en otage les parisiens, Mrkev Denisova, DNES, 14 février 2015

  • « Prise d’otage » effet impact maximal et partisan
  • Désyncrétisation de l’information (rien sur les causes)
  • « les » grévistes opposés aux « parisiens », alors que les deux sous-ensembles sont fortement mêlés.
  • On pouvait aussi pointer que l’affirmation du journaliste est une sorte d’Homme de paille.

Si DNES (« aujourd’hui ») est une réelle revue tchèque, l’auteure n’existe pas. Mrkev en tchèque signifiant carotte, on a une pensée émue pour Denis Caroti. 

On pense avoir trouvé le gène de la violence, Lucas Bécou, Périgord sciences, décembre 2014

  • « on pense » mots fouines vidant la phrase de sa substance.
  • « gène de… » carotte, marronnier de la vulgarisation scientifique des années 2000.
  • plurium affirmatum : on présuppose que ce gène existe, ne reste qu’à le trouver.
  • Un gène n’est pas responsable d’un comportement spécifique, encore faut-il que le contexte se prête à son expression.
  • « Violence » : terme « puits ».
  • Carpaccio « appel à l’espoir ».

Périgord science n’existe bien sûr pas, mais appuyait le lamentable jeu de mot avec Cabecou, clin d’œil lointain à mon collègue intervenu en cours Julien Peccoud. Un étudiant a indiqué sur sa copie « Périgord science nous prend pour des truffes ».

Les femmes sont sensibles, c’est leur nature, Virgolette Virrone, Freudismeonline.com, mars 2015

  • « les » femmes, généralisation abusive
  • ndistinction sexe / genre, sans parler des intersexuations (abordées en cours)
  • argument essentialiste très coûteux au sens du rasoir d’Occam, alors que la construction du genre l’est bien moins.

Virronne est un anagramme de Reviron, virgolette le terme italien pour guillemet : encore un lamentable clin d’œil à ma collègue Guillemette Reviron. Quant a freudismeonline.com, il n’existe pas, mais il permettait à ceux qui le souhaitaient de faire référence au sexisme latent de la théorie freudienne. Anecdote : alors que je voulais parler de freudisme, certain-es étudiant-es y ont lu « Freud is me ».

Richard Monvoisin

Enquêtes Z au collège La Bastion de Carcassonne

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Façade du collège Le Bastion (Carcassonne)

Dès la rentrée 2014, Marion Margerit, professeure de mathématiques, et Marie-Hélène Hilaire, professeure documentaliste, ont lancé un club intitulé Enquêtes Z au sein du collège Le Bastion, à Carcassonne.

Une quinzaine d’élèves, essentiellement de 6ème et 5ème, apprennent à douter, expérimentent, formulent des hypothèses et s’approprient les outils zététique. Et leur mission ne s’arrête pas là : les enseignantes tenaient également à faire réaliser à ces zététiciens et zététiciennes en herbe le montage des vidéos qui résument le travail de chaque séance. En attendant qu’elles trouvent le temps de nous raconter par le menu détail cette expérience pédagogique de grande envergure, on peut d’ores et déjà se faire une belle idée de ce qui se trame au club Enquête Z ici.

Échantillonnage, loi binomiale et zététique, par Louis Paternault

Il n’est pas toujours évident, pour un enseignant du secondaire, de glisser des séances d’esprit critique dans des cours disciplinaires au programme toujours très dense. Louis Paternault, professeur de mathématiques en lycée, a relevé le défi en s’inspirant d’un passage de l’ouvrage d’Henri Broch et Georges Charpak, Devenez sorciers, devenez savants, et en s’appuyant sur les notions d’échantillonnage et de loi binomiale au programme de première S pour développer une activité pédagogique riche sur l’analyse d’une prétention d’un don de voyance : une personne qui aurait prévu 33 séismes sur 196 pourrait-elle prétendre à une capacité particulière ?
Nous reproduisons ici l’article publié sur son blog.
Si vous vous inspirez de ce travail, n’oubliez pas de nous faire part de vos retours !

Ce document s’adresse à des professeurs de mathématiques de lycée, afin d’être enrichi et réutilisé dans les classes de ces derniers. Il décrit une séance faite avec une première S, utilisant la zététique comme support pour aborder la notion d’échantillonnage avec la loi binomiale. Les mêmes notions étant également au programme de première ES et L, il doit être possible d’adapter le document pour ces niveaux.

Objectifs

Mathématiques

Cette séance introduit la partie du programme concernant l’échantillonnage : la capacité attendue du programme est « exploiter l’intervalle de fluctuation à un seuil donné, déterminé à l’aide de la loi binomiale, pour rejeter ou non une hypothèse sur une proportion. »

Elle permet du travail en salle informatique, exploitant le tableur au service de la recherche mathématique.

Zététique

Cette séance vise à montrer comment les outils mathématiques vus en classe de première (en particulier l’échantillonnage) permettent de porter un regard critique sur la société qui nous entoure, et en particulier sur les pseudo-sciences.

  • Cet objectif s’inscrit également dans le cadre du programme officiel, en participant à « donner à chaque élève la culture mathématique indispensable pour sa vie de citoyen ».
  • Cette activité permet également de poursuivre le développement de la compétence du socle commun : « L’appréhension rationnelle des choses développe les attitudes suivantes : […] l’esprit critique : distinction entre le prouvé, le probable ou l’incertain, la prédiction et la prévision, situation d’un résultat ou d’une information dans son contexte […]. »

Énoncé et corrigé de l’activité

Voici les fichiers utilisés pour cette séance. Pour les fichiers en pdf, la source en LaTeX est également disponible sur demande ou sur le blog de Louis Paternault.

Contexte

Professionnel

Je n’ai fait cette activité qu’une seule fois ; je la referai si mon affectation le permet. Je n’ai donc pas encore pu améliorer cette activité en prenant en compte l’évaluation de ces deux séances.

Ce travail a eu lieu pendant mon année de stage où ma gestion de classe était en cours d’acquisition. Ceci, ajouté à la période de l’année où a eu lieu ce travail (avant-dernière et dernière séances), fait que l’attention de mes élèves était loin d’être maximale.

Mathématiques

Cette séance a eu lieu en toute fin d’année (avant-dernière séance, et une tentative de bilan en dernière séance). Elle a pris place en dernière partie du dernier chapitre de la progression (loi binomiale). Les élèves connaissaient donc la loi binomiale, même si ce savoir était tout récent.

Ils avaient déjà manipulé le tableur, avec moi, ainsi que les années précédentes.

Zététique

Je n’avais jamais abordé ce type de sujet, et ils n’avaient (à ma connaissance) jamais fait ou entendu parler de zététique.

Séances

Cette activité s’est déroulée en deux temps.

Une première séance a eu lieu en demi-groupes, en salle informatique. Les élèves travaillaient à deux sur un poste, et ont suivi l’énoncé, en prenant des notes dans leur cahier d’exercices. Je leur ai laissé peu de temps de réflexion pour la première partie, que nous avons vite corrigée ensemble, le but étant de leur laisser davantage de temps sur les parties suivantes. Nous sommes arrivés au bout de la troisième partie, et je leur ai distribué un support de cours pour institutionnaliser les savoirs vus dans la séance. Malheureusement, par manque de temps, la troisième partie a été trop vite faite : la question 1 a été survolée, et nous n’avons pas pris le temps de réfléchir à la troisième question.

Un bilan de cette séance a été fait au début de la séance suivante. J’ai présenté à nouveau la démarche, ajoutant la courbe de Gauß pour visualiser de manière différente les résultats, et ré-expliquer les conclusions.

Évaluation

Cette activité est très adaptée aux deux objectifs (mathématiques et zététique). Malheureusement, il est souvent difficile de proposer du contenu non strictement mathématique par manque de temps. Ces séances, en revanche, utilisent la zététique au service des notions mathématiques du programme, et l’aspect esprit critique ne constitue pas une « perte de temps » par rapport au reste du programme.

Les élèves ont assez peu réagi au travail effectué, et je ne suis pas sûr que les notions de zététique aient été acquises, pour deux raisons. D’une part, comme dit plus haut, l’attention n’était pas très bonne. D’autre part, le contenu mathématique abordé était assez dense pour une seule séance, donc il devait rester assez peu de disponibilité d’esprit pour des éléments qui peuvent paraître secondaires aux yeux des élèves.

L’aspect zététique de ce travail aurait pu donner lieu à des discussions. Le cadre du bilan, qui a eu lieu pendant la dernière séance de l’année, aurait pu être l’occasion de discuter davantage. J’ai vu que la conclusion en double négation (« Ce travail ne permet pas de conclure que les prédictions ne sont pas dues au hasard ») a posé problème, sans pouvoir y répondre. Cela aurait pourtant été l’occasion d’introduire la règle disant que « la charge de la preuve incombe à celui ou celle qui prétend ».

Améliorations envisagées

Voici ce que je modifierai lorsque je referai cette activité.

Le travail doit être étalé sur plus de séances, pour être moins dense et pour que l’aspect zététique soit davantage acquis. La première partie de l’activité peut être faite plus en autonomie, puisqu’elle ne met en jeu que des savoirs qui n’ont rien de nouveau par rapport au reste du chapitre. Pour alléger la séance informatique, il pourra être utile de leur faire faire ce travail en devoir à la maison (évalué si c’est une motivation nécessaire), ou lors d’une séance précédente, en classe. Le bilan peut être l’occasion de discussions ou de travaux supplémentaires sur la zététique. La forme et le contenu sont laissés au lecteur patient.

Dans la seconde question de la troisième partie, on passe des effectifs aux fréquences pour manipuler les données. Bien que cela corresponde au programme, il pourra être utile de ne pas manipuler des fréquences, puisque leur utilisation introduit un calcul supplémentaire qui ajoute encore un peu de complexité.

Pour travailler la notion de preuve, il pourra être utile de demander aux élèves, en amont ou en aval de ce travail, de prouver la non-existence du Père-Noël, pour leur montrer que tous leurs arguments peuvent être réfutés, qu’il n’est pas possible de prouver la non-existence de quelque chose, et donc que la charge de la preuve incombe à celui ou celle qui affirme.

Licence

Ce document, ainsi que les documents joints, sont publiés sous licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0).

Louis Paternault, professeur de mathématiques

Examen sur table de zététique : vous voulez essayer ?

Mardi 16 décembre 2014, 278 étudiant-es de l’Université de Grenoble ont eu deux heures pour en découdre avec l’examen qui suit. Vous voulez essayer ?
Tout document était autorisé. Seules les tablettes, téléphones et autres connectiques étaient refusées, dans la mesure où tout le monde n’est pas équipé de la même manière. Il y avait deux heures pour en découdre. Voici l’énoncé complet et son barème. Top chrono.

 

UET Zététique & Autodéfense intellectuelle
Richard Monvoisin

Table des matières

  • Cours (5 points)
  • Protocoles expérimentaux (5 points)
  • Thérapie (6 points)
  • Analyse de titres de presse (3 points)
  • Énigme zoologique (2 points)
    (Barème sur 21 points)

Cours

Quelles sont les différences fondamentales entre croire (en la gravitation, en l’évolution, en la tectonique des plaques…) et croire (en Dieu, en une volonté cosmique) et quels sont les risques à mélanger ces deux formes de croyance ?

Certains penseurs font l’hypothèse d’une volonté cosmique guidant l’évolution de tout l’univers depuis le début. En quoi le rasoir de Guillaume d’Occam nous est-il utile sur ce point ?

En quoi les deux affirmations suivantes posent-t-elles problème ?

« Comme tout dépend des yeux de l’expérimentateur, aucun énoncé n’est objectif. Donc les discours scientifiques ne sont pas différents des discours culturels : le Big Bang n’a pas plus de réalité que Atlas portant le monde sur ses épaules, ou le disque-monde porté par quatre éléphants, eux-mêmes portés par une tortue gigantesque navigant lentement dans le cosmos. La science n’est qu’une question de point de vue. Au fond, elle est une religion comme une autre, avec son propre clergé : les scientifiques. » Julian Peneck, You couldn’t die from tuberculosis before 1882, Oxvard, 2004.

« Franchement, Assassin’s creed Unit, le Métronome de Lórant Deutsch, Tintin au Congo, etc. ce ne sont que des œuvres d’art. Donc ce n’est pas bien grave si leurs auteurs déforment ou ont déformé la réalité historique. De toute façon, l’histoire est subjective en soi, et il y aura autant d’histoires différentes que de gens pour les raconter ». Guillermó Manillar, Epistemológicamente sin límites, Ed. el viejo topo, 3.12.2014.

 

Protocoles expérimentaux 

Un ami vous dit être capable de savoir à coup sûr si une femme enceinte attend une fille ou un garçon au moyen d’un pendule, qu’il fait tourner sur le ventre de la future maman. Lorsque son pendule tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est qu’il s’agira d’une fille, sinon, d’un garçon. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour tester la capacité de votre ami ?

Un (autre) ami vous dit être capable de savoir à coup sûr si une maison est habitée par un revenant (esprit d’un défunt mort dans cette maison) ou non, au moyen d’un pendule qu’il fait tourner sur la photographie de la maison. Lorsque son pendule tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est qu’il y a un revenant. Quel type de protocole expérimental zététique mettriez-vous en place pour tester la capacité de votre ami ?

Thérapie

Lors d’un repas, un proche de la famille vous raconte l’affaire suivante : « alors que chaque hiver, je suis sujet à des grippes, cette année j’ai suivi les conseils de mon pharmacien, et j’ai pris de l’homéopathie, en l’occurrence Oscillococcinum®. Et figure-toi que je n’ai pas été malade ! C’est fou, non ? Ma cousine, pareil. Pas un rhume, rien ! Alors on peut dire ce qu’on veut, ça marche. Et pour ceux pour qui ça ne marche pas, au moins ça ne leur fait pas de mal. De toute façon, c’est toujours mieux que de prendre des antibiotiques. »

Quelle analyse zététique faites-vous de ses propos ?

Analyse de titres de presse

Quelles critiques peut-on faire aux titres de presse suivants ?

  • Y a-t-il une malédiction africaine ? par Dov Zerah, Financial Afrik, 29 septembre 2014
  • L’Occident ne tiendra-t-il donc pas le choc des civilisations ?, par Franz-Olivier Biesgert, Le Point, 29 novembre 2014
  • Jeunes partant faire terroristes en Syrie : faut-il les punir ou les enfermer ?, par Garla Gregger, Das ArX-Lor, 2 décembre 2014

Énigme zoologique

À l’état sauvage, certains éléphanteaux sont porteurs de l’allèle d’un gène qui prévient la formation des défenses. Les scientifiques ont constaté récemment que de plus en plus d’éléphanteaux naissaient porteurs de cet allèle de gène (ils n’auront donc pas de défenses devenus adultes). Quelle explication donnez-vous à cette situation ?

Bon courage !
Richard Monvoisin

 

Le corrigé est ici.

"Théorie du complot" et coïncidences troublantes

Dans le livret « Esprit critique es-tu là ? 30 activités zététiques pour aiguiser son esprit critique », nous proposons de se frotter à l’analyse critique de façon concrète, amusante et réellement constructive. Voici un nouveau support pour envisager les scénarios complotistes basées sur des coïncidences présentées comme « troublantes »…

Le thème n°4 du livret propose de traiter des prémonitions, hasards et coïncidences « extraordinaires ».

Ce montage de l’émission Le Before sur Canal+ du 30/01/2014, offre un exemple simple, drôle et efficace pour illustrer une présentation orientée de données qui laissent penser à un complot.

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=jaMBkufdSgY]

Cette vidéo peut constituer l’amorce de l’atelier pratique « Quand on cherche, on trouve ! » qui consiste à rechercher des pseudo-coïncidences qui « collent » avec ce qu’on souhaite prouver…

« Le complot » est devenu une chronique régulière dans l’émission et mérite un détour. C’est une mine pédagogique, drôle et éducative : que demander de plus ?  On trouvera ici de nombreuses vidéos de cette séquence.

NdR : pour la différence épistémologique entre scénario et théorie, voir ici.