Cours Zététique et autodéfense intellectuelle à l’Université de Nîmes

Vous connaissiez les formidables cours de Zététique et autodéfense intellectuelle de l’inénarrable Richard Monvoisin ? Depuis 2019, ce sont nos collègues Jérémy Attard et Denis Caroti qui se sont lancés dans l’aventure. S’adressant à tous les étudiants en première année de licence de Psychologie de l’Université de Nîmes, ce cours est en quelque sorte le petit frère de celui de Grenoble. En voici quelques détails.

Lorsque Jonathan Delmonte, chercheur en psychologie clinique et psychopathologie, nous a demandé si nous voulions bien dupliquer les enseignements de Richard dans son université, la réponse fut rapide : oui, bien entendu ! Dès janvier 2019, un nouveau cours est donc né : 12x2h pour presque 400 étudiants de l’université de Nîmes (L1 psychologie) et un sacré boulot pour corriger les dossiers sur lesquels ils planchent pendant plusieurs semaines… mais finalement, la satisfaction de transmettre des connaissances, des outils pratiques et méthodologiques et surtout un état d’esprit : rationalité, souci de la preuve, humilité intellectuelle, curiosité et envie d’aller toujours (se) questionner.

Le programme des cours (qui varie à la marge) :

  1. Introduction à la zététique, l’esprit critique et l’autodéfense intellectuelle
  2. Qu’est-ce qu’une ‘bonne’ preuve ? Fiabilité de nos perceptions, biais cognitifs et témoignages
  3. Quelques bases d’épistémologie pratique (1)
  4. Quelques bases d’épistémologie pratique (2)
  5. Arguments fallacieux et raisonnements
  6. Chiffres, statistiques et graphiques
  7. Langage et effets : Barnum, paillasson, impact
  8. Hasard, coïncidences et scénarios complotistes
  9. La Nature et ses dérives
  10. Médecines alternatives : le cas de l’homéopathie
  11. Les créationnismes
  12. Prison, justice et philosophie morale

Les contenus sont accessibles sur simple demande par mail : contact-at-cortecs.org

L’ouverture d’un tel cours est suffisamment rare en France pour remercier Jonathan Delmonte et toute l’équipe enseignante pour leur confiance et envie de faire naître ce cours. Et bien entendu un merci spécial à Richard Monvoisin qui a plus qu’inspiré le contenu distillé aux étudiants mais également à Henri Broch, qui lança les premiers enseignements de zététique il y a plus de 30 ans à Nice.

De l'autodéfense intellectuelle dans l'Actualité Chimique

Denis Caroti a pris sous son aisselle duveteuse Albin Guillaud et Richard Monvoisin pour aller écrire dans la revue l’Actualité Chimique. Qu’est-ce que l’Actualité Chimique ? La seule revue généraliste française de chimie dite « de haut niveau », éditée par la Société Chimique de France. De quoi parlent-ils ? D’un plaidoyer pour l’autodéfense intellectuelle au cœur de l’enseignement des sciences. C’est dans le numéro de septembre 2017. En voici le résumé.

Résumé

Plaidoyer pour l’autodéfense intellectuelle au cœur de l’enseignement des sciences

Enseigner la pensée critique est nécessaire aussi bien pour distinguer les contenus scientifiques des contenus pseudoscientifiques, critiquer les médias, qu’évaluer les thérapies efficaces, déceler les mensonges à but commercial ou politique, ou  prévenir l’intrusion des idéologies en science, comme dans le cas du créationnisme. Cet apprentissage procure les moyens de se défendre intellectuellement face aux idées reçues, préjugés et arguments fallacieux, avec des outils simples, tirés de différents champs disciplinaires et partageant un socle commun fondé sur la démarche scientifique. Développer l’esprit critique prend alors tout son sens, non seulement dans le milieu éducatif, mais également dans la vie de tout citoyen qui, soumis à des flots incessants d’informations, devrait être en mesure de faire ses choix en connaissance de cause. Un exemple pédagogique concernant l’utilisation abusive de mots fortement connotés,  nommé « effet impact », est présenté pour illustrer cette démarche.

Asbtract

Plea for intellectual self-defense at the heart of the science teaching

Face to an endlessly information stream, teaching critical thinking is of primary importance in order to allow people to distinguish scientific from pseudoscientific contents, to evaluate health informations, to detectcommercial or political lies, or to prevent ideological intrusions into science as for creationism. It is a truly learning of an intellectual self-defense, built by the mean of simple tools drawn from different fields, but sharing a common foundation based on the scientific approach of the world. Developing critical thinking is not only relevant in an educational context, but also for the citizenship practice. Indeed, everybody should be able to make informed private and political choices without falling in the classical intellectual traps. In this paper, an example of critical thinking pedagogy is given by using the topic of the highly connoted words we named “impact-effect words”.

Séquence pédagogique : mobiliser la raison sur des questions d'éthique – l'extension au numérique du délit d'entrave à l'IVG

Il y a quelques années, le CorteX animait sur les campus montpelliérains et grenoblois des « Midis critiques », occasions de débattre sur des sujets à forte dimension morale (voir par exemple ici). Nous continuons aujourd’hui à mobiliser la pensée critique pour décortiquer des problèmes moraux, au sein notamment de notre stage pour doctorant·e·s « De l’éthique à l’université » ou dans le cadre de l’Unité d’enseignement de sciences humaines à l’Institut de formation en kinésithérapie de Grenoble. Nous explicitons ici notre démarche par le biais d’une thématique ayant fait l’actualité du début de l’année 2017 en France : l’extension du délit d’entrave à l’intervention volontaire de grossesse (IVG).

Partie I – Ressources méthodologiques

CorteX_dufour-argumenterNous présentons en introduction de notre séquence pédagogique ce qui nous semble être le B.A.-BA de l’analyse argumentaire en nous inspirant (avec des adaptations) de l’excellent ouvrage de Michel Dufour, Argumenter – Cours de logique informelle de 2008 chez Armand-Colin. Il est malheureusement très difficile de rendre parfaitement justice à cet ouvrage car le propos, très clair et complet, peut difficilement souffrir de coupes sans être détérioré. Cependant, comme il n’est pas possible pédagogiquement de restituer tout cela sans faire un cours d’au moins trois heures, nous avons tenté d’en extraire la substance moelle pour l’utiliser avec des étudiant·es. Nous ne pouvons que vous recommander d’aller lire cet ouvrage pour approfondir. N’hésitez pas à nous faire partager une séquence pédagogique conduite différemment sur ce même thème.

1) Anatomie d’un argument

Quiconque souhaite défendre une idée, une thèse, une affirmation, doit recourir à l’argumentation. Mais qu’est-ce donc qu’un argument ? Nous commencerons par un peu d’anatomie argumentaire.

Un argument se compose de deux éléments :

  • une ou plusieurs prémisses : ce sont des affirmations dont il est possible de dire en principe si elles sont vraies ou fausses. « En ce moment, il pleut. » « L’espérance de vie à la naissance de la truite est de cinq ans. » « La cohésion d’un groupe est maximale lorsque ce groupe comprend cinq personnes. »
  • une conclusion : c’est l’affirmation que l’on a cherchée à justifier par les prémisses. Elle est le plus souvent introduite par des connecteurs logiques comme « donc », « par conséquent », « ainsi », « dès lors » ou « c’est pourquoi ». Dans le langage courant, il est d’usage, par raccourci, d’appeler « argument » la conclusion ou la prémisse d’un argument (mais pas le bloc « prémisse + argument » dans son entier).

Voici un exemple d’argument, sans doute un des plus célèbres :

Exemple A

Socrate est un homme. (Prémisse 1)

Tous les hommes sont mortels. (Prémisse 2)

Donc Socrate est mortel. (Conclusion)

Voici maintenant un argument constitué d’une seule prémisse :

Exemple B

Le CorteX existe depuis 2010. (Prémisse)

C’est pourquoi il doit continuer à exister. (Conclusion)

Souvent, de multiples prémisses précèdent une conclusion :

Exemple C

Les plagiocéphalies touchent un bébé humain sur dix à la naissance. (Prémisse 1)

Cette pathologie entraîne systématiquement de lourds handicaps moteurs et intellectuels à l’âge adulte. (Prémisse 2)

Les sutures du crâne du bébé humain ne sont pas encore complètement fermées à la naissance. (Prémisse 3)

L’ostéopathie crânienne permet d’agir manuellement sur ces sutures. (Prémisse 4)

L’ostéopathie crânienne appliquée dès les premiers jours de vie permet d’éviter toute séquelle liée à la plagiocéphalie. (Prémisse 5)

Ainsi, il faut permettre de pratiquer l’ostéopathie crânienne dans toutes les maternités. (Conclusion)

Le plus souvent, les prémisses ne seront pas aussi bien découpées et il faudra les démêler. C’est ce que nous avons dû faire dans la deuxième partie de cet article (voir la Partie II – Application des principes méthodologiques de l’analyse argumentaire ci-après).

2) Analyse d’un texte argumentaire

Identification des arguments

Il n’existe pas à notre connaissance de méthode algorithmique infaillible pour mettre  à jour identifier des arguments mais seulement quelques principes. Dufour nous livre certains de ces principes dans son ouvrage. En résumé, il s’agit :

  • d’identifier les conclusions défendues par les auteur·es et leurs prémisses en repérant les connecteurs logiques ;
  • de chercher à les retranscrire fidèlement. En effet, afin d’éviter un épouvantail, il est bon d’être le plus fidèle possible dans la restitutions des arguments. Dans l’idée, il faut s’évertuer à présenter l’argument mieux que son auteur·e ne l’aurait fait lui-même ou elle-même.

Évaluation détaillée des arguments (ou décorticage)

Pour chacun des arguments identifiés, on veillera à :

  • évaluer la valeur de vérité de ses prémisses. Il s’agit de vérifier que chacune d’elles repose sur des données factuelles ou est logiquement cohérente (qu’elle ne contient pas une contradiction), indépendamment de la conclusion de l’argument ;
  • évaluer la justification que chaque prémisse apporte à la conclusion de l’argument.

Dans l’exemple B :

Le CorteX existe depuis 2010. (Prémisse)

Valeur de vérité. Cette prémisse est vraie, si l’on en croit la page de présentation de notre collectif. Selon notre degré d’exigence et les enjeux de l’argumentaire, on pourrait aller plus loin dans la vérification de cette prémisse en allant lire les registres d’enregistrement des associations loi 1901.

C’est pourquoi il doit continuer à exister. (Conclusion)

Justification. Cette prémisse justifie-t-elle la conclusion « C’est pourquoi il [le CORTECS] doit continuer à exister. » ? Il est facile de trouver des situations où il est légitime d’interrompre une habitude qui perdure depuis sept ans. Par exemple, si une personne séquestre son enfant tous les soirs trois heures dans un placard depuis sept ans, il est légitime de dire qu’il serait plus raisonnable d’interrompre cette pratique pour le bien-être de l’enfant. Le fait qu’un processus existe depuis X années n’est jamais suffisant pour justifier la perpétuation de ce processus. Ainsi, bien que la prémisse de départ soit vraie, elle ne justifie en aucun cas la conclusion. C’est une variante du sophisme que l’on appelle argument d’historicité.

Dans l’exemple C :

Les plagiocéphalies touchent un bébé humain sur dix à la naissance. (Prémisse 1)

Cette pathologie entraîne systématiquement de lourds handicaps moteurs et intellectuels à l’âge adulte. (Prémisse 2)

L’ostéopathie crânienne permet d’agir manuellement sur ces sutures. (Prémisse 4)

L’ostéopathie crânienne appliquée dès le premier jour de vie permet d’éviter toute séquelle liée à la plagiocéphalie. (Prémisse 5)

Valeur de vérité. Ces quatre prémisses sont fausses1.

Les sutures du crâne du bébé humain ne sont pas encore complètement fermées à la naissance. (Prémisse 3)

Valeur de vérité. Cette prémisse est vraie2.

Justification. Cette prémisse justifie-t-elle la conclusion « Ainsi, il faut permettre de pratiquer l’ostéopathie crânienne dans toutes les maternités. » ? Non. Seule une prémisse est vraie (la prémisse 3) et elle ne justifie en rien la conclusion.

Évaluation générale d’un argument

L’argument ne sera d’office pas recevable si :

  • toutes ses prémisses sont fausses, ou ;
  • si aucune des prémisses ne justifie la conclusion.

Par exemple, l’argument B n’est pas recevable, parce que son unique prémisse n’apporte pas de justification à la conclusion. L’argument C non plus, puisque sa seule prémisse vraie ne justifie pas non plus la conclusion.

À l’inverse, l’argument sera d’office recevable si

  • au moins une de ses prémisses est vraie, et ;
  • cette même prémisse justifie la conclusion.

Dans les autres cas, il sera plus difficile (mais pas impossible) de trancher comme nous allons le voir par la suite.

Partie II – Application des principes méthodologiques de l’analyse argumentaire

Une fois les quelques conseils méthodologiques généraux présentés, nous utilisons un sujet spécifique pour les mettre en application : l’extension du délit d’entrave à l’IVG.

Choix du sujet et contexte

Logo du groupe « Les survivants » dont le site web lessurvivants.com est classé par de nombreux médias comme réputé hostile à l’IVG.

Dans les années 1990 en France, fut votée une loi interdisant d’empêcher physiquement les femmes d’accéder aux centres d’avortement. En octobre 2016, des député·es proposèrent d’étendre l’application de cette loi aux cas d’entrave « numérique ». Il existe depuis quelques années des sites Internet d’apparence purement informatifs mais dont les contenus révèlent assez vite un parti pris anti-IVG. La finalité de la nouvelle proposition de loi (PPL) était de lutter contre ces sites Internet en les interdisant – d’où la dénomination d’« entrave numérique ». La PPL fit débat au sein de l’Assemblée nationale ainsi que dans la société civile. Elle fut finalement adoptée sous une version modifiée en février 2017.

Voici la PPL initiale :

L’article L. 2223-2 du code de la santé publique 3 est complété par un alinéa ainsi rédigé :
«– soit en diffusant ou en transmettant par tout moyen, notamment par des moyens de communication au public par voie électronique ou de communication au public en ligne, des allégations, indications ou présentations faussées et de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur la nature, les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ou à exercer des pressions psychologiques sur les femmes s’informant sur une interruption volontaire de grossesse ou sur l’entourage de ces dernières. »

Voici la PPL adoptée :

« soit en exerçant des pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte d’intimidation à l’encontre des personnes cherchant à s’informer sur une interruption volontaire de grossesse, des personnels médicaux et non médicaux travaillant dans les établissements mentionnés au même article L. 2212-2, des femmes venues recourir à une interruption volontaire de grossesse ou de l’entourage de ces dernières. »

Après avoir présenté ces données de contexte, nous rappelons qu’avant de chercher à se positionner, il convient d’identifier clairement quelles sont les différentes questions débattues. On peut par exemple envisager :

  • la question de l’adoption du texte de loi tel que mentionné ci-dessus ;
  • la question de l’adoption d’un texte de loi modifié ;
  • la question de l’interdiction des sites qualifiés d’anti-IVG ;
  • la question de la mise en œuvre de moyens publiques pour diminuer l’audience des sites qualifiés d’anti-IVG ;
  • la question de l’avortement comme droit ;
  • Etc.

Cet étape est indispensable afin d’éviter l’écueil du chevauchement des questions dans le débat. Le tout est de se mettre d’accord dès le début avec le groupe sur la question à débattre et d’insister sur le fait qu’il faudra éviter de sortir de ce cadre sous peine d’un risque d’appauvrissement de la discussion. C’est le rôle de l’enseignant·e de veiller sur ce point tout au long de la séquence pédagogique.

Objectifs et précautions

Cette séquence comprend trois objectifs principaux :

  • illustrer la difficulté de se positionner de manière rapide et tranchée sur ce type de sujet ;
  • repérer et analyser des arguments en apparence rigoureux mais en réalité fallacieux, les sophismes ;
  • permettre de formaliser une démarche rationnelle de réflexion sur un sujet aux forts enjeux moraux.

Comme la thématique peut être houleuse, nous précisons toujours avant d’entrer dans le vif du sujet :

  • que nous allons présenter des documents où figurent des personnes dont l’appartenance à des mouvements politiques ou religieux peut troubler. Il faudra faire attention à bien évaluer les propos des personnes, et non leurs actes antérieurs ou leur rattachement idéologique, pour ne pas tomber dans le déshonneur par association ;
  • qu’être contre la proposition de loi n’entraîne pas forcément le fait d’être contre le droit à l’IVG – deux positions qui peuvent pourtant facilement être associées.

Positionnement préalable

À ce stade, nous demandons à chaque étudiant·e d’écrire de manière anonyme sur une feuille de papier s’il est « pour » ou « contre » cette PPL (l’abstention n’est pas une alternative possible ; nous « forçons » les étudiant·es à jouer le jeu). Nous répéterons cette étape à la fin de la séquence pour voir si l’avis de certain·es a changé.

Lorsque nous avons réalisé ces enseignements, 96% des étudiant·es des 4 sessions que nous avons effectuées étaient « pour » la PPL à cette étape (N=72). 4% étaient « contre ».

Analyse des argumentaires des deux camps

Présentation

Afin de se faire une idée des différent·es actrices et acteurs présent·es dans le débat, et surtout de leur argumentaire pour ou contre la PPL, nous proposons de visionner ou lire six documents. Nous divisons le groupe d’étudiant·es en deux : une moitié du groupe travaillera sur les trois documents « contre », l’autre moitié sur les trois documents « pour ». Nous leur demandons d’extraire les principaux arguments en une trentaine de minutes. En fonction du temps dont nous disposons, et surtout du niveau d’expertise du groupe sur l’outillage de la pensée critique, nous leur proposons également d’extraire les principaux sophismes mobilisés.

  • Extrait d’un débat sur BFM TV de novembre 2016 où Laurence Rossignol, membre du Parti socialiste et ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes se positionne pour la PPL :

  • Intervention de Marion Maréchal-Le Pen, membre du Front national, députée, contre la PPL, à l’Assemblée nationale en novembre 2016 :

  • L’exposé des motifs publié en octobre 2016 de la PPL co-signé par plusieurs dizaines de député·es, lire les pages 4 à 6.

Sélection de sophismes

Ces documents sont tous de bon supports pour s’entraîner à détecter des sophismes, ces structures argumentaires qui semblent valables en apparence bien qu’en réalité défaillantes. Nous les appelons aussi des « moisissures argumentatives » en vertu de leur propension à altérer la plupart des débats, à étouffer des arguments pertinents et à décrédibiliser des discours judicieux sur certains points. Cette étape est souvent un temps très apprécié des étudiant·es et permet de mettre en évidence la fréquence des sophismes. Elle n’est cependant pas auto-suffisante car, s’il est assez aisé de relever des sophismes du côté des « pour » comme des « contre », il faut ensuite savoir identifier et analyser les arguments qui tiennent a priori vraiment la route.

Nous relevons ci-dessous quelques sophismes redondants sur le sujet en question ; la liste est loin d’être exhaustive.

Technique de la fausse piste :

  • « Comme vous le savez peut-être, depuis plusieurs mois, un groupe anti-IVG nommé les Survivants multiplie les actions sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la réalité. Certaines actions vont même à l’encontre de la loi, comme la reprise sans autorisation du jeu Pokémon Go et de ses personnages, ou, plus récemment, un affichage lumineux sur l’Arc de Triomphe pour faire leur propagande. Il y a quelques semaines, ils ont même lancé une campagne diffamatoire à propos du Planning Familial. » (Cécile Pellerin) [La PPL ne cible pas ce type d’actions]

Technique de l’épouvantail :

  • « Leur positionnement [aux porteur/ses des sites anti-IVG] incite à la réflexion, et c’est justement ce qui leur est reproché. Il faudrait qu’ils adoptent d’emblée un positionnement favorable à l’avortement. Or, un sujet si grave ne peut être enfermé dans des postures militantes. » (Monseigneur Pontier)
  • « Faudrait-il nécessairement exclure toute alternative à l’avortement pour être considéré comme un citoyen honnête ? » (Monseigneur Pontier)
  • « L’amendement proposé en septembre par Madame Rossignol a déjà été rejeté par le Sénat, les femmes serait-elles des citoyens de seconde zone, ne méritant pas un accès à l’information sûr et neutre ? Nous aurons la réponse le 1er décembre. » (Cécile Pellerin)
  • « Et puis, il y a, en sous texte, toujours ce même jugement : les femmes qui ont recours à l’IVG sont des meurtrières, égoïstes, leurs actes ne sont motivés que par leur confort. (Cécile Pellerin)
  • « Vous avez l’air d’entretenir les femmes dans une forme de sujétion mentale, vous les prenez pour des femmes complètement stupides. Faut les prendre par la main, faut les protéger d’informations qui ne seraient pas compréhensibles, faut les orienter correctement dans la bonne voie parce qu’elles seraient vulnérables, fragiles, qu’elles n’auraient pas le discernement nécessaire, donc que l’État nounou, protecteur soit là pour leur garantir de faire le bon choix » (Marion Maréchal-Le Pen)
  • « Comment prétendre protéger la liberté de la femme lorsqu’on va lui interdire de poser un choix libre, de discerner, de prendre le temps de la réflexion face à un acte irréversible qui, loin d’interrompre une grossesse vient y mettre fin de manière irrévocable ? » (Cécile Edel)
  • « Comment nier la voix de celles qui viennent témoigner tous les jours sur
    ces sites des conséquences physiques et psychologiques douloureuses qu’elles endurent suite à leur IVG et continuer de soutenir que tout ceci n’est que pur mensonge ? » (Cécile Edel)

Appel au peuple :

  • « Ces sites ont du succès, preuve qu’ils répondent à une attente. » (Monseigneur Pontier)

Attaque à la personne :

  • « Ces extrémistes, pour la plupart du temps religieux, veulent nous en priver. » (Cécile Pellerin)
  • « Vous êtes totalement aveuglé par l’idéologie. » (Marion Maréchal-Le Pen)

Usage de mots à effet impact4:

  • «Texte complètement délirant. » (Marion Maréchal-Le Pen)
  • « Il est scandaleux de vouloir instaurer chez les jeunes (…) » (Cécile Pellerin)

Questions rhétoriques5

  • « Le moindre encouragement à garder son enfant peut-il être qualifié sans outrance de « pression psychologique et morale » ? » (Monseigneur Pontier)

Les procès d’intention6

  • « Que font réellement ces sites visés par le Gouvernement sinon pallier au silence du gouvernement qui, au travers de son site dédié spécifiquement à l’IVG, omet volontairement d’exposer les conséquences physiques et psychologiques de l’IVG. » (Cécile Edel)
  • « Il existe une prolifération importante de sites se prétendants neutres mais en fait anti-IVG, cherchant à tromper les internautes (opinions non clairement affichées, utilisation des codes officiels). » (Assemblée nationale)
  • « Il est scandaleux de vouloir instaurer chez les jeunes, la peur d’un organisme créé pour les aider (…) » (Cécile Pellerin)

Plurium affirmatum

  • « J’ose donc espérer  que, sensible aux  libertés  en cause,  vous  ne laisserez pas  une  telle mesure  arriver à  son terme. » (Monseigneur Pontier) [Sous-entendu l’affirmation suivante : si vous êtes sensible aux libertés en cause, vous ne laisserez pas une telle mesure arriver à son terme. Affirmation qui elle-même présuppose, tel un assortiment de poupées russes, l’affirmation : la présente mesure [la PPL] porte atteinte à certaines libertés.]

Synthèse des arguments

À ce stade, nous demandons aux étudiant·es de chaque groupe de venir écrire sur un tableau (ou un autre support) les principales prémisses contenues dans les documents permettant de soutenir la conclusion « La PPL est justifiée (Il faut voter pour.). » ou « La PPL n’est pas justifiée (Il faut voter contre.). »

La PPL est justifiée (Il faut voter pour.).

La PPL n’est pas justifiée (Il faut voter contre.).

La PPL ne relève pas de la liberté d’expression et d’opinion.

Cette PPL met en cause les fondements de nos libertés, particulièrement la liberté d’expression.

Ces sites détournent les internautes d’une information fiable et objective.

Ces sites fournissent une information exhaustive sur les conséquences d’une IVG et les alternatives à l’avortement, qui ne sont présentées sur aucun document officiel émanant du gouvernement ou des planning familiaux.

Ces sites sont populaires.

Ces sites répondent à une attente.

Ces sites limitent l’accès de toutes les femmes au droit fondamental à l’avortement.

La PPL viendra aliéner la liberté de la femme de choisir la vie.

 

La détresse ressentie par les femmes ne pourra plus s’exprimer.

Ces sites cherchent à tromper délibérément.

 

Il est bien sûr possible d’être plus précis dans la synthèse des arguments mais cela nécessite un temps dont nous ne disposons pas forcément en cours avec un grand groupe. À titre d’exemple, voici une synthèse plus fournie des arguments présentés dans un texte du corpus.

On remarquera que la plupart des arguments avancés ne concernent pas la PPL en tant que telle mais le fait d’interdire certains sites Internet. Or, ce n’est pas l’objet de la discussion, qui est bien de trancher « pour » ou « contre » la PPL. C’est un point important sur lequel nous attirons l’attention des étudiant·es.

Analyse des arguments

Une fois la synthèse des arguments réalisés, nous invitons  les étudiant·es à se positionner concernant la valeur de vérité et la justification de chacune des prémisses en leur proposant un nouveau temps de travail en groupes restreints. Un accès à un ordinateur avec une connexion Internet est fortement recommandé pour cette étape.

Certaines des prémisses réunies dans la synthèse seront rejetées sans trop de discussion : 

  • la détresse ressentie par les femmes ne pourra plus s’exprimer. =>  Prémisse fausse. Divers lieux existent pour s’exprimer au sujet de l’IVG et de l’éventuelle « détresse » associée. C’est le cas par exemple des plannings familiaux.
  • Ces sites limitent l’accès de toutes les femmes au droit fondamental à l’avortement. => Il y a deux façons de comprendre cette prémisse, une version forte et une version faible. Pour la version forte, ces sites constituent une entrave physique aux femmes souhaitant exercer leur droit de recours à l’avortement. Dans ce cas, la prémisse est évidemment fausse. Concernant la version faible, l’existence de ces sites a pour effet de réduire le taux de recours à l’IVG dans la population. Pour évaluer la valeur de vérité de cette prémisse, il faudrait au minimum avoir des données montrant que la population qui consultent ces sites présente un taux de recours à l’IVG inférieur à celle qui ne les consultent pas. À défaut, le principe de la charge de la preuve et l’utilisation du rasoir de Hitchens7 imposent et permettent, à défaut de juger cette prémisse fausse, de l’écarter de l’argumentation.

D’autres analyses de prémisses nécessiterons un temps plus long d’échange. Assez rapidement, le groupe peut se rendre compte que l’essentiel du débat tourne autour de la question de la liberté d’expression : la PPL est-elle une entrave à la liberté d’expression ? Nous laissons le débat se faire entre les étudiant·es, en veillant à ce que la parole tourne et à ce que chaque personne s’interroge sur la valeur de vérité des affirmations qu’elle émet.

Conclusion

En guise de conclusion, nous demandons à nouveaux aux étudiant·es de se positionner « pour » ou « contre » la PPL, avec toujours pour consigne de ne pas s’abstenir. À ce stade, 65 % étaient « pour », 15 % étaient « contre » et 20 % ont choisi l’abstention malgré la consigne, en répondant ne pas savoir.

Nous ne présentons pas dans le cadre de cette séquence notre argumentation et notre position au sujet de la PPL car ce n’est pas l’objet de l’intervention. Nous insistons plutôt sur l’importance de prendre du recul sur nos positionnements hâtifs face à des sujets délicats et d’exiger ou de fournir les preuves nécessaires pour soutenir les arguments produits. Nous rappelons une nouvelle fois le caractère essentiel du fait de bien délimiter la question dont on souhaite débattre, dans le cas présent la question de la pertinence de la PPL.

Émissions "Sur la route", avec RéZonance

Un soir brumeux, deux individus, Sébastien Roblain et Sylvain Lion ont pointé leur nez dans l’amphi de Richard Monvoisin. Membres de l’association RéZonance (appartenant à la Fédération de l’Audiovisuel Participatif et à Médias Citoyens), ils sortaient d’un stage de L’Orage, avec l’inénarrable cofondateur du CorteX Nicolas Gaillard, et sont venus s’achever à la fac, et mettre un micro poilu à portée de voix de l’autodéfense intellectuelle version locale. Ils en ont tiré deux émissions « politiques », l’une avec Kidora et Nicolas pour l’Orage, et l’autre avec R. Monvoisin, qui dura si longtemps qu’elle a été coupée en deux.

Voilà ce que ça donne.

  • Pour écouter l’Orage et son éducation populaire, allez directement ici.
  • Pour écouter R. Monvoisin1 et la zététique engagée, ci-dessous.

Merci à eux, et bonne route – route que nous recroiserons forcément car dans le préau de la pensée libre il n’y a guère que les menhirs qui ne se rencontrent pas.

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Soldes de la grande braderie ?

En janvier 2017, nous avons publié un billet intitulé « Grande braderie de l’autodéfense intellectuelle ». Le même mois, un petit groupe de camarades sceptiques nous a envoyé une réponse concertée à laquelle nous avons répondu en détail, dans un texte intitulé « Le pacte cérébelleux, réponse aux camarades ». Nous pensions alors que cela amènerait un débat rationnel, dépassionné et collectif. Pourtant, tant sur nos messageries électroniques que semble-t-il sur les réseaux sociaux, les répliques ont été vives, et malheureusement individuelles, et non collectives. Aucun retour groupé n’est venu pousser plus loin la réflexion. Dans cet article qui servira probablement d’épilogue, nous prenons soin de répondre à quelques réactions qui, quoi qu’éparpillées, méritent de s’y arrêter.

 « Mais enfin bon sang de bonsoir quelles sont donc les cibles du texte Grande braderie de l’auto-défense intellectuelle ? »

L’épée de Damoclès, Richard Westall (1812)

Nous y avons répondu de façon claire dans notre texte Le pacte cérébelleux, réponse aux camarades : ce texte s’adresse à tou·tes les sceptiques, à nous à plus forte raison. Le contenu de l’article initial, à l’instar de la réponse aux camarades sceptiques, est une épée de Damoclès accrochée par nos soins au-dessus de quiconque à vocation à enseigner l’esprit critique… membres du Cortecs compris ! Autrement dit, le jour où l’un·e d’entre-nous deviendra complaisant·e, il faudra lui mettre ces textes devant le nez.

« Bon bon bon, critiquer les médias dominants et le système carcéral d’accord, mais prétendre que sans les critiquer on ne critique rien n’est-il pas exagéré ? »

Cette critique fait référence à ces deux phrases du texte initial « Surtout, ne pas toucher aux médias dominants et ne pas toucher à la prison. En gros, ne toucher à rien. »

Sans doute manque-t-il un terme : aurions-nous dû écrire En gros, ne toucher à rien de systémique, ou à rien qui coûte vraiment socialement. En fait, quel que soit le champ auquel les sceptiques s’intéressent, effectuer l’analyse du rôle des médias dominants (et des technologies de l’information dominantes) paraît indispensable car ceux-ci abordent tout un tas de sujets tantôt de façon moyenne, tantôt de façon médiocre voire potentiellement contre-productive, rarement bonne, et quasi immanquablement scénarisée (voir Technique du carpaccio). Et ceci sans compter l’ensemble des thématiques qui sont négligées, ou dans lesquelles on occulte une part de la réponse (voir  par exemple Paranormal, dérives sectaires : cautions médiatiques sous couvert de libre information sur ACRIMED). Donc même les sceptiques qui souhaitent ne s’intéresser qu’au « paranormal » (et c’est leur droit) et qui ont à cœur de délivrer une information critique de qualité, ne peuvent pas faire l’impasse sur la genèse de ce marché cognitif qui manufacture les opinions fausses que nous tentons tant bien que mal d’éventer. Ces médias constituent la caisse de résonance des thèses pseudoscientifiques, et n’en point parler revient à éponger la flaque et non étudier le robinet.

La liste est longue de reportages et autres documentaires qui vantent les pseudosciences au quotidien. Exemple récent, l’affligeant documentaire produit par France 2, chaîne pourtant du service public, sur les pratiques de soin dites alternatives1. Quel sens cela aurait-il d’aller parler quelques minutes du même sujet sur cette chaîne après un tel festival de désinformation ? Pour simplement décortiquer proprement ne serait-ce que le passage sur l’acupuncture, il ne faudrait pas loin d’un contre-documentaire complet (qu’il faudrait bien sûr diffuser à heure de grande écoute et non à 23 heures le soir sur une obscure chaîne), et qu’on ne grime pas les sceptiques qui parlent comme « ceux qui n’y croient pas », relativisant artificiellement le savoir, posant l’expertise au même rang que la simple opinion.

« N’y a-t-il pas un mésusage de la charge de la preuve sur la question de l’esprit critique dans les médias ? »

Reprenons le passage concerné, qui figure dans le texte Le pacte cérébelleux, réponse aux camarades :

« Néanmoins, présenter qu’il est pertinent de diffuser les outils de la pensée critique tous azimuts sans regard sur le média, montre une ignorance assez forte, qui ne peut pas être vôtre, de la sphère médiatique, et surtout nécessite des preuves. Le problème, c’est qu’afin de constituer ces preuves, il va falloir s’entendre sur ce qu’il est entendu par « pertinent ». Or c’est là que le bât blesse : nous ne sommes, par exemple, pas du tout convaincu.es que le plus pertinent soit de « saupoudrer sur une masse de gens importante », qui plus est par le truchement d’un média corrodé, scénarisant les discours, faisant des coupes. À la rigueur pourriez-vous rétorquer que faire la prétention inverse (il n’est pas pertinent de…) requiert, elle aussi, des preuves, mais ce serait faire fi de la charge de la preuve, qui immanquablement revient à celui qui produit l’énoncé sur le monde, non pas à nous qui en doutons. »

S’il fallait le réécrire, nous changerions deux mots : « À la rigueur pourriez-vous rétorquer que faire la prétention inverse (Nous doutons qu’il soit pertinent de…) requiert, elle aussi, des preuves, mais ce serait faire fi de la charge de la preuve, qui immanquablement revient à celui qui produit l’énoncé sur le monde, non pas à nous qui en doutons. ». C’est mieux ? Toujours pas ? OK, reformulons autrement et plus succinctement le paragraphe ci-dessus :

Nous doutons que diffuser les outils de la pensée critique dans les médias tous azimuts, sans un filtre critique débouchant sur un processus de tri, ait un quelconque effet pédagogique pertinent de masse.

 

À partir de là, deux cas de figure peuvent-être envisagés. Imaginons un groupe de sceptiques qui va intervenir, disons, sur TF1.

Illustration pour la charge de la preuve
Illustration pour la charge de la preuve

Multivers n°1 : il s’y rend complètement par hasard, sans y avoir réfléchi, sans se préoccuper le moins du monde de l’effet qu’aura sa présence et son discours. Dans ce multivers (naïf) il n’y a effectivement pas lieu d’invoquer la charge de la preuve. Mais reconnaissons que ce scénario est très peu crédible.

Multivers n°2 : le groupe s’y rend car il pense que son intervention peut avoir un effet (un effet de transformation sociale, donc cela implique que le groupe a des velléités politiques !). De là, il est encore possible de considérer plusieurs cas de figure.

Multivers n°2a : le nombre de hits. L’objectif visé est de faire en sorte que « le plus de gens possible aient entendu parler de zététique ou d’esprit critique ». Dans ce cas-là nous n’avons pas grand-chose à dire sur la prétention. Oui, après avoir évoqué le mot « zététique » devant plusieurs centaines de milliers de personnes, un plus grand nombre de gens en aura entendu parler que s’il avait été évoqué devant un parterre de 200… ici la charge de la preuve n’a pas besoin d’être dégainée.

Seulement, à notre avis, faire en sorte que « le plus de gens possible ait entendu parler de zététique ou d’esprit critique » nous apparaît être un objectif un peu fade, et surtout, dangereux car si en allant chercher zététique, on retombe sur du matériel préfabriqué médiatiquement, ou de mauvaise qualité, on prend le risque d’un rejet réflexe. Ne soyons pas lourdingues, nous avons déjà expliqué tout ça dans notre texte Le pacte cérébelleux, réponse aux camarades.

Multivers n°2b : l’objectif visé est plus ambitieux. Les sceptiques souhaiteraient que leur auditoire comprenne et retienne les concepts mobilisés, soit capable de les utiliser pour détecter et décortiquer les nombreuses affirmations qui leur sont faites à longueur de journée sur la façon de régler différents problèmes, sur la façon dont le monde fonctionne, ou sur la manière dont ce monde doit ou devrait être. Le groupe peut aussi espérer que son auditoire soit en mesure d’utiliser les outils du scepticisme dans d’autres champs que celui qu’il a choisi comme support pédagogique, en particulier les champs dans lesquels les croyances et comportements génèrent le plus de souffrance.

C’est bien du type d’effet relaté dans le cas 2b dont nous doutons qu’il puisse être obtenu par des interventions média simili-naïves, ou par du saupoudrage indifférencié, du Figaro Madame à Médiapart, de Femme actuelle à C’est dans l’air. Or, ce n’est pas à nous mais bien aux sceptiques qui se rendent à TF1 de démontrer en principe la réalité de type d’effet. Ou tout du moins, car avouons que pour quiconque cette tâche est loin d’être évidente, de justifier d’un ratio (bénéfice de réaliser une intervention pertinente) / (risque de cautionner un média corrodé + risque de produire une intervention contre-productive). Nous nous arrêterons là car nous commençons à radoter (voir notre texte Le pacte cérébelleux, réponse aux camarades).

En fait, il y aurait un mésusage de la charge de la preuve si nous avions affirmé un effet négatif. Mais notons tout de même que cela n’aurait pas dispensé les sceptiques de la charge de la preuve pour démontrer l’effet positif que le groupe pense générer, même implicitement, par son intervention. Sauf s’il pense avoir un effet neutre ou s’il y va pour son propre plaisir…

« Ne peut-on pas enseigner l’esprit critique pour son unique plaisir, sans aucune velléité de transformation sociale ? »

Il nous est reproché d’affirmer que diffuser l’esprit critique à des fins autres que politiques (au sens de transformation sociale) est impossible.

Les critiques de cette affirmation avancent que, de la même façon qu’il est possible de s’intéresser à la cosmologie ou de peindre pour des motifs purement égoïstes (économique, carriériste, hédoniste, etc.), il est aussi envisageable d’enseigner la zététique dans cet état d’esprit.

Disons le d’emblée : nous admettons – force est de le constater – qu’il existe des gens qui fassent effectivement de la zététique un hobby, même si cela soulève quelques problèmes moraux.

Nous avons donc cherché et examiné les passages de nos écrits qui ont pu susciter ces critiques. Ainsi, cela nous a permis de déterminer si nos paroles ont effectivement dépassé nos pensées.

Premier passage : « que peut avoir, in fine, comme autre objectif valable la diffusion de la pensée critique, sinon une transformation sociale vers la fameuse et hypothétique connaissance de cause ?»

Dans ce passage, c’est d’un point de vue moral que nous nous positionnons et il aurait sans doute été utile de le préciser. Ainsi, nous ne déclarons pas qu’il est impossible de diffuser la pensée critique pour autre chose qu’un objectif de transformation sociale, mais nous affirmons que toute autre raison n’est pas moralement justifiable.

Oui, il s’agit d’une thèse forte qui mériterait d’être argumentée. Cependant, comme ce point ne concerne pas l’objet des critiques initiales, nous nous en abstiendrons pour l’instant.

Deuxième passage : « Enseigner la zététique sans velléité de transformation sociale, c’est comme chanter en silence, comme danser sans bouger, comme croire sans Dieu ou l’un de ses avatars.»

Il y a effectivement un problème avec cette affirmation. Il est en effet envisageable, en principe, d’enseigner la zététique, de chanter, de danser ou de croire en Dieu pour son propre plaisir ou d’autres motifs purement égoïstes. Et tout cela sans se préoccuper le moins du monde de l’effet que peut avoir son activité sur le monde social. L’affirmation du deuxième passage est donc fausse car elle sous-entend qu’il y ait une impossibilité en principe. Vous l’avez compris, notre critique se situe sur une impossibilité d’un point de vue moral et non d’un point de vue logique. Au fond, le problème est ancien en science : est-il moral de choisir des thèmes de recherche qui nous font simplement plaisir (sachant qu’on le fait avec un salaire souvent publique, et un mandat de bien social) ? Pour la zététique comme pour la science en général, nous autres Cortecs pensons que non.

Troisième passage : « Aussi, faire une transmission apolitique de la zététique, c’est un oxymore, pour ne pas dire un non-sens. »

Ce passage, bien que ressemblant au précédent, est substantiellement différent. Pour bien saisir cette différence, il convient de distinguer deux choses : l’intention de l’action et le résultat de l’action.

En effet, si nous admettons sans difficulté qu’une personne puisse avoir l’intention d’enseigner l’esprit critique pour des motifs purement égoïstes et non politiques, nous affirmons que le résultat de son action, qu’elle le veuille ou non, va produire un effet dans le monde social (sans préjuger des paramètres, du sens, du type de cible associé à cet effet, ni de l’amplitude de cet effet). Effectivement, une intervention publique même sur un sujet a priori relativement « léger » et « désaffectivé », par exemple, le paranormal, va nécessairement produire un effet social.

Dit autrement, que les sceptiques qui enseignent l’esprit critique le veuillent ou non, elles et ils sont dans une démarche politique (pertinente ou non). Nous présentons ci-dessous trois arguments à l’appui de cette thèse.

Tout d’abord, comme nous l’évoquions à la fin de notre réponse à nos camarades sceptiques, il convient de ne pas oublier qu’un sujet n’est « léger » et « désaffectivé » que relativement à des situations socio-politiques et socio-historiques particulières. Aborder par exemple la question de la possession par des esprits ou des sorcières pourrait ne pas du tout avoir le même impact politique en France qu’en Guinée Conakry, ou au Pérou. Les risques à traiter de ces sujets ne sont bien sûr pas les mêmes non plus : « il est des contrées où le simple fait de les utiliser [les outils rationnels de la pensée critique] fait prendre le risque d’une rafale de plomb. » (cf. notre texte Le pacte cérébelleux, réponse aux camarades).

Ensuite, il est bon d’ajouter que le simple fait qu’un sceptique choisisse de travailler sur un sujet plutôt qu’un autre a nécessairement des implications politiques. En effet, choisir par exemple de se consacrer exclusivement aux pratiques de soin dites alternatives implique que l’on délaisse une infinité d’autres champs. Rien qu’en se restreignant au champ de la santé, on peut mentionner les liens et conflits d’intérêt, le paternalisme médical, le mythe du trou de la Sécu2, la responsabilité des malades, les manifestations des différentes formes d’essentialisme dans le système de santé (sexisme, âgisme, spécisme, etc.), les pratiques associées à la fin de vie, etc. Ainsi, on choisit finalement (volontairement ou non) d’avoir tel effet sur le monde social plutôt que tel autre.

Emblème des ghostbusters
Emblème des ghostbusters

Enfin, adonnons-nous à une brève expérience de pensée. Imaginons qu’un jour un gouvernement élu décide de créer un ministère dédié à la question des fantômes et de leur éradication. Ce surprenant gouvernement déciderait également d’allouer à ce ministère un budget similaire à celui de l’armée en augmentant notablement les impôts. De surcroît, il serait mis en place un plan « vigifantôme » qui impliquerait que des équipes de « ghostbusters » arpentent nos rues et exercent des contrôles réguliers de nos concitoyens pour voir s’ils ne cachent pas quelque fantôme dans leur sac, et perquisitionnent leur cave ou leur grenier. Pensez-vous que les sceptiques d’affinité paranormaliste ne vont pas soudain se sentir impliqué·es politiquement ? C’est bien évidemment une question empirique mais permettez-nous d’émettre de forts doutes quant à la négative.

Quatrième passage : « Que ferait une association zététique vraiment apolitique ? Elle ferait de la pantoufle dans un entre-soi de salon, et se garderait par-dessus tout d’aller dans les médias. »

Nombre d’entre nous ont appartenu ou appartiennent à des associations (et les ont même montées parfois) qui se déclarent « apolitiques ». Au sens de « non partisanes », en  veillant à ne pas discriminer lors des adhésions, cela s’entend et se conçoit très bien. Mais toutes ont dans leurs statuts la promotion de la pensée critique. Qu’est-ce donc que cette promotion, sinon un parti-pris politique, estimant qu’il vaut mieux une population critique que pas ? Par conséquent, une association zététique, vu son objet, est forcément mue par un objet social orienté – à plus forte raison si elle fréquente des médias de masse (c’est bien pour toucher la « masse » !). Une zététique apolitique est donc un oxymore pour nous. D’ailleurs, nous ne connaissons aucune association zététique apolitique, et nous ne voyons pas vraiment à quoi ça pourrait ressembler, peut-être un entre-soi, ou une loge mystérieuse (ce qui expliquerait pourquoi nous n’en connaissons pas).

Cinquième passage : «Nous pensons qu’une approche apolitisée de la zététique est un non-sens. »

Sixième passage: «Transmettre la zététique sans un programme progressiste de transformation sociale, ce serait transformer la zététique en hobby de bourgeois, en scepticisme mondain. »

Septième passage :«En attendant, vous « compren[ez] que [n]otre approche du scepticisme soit politisée, et nous respectons votre choix en la matière »: mais il ne s’agit pas d’un choix. La démarche de diffusion du scepticisme est politisée. »

Ces trois passages sont redondants.

En guise de conclusion, il nous a été reproché d’affirmer qu’il n’était pas possible de diffuser l’esprit critique à des fins autres que politiques. Nous avons admis d’emblée que nous rejetons cette affirmation, et espérons avoir levé toute ambiguïté. C’est effectivement possible, mais moralement difficile à justifier.

Sur les sept passages de notre texte qui aurait pu laisser penser le contraire, un seul, le deuxième, peut sans aucun doute être associé à l’idée d’une impossibilité conceptuelle d’enseigner la zététique à des fins autres que politiques. Nous devons reconnaître que ce passage est faux. En revanche, comme nous l’avons argumenté ci-dessus, nous affirmons toujours que du point de vue du résultat de l’action – et non de l’intention – les sceptiques qui soutiennent que la transmission de la pensée critique est apolitique donnent dans l’oxymore.

Croyez bien que nous regrettons que le collectif qui nous a contacté n’ait pas souscrit à la forme de débat collectif public que nous avions demandé, et que les retours nous soient parvenus aussi éclatés. Une prochaine fois peut être.

L’équipe du CorteX

Pour aller plus loin sur cette thématique « Science / Zététique et politique », on pourra réécouter les émissions des 21 et 29 octobre 2015 du podcast Scepticisme scientifique de Jean-Michel Abrassart, dans lesquelles Richard Monvoisin expose exactement le même contenu – sans pour autant susciter de controverses.

Ici, épisode 308.

et là, 309.

On consultera également l’excellent texte Science & politique (1) l’hypothèse anti-politique du surnommé Dr Charpi sur son blog.

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Barreaux en fer et verrous mentaux – Tribune

Ce texte a été écrit à six mains en janvier 2016, puis, malgré notre réticence médiatique, a été proposé comme tribune au Monde afin de donner un écho à la cause qui y est défendue. Las ! Le journal a demandé à ce qu’on formate le texte en 5000 signes, puis, une fois le travail effectué, a refusé, invoquant l’actualité débordante. Quant à nous, nous invoquons Charles-Guillaume Étienne, dramaturge français oublié, qui par sa pièce Bruis et Palaprat (1807), a rendu proverbiale cette expression : « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Voici la version de notre tribune, non raccourcie. Rappelons qu’en tant que tel, une tribune est une expression plus qu’un article de fond, avec sources, références, etc. Alors ce texte est dédié à tous.tes cell.eux qui se plaignent qu’il y a trop de notes de bas de page dans nos articles. Cette fois, zéro.

C’est un secret de polichinelle que de révéler l’inefficacité du système carcéral en terme de réinsertion sociale. En voici un autre bien plus volontiers gardé : les quelques stratégies pédagogiques plébiscitées par les détenus vont probablement être sacrifiées à l’urgence d’État.

Donnons de la chair à notre inquiétude.

Depuis 2011, le collectif CORTECS déroule avec succès à Montpellier et à Grenoble, des enseignements de critique des médias au sein de quelques maisons d’arrêt.
Le pari effectué par les enseignants est celui-ci : partir du matériel accessible, en l’occurrence les médias, pour en faire l’analyse, la dissection et la déconstruction éventuelle. Sous forme de cours formels et d’ateliers, la méthode consiste à illustrer quelques aspects essentiels de la pensée critique, aussi bien sur des falsifications d’images, que sur des mésusages de chiffres, ou des discours publicitaires, propagandistes, racistes, sexistes, complotistes, sectaires, etc. Cet outillage est exactement le même que celui délivré dans des cours spécifiques de pensée critique et d’autodéfense intellectuelle sur certains campus. L’ambition des enseignants est simple : détourner leurs étudiants des manières de douter stériles, souvent conspirationnistes, parfois sectaires très en vogue – à plus forte raison dans un contexte aussi confiné que la prison – pour élaborer un art du doute méthodique, rationnel et se donnant les moyens de ses critiques. À moyen terme, ce matériel intellectuel tend à former des citoyens qui ont une meilleure prise sur leur environnement, donc en sont moins des victimes passives. Il n’a jamais eu prétention à remettre les personnes détenues dans la « moralité », dans le rang, sur la route des braves gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. Il s’agit de transmettre l’outillage critique nécessaire pour faire des choix en connaissance de cause – autant que faire se peut.

Avant les attentats ayant ensanglanté la France métropolitaine en 2015, l’action de nos enseignements était lente, mais pérenne, mobilisant des énergies individuelles au sein du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ou chez d’autres enseignants, générant parfois quelques soubresauts de l’institution, mais sur un fond d’indifférence courtoise : la pensée critique était logée à l’enseigne par exemple du théâtre d’impro, ou du macramé. Les détenus étaient contents, il n’y avait pas de problème majeur. Pour enseigner heureux, enseignons cachés.

Dès le 7 janvier, le regard a changé, et s’est mis à doublement loucher. D’une part, en tant que spécialistes des dérives sectaires, nous avons vu pleuvoir sur nous des sollicitations sur le thème « djihadisme, la nouvelle forme de secte ».

D’autre part, nous avons vu les institutions carcérales lorgner sur nos formations, laissant entendre qu’il fallait « rééduquer » le moudjahidin en devenir, l’ayatollah en chemise de bure, le salafiste larvé.

Alors profitons-en pour éventer quelques idées reçues car, si l’on veut réellement éviter des drames comme ceux que nous avons vécus, il faut regarder la réalité, et non une réalité fantasmée.

D’abord, si mécanique sectaire il peut y avoir dans certains cas, elle ne se met en branle que dans un deuxième temps. Le moteur principal du ralliement à des méthodes combatives type djihad valorisant la lutte armée est principalement politique : oui, ces jeunes sont fâchés.

Cela n’excuse pas leurs actes, comprenons-nous : ça les explique, ça donne les racines du problème. Et le problème est sous nos yeux : le sort réservé aux différentes vagues d’immigration, l’urbanisme post-colonial, le racisme ordinaire est l’un des aspects ; la France en conflit armé par ingérence, bien plus au nom d’enjeux économiques que de causes humanistes, en est un second. Il suffit, lorsque le système scolaire signe sa faillite, de saupoudrer sur ces jeunes têtes des grilles de lectures religieuses au lieu de grilles politico-économiques, et le tour est joué : un peu comme voir des banquiers juifs partout au lieu de décortiquer les inégalités économiques qui ne cessent de s’accroître.

Au lieu de critiquer la politique coloniale d’Israël, ou la violence du régime syrien, et forger une solidarité humaniste avec les peuples désespérés, fabriquons une solidarité religieuse. Renonçons à la lecture profane des conflits , la lecture binaire est si facile, la tripe religieuse si simple à activer. Troquons Lumumba contre Ben Laden, Franz Fanon contre Abd al-Aziz Ibn Baz, Kwame Nkrumah le pacifiste panafricaniste contre Abo Bakr al-Baghdadi. Que le recrutement « djihadiste » soit ensuite à l’image des structures sectaires, soit : mais que ce soit chez Aum vérité suprême, l’Ordre du temple solaire ou chez les Raëliens, la source de recrutement n’était pas un mécontentement généralisé par une classe opprimée.

La question qu’il faut accepter de se poser est : de quoi les attentats signent-ils la faillite ? Assurément la nôtre, collective : sinon comment comprendre que des individus, sains d’esprit, ni brillants ni fous, qui grandissent adossés à nos institutions trouvent enthousiasmant, plus enthousiasmant que tout, de tuer des personnes inconnues ?

Notre travail est d’enseigner, de forger une pensée, d’encourager, comme disait Montaigne à « frotter et limer nostre cervelle contre celle d’autruy« . Or nous voyons les gros sabots carcéraux arriver : même si nos interlocuteurs directs ont bien tenté de nous rassurer sur ces points, le discours ambiant nous laisse craindre fortement qu’il s’agisse, dans le cadre du plan de lutte anti-terroriste (PLAT), non plus de former, mais de détecter des détenus dangereux, de collaborer avec l’institution, de les faire rentrer dans le droit chemin.

Oublieux de la substantifique moelle de nos cours, des élus et des administratifs pensent que nous pouvons « déradicaliser » : or, non seulement nous n’avons aucune compétence pour mesurer un quelconque degré de radicalisation, mais le simple fait de nous associer à une telle démarche rendrait tout simplement impossible la poursuite de nos enseignements : comment, en effet, passer au crible de l’analyse critique une idée ou une représentation du monde dite radicale qui, exprimée par un détenu, conduirait à son signalement ?

D’ailleurs, nos enseignements sont radicaux : d’une analyse lucide, et la plus objective possible, nous faisons en sorte que la colère sourde des détenus s’oriente dans le maelström de notre monde complexe plutôt que prétendre éteindre les flammes de cette colère politique. On entend sans cesse le discours alarmiste : « la jeunesse n’est plus politisée ». Mais si, justement. Or, pour critiquer ce programme théocratique totalisant, il faut d’abord reconnaître la nature fondamentalement politique des revendications portées par ces jeunes.

Tout pompier dira d’ailleurs qu’à part poser pour la photo et donner l’illusion de faire quelque chose, il n’y a guère de sens à arroser le haut des flammes d’un incendie. Donc non, contrairement à ce que nous demandent les DCRI, nous ne simplifierons pas artificiellement le problème. Voir un mécanisme sectaire dans le djihadisme revient à voir une folie collective ou un empoisonnement à l’ergot de seigle dans la montée du national-socialisme allemand. C’est pathologiser le problème artificiellement, en faire un furoncle à extraire à la pince. Envisager de réquisitionner nos cours à succès pour en faire un appareil de redressement mental ? Sans façon merci.

Ils se disent radicaux ? Soyons nous-mêmes radicaux, étymologiquement parlant, allons intellectuellement à la recherche des racines. Nous verrons que la menace qui rôde se repaît de notre politique extérieure plus que de l’âme de gens sous emprise. Et nous aurons enfin de vrais leviers pour l’affamer.

Guillemette Reviron, Clara Egger, Richard Monvoisin.

Zététique et esprit critique en France à la rentrée 2015

Le CORTECS essaie de recenser tous les enseignements spécifiques centrés sur la didactique de l’esprit critique, qu’ils s’appellent « pensée critique », « esprit critique », « autodéfense intellectuelle » ou autre. A la rentrée 2015, voici les enseignements estampillés comme tels dont nous avons connaissance. Du Sud au Nord…

Marseille

Les enseignements, conférences et formations sur Marseille et sa région sont nombreux cette année :

A l’université

Denis Caroti, l'Aristote de la méthode scientifique

Université du Temps Libre (UTL) : deux séminaires « Esprit critique et autodéfense intellectuelle » sont ouverts pour les étudiant-e-s, le cours de niveau 1 ainsi que sa suite, niveau 2, pour celles et ceux ayant suivi le cours n°1. Un lundi sur deux à partir du 28 septembre (Denis Caroti).

– Ecole Centrale de Marseille : dans le cadre du tutorat assurés par les étudiants de l’ECM à destination des élèves de collèges et lycées marseillais, une formation centrée autour de l’approche pédagogique critique et zététique sera donnée tout au long de l’année (Denis Caroti).

Stages doctoraux

Deux nouveaux stages sont ouverts cette année :

– Zététique & Autodéfense intellectuelle

– Médias et pseudosciences

Les dates sont déjà fixées : 19-20 octobre et 22-23 octobre pour les deux premières journées. Une troisième journée de restitution est prévue pour le mercredi 4 novembre et vendredi 6 novembre (Denis Caroti)

CorteX_Nicolas_Montes

Nicolas Montes fait un cours de zététique en L1 Science de la Terre et Environnement et en M2 Sciences de l’Environnement Terrestre

Dans le secondaire

Cyrille_Baudouin

– Conférences Sciences et esprit critique : à destination des lycées de la région PACA (académies de Nice et d’Aix-Marseille), 30 conférences sont à nouveaux proposées (3ème année consécutive) aux lycées qui en ont fait la demande, ceci dans le cadre du dispositif régional Science Culture . Différents sujets sont traités en fonction des attentes des professeurs impliqués dans le dispositif (Cyrille Baudouin & Denis Caroti, Guillemette Reviron).

– Cours « Sciences et esprit critique » au collège Stéphane Mallarmé : tous les jeudis avec les élèves de 3ème qui se portent volontaire pour un cours optionnel traitant de zététique appliquée (Denis Caroti).

– Stages pour enseignants :depuis 2008, la formation « Sciences et pseudosciences » figure au plan de formation pour les enseignants du secondaire. Elle est à nouveau reconduite cette année. Inscriptions à partir du 15 septembre (Denis Caroti, Julien Pellegrino, Yannick Laurent).

Carcassonne

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Marion Margerit et Marie-Hélène Hilaire relancent les Enquêtes Z au collège Le Bastion, ateliers ouverts aux élèves de 6ème et 5ème.

Montpellier

A destination des enseignants

Caroline Roullier
Caroline Roullier

Cette année, cinq formations sont proposées par le Cortecs dans le PAF :

  • Agir pour l’égalité fille-garçon (n° de la formation dans le PAF : 15A0110405) animée par Caroline Roullier
  • Agir pour l’égalité fille-garçon (sous forme de Formation Territoriale – n° de la formation dans le PAF : 15A0110414) animée par Caroline Roullier
  • Médias, pseudosciences et esprit critique (n° de la formation dans le PAF : 15A0110667) animée par Guillemette Reviron
  • Mathématiques et auto-protection intellectuelle (n° de la formation dans le PAF : 15A0110484) animée par Guillemette Reviron
  • Vivre et apprendre dans l’établissement (sous forme de Formation Territoriale – n° de la formation dans le PAF : 15A0110461) animée par C. Roullier et G. Reviron

En détention

Les ateliers Médias et esprit critique se dédoublent à la maison d’arrêt de Villeneuves-lès-Maguelone et s’exportent au centre pénitentiaire de Béziers. Ils seront animés par Caroline Roullier et Guillemette Reviron

A l’université

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Deux sessions du cours Sciences et auto-défense intellectuelle seront proposées aux étudiants de L2 de l’Université de Montpellier, une par semestre. Ces cours sont ouverts moyennant discrétion.

Stages doctoraux

Outre le stage Médias et pseudosciences qui existe depuis 2010, Guillemette Reviron animera le stage Auto-défense mathématiques pour non mathématiciens

Nice

L’équipe composée d’Aziz Ziad, Martine Adrian-Scotto, David Mary et Thierry Corbard ont repris les enseignements légendaires de Henri Broch pour les licences 1 de sciences fondamentales.

Grenoble

Stages pour enseignants : depuis 2013, la formation « Sciences et esprit critique, zététique » figure au plan de formation pour les enseignants du secondaire. Elle est à nouveau reconduite cette année, à destination des collègues de physique-chimie, SVT, mathématiques et technologie, travaillant dans les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Inscription ici.

L’unité d’enseignement transversal « Zététique et autodéfense intellectuelle« , par Richard Monvoisin existe depuis 2005. Ce cours est ouvert au public.

Le cours spécialisé « Sciences et pseudosciences politiques » est porté pour la 2ème année par Clara Egger à l’Institut d’études politiques (second semestre). Il est ouvert au public.

CorteX_Clara_Egger

La première édition du séminaire « Complots et conspirationnismes« , co-animé par Clara Egger et Raùl Magni-Berton est ouvert à l’Institut d’études politiques. Il s’agit d’un séminaire de formation à la recherche, destiné aux étudiants de troisième année. Les cours débuteront le 17 septembre et se dérouleront principalement au premier semestre. Le second semestre est dédié au suivi des travaux des étudiants.

D’autres cours de pensée critique appliquée à des thèmes spécifiques existent à l’IEP, au niveau Master. Le cours « Les ONG et le système international » est ouvert, depuis 2013, aux étudiants en première année du master « Politiques et Pratiques des Organisations Internationales ». Deux autres cours débutent cette année : le cours « Élaboration de la décision scientifique »  (premier semestre, Master 1 & 2 « Sciences, Techniques et Démocratie ») et le cours « Les ONG islamiques » (premier semestre, Master 1 « Intégration et Mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient »).

Stage doctoral « zététique & didactique de l’esprit critique« , depuis 2006, par Richard Monvoisin.

Le stage doctoral « Médias & pseudosciences » créé en 2008 et le stage doctoral Auto-défense mathématiques pour non mathématiciens seront portés par Guillemette Reviron.

Stage doctoral « Science sans conscience… », depuis 2014, porté par Guillaume Guidon et Clara Egger.

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Albin_Guillaud

Stage « La santé  du thésard« , créé en 2015, est animé par Nelly Darbois et Albin Guillaud.

Stage doctoral « Enseignements et dominations« , depuis 2015, porté par Clara Egger.

Ismaël Benslimane

Le « Cours pratique d’autodéfense intellectuelle » à l’Université inter-âge du Dauphiné a été créé en 2012. Il est repris en 2015 par Ismaël Benslimane et Clara Egger.

 

Chambéry

Tudy Guyonvarch propose un atelier Autodéfense intellectuelle à la Maison d’enfance du Biollay, un centre de loisirs associatif géré et financé par la mairie. 7 séances sont proposées pour des enfants de 7 à 10 ans les mardis soirs de février-mars sur le Temps d’Accueil Périscolaire.

La Rochelle – Poitiers – Tours

Stage doctoral « zététique & didactique de l’esprit critique« , depuis 2011, par Richard Monvoisin, pour doctorant-es de Tours, Poitiers, Angers, La Rochelle relevant des écoles doctorales CIMES et CPMEC.

Lyon

CorteX_Denis_Machon

Le cours de Denis Machon s’adresse aux étudiants de L2 et L3 de toutes les spécialités de l’université Lyon I. Il s’intègre dans les enseignements intitulés « Transversales : Sciences Humaines et Sociales ». Denis est secondé de Mailÿs Faraut.

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Mailys Faraut

Brest

CorteX-Delphine-Toquet

Delphine Toquet développe depuis plusieurs années un enseignement critique pour les étudiant-es de l’école d’ingénieurs de Brest. Le CORTECS est invité chaque année en janvier pour y réaliser des ateliers zététiques.

Saint-Ouen

Sophie Mazet faisait un atelier d’autodéfense intellectuelle dans son lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen. Hélas nous ne pouvons en dire plus, car cette dame n’a jamais souhaité fonctionner en réseau.

Paris

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Florian Gouthière

Le Master Journalisme, culture et communication scientifiques de l’Université Denis Diderot (Paris VII) intègre désormais, au premier semestre de son Master 2, un module « esprit critique », inclus dans ses TD de médiation scientifique. Ce module a été conçu par Florian Gouthière il y a trois ans, initialement pour la Licence (L3) préalable à ce master. Les cours font découvrir aux étudiants les principes de base de la zététique, plusieurs mise en situation les amenant à mettre en pratique la théorie.

Lille

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Mikaël Salson

L’informaticien Mikaël Salson a ouvert deux enseignements de zététique. Le premier existe depuis 2013, pour les master de la filière journalisme scientifique de l’école supérieure de journalisme ; le second est une option pour les licence 3ème année d’informatique.

Le psychologue Mikaël Mollet a développé une unité d’enseignement sur la méthodologie en psychologie, niveau licence 2 à l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3.

Le cours de l’Université de Marne-la-Vallée n’existe plus, tout comme le cours de zététique de l’INSA de Lyon. Quant aux cours de l’école d’ingénieurs de Sceaux et de l’Université d’Artois, nous n’avons pas de nouvelles fraîches, idem pour l’école Polytechnique Supérieure de Dakar et l’Université de Belgrade.

Vous connaissez d’autres cours de ce genre ? Écrivez-nous.

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2005 – 2015 Enseignement Zététique & Autodéfense intellectuelle – Licences Sciences

Créé en 2005 par Richard Monvoisin, sous l’impulsion de la chimiste Christel Routaboul et de l’astrophycienne Claudine Kahane, cet enseignement de 12 fois 2 heures inséré dans l’offre des unités d’enseignement d’ouverture (UEO), puis transversal (UET) s’adresse aux licences 1ère et 2ème année de sciences toutes disciplines, et les amène à élaborer un dossier d’investigation rigoureuse d’une affirmation scientifique controversé.

 

Un peu d’histoire

Jusqu’en 2009, l’enseignement s’appelait Zététique & approche scientifique du «paranormal». À l’instar des enseignements du professeur Henri Broch à l’Université de Nice – Sophia Antipolis, le cours était fortement axé sur l’analyse scientifique des prétentions « para normales » et des pseudosciences. À partir de la rentrée universitaire 2009-2010, pour sortir du  cadre paranormaliste, émarger sur des pseudo-sciences plus diverses (créationnismes, complotismes, usages frauduleux de l’histoire, etc.), et aborder la manufacture de l’opinion et la propagande, ce cours fut renommé Zététique & autodéfense intellectuelle.
En janvier 2013, à notre grande joie, cet enseignement est devenu accessible également à l’Université Pierre Mendès-France (Grenoble 2), réunissant donc des étudiants de sciences et de sciences sociales cassant un clivage disciplinaire injustifié. Depuis janvier 2014, les étudiants de Sciences po Grenoble peuvent également venir. Enfin, depuis septembre 2014, ce cours est ouvert également à l’Université Stendhal (Grenoble 3). Tous les étudiants de L1 et L2 peuvent donc le suivre, sans limite de place.

Quelques détails

amphi WeilCe cours a lieu le mardi après-midi, de 17h à 19h.

Auparavant au DLST (Département des Licences Sciences & Techniques, 480 avenue centrale, campus de Grenoble St Martin-d’Hères), il se déroule depuis septembre 2014 dans l’amphithéâtre Weil. Des intervenants extérieurs y sont parfois invités.

Dernière particularité : ce cours est volontairement ouvert à tout le monde, promeneurs et curieux compris (ce qui ne devrait pas être une particularité, l’université devant dans l’absolu être ouverte à tout le monde).

Thèmes des dossiers traités

Voici la liste complète des 269 dossiers étudiants rendus et soutenus dans le cadre de ce cours (jusqu’en 2012 – la suite est à venir=. Les dossiers, de qualité très variables (certains remarquables, d’autres franchement inutilisables) sont accessibles au Bureau CorteX, Bibliothèque Universitaire des Sciences, 1er étage, 40 avenue des mathématiques, à Saint-Martin d’Hères. Sur Rendez-Vous – contact @ cortecs.org

Saison 1 : décembre 2005 

CorteX_Grimoire
1.01 – La médecine nouvelle du docteur Hamer – Charlotte A., Laurence Cerantola, Aurélie Perchet
1.02 – Les larmes de sang – Roxane Duces, Ludovic Deroche, Astrid Tempestini
1.03 – Les dames blanches – Chrystelle Gelas, Morgan Rey
1.04 – L’hypnose : une fin thérapeutique…ou une escroquerie ? – Islem Ghazi, Lorène Billon, Iris Neyron
1.05 – Entretien avec une voyante – Thibauld Duhem, Jonathan Perrin, Pascal Buis
1.06 – Les feux de Saint Elme – Un phénomène de foudre en boule – Caroline Hantz, Benoit Bonnevie
1.07 – Les mécanismes du Vaudou – Damien Aubert, Christopher Dor, Gaël Fatou
1.08 – Jésus, les textes et l’Histoire – Alicia Rillh Giovanetti, Fabien Anthonioz
1.09 – Le Mothman – Florence Bertrand, Morgane Billaud – 1.10 – Les géoglyphes de Nazca – Kevin Effantin, Rachel Amous
1.11 – Sourcellerie – Nicolas Touzard, Rémy Lopez, Mathieu Rochette
1.12 – L’Atlantide – Yvan Bossavit, Vivien Mazet
1.13 – Anne D’Ambricourt Malassé : petit traité d’imposture scientifique – Étienne Delay, Adrien Devos
1.14 – Les coupeurs de feu – Adeline Rossillon, Virginie Thiebault
1.15 – La magie noire – Aïcha Raffadi, Marie-Céline Touzet
1.16 – Les Rois Maudits – Magali Marchetto, Guillaume Le Van Suu
1.17 – Les géoglyphes de Nazca – Morgane Flaux, Fabien Pradon, Romain Wambeke
1.18 – Les sorcières de Salem – Mélanie Osternaud, Gaëlle Pommier, Norbert Rostaing
1.19 – Les mystères de la zombification – Mohammed Dhifi, Johanne Pentier
1.20 – La marche sur le feu – Orval Touitou, Jimmy Mergy
1.21 – La manipulation liée au spiritisme – Yannick Loriot, Nicolas Baudel
1.22 – Le fakirisme – Johan Xavier, Boris Le Ninivin
1.23 – Le triangle des Bermudes – Guillaume Gey, Benjamin Lombard
1.24 – Les illusions d’optique et leurs mécanismes – Adrien Rochaix
 

Saison 2 : mai 2006

2.01 – La vie de Padre Pio selon l’émission Mystères – Ivan Dinh, Guillaume Thouroude, Djamal Touitou
2.02 – Les mystérieuses influences de la lune – Sabrina Montet, Magali Blanchard, Céline Gaspar, Elodie Dutkowski
2.03 – Le monde des Ummites – Sylvia Carvalho, Marianne Duret, Jennifer Maherou
2.04 – Papier d’Arménie : assainit, purifie, asphyxie ? – Guillaume Le Van Suu, Charlène Delétrée, Robin Faure, Mathieu Sousbie
2.05 – Atlantide, le monde perdu – Julien Trincaz, Hatice Karakaya
2.06 – Le triangle des Bermudes, mythe ou réalité ? – Zohra Betraoui, Marion Danger
2.07 – Les mystères de la grande pyramide d’Égypte – Adeline Audouin, Anne Boudillon, Marie Chapuis
2.08 – La communication avec les esprits – Séverine Maunoir, Mélanie Brun, Colombe Bonnet
2.09 – Les Dragons – Morgane Buisson, Arnaud Gavard, Christine Pignarre
2.10 – La science dans la scientologie – Axel Hars, Benjamin Guillard, Simon Piquenot, Farid Chelli
2.11 – L’ayahuasca utilisée par les chamans – Thomas Délémontex, Florent & Fabien Chardonnet, Manuel Adelh
2.12 – Les légendes urbaines – Marie Jouanneau, Kévin Mogeny, Mélanie Emptoz
2.13 – Un regard zététique dans la publicité – Élodie Clavel, Alexis Michalet, Nelly Nambot, Yann Seguin
2.14 – Les guérisseurs – Audrey Guillotin, Alex Abadie
2.15 – La mystérieuse carte de Piri Reis – Lucien Lardet, Malik Cilakkal, Murat Cirakli
2.16 – Les vampires – Ezequiel Pardo, Charlotte Boissard, Camille Allamand
2.17 – La mémoire de l’eau – Véronique Lallée, Romain Girard, Hugo Wuyam
2.18 – La polémique de l’acupuncture – Carole Guilloux
2.19 – Grenouilles et paranormal – Simon Bruno, Kristina D’Agostin, Cyril Florentin, Loïc Vignoli
2.20 – La bête du Gévaudan – Clément Buffaz, Florian Gohet
2.21 – Les hallucinations causées par les paralysies du sommeil – Denis Brouillet
2.22 – Les « larmes miraculeuses », le phénomène dit de lacrymation – Caroline Armand, Grâce Jouravel, Jean Aubert-Moulin, Blaise Robin
2.23 – le triangle des Bermudes, entre mythe et réalité – Anne-Line Pignoly, Sophie Gimenez

Saison 3 : décembre 2006

3.01 – Les cosmétiques de jouvence – Arnaud Carcenac, David Hamelin, François-Karim Laben
3.02 – Étude de l’émission Planète Choc, partie 1 – fantômes – Antoine Lejeune, Pierre Perdigon, Tom Perdreau, Manu Torres
3.03 – Critique de l’émission « L’Arène de France : faut-il croire aux phénomènes inexpliqués ? » – Adeline Bellet, Leslie Joannin, Mathilde Senergues
3.04 – Lait et idées reçues Élie El Hachem, Sébastien Girard, Laëtitia Picque
3.05 – L’orgonite – Anthony Chenevier, Denis Dechaux-Blanc, Anthony Ramalho
3.06 – Le créationnisme – Camille Allamand, Ezequiel Pardo, Yohann Thirapathi
3.07 – Le sarcophage d’Arles-sur-Tech – David Bouchex, Lucie Morel, Johanne Terpend Ordassière
3.08 – L’impression de déjà-vu – Audrey Adamidi, Gaetan Boismal, Audrey Duc
3.09 – L’hypnosédation – Yann Diorcet, Ruslan Kalitvianski, Mickaël Perrier
3.10 – Les pharmaciens et les Fleurs de Bach – Pierre-Louis Aublin, Geoffroy Carrier, David Cattaneo
3.11 – La lithothérapie ou thérapie par les pierres – Arnaud Bonnemayre, Damien Meot, Clément Signoret-Molliere
3.12 – Gary Kurtz – Frédéric Da Silva, Adrien Marchetto
3.13 – Vendredi 13 & paraskevidekatriaphobia – Fanny Juret
3.14 – La voyance en ligne – Lisa Bron, Yohan Geffroy
3.14bis – La voyance en ligne – Sakina Bouroumana

Saison 4 : mai 2007

4.01 – Les Feux follets dans la culture populaire – Alexandre Perruchon, Audrey Raibon, Marie Terrier, Alban Vorano
4.02 – Les enfants Indigo I – Mathilde Daumas, Cécile Pinsart, Cédric Rios
4.03 – Les enfants Indigo II – Mélanie Corcombet, Fabrice Denoyer, Grégory Laurent, Mounir Mansour
4.04 – La cure Breuss – Thifaine Abraham, Vanessa Lejeune, Marina Ozil, Coline Raillon
4.05 – Les miracles, le cas de Marie-Pierre Simon – Romain Chevallier, Coralie Claudel, Brice Ponson, Mickaël Sollaris
4.06 – La Manipulation mentale à l’appui d’expérience sur la tarologie – Chloé Chabert, Margaux Mazille, Quentin Moenne-Loccoz, Florie Philippe
4.07 – La Programmation Neuro-Linguistique (PNL) – Claire Mollaret, Alisée Taluis, François Vibert, Cyrielle Vidale
4.08 – Loup-garou : du mythe à la réalité – Laurence Boudière, Fanélie Coynel, Delphine Dayde, Vincent Goellner, Sylvain Palmeira
4.09 – Le fantôme du château de Veauce – Ornella Dante, Laurence Jeymond, Jennifer Martin, Nassima Ould Kaci
4.10 – La lycanthropie – Marc Leconte, Jean-Baptiste Philibert, Julie Richard, Benjamin Rigotti
4.11 – Le fantôme de Lucie – Simon Brenet, Aurélie Ghionda
4.12 – Les vertus curatives de la forêt de Vallin – Florence Ardiaca, Elodie Aumaitre, Aurore Bernard, Maïlys Faraut
4.13 – Quand la science dompte les flammes… approche de la marche sur le feu – Bryce Bouvard, Juliette Carruel, Elsa Cerboni, Anouk de Lavaissière de Verduzan
4.14 – L’autocombustion humaine – Marie Abbes, Gaëlle Pesce, Rachel Quesada, Filiz Taskin
4.15 – Da Vinci Code, le film – Virgine Faure, Lorick Huang Slug, Amandine Lastella, Jessica Vayr
4.16 – L’expérience Philadelphie – Marc Falconet, Teddy Fernandez, Julien M’pota, Thomas Pavy
4.17 – Les coupeurs de feu, faiseurs de secrets – Elisa Bousquet, Antoine Charaix
4.18 – La psychogénéalogie – Alexandra Carre, Marie Dehut, Aurore Provent, Aurélien Thevenet
4.19 – NDE – Expériences de Mort Imminente – Loïc Dubot, Simon Galles, Clément Levin
4.20 – L’effet placebo : méthode d’observation et discussion sur son évaluation – Damien Bentivoglio, Alexis Descroix, Nicolas Hans, Nicolas Bourget
4.21 – Les impressions de déjà-vu – William Levet, Loïc Poix, Etienne Reynaud
4.22 – Little Buddha, la réincarnation de Bouddha – Florine Arduin, Didier Jacquin, Lauréline Lecarme, Melissa Leconte
4.23 – L’incorruptibilité physique – Jean Bollard, Rémi Donnier-Valentin, Julien Keutchayan, Michaël Rabibisoa

Saison 5 : décembre 2007

 

5.01 – L’importance et l’influence du QI – Elise Forge, Orlane Raffin, Jessica Penin, Emily Tubbs
5.02 – Les crânes de cristal – Lauranne Berger, Florian Masson, Benoit Philibert, Loïc Puissant
5.03 – L’hypnose – Stanley Mayette, David Mourier
5.04 – Les Poltergeist – Laura Genevet, Maxime Buisson, Amira Essid, Emmanuelle Lefevre, Théophile Porte
5.05 – La possession, l’exorcisme – Claire Laperrouse, Jessica Posypanko, Adrien Valtat, Arnaud Grimaud
5.06 – Effets et vertus des plantes et potions aphrodisiaques – Adelaide Sibeaux, Nicolas Gamba, Louis Chapu, Eva Lartigau
5.07 – La fin du monde – Pierre Brestaz, Eric Pillaud Tirard, Vincent Reymond

Saison 6 : mai 2008

6.01 – Allergies : quand l’Energie s’en mêle – Ludovic Chataing, Mathilde Garnier-Moiroux, Antonin Leclercq, Florent Lahmeri
6.02 – L’homéopathie – Amélie Viallet, Fanny Martinez
6.03 – Les expériences de sortie de corps – Alicia Contet, Kévin Bremond, Emmanuel Sortais
6.04 – L’église du dernier Testament – Sandrine Duclos, Vanessa Rouag, Alexandre Lugiez, Matthieu Lesgoirres
6.05 – La sourcellerie et la démarche zététique – Louis Voegele, Yann Beilliard, Jean-Baptiste Deleage, Nicolas Tropini
6.06 – Les mystérieux pouvoirs des moines Shaolin – Gérald Tasterou, Amélie Tessieux, Virginie Gilibert
6.07 – Le 6ème sens des animaux – Lydia André, Elise Rivollet, Audrey Pichet, Elodie Ayaou
6.08 – Les vrais jumeaux et la télépathie – Caroline Brunel, Noémie Lecomte
6.09 – L’homéopathie en pharmacie, enquête et réflexion – Marine Louis, Sylvie Manuse, Julie Messina, Delphine Rieutort
6.10 – Mirin Dajo ou l’homme-brochette – Julien Le Roy, Guillaume Conzatti, Jérémy Rouvière, Julien Allègre

Saison 7 : décembre 2008

7.01 – La graphologie de nos jours, validité scientifique et persistance – Benjamin Bund, Nina Lendrin
7.01bis – La graphologie, Nils Lanctot, Pablo Schweizer
7.02 — Pellegrino Ernetti ou les voix du passé, Valentin Baumont, Haroun Mekhancha, Clément Huez, Sylvain Blanchon
7.03 – L’effet placebo et les animaux, Aurélie Flavien, Jonathan Lesur, Loïc Le Bihan, Mélanie Vandermarcq
7.04 – Le réseau Hartmann et la géobiologie – Quentin Bérard, Nathan Blanckaert, Romain Luque, Julien Mocellin
7.05 – Les semelles Nikken – Rita Affa, Meryll Allié, Maïlys Barbagallo, Adrien Juhem,
7.06 – Transcommunication instrumentale audio – Marjorie Bérard, Gaëlle Chmargounof, Laury Dumas, Camille Laporte
7.07 – Les éléphants peuvent-ils pressentir les tsunami ? Kévin Herbeaux, Azdine Chloud, Sophie PENOT, Ruigrok Hermanus
7.08 – La chance, entre concept scientifique et vue de l’esprit – Léa Ivanoff, Alicia Mermillod-Blondin, Thomas Martin, Anne-Laure Decaen
7.09 – Le LHC du Cern, un danger ? – Loahn Baldy, Sofia Louro De Oliveira, Rémi Ribeiro, Anthony Carlone
7.10 – Preuves du Déluge ? – Erwan Agaesse, Anthony Calabro, Thibault Debruyne
7.11 – Le chupacabra : mythe ou réalité ? – Stéphanie Cottaz, David Cumin, Benjamin Dénommé, Quentin Fesselet
7.12 – L’unité Bovis – Benjamin Bouniol, Florent Dartora, Rafaël Milla, Pierre Antoine
7.13 – Eleonora Zugun – Cécile Chaillout, Manon Chaine, Laurine Bidard, Aurélie Thiollier
7.14 – vendredi 13 : porte bonheur ou porte malheur ? – Margaux bouchand, Johane Pelissier, Chloé Goussot, Florida Comuce
7.15 – Enquête sur les « Marabouts de papier » – Bastien Artero, Huong Huynh, Julien Ortega, Jonathan Vivien

Saison 8 : mai 2009

8.01 – Les fantômes du château de Combourg – Ludovic Bertagnolo, Aline Mongellaz
8.02 – Le triangle de la Burle – Mélanie Alberto, Frédéric Boulant, Charlène Bouvarel
8.03 – La malédiction d’Ötzi la momie – Maël Guégan, Mathias Masson-Fauchier, Julie Nguyen Van Long
8.04 – Le facteur psychologique a-t-il une influence sur le cancer ? – Morgane Dupin-Jourd’hui, Céline Plaussu
8.05 – Les horoscopes ou l’impact du ciel sur l’esprit humain ? – Alexandre Ballaydier
8.06 – La fontaine de Saint Theudère – Christophe Goethals, Beaura Ngo
8.07 – Les réponses aux 7 questions créationnistes posées aux professeurs de biologie – Julien Keutchayan, Carl Naylor, Clément Neyret
8.08 – L’eau magnétisée – Delphine Aymoz
8.09 – Le mystère des crânes de cristal – Nabil Amri, Kévin Dedieu, Alexia Dos Reis, Renaud Motte
8.10 – La communication facilitée ou psychophanie – Cécilia Baudina, Lise Tisseyre
8.11 – Les auras – Marius Rosier
8.12 – Les EMI (expériences de mort imminente) – Quentin Riffard
8.13 – Que penser des EMI (expériences de mort imminente) ? – Laurianne Crotet, Aline Depriester, Alexis Lavoipierre
8.14 – Erzébeth Bathory : l’évolution de son histoire jusqu’à aujourd’hui – Clément Masson
8.15 – Utilité scientifique et thérapeutique des outils Plosher – Christophe Bacconnier, Adrien Beolet
8.16 – Actimel – Fabien Buisson, Morgane De Gasperi
8.17 – L’Atlantide – Emeric Amaniera
8.18 – Les propriétés des roches, cristaux et minéraux dans nos croyances – Danielle Santis
8.19 – Comment peut-on distinguer un bon d’un mauvais médium ? – Grégory Moille
8.20 – Les ondes électromagnétiques des téléphones mobiles sont-elles un danger pour notre santé ? – Sonia Dupin, Amira Essid
8.21 – Les messages subliminaux – Chrystelle Aillaud, Eddy Louseghenian
8.22 – L’utilisation du pendule pour retrouver un objet perdu – Yoann Lingée
8.23 – Peut-on comparer les prédictions runiques à des manipulations mentalistes classiques ? – Damien Clavier
8.24 – The overtoun bridge ou le pont des chiens suicidaires – Audrey Boulemnakher, Marianne Coulon
8.25 – La voyance – Kévin Bérenger, Alexandre Borrel
8.26 – Les coupeurs de feu – Thibaud Cuvillier
8.27 – le suaire de Turin : une véritable preuve de l’existence de Jésus Christ ? – Armando Amaya
8.28 – Mise en concurrence des différentes théories tentant d’expliquer les OBE – Aurélien Priou, Mélanie Vailles
8.29 – L’urinothérapie – Clémentine Chambon, Claudie Montagnat
8.30 – Les rêves prémonitoires – Alexandre Gauthier-Foichat
8.31 – les mécanismes d’endoctrinements et la manipulation mentale – Hugo Cheyron, Romain Dufour
8.32 – Protocole expérimental : l’intuition – Marc Liberatore
8.33 – Traitement de l’information par les médias lors de l’évenement du 8 juillet 2008 sur le site du Tricastin – Coralie Valentin
8.34 – Est-ce que l’hypnose rejoint la science ? – Yannick Pillot, Freddy Runget

Saison 9 : décembre 2009

9.01 – Les rêves prémonitoires – Valentin De Nattes, Antoine Berta
9.02 – Manipulation et effets pervers des médias – Étienne Compère, Eloi Denis
9.03 – Sommes-nous maîtres de nos décisions ? Illusion du choix – Léo Colmet-Daage, Naïma Ziane-Cherif
9.04 – Grippe A : l’importance du traitement médiatique est-il corrélé à la virulence de la maladie ? – Astrid Abel, Hugo Poupeau, Coline Villecourt
9.05 – Les magnétiseurs – Nicolas Afonso, Diego Diviero
9.06 – Roswell – Pascal Paoli
9.07 – Y a-t-il des extraterrestres dans le Nevada ? – Benjamin Combe, Matthieu Caneill
9.08 – Critique du traitement médiatique de la découverte de Lucy ? – Nicolas Belnand, Johan Girod
9.09 – La parapsychologie – Charlotte Guyot, Adrien Cailleaud
9.10 – L’ostéopathie – Julia Locatelli, Mathilde Besse
9.11 – Pluie de sang – Jordane Montant, Céline Jolivet
9.12 – Les trous terrestres – Mathieu Charras, Sébastien Plotard, Romain Desgrouas
9.13 – Qu’en est-il du facteur chance ? – Simon Jeanne, Marine Schott
9.14 – 2012, fin du monde ? – Meriem Aloui, Hugo Chamond

Saison 10 : mai 2010

10.1 – La lecture dentaire, ou quelle dent avez-vous contre vous-même ? – Fanny Berchtold, Bruno Naylor
10.2 – « La Vague » a-t-elle réellement existé ? Enquête – Catharina Ruigrok, Joëlle Suchon, Olivier Troppé
10.3 – Étude sur l’effet impact – Clément Bastie, Benjamin Bras, Romain Lenoir
10.4 – L’utilisation de la graphologie dans la justice – Bastien Clarens, Charles Roseres
10.5 – Les journalistes TV cherchent-ils à entretenir le mystère des faits paranormaux récurrents ? – Yoann Kermaïdic
10.6 – Fructis, quels arguments pour vendre – Ludivine Caron, Fanny Metifiot, Anaïs Myly
10.7 – Test de l’affirmation PNL : quelqu’un qui ment regarde vers la gauche, quelqu’un qui dit vrai vers la droite ? – Julie Bonnet / Cyrielle Arnaud, Maxime Balducci
10.8 – Effet bi-standart dans le traitement de l’affaire de l’Arche de Zoé – Miléna Brunet
10.9 – « G » du plaisir – le point G existe-il ? – Benjamin Gonon, Miguel Rizzo
10.10 – Débat «démocratique» sur les nanotechnologies : mésusages ? – Clément Mallarte, Johan Missilier
10.11 – Protocole expérimental de l’affirmation PNL : le regard et le mensonge sont-ils liés ? – Karen Chevron, Elsa Jay, Clémence Rogalle
10.12 – Les baguettes de sourciers – Damien Abecassis, Quentin Aubourg, Gabriel Mars, Hadrien Martin
10.13 – Figure de Napoléon Bonaparte dans la vie politique et scolaire française : quel usage et à quelles fins ? – Caroline Desmurget, Trécy Roso
10.14 – Chamanisme & guérison – Clément Brousse, Thomas Goeury, Katialine Groff
10.15 – L’affaire Solomidès – Marine Di Maria, Julie Duris, Pauline Granet
10.16 – Existe-t-il un instinct maternel ? – Alexandra Bert, Rym Bouchair
10.17 – Rom Houben, Prodige ou parodie de Communication Facilitée ? – Anthony Mialon, Antoine Pingault
10.18 – Polémiques autour du SIDA – Adeline Poitou, Élodie Rey
10.19 – L’acupuncture – Kévin Anater, Lucas Boissy, Pierre Doyeux, Rémi Locatelli
10.20 – La Trans-Comunication Instrumentale (TCI) : technologie au service de l’au-delà ? – Benoît France, Clémence Miard, Lydie Tosal
10.21 – Idoser, la drogue par le son – Damien Bouvet, Robin Camatta, Kévin Romeyer
10.22 – Existe-t-il un protocole scientifique pour le Reiki ? – Bastien Clément, Flavien Grégoire
10.23 – Y a-t-il des preuves que le sida soit une création pour éradiquer les populations noires ? – Marie Barillier, Yvan Gallay, N.J. & Charline Reymond

Saison 11 : décembre 2010

11.01 – Y a t-il un lien scientifique entre graphologie et caractère ? – MAVEYRAUD Léa, MOUQUAND Damien
11.02 – Peut-on affirmer que parfois, comme le suggère John Gray, les hommes et les femmes ne se comprennent pas en utilisant pourtant les mêmes mots ? – ACQUISTO Anne-Claire, BUYUKILMAZ Bergen, LABOURDETTE Romain, MAURIN Jean-Guillaume
11.03 ? – La soumission à l’autorité – BARTH Simon, BAUDET Amélie, CHARLIQUART Célia
11.04 – McMoneagle et la vision à distance – PETROWICHE Nicolas, RATEAU Audran, RIZZO Sébastien
11.05 – Le traitement de contestation des retraites par les médias français – DOUILLET Clément, RISTORD Jérémy
11.06 – Les arguments défendant l’efficacité des bracelets énergétiques sont-ils recevables scientifiquement ? – BEHETY Timothée, PANICO Pierre, RADISSON Basile, VERNAY François
11.07 – Les laboratoires Weleda, ce qu’ils disent, ce qu’ils font… – DIDIER-VIAL Thomas, PANTEL Lucie, PERROY Anaïs
11.08 – Le corps humain contient-il des cristaux de magnétite ? – CHAPPUIS Anne, JACQUIAU Eugénie
11.09 – Les bracelets dits d’équilibre peuvent-ils améliorer nos capacités physiques ? – DEMERCHEZ Jérémie, MINOT Rémy
11.10 – Les informations données par les médias : le plus intéressant est-il ce qui n’est pas dit ? – LECOLLIER Louis
11.11 – Quels éléments faut-il pour créer un canular médiatique ? – COSSON Isabelle, FAVILLIER Adrien, RAKOTONARIVO Cilla
11.12 – La sensation de déjà-vu – BURIA Aurélien, FERREIRA Matthieu, LE NAOUR Audrey, LEMAULT Perrine
11.13 – Peut-on tester l’impact de la musique sur la pousse des plantes ? – AMORE Yohann, CURCIO Cyril
11.14 – Le bracelet Power Balance a-t-il de réels fondements scientifiques ? – AYMOZ Alexia, BONNET Remy, DAVAZE Lucas
11.15 – Qui utilise les images subliminales ou est susceptible, et sont-elles efficaces ? – MUCCI Lucas, MULLIE Paul
11.16 – L’idée reçue que les femmes ont un moins bon sens de l’orientation que les hommes est-elle fondée ? – CHAUMET Julie, DURAND Anaïs, GANTAR Ombeline, HORMIERE Céline
11.17 – La crème amincissante Somatoline Cosmétique Intensif Nuit a-t-elle vraiment le pouvoir que ce laboratoire lui confère ? – BASTIEN Sarah, COUCHET Morgane, IORDACHE Anca Gabriela
11.18 – Quels phénomènes paranormaux peut-on expliquer par la paralysie du sommeil ? – BOITET Claire, CRETTENAND Benjamin, GUIGOZ Vincent, PERSONNAZ Romain
11.19 – L’efficacité de la colorothérapie peut-elle être prouvée ? – BOINA Houzaira, DUBAND Samuel, DURET Lucie, PICART Colin

Saison 12 : mai 2011

 
12.1 – La kinésiologie : protocole expérimental  – Madelon Alexia, Mourier Amélie, Pelloux Alizée & Tournier Julien Notice du juryCe dossier a fait l’objet d’un article ici.
12.2 – L’agriculture biodynamique, des légumes sains dans un champ sain ? Barrand Chloé, Dalban-Pilon Coralie & Decker Manon Notice du jury
Cambon Delavalette Victor, Gilardy Hugo, Martineau Killian, Poulin Vivian & Wünsche Anaël Notice du jury
12.4 – Influence d’un terme scientifique sur notre jugement – le MDHO – Carel Thibault, Cattel Dorian, Coste Emilie, Herment Laura & Pardo Julie Notice du jury
12.5 – Influence de la pleine lune : y a-t-il des pics de crimes les nuits de pleine lune ? – Barrau Clara, Gentil Solène, Tudo Charles, Vallet Emmanuelle & Victorion Thomas Notice du jury
12.6 – Le triangle de la Burle  – Charlon Laura, Fortecoef Elena, Garrione Mathilde, Gueret Robin, Koyoudjan Amélie & Lacroix Juliette Notice du jury
12.7 – La combustion humaine spontanée, ou auto-combustion humaineAnnexe  – Belin Mégane, Crottet Cécile & De Witt Clément Notice du jury
12.8 – Médias : vecteur ou sculpteur de l’information… exemple de Fukushima – Delubac Dorian, Felix-Faure Jim & Perrigault Brian + Morisseau Nicolas
12.9 – Impact du détournement d’attention : êtes-vous si observateur que vous le prétendiez ? Prototype Vidéo  – Builly Anaïs, Gozel Bülent, Royer Emilie, Tressol Florian & Veyret Thibault Notice du jury
12.11 – Les préjugés sur les Noirs et Arabes relèvent-ils de la science ? – Baffou Thibault, Billat Anne, Chaudier Ludivine, Naanani Soumaya & Rey Candice Notice du jury
12.12 – Analyse d’une information télévisée sur TF1, France 3 et M6Les JTMontage JT – Brachet Lucie, Boucher Simon, Caputo Martin, Leiser Ingrid & Richard Julien Notice du Jury
12.13 – Les professionnels de santé confrontés à la réalité scientifique de l’homéopathie – Bellot Jimmy, Bocquet Alexandre, Gachet Alexiles, Rhone Simon & Schulz Alexis. Notice du jury

Saison 13 : décembre 2011

13.01 – La ronronthérapie a-t-elle une réelle efficacité ? Bellon-Champel Rebecca, Giry Thomas, Giza Chistopher, Marcassus Caroline & Trombert Raphaël
13.02La biomusicothérapie est-elle scientifiquement fondée ? Bianchi Tristan, Di Franco Charlène & Quesnot Léa
13.03La télékinésie est-elle possible ? Expérience de la pyramide Desbordes Damien, Morand Alexandra, Niogret Edwin & Seguin Jérémy
13.04Existe-il un type de message subliminal qui ait une réelle efficacité ? Caireau Islam, Lemort Maxime, Marir Rafika & Meyzenc Juliette
13.05Existe-t-il un état de conscience modifié propre à l’hypnose ? Doussot Mélanie, Gauthier Barbara, Morel Miriam & Ramu Blaise
13.06Le rire a-t-il des effets thérapeutiques réels ? Gaillard Anthony, Lebreton Jérémy, Merono Clémence & Ruga Romaric
13.07L’île de LOST peut-elle physiquement exister ? Chiaverini Maël, Djomo Yamdjeu Jimmy & Fontaine Thibault
13.08Les phéromones humaines existent-elles ? Golliet Romain & Rony Midahuen
13.09Protocole visant à mettre en évidence l’existence de l’énergie interne (le Qi) Banwarth Pierre, Elkatrani Ismaïl, Sejjil Olfa & Treille Léonard
13.10État actuel des recheches sur les effets thérapeutiques à distance de la prière ?Antoina Sarah, Boitet Claire, Michaudel Thibaud & Mondet Boris
13.11Existe-t-il des traces factuelles de l’Arche de Noé ? Arnaud Rémi-Quentin, Berrouane Khadidia & Laudet Céline
13.12Les pyramides ont-elles des effets particuliers sur la matière ? Begon Hadrien, Gerbaux Robin & Gibert David

Saison 14 : septembre 2012

(sont mis en ligne quelques dossiers ainsi que les remarques sommaires du jury)
14.1 – Les champs magnétiques ont-ils un impact sur l’orientation des vaches ? – Laëtitia CHOMETTE, Madjid HADJAL, Gaël LOZINGUEZ, Jean-François TROCHET
14.2 – Avons-nous besoin d’un don pour devenir « voyant »? Test de Cold reading – Mélisse BONFAND, Alban CEAU, Varérian DUCROT, Martin HRADIL
14.3 – Quel est l’impact des barreurs de feux sur les individus qu’ils manipulent ? – Jérémy BLANCHARD, Lucas LABAR, Maxime LEGUES, Nina LEWIN, Isahak SAIDI
14.4 – Peut-on mesurer l’effet des messages d’amour sur la cristallisation de l’eau de Masaru Emoto ? Protocole – Emmanuelle BAFFERT, Samantha EL HAMAOUI, Manon FRANCES, Coline VERLUISE
14.5 – Aromathérapie : des huiles essentielles peuvent-elles avoir un impact réel sur la concentration ? – Vanille-Charlotte ACHAINTRE, Sophie BRENET, Laëtitia FABRE
14.6 – Phéromones humaines : les expériences de Wedekind et Cutler sur les phéromones sont-elles reproduites ? Tentative de protocole expérimental – Natacha AYME, Théo BEAUMANN, Keltoum BENZAOUI, Marylise BOURGUIGNON, Julie FRANCA
14.7 – La planche oui-jà est-elle un vrai moyen de com14_07_Verilhac_Vitorio_Ouijamunication avec les esprits ? Nos croyances en l’au-delà influencent-elles cette communication ? – Cindy VERILHAC, Alison VITORIO
14.8 – Quelles sont les prétentions des colliers d’ambre sur les enfants ? – Valentin AMATI, Mahmoud BEN FRAG, Nicolas SERBOURCE
14.9 – Les lampes de sel délivrent-elles des ions négatifs bénéfiques pour la santé ? Origines de cette allégation, arguments des vendeurs et validité scientifique de ces arguments – Magali TEYSSOT, Anaïs VIEIRA DA CRUZ
14.10 – Impact de la lune sur la pousse des plantes – Test germination – Mathieu RAMON, Baptiste SONNERAT
14.12 – Cryptozoologie : les bêtes des Alpes ont-elles une existence avérée ? Film – Compléments  – Antoine BENEFICE, Lilas RAGUIN, Pierre-Henri THIOLLIER
14.13 – Réalité scientifique du complexe d’Oedipe ? – Ismaël BENSLIMANE, Roumaïssa HASSAINI, Jenifer KARAM, Charline MAZOYER
14.15 – Les méridiens d’acupuncture exisentent-ils ? – Maximin DETRAIT, Geoffrey JAOUEN, Elie PONCET
14.16 – Quelle est la validité de la graphologie ? Son usage dans les tribunaux, les entreprises… – Thibault BOISEDU, Nafissatou DIOP, Anna FALL, Lucie GARCIA, Maëliss INGRASSIA, Charlotte RAVANELLO, Camille STEFANUTO, Tariq ZAKARIA, Andréa ZANON
14.17 – Reproduire des feux follets en laboratoire (non soutenu)
14.18 – La vision commune de la vie des hommes préhistoriques présentée au grand public est elle erronée ? Étude du Pléistocène supérieur entre 130 000 et 11 000 ans avant EC – Yaël GRANDCOLLOT, Sabrina LEMAIRE, Maxime MARTIN , Meryem OUTALBALI
14.19 – Auto-combustion humaine – Lucie GENTHIAL, Brian RECHARD, Houda TOLIMAT

Saison 15 : décembre 2012 

 
15.1 – La science présentée dans Fringe est-elle rigoureuse ? Benjamin Curot, Eloïse Gronlier, Jean Gautronneau et Quentin Vuillemard
15.2  L’effet des protéodies de Sternheimer est-il démontré ? Thomas Loïodice, Tonny Scheuring, Thomas Retailleau, Eva Horgues-Debat
15.3 les paralysies du sommeil expliquent-elles les cas type Carla Moran ? Elody Sermay, Lucile Neyton, Pierre Pradourat, Carole Froment, David Mallet
15.4 Analyse critique du Packing, méthode thérapeutique controversée auprès des autistes Marilou Barbiern, Sophie Koemmerer, Mathilde Proponnet et Estelle Raffin
15.5 – Source et théorie de l’affirmation de Todd Akin sur l’infertilité en cas de viol Julien Annoni, Léna Da Ros et Marine Haurillon
15.6 – La controverse sur l’introduction de la théorie du genre dans les contenus d’enseignement Sylvia Roe, Floriane Micoud, Justine Louis
15.7 – Expérimentation du conformisme au groupe Josselin Bombardier, Robin Pichon, Léo Senique, Yann Sousseau
15.8 – Y a -t-il des hypothèses non-psychanalytiques à la pédophilie ?Laura Ferraris-Bouchez, Virgile Genin, Lucas Centa, Jules Lefrère
15.9 – Etude comparative du prix d’une vie Nicolas Fournier, Daniel Roubiol, Henri Dupouy
15.10 – L’archéologie au service du nazisme ? Valentin Lemarchand, Alexandre Bardin, Fabien Allard, Pablo Pelorson
15.11 –  Distinction Homme – Femme Estelle Kohler, Marina Dor, Axel Venturini
15.12 – La détection des mensonges dans « Lie To Me  » est t-elle valide ?Alain Berod, Nicolas Vittoz, Romain Chambard
15.13 Vibration des pierres dans la litothérapie Emmanuelle Resse, Hippolyte Girard, Maxime Malossane, Benoit Lenoir
15.14 – Forçage -l’illusion du choix Agathe Fontenay, Léo Rougier, Bérangère Deforche, Eymeric Berthier, Gwenaël Girod
15.15  L’ejaculation feminine est-elle un mythe ? Hugo Gamore, O. C-L., Ronan Poncet, Maxime Guérard
 

Remerciements

  • Aux gens de l’ombre

Colette Fortanski, Régine Perigli, Béatrice Turc, Souad Amraoui (UJF) Victor Formuso, Toufik Lachkar, Daniel Meimoune (DLST), David Clamadieu (Weil)

  • Aux chercheurs ayant osé endosser la responsabilité de l’aventure

Claudine Kahane (Laboratoire d’Astrophysique de l’Observatoire de Grenoble, ex-directrice du DLST), Patrick Lévy (Hypoxie, physiopathologies respiratoires et cardiovasculaires – HP2, Institut du Sommeil et de la Vigilance, Grenoble), Jean-Pierre Henry (UFRSTAPS)

  • Aux individus ayant prêté un peu d’eux-mêmes et de leur connaissance dans ces cours

Sans parler des membres du CORTECS, envers qui la dette est grande : Jacques Van Rillaer (psychiatre), Jean-Jacques Aulas (psychiatre), Cyrille Barrette (biologiste), Jean-Léon Beauvois (psychologue social), Pierre Carles (documentariste), Pierre Deleporte (éthologue), Henri Broch (physicien) Fabrice Neyret (synthèse d’image), Marion Lamort-Bouché (médecin), Jessica Guibert (médecin), Mathieu Ruiz (neurosciences) Yves Bonnardel, Géraldine Fabre (Grenoble Universités), François B, Sandra Giupponi. Nicolas Vivant, Florent Martin, Franck Villard, Eric Bevillard, Jean-Louis Racca (Observatoire Zététique)…

Petit cours d’autodéfense intellectuelle – Normand Baillargeon

En 2006, les éditions Lux ont publié un ouvrage qui pourrait bien devenir une référence dans la littérature sceptique francophone : le Petit cours d’auto-défense intellectuelle de Normand Baillargeon, professeur en sciences de l’éducation à Montréal, membre des sceptiques du Québec, a rassemblé les bases de la pensée critique dans un livre très accessible.

Passant en revue nos principaux biais de perception, nos erreurs de raisonnement et les pièges rhétoriques, ce livre nous incite à plus de vigilance au quotidien, dans notre rapport aux médias comme face à toutes les croyances qui circulent dans nos sociétés et au développement inquiétant des pseudo-sciences et pseudo-médecines. Mais cet ouvrage ne se contente pas de pointer tous nos défauts, il nous donne également quelques outils indispensables pour développer et exercer notre esprit critique comme, le kit de Poutine (voir ci-dessous) et le modèle ENQUETE.
Ponctué d’anecdotes et illustré de dessins humoristiques, ce guide pratique est véritablement un manuel pédagogique d’autodéfense intellectuelle. Il a reçu en 2005 le prix Sceptique.
Interview de l’auteur (réalisée par l’Observatoire zététique)

Observatoire zététique – Qu’est ce qui a motivé l’écriture de ce livre ? Quel était votre but ?

Normand Baillargeon – Ce livre est le point de rencontre de trois séries de préoccupations et d’intérêts qui me sont chers. L’éducation, d’abord : j’enseigne la philosophie de l’éducation à l’université ; le politique, ensuite : je n’ai jamais caché que je suis un anarchiste, et suis connu comme tel au Québec, mais d’un anarchisme rationaliste, qui est celui qui va, disons, de P. Kropotkine à N. Chomsky ; la pensée critique, enfin : je suis un rationaliste et un amoureux des sciences.
Sur ces trois plans, mes idéaux restent, sans aucun repentir, ceux du Siècle des Lumières. Je crois donc que l’éducation devrait viser à garantir l’autonomie rationnelle des êtres dont elle s’occupe ; qu’un espace public de libre délibération devrait exister et rendre possible l’exercice de cette citoyenneté active et critique sans laquelle la démocratie reste un concept largement vide ; que l’autogestion économique et la démocratie participative sont des idéaux raisonnables ; que les sciences sont un modèle sur le plan épistémologique et restent une irremplaçable école de rationalité.
Or, je suis passablement inquiet de ce qui se déroule en ce moment sur tous ces plans dans nos sociétés. L’éducation me semble tendre de plus en plus à être instrumentalisée, transformée en outil d’adaptation fonctionnelle à l’économie et vidée de sa substance, notamment par des travaux de prétendues sciences de l’éducation qui me désolent bien souvent. Par ailleurs, la concentration des médias et le travail, méconnu mais gigantesque, des firmes de relations publiques (pour en rester à ces deux institutions) dévoient la circulation de l’information et sa libre discussion en propagandisme et préparent l’avènement d’une « démocratie de spectateurs ». Finalement, s’il y a toujours eu des formes d’irrationalisme et d’antirationalisme dans le grand public et chez les intellectuels, depuis quelques décennies ces phénomènes sont apparus dans les milieux académiques (sous le nom de postmodernisme, de programme fort en sociologie des sciences et ainsi de suite) où ils ont été vantés et où ils ont eu une audience considérable.
Or, cela me semble déplorable intellectuellement, mais aussi suicidaire sur le plan des combats, notamment politiques et économiques, que nous devons mener. Pour le dire en un mot, lorsque nous confrontons les institutions dominantes, c’est le plus souvent à mains nues, si je peux dire et la seule arme dont nous disposons est celle du savoir, des faits et de la raison : or voilà que des intellectuels voulaient faire croire qu’il serait sage d’y renoncer ! Ma réaction à tout cela, que j’ai lancé ici un peu en vrac, a été d’écrire ce « Petit cours… », comme une sorte de compendium et d’effort pédagogique de vulgarisation de la pensée critique. J’ai fait le livre le plus complet et le plus accessible possible, en fait, je voulais écrire celui que j’aurais aimé qu’on me donne à lire à 20 ans.

OZ – Pourquoi avoir choisi ce titre ?
NB – C’est une référence à Noam Chomsky, qui a déjà dit que notre système d’éducation (il pensait aux États-Unis, mais on peut penser que la remarque se généralise) était un système d’imposition de l’ignorance et que si nous avions un véritable système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. Cette idée de « judo mental », si je peux dire, m’a séduit. Il me semblait aussi que les gens sont en général fort conscients de s’en faire beaucoup conter et qu’une invitation à la résistance formulée de la sorte pouvait être attirante.
[« Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. », Noam Chomsky ]

OZ – Quelles sont les erreurs de jugement que nous commettons le plus facilement ?
NB – C’est une question empirique et il faudrait donc aller voir. Cependant, si on devait entreprendre une étude de ce genre, je soumettrais pour ma part les candidats suivants, comme étant des erreurs à la fois répandues et lourdes de conséquences.
La tendance à ne considérer que ce qui confirme nos hypothèses préférées et à résoudre ainsi nos dissonances cognitives ; notre difficulté à évaluer les probabilités et partant les coïncidences et le hasard ; la confusion entre corrélation et causalité ; le fait d’accorder à nos perceptions et à notre mémoire un crédit qu’elles ne méritent pas toujours ; le fait de nous fier beaucoup trop à des anecdotes plutôt qu’à des données fiables décrivant plus complètement et plus objectivement une question ou une problème donnés ; enfin, et ceci surtout face aux médias, le fait de ne pas rester constamment vigilant devant l’information qui nous est présentée et de ne pas chercher à nous renseigner à des sources variées et crédibles.

OZ – Les scientifiques sont ils à l’abri de ces erreurs d’interprétation ?
NB – Non, bien sûr, du moins pas en tant que personnes. Mais la science (je veux dire ici : les sciences empiriques et expérimentales) s’institutionnalise comme effort pour rester systématiquement critique, du moins face aux objets, principes, méthodes et conclusions d’un secteur scientifique concerné. Elle a sur ces plans un taux de succès que nous pouvons lui envier. Ceci dit, lorsque les scientifiques sortent de la science ou s’en remettent pour faire de la science à nos outils quotidiens de réflexion, ils sont sujets à l’erreur comme tout le monde. Je raconte dans le livre à ce sujet l’intéressante et instructive histoire des Rayons N, qui le montre bien.

OZ – Comment pouvons nous rester vigilants et éviter d’être influencés et manipulés ?
NB – Je pense sincèrement que c’est d’abord en pratiquant. On devient critique en agissant comme un penseur critique, en décidant de l’être et en le faisant. Je pense aussi que cela ne se fait pas seul et qu’il faut travailler avec d’autres, apprendre d’eux comme ils apprennent de nous. De plus, ce travail suppose que l’on s’informe des sujets à propos desquels on veut être critique. Une des marques caractéristiques des personnes capables de pensée critique est d’être informé.

OZ – L’enseignement de la pensée critique ne devrait-il pas être intégré à l’école ? Est-il accessible à tous ?
NB – En 1962, est paru un article désormais célèbre de R. H. Ennis intitulé : « A concept of critical thinking » (Harvard Educational Review, 32, 1962, pp. 81-111). Il marque en éducation le début d’un mouvement appelé critical thinking, lequel est aujourd’hui très important aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon. Ce mouvement est né de préoccupations qui nous sont familières et qu’on pourrait formuler en un mot : les étudiantes et étudiants font peu preuve de pensée critique malgré des études parfois longues. Or, ce mouvement a toujours été traversé par de nombreux débats sur la question de savoir comment s’y prendre pour former des penseurs critiques. Pour certains, il convient de donner des cours de pensée critique ; pour d’autres, d’incorporer des éléments de pensée critique aux divers champs disciplinaires. Le danger de la première option est un certain formalisme un peu vide qui néglige le fait que la pensée critique est toujours pensée critique de quelque chose. Le danger de la deuxième est qu’un enseignement disciplinaire fasse de la pensée critique un parent pauvre. Le premier argument me paraît très fort. Il me semble en effet indéniable que les disciplines elles-mêmes (je veux dire ici : les formes de savoir humain, avec leurs concepts propres et leurs modes de validations particuliers) fournissent une part cruciale des outils du penseur critique. Par exemple, penser de manière critique n’est pas la même chose en morale qu’en physique et il faut être initié aux diverses formes de savoirs et à leurs concepts et contenus pour développer sa pensée critique dans chacun d’eux. Au total j’en suis venu à penser qu’on devrait très tôt accompagner l’enseignement des disciplines d’un enseignement de la pensée critique dans chacune d’elles, qui n’est rien d’autre, en un sens, que la forme même qu’y prend la juste et bonne pensée. Ensuite, plus tard, on pourrait consacrer un enseignement plus général à la pensée critique, qui viendrait consolider tout cela : à mon avis, ce devrait être en classe de philosophie, qui reste pour moi sur ce plan la discipline-phare. Ce que j’ai en tête et que je n’ai fait qu’esquisser ici, est exigeant et demanderait beaucoup des maîtres : mais ça me semble possible.

OZ – Qu’est ce que le « kit de détection de Poutine » ?
NB – Ah ! Il faut être Québécois pour comprendre cela. Je cite dans le livre un ensemble de trucs de pensée critique proposés par le regretté Carl Sagan sous le titre « Baloney detection kit ». Le baloney est une sorte d’assez mauvaise mortadelle américaine et le mot sert aussi, en anglais américain, à exprimer une réaction à une proposition qu’on voudrait nous faire avaler mais qu’on refuse de croire. « Baloney! », veut donc dire quelque chose comme : « Foutaises ! ». Sagan nous proposait donc un kit de détection de foutaises. Je cherchais donc une métaphore culinaire qui dirait la même chose. Or, au Québec, nous utilisons justement poutine dans le même double sens. Une poutine, c’est un mets québécois aussi médiocre que le baloney (des frites, de la sauce à viande chaude et du fromage) et on emploie aussi ce mot pour dire : foutaises.