La thérapie miroir, l'effet neurosciences et les neuromythes

Il existe une multitude de techniques de rééducation proposées aux patient·es pour diminuer leurs douleurs ou améliorer leurs capacités fonctionnelles. Depuis 2014, je présente l’une de ces techniques, la thérapie miroir (TMi), aux étudiant·es en kinésithérapie de l’Institut de formation en masso-kinésithérapie de Grenoble. L’enseignement de cette technique est un bon moyen de mettre en application la recherche et le tri d’informations en santé et quelques outils d’autodéfense intellectuelle, notamment dans le domaine des neurosciences. Ci-dessous, je présente les grandes lignes du cours, les ressources pédagogiques utilisées et propose au format audio une présentation sur le sujet plus généraliste, présentée devant un public d’étudiant·es et chercheur·es en sciences humaines et sociales, professionnel·les de santé, ingénieur·es et patient·es.

Cours pour étudiant·es kiné

Introduction

En guise d’introduction, je propose aux étudiant·es (entre 50 et 70 personnes, lors d’un cours magistral en amphi de 3 heures) de répondre sur une feuille de manière anonyme à trois questions.

  • « On n’utilise que 10% de nos capacités cérébrales » (Réponses possible : totalement d’accord, d’accord, peu d’accord, pas du tout d’accord.)
  • « Il y a des preuves quant à l’efficacité de la TMi chez les patient·es souffrant de douleurs du membre fantôme. » (Réponses possible : totalement d’accord, d’accord, peu d’accord, pas du tout d’accord.)
  • « Il existe des techniques de rééducation agissant sur les neurones miroir et permettant par leur biais de retrouver une bonne motricité après un AVC massif. » (Réponses possible : totalement d’accord, d’accord, peu d’accord, pas du tout d’accord.)
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Résultats de la promotion d’étudiant·es en kinésithérapie eue en cours en 2014 (à l’époque, les choix de réponse n’étaient pas de type « échelle de Likert » comme expliqué précédemment mais sous la forme très vraisemblable, vraisemblable, peu vraisemblable, invraisemblable). Nb : une coquille s’est glissée dans le titre du graphique, on lira plutôt « On n’utilise que 10% de notre cerveau ».

J’invite ensuite les étudiant·es à regarder les réponses au test données par les étudiant·es les années précédentes et leur explique que ces différentes affirmations vont être traitées dans le cours.

Présentation de la technique

Afin de présenter la technique, je propose notamment de visionner cet extrait de l’épisode 4 saison 6 de la série Docteur House (l’extrait est en version originale).

 

Dans cet extrait on suit une « séance » de thérapie miroir pratiquée sur un patient amputé d’un bras et souffrant de douleurs du membre fantôme extrêmement fortes et gênantes depuis plusieurs années. Le patient, par le biais d’une simple boîte en carton, observe le reflet dans un miroir de son membre sain. À peine l’a-t-il observé que ses douleurs se volatilisent.

Si cette séquence a pour mérite d’assez bien présenter le dispositif de la TMi, elle est aussi une très belle illustration du traitement médiatique régulièrement réservé aux techniques d’éducation ou rééducation basée sur les neurosciences : on exagère les effets attendus.

Historique de la TMi

Diane et Vilayanur Ramachandran
Diane et Vilayanur Ramachandran

J’aborde ensuite brièvement l’historique de la TMi. La paternité de la Tmi est souvent attribuée à Vilayanur Ramachandran, qui est effectivement co-auteur (avec sa femme Diane Ramachandran) du premier article retrouvé dans les bases de donnée indexant les publications dans le champ de la santé, datant de 1996. Mais on retrouve dans la littérature des travaux datant de la fin du XIXème siècle qui déjà utilisaient l’idée de regarder dans un miroir certaines parties de corps et observaient les conséquences en terme de perceptions et motricité (travaux du psychologue George Malcom Stratton). J’explique un peu plus précisément comment se met en place une rééducation par TMi en montrant quelques photos voire vidéos de patient·es que j’ai pris en charge. J’introduis à ce moment là les limites découlant de ma propre expérience personnelle amenée comme preuve potentielle d’efficacité de la technique.

Problèmes liés à l’apport du témoignage en guise de preuve

J’explique que comme pour beaucoup de thérapies, ce sont souvent des témoignages de praticien·nes, de patient·es ou de chercheur·es qui peuvent être amenés en guise de preuve de l’efficacité de la TMi, y compris dans la littérature scientifique (études de cas). J’introduis ici les problèmes liés au témoignage et aux cas cliniques apportés comme preuve de l’efficacité de quelque chose : généralisation abusive, confusion corrélation-causalité, fluctuation des symptômes et des maladies et régression à la moyenne, biais de mémorisation, tri sélectif 1.

Je rappelle ici les principes de la pratique basée sur les preuves (ou Evidence-based practice) : l’idée n’est pas de mettre l’expérience personnelle des praticien·nes et des patient·es à la poubelle mais de leur accorder une juste place dans le triptyque expérience clinique, préférences des patient·es, données de la recherche.

L’accent est surtout mis sur la façon de se renseigner dans la pratique quotidienne sur une technique de rééducation dont on questionne l’efficacité (quels sites internet, quels mots clés, quelles informations lire), et sur la lecture critique de quelques essais (comment se faire rapidement une idée de la qualité des essais que l’on a devant les yeux ?), au travers de la littérature sur la TMi.

Une technique efficace ?

Revue de littérature

Cette partie est l’une des plus longues. Il s’agit de présenter les preuves disponibles dans la littérature scientifique sur l’efficacité (ou non) de la TMi (une liste non exhaustive de la littérature évoquée est disponible tout en bas de la page dans le document en PDF) pour différentes pathologies (principalement : l’hémiplégie suite à un accident vasculaire cérébral, la paralysie cérébrale de l’enfant, l’amputation, les syndromes douloureux régional complexe et les troubles musculo-squelettiques d’origine traumatologique ou rhumatologique) et symptômes (douleur, déficit articulaire ou musculaire, déficit fonctionnel, troubles sensitifs). Aujourd’hui, des preuves d’efficacité de la TMi comparativement à des prises en charge par TMi placebo ou prise en charge standard sont présentes pour certains symptômes présents chez les personnes hémiplégiques et les enfants souffrant de paralysie cérébrale. Il n’y a pas de preuve de qualité suffisante montrant l’effet de la TMi chez les personnes amputées, contrairement à ce qui est souvent avancé.

TMi « seconde vague »

Finalement j’aborde l’existence dans la littérature médicale relue par les pairs d’une sorte de TMi « seconde vague ». En effet, on voit apparaître depuis les années 2000, y compris dans des journaux de médecine réputés comme le Lancet 2, des articles présentant de la TMi par le biais d’environnements de réalité virtuelle, des exosquelettes ou encore des robots. Ces articles ne comparent jamais, à ma connaissance, l’efficacité de la TMi numérisée ou robotisée à la TMi plus classique. Pire, il s’agit le plus souvent d’études de quelques patient·es (parfois un seul 3) sans groupe contrôle. Or ses « études » ne peuvent constituer des preuves d’efficacité (et encore moins de supériorité) de la TMi numérisée ou robotisée, pour toutes les raisons évoquées dans la partie précédente réservée aux témoignages et cas clinique. Les dispositifs utilisés sont coûteux sur le plan économique et humain comparativement aux simples boîtes en carton « faites-maison » utilisées le plus souvent en TMi : fabrication (avec matières premières rares, pour les batteries notamment), achat par les établissements ou professionnel·les de santé, frais de formation des patient·es et des praticien·nes, maintenance, réparation. Sont aussi soulevés les problèmes liés au fait que le temps d’installation des patient·es sur ces dispositifs est conséquent, et qu’il n’est pas imaginable que chaque patient·es puisse avoir ces dispositifs à la maison et continuer les séances en autonomie. En résumé, il est abordé avec les étudiant·es les limites potentielles de ces dispositifs, particulièrement s’ils ne sont pas testés de manière comparative avec des outils moins coûteux.

Mécanisme d’action

Je rappelle aux étudiant·es que souvent lors des cours sur des techniques de rééducation, un temps non négligeable du cours est consacré aux mécanismes d’action (neurophysiologiques ou mécaniques) de la technique présentée. Concernant la TMi, une des hypothèses avancées pour expliquer son efficacité (dont les preuves disponibles sont circonscrites, on l’a vu, à certaines populations et indications bien précises) est l’activation du système des neurones miroirs lorsqu’on réalise la technique.

Les limites des explications cohérentes

J’explique pourquoi je passe peu de temps sur ces explications : une technique peut être tout à fait cohérente avec les connaissance antérieures en physiologie humaine et biomécanique, et pour autant ne pas montrer une efficacité supérieure à d’autres techniques ou à l’absence de prise en charge. Une illustration possible est l’histoire du flécaïnide, dans les années 80. La substance active contenue dans ce médicament réduisait les arythmies de patient·es souffrant de problèmes cardiaques. Il semblait donc logique de le recommander à des patient·es souffrant de troubles du rythme. Plus de 200 000 personnes furent traitées avec ce médicament. En parallèle, des essais contrôlés randomisés ont été menés sur d’autres patient·es. On s’est alors rendu compte que la mortalité des patient·es était plus importante dans les groupes avec flécaïnide que dans les groupes avec placebo. Le médicament a alors été retiré du marché pour certaines indications, bien que d’un point de vue physio-pathologique, l’indication était cohérente 4.

Les neurones miroirs

J’insiste sur le fait que l’hypothèse de l’activation du système des neurones miroirs lors de la TMi est une des hypothèses physio-pathologiques possibles, mais qu’elle ne peut constituer en rien une preuve quelconque de son efficacité.

Je rappelle brièvement ce que sont les neurones miroirs. J’insiste surtout sur l’extrapolation qui est faite des connaissances relatives aux neurones miroirs : on retrouve dans un certain nombre d’ouvrages de développement personnel, d’éducation ou de rééducation, destinés au grand public ou aux professionnel·les de santé, l’appel au système des neurones miroirs pour justifier l’efficacité d’une méthode ou expliquer des phénomènes complexes et multifactoriels. Cela est notamment le cas dans la conférence TED de Ramachandran où il qualifie les neurones miroirs de « neurones qui ont formé la civilisation », ou dans cet article de Médiapart où on trouve la citation suivante : « Ces neurones miroirs confirment les découvertes de C.G.Jung sur l’influence déterminante de notre inconscient personnel et collectif. » 5.

L’effet neurosciences

Définition

Ces présentations permettant d’enchaîner sur l’effet neurosciences, décrit ainsi par Normand Baillargeon : « On tend à accorder plus de crédibilité à une idée, même fausse, quand elle se réclame des neurosciences, quand elle utilise son langage, ses images. » 6.

Preuves expérimentales

Cet effet est étayé expérimentalement. Je présente une ou deux études illustrant cet effet : celle de Lindell et Kidd de 2013, qui montre que le fait d’être exposé à un prospectus vantant une méthode d’éducation dont le titre est Right Brain Training plutôt qu’à un prospectus de contenu strictement identique mais s’intitulant Right Start Training, influence les adhésions aux programmes des personnes (les gens exposés à Right Brain pensent par exemple plus souvent que le fondement scientifique de la méthode est important) 7. (Voir illustration ci-après, qui m’a été fournie par les auteur·es de la publication.)

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CorteX_tmi_effet-neurosciencesUne autre étude s’intéressant à l’effet neurosciences est celle de Ali et al., 2014 8. Des étudiant·es sont exposé·es à une machine censée lire dans leur pensées (nommée Spintonics, qui les expose à des représentations graphiques de cerveaux) ; des questions leur sont posées relativement à leur scepticisme vis-à-vis des capacités de la machine, selon si les étudiant·es ont ou non suivi un cours d’esprit critique durant tout un semestre. Leur scepticisme vis-à-vis des capacités de la machine à leur pensée reste faible, y compris pour les étudiant·es exposé·es à des cours d’esprit critique sur les neurosciences.

Illustrations

On trouve de nombreuses illustrations de l’effet neurosciences dans des magazines grand public ou pour professionnel·les de santé, sur des sites internes, dans des brochures commerciales, etc. Le Neuromotus© est par exemple un appareil permettant de réaliser de la TMi par réalité virtuelle, notamment pour des personnes amputées.

Les neuromythes

Selon le temps dont je dispose, j’aborde également certains neuromythes tels que ceux présentés ci-dessous, qui ont déjà fait l’objet d’une présentation en accès libre disponible ici.

 

Audio

L’enregistrement audio de la présentation La thérapie miroir : de l’outil thérapeutique aux neuromythes par Nelly Darbois lors du séminaire Corps et prothèses, sensori-motricité, intersensorialité et réalité virtuelle du 26 janvier 2018 à Grenoble.

Télécharger l’audio ici. Voir ou télécharger le diaporama en PDF.

Nelly Darbois

Publication sur l'ostéopathie viscérale dans BMC Complementary and Alternative Medicine

Depuis plusieurs années, nous analysons de manière approfondie l’historique, les fondements physio-pathologiques, les outils diagnostics et l’efficacité spécifique de diverses thérapies ou méthodes, pratiquées notamment par les kinésithérapeutes : fasciathérapie méthode Danis Bois, biokinergie ou encore ostéopathie crânienne. En décembre 2016, nous vous annoncions notre publication, non sans encombre, d’une partie de nos travaux sur l’ostéopathie crânienne dans Plos One. Nous nous sommes à nouveau soumis·es au processus de relecture par les pairs pour publication dans une revue scientifique indexée. Cet article porte cette fois sur l’ostéopathie viscérale. Se trouve ci-dessous la référence de la publication (en accès libre), son résumé, ainsi qu’une petite note à l’intention de nos lectrices et lecteurs qui attendent avec impatience la mise à disposition de notre rapport complet sur l’ostéopathie viscérale.

Référence de l’article

Albin Guillaud, Nelly Darbois, Richard Monvoisin, Nicolas Pinsault. Reliability of diagnosis and clinical efficacy of visceral osteopathy: a systematic review. BMC Complementary and Alternative Medicine. 2018 18:65

Lire ou télécharger la publication en PDF ici.

Résumé (en anglo-américain)

Il est possible d’utiliser Deep-L pour traduire ce texte.

Background

In 2010, the World Health Organization published benchmarks for training in osteopathy in which osteopathic visceral techniques are included. The purpose of this study was to identify and critically appraise the scientific literature concerning the reliability of diagnosis and the clinical efficacy of techniques used in visceral osteopathy.

Methods

Databases MEDLINE, OSTMED.DR, the Cochrane Library, Osteopathic Research Web, Google Scholar, Journal of American Osteopathic Association (JAOA) website, International Journal of Osteopathic Medicine (IJOM) website, and the catalog of Académie d’ostéopathie de France website were searched through December 2017. Only inter-rater reliability studies including at least two raters or the intra-rater reliability studies including at least two assessments by the same rater were included. For efficacy studies, only randomized-controlled-trials (RCT) or crossover studies on unhealthy subjects (any condition, duration and outcome) were included. Risk of bias was determined using a modified version of the quality appraisal tool for studies of diagnostic reliability (QAREL) in reliability studies. For the efficacy studies, the Cochrane risk of bias tool was used to assess their methodological design. Two authors performed data extraction and analysis.

Results

Eight reliability studies and six efficacy studies were included. The analysis of reliability studies shows that the diagnostic techniques used in visceral osteopathy are unreliable. Regarding efficacy studies, the least biased study shows no significant difference for the main outcome. The main risks of bias found in the included studies were due to the absence of blinding of the examiners, an unsuitable statistical method or an absence of primary study outcome.

Conclusions

The results of the systematic review lead us to conclude that well-conducted and sound evidence on the reliability and the efficacy of techniques in visceral osteopathy is absent.

Plus d’informations

Cet article est tiré d’un rapport que nous avons réalisé à la demande du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK). En plus du contenu de la publication dans BMC Complementary and Alternative Medicine, sont présentés dans ce rapport les résultats d’une enquête exhaustive sur l’histoire de l’ostéopathie viscérale, la description précise de ses fondements théoriques, et l’analyse de la validité scientifique de ces mêmes fondements1. Ce rapport est élaboré à partir d’une méthodologie similaire à celle employée dans le rapport sur l’ostéopathie crânienne, mais améliorée par notre expérience, nos erreurs et l’aide des outils de la collaboration Cochrane en constante évolution. Nous avons terminé et rendu le rapport au CNOMK en octobre 2016. Ce travail n’a pas encore été rendu public.

"Être ou devoir être, telle est la question" – La guillotine de Hume

La loi de Hume1, aussi appelée guillotine de Hume2, est une proposition méta-éthique qui interdit l’inférence d’un « être » (is) à un « devoir-être » (ought). Ou comme le formule Raymond Boudon « aucun raisonnement à l’indicatif ne peut engendrer une conclusion à l’impératif »3.

 On a souvent confondu la loi de Hume avec ce que G. E. Moore nomme dans son Principia Ethica (1903) le paralogisme ou sophisme naturaliste4.

La réflexion originale de David Hume se situe dans le Traité de la nature humaine :

« Je ne puis m’empêcher d’ajouter à ces raisonnements une observation qu’on trouvera peut-être de quelque importance. Dans tous les systèmes de moralité que j’ai rencontrés jusqu’ici, j’ai toujours remarqué que l’auteur procède quelque temps de la manière ordinaire de raisonner, et établit l’existence d’un Dieu, ou fait des observations, concernant les affaires humaines ; quand soudain je suis étonné de trouver qu’au lieu de rencontrer les copules habituelles est et n’est pas, je ne trouve aucune proposition qui ne soit connectée avec des doit ou ne doit pas. Ce changement est imperceptible, mais a néanmoins de grandes conséquences. Car comme ce doit ou ne doit pas exprime quelque nouvelle relation ou affirmation, il est nécessaire que celle-ci soit observée et expliquée, et qu’en même temps une raison soit donnée pour ce qui semble tout à fait inconcevable, que cette relation puisse être une déduction d’autres qui en sont entièrement différentes. Mais comme les auteurs n’utilisent pas fréquemment cette précaution, je me permets de la recommander au lecteur, et je suis persuadé que cette petite attention fera succomber tous les systèmes vulgaires de moralité et nous fera voir que la distinction entre le vice et la vertu n’est pas fondée simplement sur la relation entre objets ni n’est perçue par la raison. »5

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Les pandas, ces braves militants anti-créationistes qui font la nique au finalisme biologique, et qui ont appliqué la loi de Hume en se disant : « C’est pas parce qu’on est carnivore qu’on doit manger de la viande ! »

Ce que semble vouloir dire Hume, est qu’il n’est pas possible de passer d’une proposition indicative à une proposition normative sans justification. Plusieurs interprétations et critiques ont été données de cette loi de Hume. On constate ainsi qu’il est techniquement possible de tirer une conclusion normative de prémisses purement descriptives6. Des tentatives de reformulations plus exactes ont donc été données afin de pallier les limites de la formulation classique de Hume. En accord avec la majorité des idées proposées par Sam Harris dans The Moral Landscape (2010)7, nous proposons à notre tour une reformulation qui met en exergue le point essentiel que nous reconnaissons à l’énoncé
de Hume et en limite le caractère controversé.

il est fallacieux d’aller chercher dans la description des lois aveugles8 de la biologie et de la physique des justifications à des choix éthiques normatifs.

Une lionne devenue antispéciste après avoir lu P. Singer ou T. Regan (les sources ne sont pas claires).

Prenons des exemples concrets que l’on rencontre souvent lors de débats à propos de l’antispécisme. Du côté des anti-spécistes comme des spécistes, des arguments pseudo-scientifiques sont mobilisés pour justifier des choix comportementaux. Du côté de certain.e.s anti-spécistes, on entend parfois que l’humain serait végétarien « par nature », pour des raisons physiologiques et psychologiques. Cette affirmation naturaliste (cf. Biologie, essentialisme : Nature, écologisme, sexisme, racisme, spécisme, CORTECS) est présente, à notre connaissance, depuis au moins le XVIIIème siècle. On la retrouve notamment dans Émile ou l’Éducation (1762) de J.-J. Rousseau. Ces arguments peuvent prendre les formes suivantes.

  • Version finaliste simple : l’humain est omnivore et doit manger de la viande pour survivre / l’humain est végétarien, et ne doit pas manger de viande. L’humain est fait « pour » (a été « programmé pour », a pour finalité de) manger telle ou telle chose…
  • Version finaliste, par analogie : le lion chasse et mange la gazelle, et nous n’y pouvons rien. Donc pourquoi ferions-nous différemment du lion ?
  • Version ad antiquitatem (cf. argument d’historicité, CORTECS) : nos ancêtres mangeaient de la viande, l’humain doit donc manger de la viande.
Un éléphant et un rhinocéros qui ont peur d’être hors la loi (de Hume), et d’être des moutons de Panurge. Ce n’est pas parce que tous les éléphants se reproduisent entre eux que l’éléphant est obligé de faire pareil ! Et c’est encore moins parce que l’évolution a produit des barrières à la reproduction entre les éléphants et les rhinocéros que la morale les empêche de s’amuser entre eux !

Ces formes assez courantes d’arguments essentialistes tombent expressément dans le piège dénoncé par Hume : le fait d’aller chercher dans la description des lois aveugles et amorales de la biologie des justifications à des choix éthiques normatifs. En suivant cette démarche, on va expressément chercher ici à savoir qu’elle serait la véritable « essence » de l’humain, celle qui le définirait et lui permettrait d’être pleinement lui-même. En plus d’être pseudo-scientifiques, même si ces arguments étaient bons, il ne permettraient donc pas d’inférer une norme morale. Certes la physiologie de l’humain le contraint dans une certaine mesure. Mais partir de ces contraintes pour dire que l’humain est fait pour être végétarien ne veut absolument rien dire d’un point de vue moral, ou d’un point de vue scientifique, en plus d’être un raisonnement finaliste de type panglossien (cf. Raisonnement panglossien, CORTECS).

Richard Dawkins le formule ainsi :

Dans un univers où les acteurs sont des forces physiques aveugles et la réplication génétique, certains vont souffrir, d’autres auront de la chance, et il n’y aura ni rimes ni raison à cela, ni aucune justice. L’Univers que nous observons a exactement les propriétés auxquelles on peut s’attendre s’il n’y a, à l’origine, ni plan, ni finalité, ni mal, ni bien, rien que de l’indifférence aveugle et sans pitié.9

Savoir si l’histoire biologique de notre espèce nous rend héritiers de telle ou telle physiologie ne nous aide donc guère dans l’analyse de ce qui est bien ou mal, et nous éclaire donc peu sur ce que nous devrions faire. Comme le remarque Harris : « L’évolution n’aurait jamais pu prévoir la sagesse ou la nécessité de créer des démocraties stables, diminuer le changement climatique, sauver les autres espèces de l’extinction, contenir la propagation des armes nucléaires, ou faire quoi que ce soit qui soit maintenant crucial à notre bonheur. »10

Pour une illustration animée de la guillotine de Hume, on peut voir la vidéo « The Is / Ought Problem » produite, en anglais, par la BBC.

Références

  • BEAUDOIN F. A., « Éthique évolutionniste », Encyclopédie Philosophique, En ligne : http://encyclo-philo.fr/ethique-evolutionniste-a/.
  • BLACK, M., « The gap between is and should », The philosophical Review, 73 :2, 1964.
  • CANTO-SPERBER M., OGIEN R,. La philosophie morale, Paris, PUF, 2004.
  • DAWKINS R. Le fleuve de la vie : qu’est-ce-que l’évolution ?, Paris, Hachette, Pluriel, 1997.
  • HARE, R. M., The language of morals, New York, Oxford Paperbacks, 1952
  • HARRIS S., The Moral lanscape, How science can determine human value, New York, Free Press, 2010.
  • HUME D., Traité de la nature humaine (1739), Livre III, Trad. Fr. M. Philippe Folliot, Edition numérique, 2007.
  • BOUDON R., Le relativisme, PUF, Que sais-je ?, 2008. p. 10.

Le droit, enfant abandonné de l’épistémologie ? – Entretien avec Oriane Sulpice

Oriane Sulpice - droit (Grenoble, France)
Oriane Sulpice en pleine réflexion

Bonjour Oriane, au CORTECS, nous faisons des stages pour doctorant·es, et c’est comme ça que nous nous sommes rencontré·s. Nos compétences en droit sont assez réduites, et nous y arrivons essentiellement par deux chemins, soit par la philosophie morale, soit par des exemples d’usages de techniques mensongères ou frauduleuses et tombant (ou non d’ailleurs) sous le coup de la loi. Il en existe un troisième, que nous arpentons avec grosses chaussures de marche et protections aux genoux : la scientificité de cette discipline. On voit bien que le droit a une cohérence interne, à l’instar des mathématiques par exemple. On constate aussi que le droit réagit au réel, en fonction des nouveaux cas, des jurisprudences, etc. Bref, les sciences juridiques revendiquant le mot « science », nous aimerions documenter un peu cela.

Si j’ai bonne mémoire, lors de notre réflexion commune, tu as commencé par dire que les juristes mettent en avant deux grands modèles, deux grands paradigmes, qui orientent la façon de travailler pour les juristes et de concevoir les lois. Peux-tu nous dire lesquels, et leurs différences fondamentales ?

Oui, effectivement, les juristes mettent en avant qu’il existe deux modèles, présentés CorteX_lady-injusticecomme antagonistes : le positivisme juridique, d’un côté, qui s’opposerait au jusnaturalisme. Il nous faut expliciter ces termes tant bien que mal.

La définition du positivisme juridique, d’abord : ça commence mal, il ne fait pas consensus1, néanmoins tou·tes les auteur·es s’accordent sur le fait que le positivisme juridique consiste à travailler sur le droit en vigueur, c’est-à-dire les lois, règlements et jugements existants à un moment donné. Les positivistes juridiques travaillent sur ce qu’on nomme le droit positif, du latin positum, « posé », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Dans ce modèle, la science du droit consiste à décrire le droit tel qu’il existe, sans jugement de valeur, sans chercher ce qui est fondamentalement juste. Sa base de travail est l’état des règles juridiques à un instant précis.

Peut-on dire que les positivistes juridiques sont des technicien·nes de la science juridique ? Peu importe où va le véhicule, les positivistes le réparent, le modifient… ?

Effectivement, c’est l’image qu’ils et elles renvoient, et qui est critiquée parfois par les opposant·es, les jusnaturalistes. Les positivistes se soucient de la cohérence de l’ordre juridique, mais ne jugent pas son contenu au regard de valeurs. C’est une conception moniste du droit.

Que veux-tu-dire par « conception moniste du droit » ?

Pour saisir ça, faisons un détour vers l’autre courant, le jusnaturalisme (qui vient de jus naturale, le droit naturel) : on y postule qu’il existe un droit positif, mais qui englobe le droit naturel qui prévaut sur le droit positif. Mais alors, qu’est-ce que le droit naturel ? Pour les jusnaturalistes, le droit naturel préexiste à notre existence. Ce serait un ensemble de normes non écrites, qui découlent de valeurs fondamentales, et le droit positif doit être conforme à ces normes non écrites. C’est par exemple le droit à l’éducation ou à la santé d’un enfant, le droit au logement, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, etc. Ce droit naturel est tiré de principes éthiques et moraux qui s’imposent aux législateurs et législatrices lorsqu’ils et elles élaborent le droit positif. Et le droit positif doit être en conformité avec le droit naturel. Il faut étudier ces principes moraux et ne considérer comme valide que le droit qui respecte ces principes. Cette conception est dualiste : d’un côté le droit naturel, d’où découle, de l’autre côté, le droit positif, tandis que chez les positivistes, il n’y a « que » le droit positif. C’est pour ça qu’on dit « moniste ».

Selon le positivisme, il faut obéir aux lois en tant que telles. Et selon le jusnaturalisme, il faut  créer des lois et leur obéir uniquement si elles sont conformes au droit naturel, c’est-à-dire aux principes moraux et éthiques qui prévalent dans nos sociétés.

Donc pour les jusnaturalistes, il y a un droit naturel, qui se formalise en droit positif, mais ce qui compte, c’est le droit naturel ?

Oui exactement.

Évidemment chaque modèle caricature un peu les positions de l’autre pour mieux les critiquer et les détruire, mais il y a de vrais problèmes de fond. Les positivistes par exemple reprochent aux jusnaturalistes leur croyance d’un droit inhérent ou pire, préexistant à l’humain. Or, disent les positivistes, son contenu ne pourrait faire l’objet d’une définition stable et universelle qu’au prix d’un consensus général sur la nature humaine, ce qui est loin d’être facile (il suffit de regarder les différences de droits entre hommes et femmes dans divers endroits du monde). En outre, les jusnaturalistes ajoutent que l’application réelle de ce droit naturel supposerait qu’il soit transposé dans les divers systèmes juridiques – et donc sanctionné par des autorités disposant du pouvoir de coercition – donc, c’est-à-dire traduit en droit positif.

En gros, quand bien même il y aurait un droit naturel, il faudrait qu’il se traduise en droit positif, donc on retombe chez les positivistes.

Oui. Bien sûr, les jusnaturalistes reprochent aux positivistes leur fétichisme de la règle de droit positive, l’idée que pour ces dernièr·es le droit est gravé dans le monde, comme les lois de la physique. En réalité on trouve toutes sortes de jusnaturalistes, qui prendront selon leurs affinités comme référence la nature humaine, Dieu, la Nature…. Les positions sont très diverses, mais le tronc commun est le suivant : le droit doit être conforme à un droit naturel. Que ce droit naturel soit issu de Dieu, de la Nature ou d’une certaine idée de la nature humaine, il dépend des choix philosophiques, religieux, spirituels de l’auteur·e. Et il est évident que des conceptions antagonistes de ce qui est « juste » amène à des conclusions juridiques différentes.

Pour te donner un exemple, les jusnaturalistes ont notamment reproché aux thèses positivistes d’approuver l’existence du droit nazi. Cela est caricatural et ne nourrit pas le débat.

Je t’arrête un instant. Le droit nazi est un droit positif, centré sur un corpus législatif précis, et donc effectivement des juristes positivistes peuvent s’amuser dans cette cour de récréation, sans remettre en cause quoi que ce soit. Mais ce droit positif, pourtant, venait bien d’un droit naturel, pourtant, du type « droit du plus fort », ordonnancement des races. Donc même des jusnaturalistes nazi·es auront pu cautionner ce système.

Oui tu as raison. Les positivistes étudient le droit en tant que forme, et travaillent les règles de droit sans se soucier de leur fond. Ils et elles ne se préoccupent pas des justifications philosophiques, morales, politiques ou religieuses de l’existence d’une règle CorteX_juristesde droit.

En fait pour les positivistes le droit positif est le droit tel qu’il existe, celui qui est directement observable dans les textes de droit ou les jugements. Il existe par les textes de lois édictés par celles et ceux qui en ont la compétence. Le droit n’est pas gravé dans le monde mais dans des textes de droit, qui peuvent changer, selon les décisions de celles et ceux qui ont la compétence d’édicter ces textes.

Prenons un exemple, à propos de la Révolution française : on peut penser à l’opposition entre Edmund Burke, jusnaturaliste, et la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Ces droits expriment une vision différente de ce qu’est le droit naturel pour Burke. L’article 2 cette déclaration dispose « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. ». Pour Burke, cette déclaration est invalide car elle va à l’encontre de sa conception du droit issu de la nature. Pour lui, la nature est un ensemble de coutumes sociales et familiales qui tendent d’elles-mêmes vers la perfection. Or cette Déclaration est un ordre social imposé qui coupe court à cette évolution « naturelle » vers un perfectionnement. Il critique de même les droits de l’Homme, car selon lui la volonté universaliste qu’ils expriment nie l’ensemble des traditions et coutumes qui différencient chaque peuple.

Le positivisme, regroupe-t’il lui aussi un grand nombre de théories du droit différentes ?

Oui, et parfois contradictoires entre elles. De plus, certain·es positivistes versent aussi dans l’idéologie, en confondant la description de ce qui est à la prescription de ce qui devrait être, la fameuse is/ought fallacy, ou guillotine de Hume (cf. Être ou devoir être, telle est la question : La guillotine de Hume, CORTECS). On peut penser notamment à l’exaltation de l’État par certain·es théoricien·nes, qui reprennent à leur compte le discours fourni par les institutions étatiques pour en faire une théorie. Nous verrons plus bas l’exemple relatif à l’intérêt général érigé comme principe directeur de l’action de l’État par les juristes. On passe alors à une théorie érigée à partir d’une idéologie, ce qui paradoxalement les rapproche du jusnaturalisme tant combattu.

Notons que le positivisme est clairement dominant dans le champ universitaire.

Cette opposition entre positivistes et jusnaturalistes est-elle la seule qui existe ?

Non, il existe aussi une opposition entre juristes positivistes et sociologues à propos de l’étude du droit. Les juristes étudient le droit comme phénomène autonome des autres faits sociaux. Une bonne part des sociologues considèrent le droit comme un fait social parmi d’autres, et le considèrent comme un registre normatif parmi les autres (il existerait aussi des normes sociales, religieuses, morales etc.). Les sociologues étudient les faits sociaux menant à la création d’une règle et ceux menant à l’application d’une règle de droit. L’école du sociological jurisprudence2, à la fin du XIXème siècle, par exemple, fait la distinction entre law in books et law in action. Law in books, c’est le droit positif, écrit dans les codes juridiques. Law in action, c’est le droit tel qu’il est interprété et appliqué par les juristes, notamment les juges. Le sociological jurisprudence introduit l’idée que pour comprendre le droit, il faut étudier les textes de droit en même temps que l’application et l’interprétation qu’en fournissent les individus. Ce courant introduit aussi l’idée que les sciences sociales peuvent permettre de mieux comprendre le droit, notamment le law in action.

Les juristes reprochent aux sociologues leur faible connaissance des contraintes juridiques qui pèsent sur les acteurs juridiques. A contrario, chez la majorité des juristes, les contraintes sociales ou psychologique exercées sur les organes et individus chargés d’appliquer les normes ne sont pas prises en compte. Pour beaucoup de juristes, les individus sont des individus dénués de déterminants psychosociaux.

En soi, sont inutilisées la sociologie critique, les habitus3, les classes sociales, les formes de domination ?

On ne peut pas dire que ces dimensions sont complètement niées. Simplement les juristes ne prennent pas cela en compte dans leur étude du droit. Leur étude porte sur le droit, et non dans l’étude des comportements sociaux. La science du droit, en ce sens, porte sur un recensement et une classification des règles de droit existantes. Les juristes ne s’interrogent que peu ou pas sur l’interaction entre normes sociales et normes juridiques. Ils et elles portent peu d’attention à la vie des acteurs et actrices chargés de l’élaboration et de l’application du droit.

Mais il y a des spécialistes du droit qui ne sont pas d’accord avec ce positivisme ?

Certain·es auteurs·es vont plus loin, en critiquant fortement l’épistémologie de la science du droit mise en avant par les positivistes. Michel Miaille4 par exemple se qualifie d’auteur « critique », car il entend présenter le droit de manière scientifique, c’est-à-dire qu’il entend débarrasser la science du droit de ses « obstacles épistémologiques », au sens donné par Gaston Bachelard5, c’est-à-dire au sens des embûches d’appréciation qui viennent se dresser entre l’envie de savoir des scientifiques et l’objet du savoir. Selon Miaille, ces obstacles sont des empêchements non conscients à produire un travail scientifique, et sont fortement ancrés dans la culture des juristes. Il en donne trois.

Premièrement, il pointe la fausse transparence du droit, qui signifie que les positivistes présentent immanquablement l’étude des règles de droit comme objective et neutre sur un plan politique et moral. Les juristes positivistes pensent que seule l’étude des règles de droit permet de comprendre le droit. Il existerait donc une confusion entre l’observation qu’il existe des règles de droit dans une société, et la définition du droit comme objet de recherche. L’objet de recherche des juristes est ainsi défini de manière trop faible. Ces dernièr·es considèrent que seule l’étude des règles de droit permet de comprendre le droit et que le droit reflète complètement la société dans laquelle il se forme.

Deuxièmement, Miaille pointe l’idéalisme juridique, c’est-à-dire que les juristes positivistes vont prendre les notions que leur renvoie le droit comme explication du monde. Les notions juridiques sont idéalisées, et transformées en explication du monde qui les entoure. Miaille prend l’exemple de la notion d’« intérêt général ». L’intérêt général est devenue une notion explicative de l’action de l’État, par exemple pour les auteurs de l’école du service public du début au XXème siècle6. De même, un universitaire contemporain comme René Chapus, écrit en 2001 que les pouvoirs détenus pour l’administration lui servent à « assurer au mieux le service de l’intérêt général »7. L’idéalisation de la notion d’intérêt général conduit à véhiculer une image idéalisée de l’action de l’administration. Ce qui conduit les juristes à véhiculer une image idéalisée de la société, telle que renvoyée par les textes de droit étudiés. Si, par exemple les textes juridiques et acteurs juridiques induisent que la notion d’intérêt général est la raison de l’existence de l’État, les juristes vont en faire une théorie. L’État est alors la réalisation de l’intérêt général pour les juristes, qui oublient de questionner ce que disent les textes de droit. Ils et elles oublient l’explication historique et sociale de l’État. Dans cette optique, M. Miaille reproche aussi aux juristes d’être fortement imprégné·es de philosophie hégélienne. Pour Hegel, l’histoire a un sens, elle est guidée par une finalité. Ainsi, sans même en avoir forcément conscience, les juristes reproduiraient ce schéma avec la notion d’État. L’existence de l’État aurait donc un sens précis, celui de réaliser l’intérêt général.

Troisièmement, il critique ce qu’il appelle la supposée indépendance de la science juridique. En effet, les juristes feraient du droit un phénomène social parfaitement isolé des autres phénomènes, aussi doit-il donc être étudié indépendamment. C’est ce que critiquent évidemment aussi les sociologues du droit. Michel Miaille préférerait que le droit soit un objet abordé par le prisme de plusieurs disciplines, telles que l’histoire et la sociologie.

Son analyse est rejointe par des chercheur·es qui pensent que les théories juridiques créent une « illusion scientifique »8. Les théoricien·nes du droit, notamment positivistes, auraient voulu dissocier la théorie du droit de la philosophie du droit, et pour cela ont voulu faire un travail descriptif et qui se veut neutre, en décrivant le droit comme il est, on ne porte pas de jugement dessus. Cela apparaît à leurs yeux comme un gage de scientificité. Malheureusement, pour tout:e scientifique, la neutralité est illusoire, puisque toutes de sortes de biais nous affectent. De plus, on ne peut pas vraiment dire que la description systématique de règles de droit et des institutions juridiques s’apparente à une méthode hypothético-déductive, permettant d’écarter et de préciser des théories scientifiques. En effet, décrire ne permet pas d’expliquer ce droit. La description des règles de droit peut être faite par un·e universitaire ou par un·e professionnel·le du secteur (juriste, avocat·e, juge, etc.). Il suffit de regarder qui écrit les manuels ou les articles dans les revues juridiques dans lesquels ces descriptions sont écrites. Dès lors, la description des règles n’est dont pas un critère discriminant pour affirmer qu’une personne effectue un travail scientifique. De plus, les juristes affirment que l’objet de leur recherche leur est donné, c’est le droit positif. La description peut être opérée à l’infini tellement il existe des règles de droit. Or, un travail scientifique construit son objet de recherche, en formulant des hypothèses et en élaborant un protocole permettant de les tester.

On dit en épistémologie que c’est la prédictibilité d’un système qui en fait sa valeur. Laquelle de ces deux écoles, positiviste ou jusnaturaliste, offre la meilleure prédictibilité ?

En fait, il existe un profond vide dans la réflexion épistémologique en droit. La réflexion sur les méthodes est de même extrêmement pauvre.

Certain·es auteur·es proposent un protocole de vérification. Mais en fait, il s’agit d’établir un protocole de vérification… pour vérifier si les hypothèses avancées concernant le sens d’une règle de droit sont confirmées par la décision du juge. Cet empirisme doit donc servir à prédire les décisions de justice… À mon avis, on n’est pas loin de la « futurologie » ! Le sociological jurisprudence dont je te parlais précédemment avait pour volonté de prédire les décisions de justice grâce aux méthodes des sciences sociales.

Cette pauvreté de la réflexion épistémologique est assumée par certain·es juristes, qui font de la science du droit une discipline de commentaire des lois et de prédiction des décisions des tribunaux. Or, cela ne s’appelle pas de la science, mais de la dogmatique, de la doctrine. La doctrine juridique est l’ensemble des opinions émises par les universitaires et les juristes sur le droit, qui s’expriment dans des manuels ou des revues juridiques9. La doctrine est présentée comme une source de droit, et effectivement, les professionnel·les du droit s’y réfèrent. Je l’ai moi-même expérimenté en stage. Quand un·e client·e par exemple demande ce que signifie une loi qui vient de sortir, et sur laquelle il n’existe encore aucune application ni aucune jurisprudence, tu fouilles les revues juridiques pour regarder ce qu’en a dit la doctrine du droit, et tu te débrouilles avec ça. De même, le/la rapporteur·euse publique du Conseil d’État peut parfois construire sa réflexion avec l’aide de la doctrine, il suffit de lire certaines conclusions.CorteX_death_of_the_justice_Quadraro

La doctrine est donc une réelle source du droit car elle inspire les juristes chargés de sa création. De plus, certain·es professeur·es de droit font souvent partie de commissions chargées de rendre des rapports proposant des réformes du droit dans tel ou tel domaine. La doctrine a une réelle utilité pour les professionnel·les du droit. Elle a une vocation d’analyse des textes et réformes, souvent complexes, qui s’avère précieuse. Mais, à mon avis, le travail doctrinal diffère d’un travail scientifique où tu testes des hypothèses.

De la même façon, la réflexion méthodologique est pauvre. Si tu cherches un manuel de méthodologie juridique, tu trouveras un manuel qui t’explique comment raisonner en droit et quelles sont les différentes façon d’interpréter une règle de droit. Mais il y a peu de manuels en langue française, à ma connaissance, qui expliquent comment conduire un travail de recherche hypothético-déductif en droit.

À mon avis, il y a une grande confusion entre la dogmatique juridique (ou doctrine juridique) et une science hypothético-déductive qui fait de la falsifiabilité de ses hypothèses un critère de scientificité. Les juristes ont une culture et une réflexion pauvre sur ce que doit être leur science. De rares travaux pointent cette incohérence.

Mais comment évalue-t-on en droit si une méthode est bonne, meilleure que d’autres, ou parfaitement caduque ?

En droit, les articles dans des revues à comité de lecture sont souvent composés de deux parties, deux sous-parties, sans aucune introduction sur l’objet de recherche, ni de revue de littérature, ni d’hypothèses, ni de méthode et encore moins de méthode d’analyse des données. Alors à moins d’être soi-même spécialiste du domaine juridique traité par l’article que tu lis, c’est compliqué d’évaluer la pertinence de celui-ci. Tu vas devoir regarder si l’auteur·e cite des dispositions (textes de loi, actes administratif, etc.) et des jurisprudences pour analyser le droit. C’est scientifique car cela répond à ce que construit le positivisme juridique : une science descriptive du droit.

Donc en gros, après avoir viré les prêtres, l’ordalie et la justice divine, il reste une justice partagée entre des juristes positivistes un peu axiomatiques, et des sociologues « gauchistes » ?

Ce serait effectivement la vision que l’on pourrait avoir, et l’image que renvoient parfois les discussions sur ce thème. Mais la vraie question est d’ordre méthodologique. Les juristes, font le reproche aux sociologues de minimiser la contrainte juridique qui pèse sur les acteurs et actrices et de prendre en compte des contraintes extérieures (sociales, psychologiques, etc.) dont l’influence sur le comportement des acteurs juridique est difficile à prouver. Mais les juristes ont une épistémologie et une méthodologie floues.

En fait, il peut paraître parfaitement pertinent au regard d’un questionnement sur le droit de ne s’intéresser qu’au droit positif. Comme il peut paraître parfaitement pertinent d’étudier les causes sociales dès lors que la question de recherche s’y prête. Mais dès lors que la démarche déductive qui conduit à émettre des hypothèses et à les soumettre à un test empirique falsifiant est négligée cela pose problème.

Est-ce un débat purement épistémologique ? Ou bien a-t-il des conséquences concrètes ? Y a-t-il par exemple des cas où selon l’ « école juridique », ce qu’encoure un individu dans le cadre d’un délit ou d’un crime peut varier ?

Effectivement, la doctrine juridique n’est pas unanime concernant les questions qu’elle traite. Elle commente les textes de droit et en déduit des interprétations qui peuvent varier selon la conception du juste que se fait chaque professeur·e de droit qui livre son commentaire. Comme les professionnel·les du droit (avocat·es, juges,…) prêtent attention à la doctrine on peut penser que ces commentaires peuvent avoir des conséquences dans le raisonnement des juges et des avocat·es. Certains cabinets d’avocat·es par exemple payent des professeur·es de droit pour venir dans leurs locaux faire une conférence sur les réformes juridiques en cours. Dans ce cas, le/la professeur·e sera interrogé·e sur les conséquences juridiques possibles de la réforme, livrera son interprétation, et les avocat·es se positionneront face à cette interprétation, pouvant la suivre ou non. Je ne suis pas dans leur tête pour savoir.

Aussi, il ne faut pas négliger que la doctrine juridique a un large rôle dans la formation des juristes, tout simplement parce que la doctrine est constituée par les professeur·es de droit qui enseignent à la faculté.

Encore mieux, je vais prendre l’exemple du droit administratif. Ce droit a été forgé par les décisions du Conseil d’État. Ce droit prend sa forme moderne à la fin du XIXème siècle à partir de décisions du Conseil d’État, qu’on estime fondatrices, car elles ont créé des règles de droit qui n’existaient pas. Le Conseil d’État est la juridiction la plus élevée de l’ordre de la justice administrative. Il est la cour de cassation en matière de contentieux concernant les actes de l’administration, voir juge d’appel ou de premier ressort dans certains litiges. Le corps des conseillers d’État est un des grands corps de l’État, accessible notamment après avoir fait l’ENA.

Effectivement. J’ai lu le livre d’Olivier Saby sur l’ENA, Promotion Ubu Roi (et en ai parlé ici). C’est une formation relativement indigente, et, vue de près, assez scandaleuse.

L’ENA sélectionne et forme ce qui est considéré comme une élite destinée à la haute administration. Je sais que la formation est contestée, notamment le fait que celles et ceux qui ont su y accéder ont « titre » à vie, celui d’énarque. Ce titre leur assure d’occuper des positions prestigieuses toute leur vie. Imagine, si tu réussis ce concours à 25 ans ! Tu as un job prestigieux, dans les hautes sphères de décision, assuré pour le reste de ta vie, que ce soit dans le public ou le privé. Bien sûr tu devras faire tes preuves et travailler dur dans les postes que tu occuperas pour avoir l’évolution de carrière que tu souhaites.

Certain·es énarques, les mieux classé·es choisissent de rejoindre le Conseil d’État. Or, les membres du Conseil d’État (ceux et celles qui le souhaitent) sont parfois professeur·es associé·es à certaines facultés, et produisent des manuels de droit, enseignent dans les universités, commentent leurs propres décisions. À noter aussi que le Conseil d’État a une certaine maîtrise de la diffusion de ses décisions en décidant de l’importance qu’elles ont. En fait, le degré d’importance de la décision dépend de la formation de jugement qui la rend.

? Explique-moi.

Je t’explique. Le Conseil d’État est à la fois conseiller juridique du gouvernement et exerce la fonction de juge administratif. Pour la fonction de juge, il existe dix chambres qui se répartissent les affaires à juger. Si l’affaire n’est pas trop complexe, une chambre juge seule. Si l’affaire est jugée plus complexe, deux chambres jugent l’affaire ensemble. Dans ce cas, seuls les membres les plus éminent·es des deux chambres se réunissent. Si l’affaire est très complexe, elle est jugée par la section du contentieux, qui réunit les président·es des dix chambres. Si l’affaire est extrêmement complexe, elle est jugée par l’assemblée du contentieux. Cette assemblée réunit dix-sept membres les plus éminent·es des chambres contentieuses pour trancher le litige. Ainsi, plus la formation de jugement est prestigieux, plus le point de droit à trancher est important, plus la décision sera estimée importante.

legal computer judge concept, robot with gavel,3D illustrationUne division spéciale au sein du Conseil d’État s’occupe de la diffusion des décisions et même de leur explication. C’est donc un acteur juridique, qui produit un discours sur ce qu’il fait, et qui est largement diffusé, et qui supplante même parfois la doctrine des professeur·es d’Université. On comprend alors mieux la difficulté pour les juristes de se distancer du discours des professionnel·les du droit dans leurs analyses. Soit ce sont leurs collègues, soit ce sont elles et eux-mêmes. Cette proximité pose de vrais problèmes, tant éthiques que scientifiques.

Par ailleurs, j’ai du mal à comprendre pourquoi chaque discipline à la fac ne propose pas l’épistémologie comme matière obligatoire en première année. On fait faire des mémoires de recherche à pratiquement tou·tes les étudiant·es, sans leur soumettre les questions essentielles que pose l’édification d’un savoir scientifique. Mais je crois que c’est ce que le CORTECS cherche à faire, non ?

Quoi qu’il en soit, je souhaitais pouvoir exposer les questionnements que j’ai sur ce sujet. Les enseignements du CORTECS pour les doctorant·es m’ont permis de pouvoir interroger ma propre discipline. J’espère approfondir encore ces questions.

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES NON EXHAUSTIVES

  • Accardo, Alain, Introduction à une sociologie critique : lire Bourdieu, Agone 1997.
  • Chazal, Jean Pascal. « Philosophie du droit et théorie du droit, ou l’illusion scientifique ». Archives de philosophie du droit 45 (2001): 303‑33.
  • Christophe Grzegorczyk, Françoise Michaut sous la dir. de]. Le positivisme juridique. Bruxelles ; Paris: : Story Scienta : LGDJ, 1993.
  • Geslin, Albane. L’importance de l’épistémologie pour la recherche en droit. LGDJ, Lextenso éditions ; Presses de l’université Toulouse 1 Capitole ; Institut Fédératif de Recherche « Mutation des normes juridiques » – Université Toulouse I, 2016. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01228870/document.
  • Miaille, Michel. L’état du droit: introduction à une critique du droit constitutionnel. Critique du droit ; 2. Paris: F. Maspero, 1978.
  • Miaille, Michel, Une introduction critique au droit. Textes à l’appui. Paris: F. Maspero, 1976.
  • Ricci, Roland. « Le statut épistémologique des théories juridiques : essai de définition d’une pratique scientifique juridique ». Droit et société, no 50 (2002): 151‑84.
  • Saby, Olivier, Promotion Ubu Roi, Mes 27 mois sur les bancs de l’ENA, Flammarion, 2012.

 

Les fondements de la sophrologie : entre conte New Age et pseudo-science – Parution dans Sciences et pseudosciences

Vous prenez une jeune et fringante doctorante, vous lui mettez sous le nez un thème qu’on prend pour évidemment solide, tellement il est incrusté dans la panoplie psychologique. Las ! Comme l’écrivait Aragon, « Rien n’est jamais acquis » 1. Et l’œil critique et bleu de Gwladys soulève le couvercle, et découvre la semi-vacuité de cette méthode, inventée et brevetée par un certain Alfonso Caycedo, décédé, il y a peu. Vient ensuite un spécialiste de la recherche bibliographique, mister Albin Guillaud, qui étoffe la revue d’études sur le sujet, mais rien n’y fait : que cela nous fasse plaisir ou pas, la Sophrologie caycédienne (marque déposée) est un brouet de sorcière, plein de tourbe, de vase, et de quelques ingrédients mystérieux qui semblent sortir directement de l’imagination du fondateur. Nous avons rédigé un travail complet, qui a été savamment réduit dans les pages du n°323 de la revue Sciences et pseudosciences de l’AFIS, sous le titre : Les fondements de la sophrologie : entre conte New Age et pseudo-science, par Gwladys Demazure, Albin Guillaud et Richard Monvoisin.

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Pour trouver l’article, et soutenir une revue au contenu rare, commandez le numéro ici.

Pour en savoir plus, nous mettrons sous peu notre article de départ.

Best of – Les meilleurs dossiers Z du semestre 25, décembre 2017

Depuis vingt-cinq semestres, les étudiant-es qui suivent le cours Zététique & autodéfense intellectuelle à l’Université Grenoble-Alpes rendent des dossiers. Certains sont vraiment très bons, et méritent d’être diffusés. D’autres sont certes de moins bonne facture, mais valent le détour par une certaine forme d’audace, ou par une opiniâtreté rare. Ce semestre, il y a un peu de parapsychologie classique, de la biologie, du sexe et de l’émotion bien sûr, des thérapies discutables et deux dossiers très complémentaires sur un point central de la « théorie » de la Terre plate, l’expérience de Samuel Rowbotham intitulée « the Bedford level experiment ».

Je précise que pour des étudiant-es de 1ère et 2ème année, ce type de travail d’enquête est souvent une première, aussi la forme est-elle parfois décousue, et les fautes sont parfois la forme de vraies constellations. Peu importe : ce qui compte est la qualité de la recherche, et la curiosité.

CorteX_Oui-jaLes réussites alléguées de la planche oui-jà reposent-elles sur le principe idéomoteur ? – Yaëlle BUISSON, Coline GRANGE, Victorine GUIHANO, Johanna HAILLOUD

Les expériences sur la sensation d’être observé peuvent-elles être parasitées par des facteurs non contrôlés ? – Thomas CHAZELLE, Milène DACHET, Coralie PERCHE, Messaouda SILALLI

CorteX_CaycedoLa « Sophrologie Caycédienne© » est-elle validée par des preuves scientifiques ? – Stéphanie LEGRAND, Clotilde LOBJOIS

Le packing est-il une méthode de soin efficace dans le traitement de l’autisme ? – Coline FONS, Estelle KOUYOUDJIAN, Mélanie LOPES, Virginie LOURACO, Manon PAULIN

CorteX_urinotherapieValidité scientifique de l’urinothérapie – Génésis MÁRQUEZ VIVAS

La commercialisation des phéromones humaines repose-t-elle sur des bases scientifiques valables ? – Clémentine BEDOCK, Corentin BRAULT VANDAME, Lénaël BUTTON, Adam KNEITZ, Claire LAMBERT

Éjaculation féminine – mécanismes scientifiques, part de mythe –  Manal CHIGUER, J.F., Nathalie GOUOT, Marianne RIOCREUX-VERNEYCorteX_Glandes_Skene

The Bedford level experiment –  Anaëlle ARCHINARD , Tanguy FLATRY, Joachim LAURENT, Margaux LEVENANT, Morjanne SABRICorteX_Diagrammes_expérience_niveaux_Bedford

La théorie de la Terre plate a-t-elle des arguments recevables scientifiquement ? – Hannah CALBO-LEIMAN, Andreïa CAMPS-CAMPINS, Pedro DESIDERATI, Charles-Antoine MEUNIER-CARUS-VINCENT, David Jean-Philippe MILLON-FREMILLON, Raphaël PEPIN, Antoine PUECH

La maxime de Hume et le poids de la preuve

Une des règles au CorteX est celle-ci : si dans un article l’on se sert d’un outil qui n’est pas expliqué dans nos pages, alors on referme le piège sur soi et on est moralement contraint de documenter l’entrée. Cette fois, le piège à ours s’est refermé sur moi en un shllaaaak retentissant : je dois traiter de la maxime de Hume.

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Carl Sagan, hilare

Il est exact de dire que la proportionnalité du poids de la preuve à l’extraordinarité d’une affirmation a été rendue célèbre dans le monde anglo-saxon par Carl Sagan sous cette forme : « Extraordinary claims require extraordinary evidence » (des prétentions extraordinaires nécessitent une preuve extraordinaire). C’était dans le livre Broca’s Brain de 1980 1.

Sur le plan temporel, pourtant, c’est sous la plume du co-réinventeur de la zététique moderne, Marcello Truzzi, qu’on en retrouve la mention, dans l’édito de The Zetetic, volume 1, n°1 de la fin 19762. Plus tard, Truzzi écrira en substance la même chose :

Marcello Truzzi, goguenard

In science, the burden of proof falls upon the claimant; and the more extraordinary a claim, the heavier is the burden of proof demanded

(dans On Some Unfair Practices towards Claims of the Paranormal de 1987 et dans Oxymoron: Annual Thematic Anthology of the Arts and Sciences, 1998.)

Pourtant, ce « principe » se retrouve déjà chez d’autres auteurs plus classiques. On trouve en trace chez le marquis de Laplace, dans son Essai philosophique sur les probabilités de 1814 :

Pierre-Simon de Laplace, à peine souriant

Nous sommes si éloignés de connaître tous les agents de la nature et leurs divers modes d’action qu’il ne serait pas philosophique de nier les phénomènes uniquement parce qu’ils sont inexplicables dans l’état actuel de nos connaissances. Seulement, nous devons les examiner avec une attention d’autant plus scrupuleuse qu’il paraît plus difficile de les admettre 3.

David Hume, flegmatique

Mais soixante ans plus tôt, le philosophe écossais David Hume (prononcer « iume » : si vous dites üme, ou heum, ça ne fait pas pro) énonçait ce qui deviendra célèbre sous le terme de maxime de Hume : « A wise man, therefore, proportions his belief to the evidence », traduite en « Un homme sage, donc, proportionne sa croyance aux preuves ». Ce conseil ouvre sur son célèbre texte sur les miracles, extraite du chapitre X d’Enquête sur l’entendement humain de 1748 :

Pour que quelque chose soit considéré comme un miracle, il faut qu’il n’arrive jamais dans le cours habituel de la nature. Ce n’est pas un miracle qu’un homme, apparemment en bonne santé, meure soudainement, parce que ce genre de mort, bien que plus inhabituelle que d’autres, a pourtant été vu arriver fréquemment. Mais c’est un miracle qu’un homme mort revienne à la vie, parce que cet événement n’a jamais été observé, à aucune époque, dans aucun pays. Il faut donc qu’il y ait une expérience uniforme contre tout événement miraculeux, autrement, l’événement ne mérite pas cette appellation de miracle. Et comme une expérience uniforme équivaut à une preuve, il y a dans ce cas une preuve directe et entière, venant de la nature des faits, contre l’existence d’un quelconque miracle. Une telle preuve ne peut être détruite et le miracle rendu croyable, sinon par une preuve contraire qui lui soit supérieure. La conséquence évidente (et c’est une maxime générale qui mérite notre attention) est : « Aucun témoignage n’est suffisant pour établir un miracle à moins que le témoignage soit d’un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu’il veut établir » (No testimony is sufficient to establish a miracle, unless the testimony be of such a kind, that its falsehood would be more miraculous than the fact which it endeavors to establish) ; et même dans ce cas, il y a une destruction réciproque des arguments, et c’est seulement l’argument supérieur qui nous donne une assurance adaptée à ce degré de force qui demeure, déduction faite de la force de l’argument inférieur. Quand quelqu’un me dit qu’il a vu un mort revenu à la vie, je considère immédiatement en moi-même s’il est plus probable que cette personne me trompe ou soit trompée, ou que le fait qu’elle relate ait réellement eu lieu. Je soupèse les deux miracles, et selon la supériorité que je découvre, je rends ma décision et rejette toujours le plus grand miracle. Si la fausseté de son témoignage était plus miraculeuse que l’événement qu’elle relate, alors, et alors seulement, cette personne pourrait prétendre commander ma croyance et mon opinion. » 4.

Jean Bricmont, qui fut le premier à me vanter les mérites de Hume, en prône une utilisation sans modération, avec une clarté d’eau de montagne.

« […] l’argument est le suivant : si vous observez vous-même un miracle, c’est à vous de voir si vous étiez sobre, sain d’esprit, etc. à ce moment-là. Mais si la plupart des gens qui croient aux miracles ont cette croyance, ce n’est pas parce qu’ils en ont observé un, c’est parce que le « fait » leur a été rapporté par d’autres. Or, observe Hume, un miracle (une résurrection par exemple) peut être considéré comme une violation des lois naturelles ; notre confiance dans la validité de ces lois est entièrement fondée sur l’expérience et, par conséquent, est faillible. Mais le témoignage qui atteste de leur violation est également entièrement fondé sur l’expérience. Eh bien ! Nous avons tous eu l’expérience du fait que des gens se trompent ou nous trompent (si vous n’êtes pas convaincus, achetez une voiture d’occasion). Nous devons donc comparer la probabilité de deux événements : d’une part, la suspension momentanée des lois naturelles, d’autre part le fait que quelqu’un dans la chaîne des témoignages qui nous rapportent le miracle (chaîne qui, en ce qui concerne les miracles de l’époque biblique, est assez longue) se trompe ou nous trompe. La probabilité penche toujours en faveur de la seconde hypothèse, pour la simple raison que notre expérience personnelle nous a amplement démontré l’existence de ce phénomène alors qu’elle ne nous a jamais montré que les lois naturelles peuvent être violées. Une autre façon de dire la même chose, c’est que le « fait brut » à expliquer, celui auquel vous avez directement accès, n’est pas le miracle lui-même, mais le témoignage (souvent indirect) concernant le miracle. Et celui-là est facile à expliquer, au moyen de la psychologie humaine et sans invoquer de violation des lois naturelles. (…) je prétends qu’on peut le généraliser et qu’il a alors une portée absolument dévastatrice pour toutes sortes de croyances ; il faut en effet poser la question suivante aux scientifiques tout autant qu’aux diseuses de bonne aventure, aux astrologues et aux homéopathes : quelles raisons me donnez-vous de croire que la véracité de ce que vous avancez est plus probable que le fait que vous vous trompiez ou que vous me trompiez ? » 5

Bricmont revient dessus dans un texte plus récent.

« Supposons, dit Hume, que, comme c’est le cas pour la plupart des gens, vous n’ayez jamais vu un miracle vous-même, mais que vous ayez simplement entendu des gens vous rapporter (par exemple via la Bible) l’existence de miracles. Est-il rationnel d’y croire ? Non, répond Hume, parce que vous savez, par votre expérience personnelle, qu’il existe des gens qui se font des illusions ou qui cherchent à tromper d’autres personnes. Par contre, un miracle, vous n’en avez aucune expérience personnelle. Par conséquent, il est plus rationnel de croire que le fait que vous entendiez un récit de miracle s’explique en supposant que quelqu’un se trompe ou vous trompe plutôt qu’en supposant qu’un miracle s’est réellement produit. Hume ne dit évidemment pas qu’il ne faut croire qu’en ce qu’on perçoit directement, mais plutôt qu’il faut exiger de son interlocuteur que, si ce qu’il dit contredit l’ensemble de toutes nos expériences passées, il apporte des preuves de ce qu’il avance qui soient plus crédibles que ces expériences elles-mêmes, en particulier que l’expérience quasi-quotidienne de gens qui se trompent ou nous trompent. Hume était manifestement content de son argument puisqu’il écrivait qu’il « doit au moins réduire au silence la bigoterie et la superstition les plus arrogantes et nous délivrer de leurs impertinentes sollicitations »6.

L’argument est important non plus tant en ce qui concerne les miracles religieux traditionnels, auxquels peu de gens croient aujourd’hui, au moins en France, mais parce qu’il donne un bon exemple de la façon rationnelle de procéder pour effectuer un tri entre les diverses opinions auxquelles nous sommes confrontés. On peut et on doit poser la même question au garagiste qui vend des voitures d’occasion, au banquier qui fait miroiter des dividendes fabuleux, au politicien qui promet la sortie du tunnel après des années d’austérité, au journaliste qui rend compte d’événements se passant dans des pays lointains, ainsi qu’au physicien, au prêtre ou au psychanalyste : quels arguments me donnez-vous pour qu’il soit plus rationnel de croire ce que vous dites plutôt que de supposer que vous vous trompez ou que vous me trompez ? De plus, la longue liste des erreurs scientifiques passées rend le défi du sceptique encore plus difficile à relever. Ce point mérite d’être souligné, parce que les erreurs scientifiques sont souvent invoquées, comme argument indirect, par les partisans des religions et des pseudo-sciences, alors que ces erreurs fournissent en réalité des arguments en faveur d’un scepticisme accru, y compris évidemment à l’égard des doctrines non scientifiques.

Notons également que Hume ne dit pas que cette façon de raisonner permet toujours d’arriver à des conclusions correctes. En effet, il donne l’exemple d’un prince indien qui refusait de croire que l’eau gèle chez nous en hiver et il approuve sa façon de raisonner : l’eau se solidifie abruptement autour de zéro degré et le prince, vivant dans un climat chaud, n’avait aucune raison de penser qu’un tel phénomène soit possible ; il était par conséquent rationnel pour lui de ne pas croire sur parole son interlocuteur venu d’Europe. Hume donne une règle méthodologique qu’il est rationnel de suivre en toutes circonstances ; mais que cette règle mène ou non à la vérité dans un cas particulier ne peut être garanti a priori et dépend du degré d’information que nous possédons dans ce cas-là. 7

CorteX_Isaac_Asimov
Isaac Asimov, circonspect

Isaac Asimov a lui aussi contribué à populariser cette question du « poids de la preuve ». Je crois que je lui ai pris (à moins que ce ne soit à Henri Broch, grand lecteur d’Asimov ?) cette formulation intuitive : si mon affirmation est triviale, comme « j’ai vu une grenouille », la preuve demandée n’a aucun besoin d’être grande, mais l’intérêt suscité non plus n’est pas grand. Si je dis que j’ai vu une grenouille rouge (une dendrobate), ou une grenouille tenant une fourche, l’intérêt est plus grand, mais la preuve demandée croit en proportion. Si je vous dis que j’ai vu galoper un dinosaure, à moins que vous ne soyez spécialiste de phylogénétique (et m’embêtez avec le fait que les oiseaux sont des dinosaures aviens, et que par conséquente une poule est un dinosaure), la preuve à fournir devra être très solide.

J’avais pour ma thèse fait deux dessins, qui m’ont servi de base pour certaines diapositives de mes cours. Les voici 8.

CorteX_Curseur_Vraisemblance2
R : confiance dans le rapporteur – R* état d’ébriété du rapporteur – F : qualité de la transmission du fait – M écoute du récepteur, son état.
CorteX_Curseur_Vraisemblance
CorteX_Monvoisin_Cours_3_CV
Ma diapo de cours Curseur vraisemblance, Zététique & autodéfense intellectuelle, Licence, Univ. Grenoble-Alpes
CorteX_Monvoisin_Cours_3_Hume
Ma diapo de cours Maxime de Hume, Zététique & autodéfense intellectuelle, Licence, Univ. Grenoble-Alpes

Asimov était d’ailleurs revenu sur ce principe dans The roving mind (1983) (traduit par Les moissons de l’intelligence, aux éditions Horizon chimérique).

“Don’t you believe in flying saucers, they ask me? Don’t you believe in telepathy?

– in ancient astronauts?

– in the Bermuda triangle?

– in life after death?

No, I reply. No, no, no, no, and again no.

One person recently, goaded into desperation by the litany of unrelieved negation, burst out ‘Don’t you believe in anything?’

‘Yes,’ I said. ‘I believe in evidence. I believe in observation, measurement, and reasoning, confirmed by independent observers. I’ll believe anything, no matter how wild and ridiculous, if there is evidence for it. The wilder and more ridiculous something is, however, the firmer and more solid the evidence will have to be.” (p. 43)

Jean Rostand, pensif

PS : j’en profite pour vous remémorer ce petit morceau exquis d’un auteur qui ne l’était pas moins, Jean Rostand, sur les miracles. Jean Rostand, spécialiste des grenouilles, grand penseur rationaliste, pacifiste, pro-avortement (il témoigna lors du procès de Bobigny), défendait l’autodéfense intellectuelle, qu’il appelait l’hygiène préventive du jugement. Il s’exprime ici 1958.

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Quatre travaux en kinésithérapie de 2017 autour des thérapies alternatives

Depuis 2011, le CorteX co-encadre des mémoires d’étudiant·es en kinésithérapie sur le sujet des « médecines alternatives » (voir notre dernier article de 2014). En 2017, trois mémoires sur le sujet ont été finalisé (l’un d’entre-eux sera mis en ligne courant 2018). Les auteur·es ont chaleureusement accepté de les partager afin de faire avancer la connaissance et la réflexion dans ce domaine. Les étudiant·es ayant suivi l’unité d’enseignement Santé & autodéfense intellectuelle et réalisé leur stage d’été au CorteX ont également bien voulu mettre à disposition leur travail.

 

Table des matières

Mémoires

Rapports de stage

Mémoires

CorteX_alexandre-petonAlexandre Peton de l’IFMK d’Alsace a réalisé une analyse critique de la méthode Concept global épaule (CGE) en vogue dans la formation continue des kinésithérapeutes prenant en charge des patient·es souffrant de pathologies de l’épaule. Il a été co-encadré par Julien Przybyla (IFMK d’Alsace) et Nelly Darbois (CorteX).

Télécharger le mémoire.

Pour tout détail, complément ou remarque, contacter Nelly Darbois – Collectif de Recherche Transdisciplinaire Esprit Critique et Sciences (CORTECS) Bibliothèque Universitaire de Sciences de Grenoble BP 66 38402 Saint-Martin d’Hères cedex – darbois [at] cortecs.org

CorteX_leo-druartLéo Druart, co-encadré par Nicolas Pinsault et Albin Guillaud a traduit depuis l’anglais vers le français un questionnaire permettant d’évaluer le taux de recours des patient·es aux « médecines alternatives ». Léo, Nicolas et Albin sont d’ailleurs en train d’écrire un article pour déconseiller l’utilisation de ce questionnaire en raison des trop nombreux problèmes qu’il présente. Nous rajouterons un lien vers cet article dès parution.

Télécharger le mémoire

Le poster

Pour tout détail, complément ou remarque, contacter Albin Guillaud – Collectif de Recherche Transdisciplinaire Esprit Critique et Sciences (CORTECS) Bibliothèque Universitaire de Sciences de Grenoble BP 66 38402 Saint-Martin d’Hères cedex – guillaud [at] cortecs.org

Rapports de stage

Chloé Micetta, co-encadrée par Nelly Darbois et Albin Guillaud, a crée une méthodologie d’analyse critique des sites internet commercialisant des produits de santé et appliqué cette méthode au site lesmauxdedos.com commercialisant le Nubax®, un appareil qui permettrait entre autres effets de diminuer les douleurs de dos.

Le travail en langue française et en langue anglo-étatsunienne.

CorteX_nicolas-gerard Nicolas Gérard, également co-encadré par Nelly Darbois et Albin Guillaud, s’est intéressé quant à lui au kinésio-taping (méthode qui utilise des bandes faites pour être collées sur la peau, parfois roses ou bleues) et à l’analyse de publications scientifiques sur l’efficacité du kinésio-taping dans les domaines de la santé et de la performance sportive.

Le travail en langue française et langue anglo-étatsunienne.

Livre – Parution de "La sécu, les vautours et moi", de R. Monvoisin et N. Pinsault

D’habitude, ce sont les cigognes qui livrent les paquets. Ici, c’est un magnifique vautour qui dépose un nouvel ouvrage qui devrait remplir de bons offices critiques. Richard Monvoisin et Nicolas Pinsault (qui ont déjà commis ensemble ceci) ont tenté de remédier au fait que nous sommes tou.tes plus ou moins ignares en terme de protection sociale, de Sécu, de mutuelles, d’assurance santé, et poser les équations morales auxquelles notre société doit répondre. Un livre sous forme de dialogue qui, du soin dentaire à la contraception, de la naissance à la mort, vous servira de guide si, comme nous, vous étiez terrorisé-e à l’idée de passer pour une nouille dans un parcours de soin.

Présentation

Marre de ne rien comprendre aux remboursements Sécu, aux mutuelles, Éditions du Détouraux caisses et aux régimes ? Fatigué de choisir entre renoncer à se soigner ou passer pour un abruti au premier guichet venu ? Perdu dès qu’une discussion s’engage sur les aides sociales ou le trou de la Sécu ?
Si la Sécurité sociale n’évoque pour vous que des formulaires runiques, ou des heures d’attente sur des sièges en plastique beige, alors ce livre est pour vous.
Découvrez un Far West impitoyable avec, au milieu des cactus et des buissons qui roulent dans la poussière, des personnages inouïs qui inventent un système qui soigne, qui prévient, qui prend soin… et dans leur sillage une nuée de vautours qui vont tenter de le dépecer et de prélever ce qu’ils peuvent.
Oui, la Sécurité sociale est un western, se la réapproprier un combat militant, et cet ouvrage un livre dont vous êtes le héros. Télécharger la plaquette de présentation

Le prix

Il est bon de savoir à quoi servent les sous que nous donnons quand nous achetons le livre.

  • 35% du prix va au libraire : par conséquent si,  comme nous, vous souhaitez défendre les petites librairies, évitez les grandes centrales d’achat.
  • La diffusion et la logistique représentent environ 15% du prix.
  • L’imprimeur, lui, a coût dépendant du nombre d’exemplaires. Dans notre cas, c’est 2,60 euros, pour l’instant.
  • L’édition et la composition est le fait de la maison d’édition. 1000 euros ont été consacrés à la relecture.
  • Enfin, 6% du prix hors taxe vont aux auteurs. Ici par exemple, les auteurs toucheront autour de 50 centimes chacun par livre.

Ce livre sera rentable pour les éditions si environ 1000 exemplaires se vendent.

Sachant qu’il faut compter environ 20 000e pour une piscine, il faut vendre 40 000 livres pour que Nicolas et Richard puissent s’en offrir une chacun. Pour rappel, les frères Bogdanoff ou Lorànt Deutsch vendent à coups de 100 000 exemplaires, pour une qualité bien moindre.

Mercis

CorteX_Juliette_Mathieu_Bertrand_Bernard_editiondudetourOn ne pense jamais à remercier suffisamment. D’abord, révérence appuyée envers nos deux responsables d’édition, Juliette Mathieu et Bertrand Bernard, merveilleux de patience et d’à-propos. Admirons leur joviaux minois, et posons un genou en terre devant leur travail de forçat.

Sans ordre aucun, merci à

  • l’imprimerie Chirat, de Saint-Just-la-pendue, dans la Loire, qui fait un très bon travail, en plus d’habiter un village au nom mythique.
  • Richard Cousin, alias Yumyum, pour la création graphique. Vous noterez que Richard Cousin n’est pas le voisin de Richard Monvoisin. Richard Monvoisin, lui, n’est pas le cousin, de Richard Cousin.
  • Carole Mathiot a été tellement remarquable dans la correction ortho-typographique  que ça en a été presque humiliant.
  • Julien Cau, qui a fait l’illustration de couverture – au passage, nos excuses envers les vautours, qui sont souvent associés à des comportements réprouvables, alors qu’ils sont des nettoyeurs essentiels de notre environnement.
  • la distribution Sodis, plate-forme Gallimard Flammarion.

Comme dit en introduction, ce livre n’est pas parfait, mais il aurait été miteux et lacunaire sans les lumières de Michel Étiévent, Olivier Reboul, Julien Caranton, Jean-Noël et Vincent Plauchu, Bertrand Ferragut, Oriane Sulpice, Guy Monvoisin, sans compter nombre d’auteurs sur les épaules desquels nous nous sommes juchés. Merci à l’équipe CorteX, notamment Nelly Darbois, Albin Guillaud, Clara Egger, Guillemette Reviron, Denis Caroti, Julien Peccoud, ainsi qu’à Caroline Bordin-Goffin, Matthieu Bordin, Tristan Livain, Chloé Guillard et Luc Moreau.

Bibliographie

Par manque de place, la bibliographie présente dans le livre est réduite au plus directement utile. Il nous parait essentiel de fournir la bibliographie complète de ce qu’il nous a été nécessaire de compulser.

  • Adam O. et Mermet D., Howard Zinn, une histoire populaire américaine, , vol. 1 (film), Les mutins de Pangée, 2015
  • Amossy R., « Les avatars du « raisonnement partagé » : langage, manipulation et argumentation », Repenser le langage totalitaire, Klemperer V. (dir.), CNRS Éditions, 2012.
  • Andrieu C., « Le programme du CNR dans la dynamique de construction de la nation résistante », Histoire@Politique, n° 24, Centre d’histoire de Sciences Po, 2014.
  • Audet M.-C. ; Moreau M. ; Koltun W.-D. ; Waldbaum A.-S. ; Shangold G. : Fisher A.-C. et Creasy G.-W., « Evaluation of contraceptive efficacy and cycle control of a transdermal contraceptive patch vs an oral contraceptive: a randomized controlled trial », Journal of the American Medical Association, 2001.Vol. 285, n°18), pp. 2347–2354.
  • Barsalou J., « La naissance de la IVe République », Le Bulletin de France-Documents, 18 octobre 1946.
  • Balbastre G., Vérités et mensonges sur la SNCF (film), CER SNCF Nord-Pas-de-Calais et Émergences, 2015.
  • Bertrand Y.-A., Home (film), EuropaCorp et Elzévir, 2009.
  • Frédéric Bizard, « Généralisation des complémentaires santé: une mesure avant tout politique! », www.huffingtonpost.fr
  • http://www.huffingtonpost.fr/frederic-bizard/generalisation-des-comple_b_4001682.html
  • Borgetto M., « Les convergences/divergences au sein du système français de protection sociale : quelle portée ? » Borgetto M. ; Ginon A.-S. et Guiomard F. (dir.), Quelle(s) Protection(s) sociale(s) demain ?, Dalloz, 2016.
  • Boual, J.-C., Bref historique de la protection sociale en France, www.associations-citoyennes.fr
  • Bourdrel P., La Cagoule : histoire d’une société secrète du Front populaire à la Ve République, Albin Michel, 1992.
  • Bourgeois L., Solidarité, Armand-Colin, 1896.
  • Brétecher C., Docteur Ventouse, bobologue, t. 1 et 2, Claire Brétecher, 1985, 1986.
  • Bulard M., « L’Assurance maladie universelle en question  », Le Monde diplomatique, avril 2017.
  • Callon J.-É., Les projets constitutionnels de la Résistance, La Documentation française, 1998.
  • Caranton J., Les Fabriques de la « paix sociale » : acteurs et enjeux de la régulation sociale (Grenoble 1842-1938), thèse de doctorat dirigée par Dalmasso A. et Judet P., 2017.
  • Caranton Julien, « À la conquête de la Sécurité ? La Mutualité et les mutualistes à Grenoble (1803-1945)  », Innovation, 2015.
  • http://innovacs-innovatio.upmf-grenoble.fr/index.php?id=304
  • Carles P., La sociologie est un sport de combat, (film), C-P. Productions, 2001.
  • Carpentier J., Journal d’un médecin de ville, Médecine et politique, 1950-2005, Le Losange, 2005.
  • Collombat B., Servenay David (dir.), Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours : Le vrai visage du capitalisme français, La Découverte, 2009
  • Condorcet, N. de, Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales
  • Conseil national de la Résistance, Les Jours Heureux, 1944
  • Crapez M., « De quand date le clivage gauche/droite en France ? », Revue française de science politique, n°1, 1998.
  • Damon J., « Rétrospectives et prospective de la protection sociale », Borgetto M. ; Ginon A.-S. et Guiomard F. (dir.), Quelle(s) Protection(s) sociale(s) demain ?, Dalloz, 2016.
  • Dawkins R., Pour en finir avec Dieu, Robert-Laffont, 2009
  • Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948
  • Delporte C., Une histoire de la langue de bois, Éditions Flammarion, 2009.
  • De Reuck N. et Dutilleul P., On a tué ma mère ! : face aux charlatans de la santé, Buchet Chastel, 2010.
  • Desroche Henri, Solidarités ouvrières. Tome 1: Sociétaires et compagnons dans les associations coopératives (1831-1900), Revue belge de philologie et d’histoire, 1986, Vol. 64, n°2.
  • Département des études, « Complémentaires et opticiens », UFC-Que choisir, mai 2014. Dodet R., « Sécurité sociale : que veut vraiment François Fillon ? », L’Obs, 1er décembre 2016.
  • Dreyfus P., Émile Romanet, père des allocations familiales, Arthaud, 1965.
  • Duval J., Le Mythe du « trou de la Sécu », Raisons d’agir, 2007.
  • Engels F., note au Manifeste communiste, 1888.
  • Étievent M., Ambroise Croizat ou l’invention sociale, Gap, 1999.
  • Étievent M., La sécurité sociale : l’histoire d’une des plus belles conquêtes de la dignité racontée à tous, Gap, 2013.
  • Étievent M., Marcel Paul – Ambroise Croizat : chemins croisés d’innovation sociale, Gap, 2008.
  • Étievent M., Trois vies pour changer l’avenir, (film), Étievent M.
  • Eric Fassin, Gauche, l’avenir d’une désillusion, Textuel, 2014.
  • Feidt (Monseigneur), Note du 4 juin 1986 publiée dans le Directoire canonique et pastoral pour les actes administratifs des sacrements.
  • Fourastié J., Pourquoi nous travaillons ?, PUF,1970.
  • Friot B., « La qualification personnelle pour en finir avec la Sécurisation des parcours professionnels », Réseau salariat, 23 septembre 2011.
  • Friot B., Et la cotisation sociale créera l’emploi, La Dispute, 1999.
  • Friot B., Puissance du salariat, La Dispute, 2012.
  • Halimi S., Quand la gauche essayait, Arléa, 2000.
  • Halioua B., « La xénophobie et l’antisémitisme dans le milieu médical sous l’Occupation vus au travers du Concours Médical », M/s médecine sciences, vol. 19, o 1, 2003.
  • Hessel S., Indignez-vous, Indigène, 2010.
  • Hitchens C., Dieu n’est pas grand, Belfond, 2009.
  • Jarvis, C., The Rise and Fall of the Pyramid Schemes in Albania, International Monetary Fund, 1999.
  • Karel W., La Cagoule : Enquête sur une conspiration d’extrême droite (film), Companie des Phares et des balises, 1999.
  • Kesey, K., Vol au-dessus d’un nid de coucou, Stock, 2013.
  • Kuisel R. F., Le Capitalisme et l’État en France : modernisation et dirigisme au XXe siècle, Gallimard, 1984.
  • Lacroix-Riz A. Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Armand-Colin, 2013.
  • La Hulotte, Vautour fauve, nos 91, 93 et 96
  • Le Crom J.-P. , « Les Assurance sociales  », dans Hesse P.-J. et Le Crom J.-P. (dir.), La Protection sociale sous le régime de Vichy, Presses universitaires de Rennes, 2001.
  • Leclerc P., La Sécurité sociale, son histoire à travers les textes, 1870-1945, tome 2, Association pour l’étude de la Sécurité sociale, 1996.
  • Lehmann C., « De la MNEFà la Mutuelle des Étudiants, à qui profite le crime ? », blog de l’auteur, 2014.
  • https://blogs.mediapart.fr/lehmann-christian/blog/050714/de-la-mnef-la-mutuelle-des-etudiants-qui-profite-le-crime
  • Lemahieu T., « Comment Pierre Gattaz se sucre sur l’argent public? », L’Humanité, 1er juillet 2014.
  • http://www.humanite.fr/comment-pierre-gattaz-se-sucre-sur-largent-public-546073
  • Lignières P., Vade Retro Spermato (film), les Films du Sud, 2011.
  • Lilti T., Hippocrate (film), 31 juin Films, 2014.
  • Manac’h E., « CICE, le casse du siècle », Politis, 21 septembre 2016. https://www.politis.fr/articles/2016/09/cice-le-casse-du-siecle-35410/
  • Marx K., Philosophie, Gallimard, 1994.
  • Mouvement français pour le planning familial, Liberté, sexualités, féminisme : 50 ans de combat du Planning pour les droits des femmes, La Découverte, 2006.
  • Ocelot, M., Kirikou et la sorcière (film), Les Armateurs, 1998.
  • Oudin A., L’Ordre des médecins, Librairie E. Le François, 1941.
  • Pagnol M., Jean de Florette, De Fallois, 2004.
  • Paxton R., La France de Vichy, 1940-1944, Le Seuil, 1973.
  • Péan P., Le Mystérieux Docteur Martin (1895-1969), Fayard, 1993.
  • Penn S., Into the wild (film), Paramount Vantage, 2007.
  • Perret G., La Sociale (film), Rouge Productions, 2016.
  • Perret G., Les Jours heureux (film), La Vaka Productions et Fabrice Ferrari, 2013.
  • Perrin É., « Quand les actionnaires s’en prennent à nos emplois », Cash investigation
  • (émission de télévision), Premières lignes, 3 mars 2015.
  • Pickett K. et Wilkinson R., Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, Les petits matins, 2015.
  • Pie XII, dicours devant l’Association catholique italienne des sages-femmes, 29 octobre 1951.
  • Pinçon-Charlot M. et Pinçon M., Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, illustré par Étienne Lécroart, La Ville Brûle, 2014.
  • Rannou P., L’affaire Durand, Noir et Rouge, 2013.
  • Reynaud H., discours à l’Assemblée nationale, 23 juillet 1949.
  • Rimbert P., « C’était mieux avant », Manuel d’histoire critique, Le Monde diplomatique, 2014.
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  • Rimbert P., « L’histoire ne repasse pas les plats », Le Monde diplomatique, avril 2012.
  • Romain J., Knock ou le Triomphe de la médecine, Folio, 1972.
  • Rousseau, J.-J., Du Contrat social, 1762.
  • Ruffin F., « Mal dans votre corps social ? Un seul remède : égalothérapie 1/3», entretien avec Wilkinson R., Fakir , février-avril 2014.
  • http://www.fakirpresse.info/mal-dans-votre-corps-social-un-seul-remede-egalotherapie-1-3
  • Valat B., Histoire de la Sécurité sociale (1945-1967) : l’État, l’institution et la santé, Economica, 2001.
  • Voltaire, Dictionnaire philosophique portatif, 1764.
  • Tabuteau D., 2025 l’Odyssée de la Sécu, Éditions de l’Aube, 2009.
  • Toucas-Truyen P., « La mutualité au risque des femmes (1850-1914) », Bulletin d’histoire de la Sécurité sociale, Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale, 2004.
  • Trussell J., « Contraceptive efficacy », Hatcher R. A. et alii. (dir.), Contraceptive Technology, Ardent Media, 2011.
  • Verhaeghe É., Ne t’aide pas et l’État t’aidera : la Sécurité sociale et la mort de la responsabilité, Le Rocher, 2016.
  • Weir, P., Le Cercle des poètes disparus (film), Touchstone, 1989.
  • Zinn H., Une histoire populaire des États-Unis d’Amérique de 1492 à nos jours, Agone, 2003.

Revue de presse

à venir

Petite bibliographie – audiographie sur l'éducation, la pédagogie et toutes ces sortes de choses

Il nous a été demandé par une lectrice, Maya L., de fournir des ressources permettant la réflexion sur les questions éducatives, et horreur ! Nous sommes bien en peine d’en produire une liste. Aussi avons-nous phosphoré un peu tou.tes ensemble, rassemblant les ouvrages qui nous avaient marqués. Ils ne sont pas tous majeurs, pas tous homogènes, mais ils offrent une vue transversale, d’un angle plutôt critique sur un domaine qui trop souvent est soit lissé, propre, rigide comme l’éducation nationale, soit dérivant vers des méthodes ouvertement mysticoïdes comme les écoles Steiner-Waldorf1. Ce bric-à-brac est issu des cortex mis en commun des personnes suivantes : Philippe Dessus, Antoine Fernandès Caleiro, Véronique Delille, Irène Courtin, Nelly Darbois, Julien Peccoud, Yves Bonnardel, Nicolas Gaillard, Nico Hirtt, Guillemette Reviron, Richard Monvoisin, Julien Pinel.

Quelques incontournables

Voici quelques inévitables pionniers et pionnières de l’éducation un peu plus libre. Le caractère qui prévaut ici est la pertinence subjective alléguée, non la patine du temps.

John Dewey

CorteX_John_DeweyL’étasunien Dewey ( – 1952), psychologue et philosophe du courant dit pragmatiste de Charles S. Peirce et William James, a fortement contribué au courant dit d' »éducation nouvelle ». Il n’y a pas de membre du CorteX spécialiste de Dewey, aussi ne ferons-nous aucun commentaire sur son œuvre. Nous en relayons seulement une parcelle, qui nous a été conseillé : John Dewey, Qu’est-ce que l’intérêt de l’enfant ? (1897)/

Francisco Ferrer

CorteX_Francisco_FerrerFrancisco Ferrer y Guardia (en catalan Francesc Ferrer i Guàrdia) (1859-1909) libre-penseur et pédagogue libertaire espagnol, accessoirement franc-maçon, fonda en 1901 l’École moderne, projet éducatif rationaliste qui promouvait la mixité, l’égalité sociale, la transmission d’un enseignement rationnel, l’autonomie et l’entraide. Elle fut la première d’un réseau qui en comptait plus d’une centaine en Espagne en 1907, et inspira les modern schools aux États-Unis et les nouveaux courants pédagogiques. En 1909, à la suite des événements de la « semaine tragique » à Barcelone, dont il fut accusé, notamment par le clergé catholique, d’être l’un des instigateurs, il fut condamné à mort par un tribunal militaire à l’issue d’une parodie de procès, et fusillé, occasionnant un important mouvement international de protestation.

  • Sylvain Wagnon, Francisco Ferrer, une éducation libertaire en héritage, suivi de Francisco Ferrer, L’école Moderne, Atelier de création libertaire (2013).
  • Francisco Ferrer, L’École moderne : explication posthume et finalité de l’enseignement rationnel, préface de Anne Morelli et Marie-Jo Sanchez Benito, Éditions Couleur livres, Bruxelles (2010).
  • Mari Carmen Rodriguez, Frédéric Mole, Charles Heimberg, Francisco Ferrer et la pédagogie libertaire, interview par lachaine.ch (2009).

Sébastien Faure

CorteX_Sebastien_FaurePédagogue libertaire à l’initiative de La Ruche, fondateur de l’école libertaire en 1904 (fermée en 1917) et initiateur de l’Encyclopédie anarchiste en 1925.

Célestin Freinet

CorteX_Celestin_FreinetCélestin Freinet (1896-1966) est un pédagogue français issu d’un milieu rural. L’expérience pastorale sera pour Freinet le leitmotiv de son expérience éducative. Il entre à l’école normale d’instituteur de Nice. Mobilisé et grièvement blessé au Chemin des Dames, il ne se remet pas complètement de ses blessures et gardera toute sa vie le souffle court auquel il attribue lui-même, pour partie, la nature de ses innovations en matière d’enseignement. Sa pédagogie est fondée sur différentes techniques : classe-atelier, classe-promenade et observation du milieu naturel, production de textes libres imprimerie, suppression de la notation… Lors de cette séance publique qui se déroule à Neuchâtel en 1958, Célestin Freinet présente à des parents et à des enseignants les lignes directrices de son enseignement. Dès les années 1920, il met en pratique avec sa femme Élise, l’essentiel de ses méthodes qui ne sont pas toujours bien reçues. Freinet va d’ailleurs quitter l’Éducation nationale pour fonder en 1935 sa propre école à Vence (Alpes maritimes), école privée, laïque et prolétarienne. Le mouvement Freinet prend forme peu à peu avec la mise en commun des expériences de chacun et la tenue de congrès réguliers, la publication de revues pédagogiques comme La Bibliothèque du travail (ou BT), ou les Brochures d’éducation nouvelle populaire. Se crée après la deuxième guerre mondiale l’Institut coopératif de l’École moderne (ICEM) et en 1957, de la Fédération internationale des Mouvements de l’École moderne (FIMEM). Ci-joint le documentaire de Séverine Liatard et Séverine Cassar « L’école moderne de Célestin Freinet en 1958″, diffusé dans La Fabrique de l’histoire  du 8 janvier 2013, avec les témoignages et les analyses de Guy Goupil et Michel Barré (anciens instituteurs du mouvement Freinet) et Philippe Meirieu (professeur de sciences et pratiques de l’éducation à Lyon II).

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Pierre Guérin, Chasseur de son, France Culture, 18 juillet 1976

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Pour aller plus loin : on pourra lire Célestin Freinet, Les invariants de C. Freinet, Bibliothèque de l’École Moderne n°25 (1964), puis Guy Goupil, Comprendre la pédagogie Freinet, éditions des Amis de Freinet, 2007, ainsi que fréquenter un site pleinement consacré à l’héritage de Célestin Freinet, et regarder le téléfilm Le maître qui laissait les enfants rêver, de Daniel Losset (2006) (visionnable ici).

Maria Montessori

CorteX_Maria_MontessoriMême si l’œuvre de Maria Montessori, publiée chez Desclée de Brouwer, est aussi revendiqué que rarement lue dans le texte, nous étions assez réticent.es à la présenter ici. Seulement, n’ayant pas connaissance d’une analyse critique approfondie et ne l’ayant pas faite nous-mêmes,  nous plaçons néanmoins cette auteure, mais avec scepticisme.

  • Éducation pour un monde nouveau.
  • L’enfant dans la famille.
  • L’enfant.
  • L’esprit absorbant de l’enfant.
  • Étapes de l’éducation.
  • Pédagogie scientifique, tome 1 et 2.
  • Tim Seldin, Éveiller, épanouir et encourager son enfant, Nathan.
  • Charlotte Poussin, Apprends-moi à faire seul, Eyrolles.

Si l’une d’entre nous se souvient d’une lecture originale où les affirmations abondaient sans étayage rigoureux, et si l’un d’entre nous se rappelle d’une pédagogie très « psychologisante » et plutôt compatible politiquement avec n’importe quel régime même conservateur, les autres membres du CorteX n’ont pas  fait de travail exhaustif sur les textes fondateurs pour en faire une critique documentée. Nos doutes ne portent somme toute pas sur l’approche sensorielle qu’elle a développé, mais sur les principes pédagogiques. Selon la médiatique Madame Alvarez, qui a relancé médiatiquement la vogue en 2016, le programme Montessori consiste à éviter de produire des révolté.es en empêchant l’enfant de ressentir de la distance entre lui-même et son environnement, et en faisant du lieu (classe/école/maison d’enfants) un lieu à la disposition de l’enfant.

« Il s’agit de faire en sorte que l’enfant ne rencontre aucun obstacle, aucune frustration, ne subisse aucun échec qui pourrait être nocif à son épanouissement et le forger dans la confrontation aux autres et aux institutions ». 2.

Françoise Dauliat explique :

« Cette méthode donne l’illusion à l’enfant que la société est harmonieuse et à son service afin qu’il ne développe aucun esprit critique à l’encontre de ses défauts et dysfonctionnements. La société serait si bonne et si peu critiquable que se retourner contre elle ne pourrait être produit que par un défaut dans l’éducation de l’enfant. C’est probablement dans cette vérité sur le fondement de la méthode Montessori qu’il faut chercher l’une des raisons de l’engouement étatique à son égard.(…) L’objectif de l’école de la République, construire le citoyen et son esprit critique, disparaît. Chaque enfant est seul face à l’activité qui doit lui permettre d’acquérir des connaissances et des savoir-faire. On est dans un registre purement cognitif et individuel. Les relations avec les autres n’existent que dans la démonstration silencieuse de la maîtresse dont la place cesse d’être centrale dans le groupe-classe, personnage dont le rôle se confond avec celui de l’autre adulte intervenant, voire avec celui de l’enfant plus grand qui assumera à son tour la démonstration silencieuse ».

S’ajoutent à cela quelques indicateurs selon nous inquiétants :

  • « La méthode » Montessori imposait dans les maisons d’enfants des cours de catéchisme très traditionnels et devait permettre aux enfants de s' »éveiller aux réalités surnaturelles ». Des extraits de L’enfant (1936) sont disponibles ici et indiquent le caractère religieux de la démarche.
  • Maria Montessori, fervente catholique, fut aussi très proche de la société théosophique (courant ésotérico-orientaliste fondé par Helena Blavatski), et vanta une « éducation cosmique » quasi créationniste3.
  • La pédagogie de Maria Montessori fut soutenue et financée par Giovanni Gentile, le ministre de l’éducation de Benito Mussolini. Loin de nous l’idée d’user d’un déshonneur par association, bien sûr, mais c’est un indicateur non négligeable de la compatibilité de cette méthode avec le maintien d’un système de type catholico-fascisant, et cela de 1922 à 1934. 4. Mussolini déclara : « Le télégraphe de Marconi et la méthode Montessori  expriment deux forces, deux génies réunis dans le nom auguste de la Patrie pour réaliser le dessein que certainement la Providence de Dieu a assurément tracé« . (« Il telegrafo Marconi ed il metodo Montessori esprimono due forze, due genialità congiunte nel nome augusto della Patria per compiere il disegno che certamente la Provvidenza di Dio ha tracciato »
    (Benito Mussolini, discours de célébration du retour à la mère Patrie de Montessori. Cité par Bruno Vespa, dans Donne d’Italia, éditions Mondadori, 2015). [/efn_note]
  • La compatibilité entre la méthode Montessori et la catéchèse est notoire, du fait entre autres des travaux de Sofia Cavalleti et de la catéchèse du Bon-Pasteur.

Il nous semble donc assez légitime de douter gentiment du caractère libératoire et critique de cette pédagogie.

Paul Robin

CorteX_Paul_RobinPaul Robin (1837-1912) est un pédagogue libertaire français, connu en particulier pour avoir développé l’éducation intégrale à l’orphelinat de Cempuis. En 1879, il devient inspecteur de l’enseignement au primaire, puis directeur, de 1880 à 1894, de l’Orphelinat Prévost, à Cempuis dans l’Oise. Dans cet établissement qui dépend du Conseil général de la Seine, il met en place ses théories sur l’éducation intégrale, et cela sur un nombre conséquent d’enfants. Athéiste et internationaliste, mais aussi égalitariste (filles et garçons sont éduqué-es ensemble), cette éducation veut donner aux enfants des classes défavorisées le moyen d’accéder à l’éducation, en développant harmonieusement l’individu dans sa « globalité », tant sur le plan physique qu’intellectuel ou moral. Paul Robin sera en 1894 l’objet d’une campagne particulièrement violente, qui le contraindront à démissionner.

  • Nathalie Brémand, Cempuis : une expérience d’éducation libertaire à l’époque de Jules Ferry, 1880-1894, Paris, Éditions du Monde libertaire, 1992.

Matthew Lipman (1922-2010)

CorteX_Matthew_LipmanLipman est considéré comme le théoricien et le principal développeur de la philosophie pour les enfants. S’inspirant de de Charles Sanders Peirce et de John Dewey, les théories de Lipman reposent sur un pragmatisme assumé, voulant que les théories se fondent sur les pratiques concrètes qui fonctionnent sur le terrain plutôt que de voir les pratiques guidées par les théories.  Son premier roman, La Découverte de Harry Stottlemeier, (J. Vrin, 1978) destiné aux enfants à partir de dix ans, met en scène des enfants qui découvrent par eux-mêmes la logique formelle.
Matthew Lipman, A l’école de la pensée, enseigner une pensée holistique, de Boeck, 2011.

Paulo Freire (1921-1997)

CorteX_Paolo_Freire Pédagogue brésilienn, Freire conçoit l’éducation comme un processus de conscientisation et de libération populaire. Il a développé l’alphabétisation militante, conçue comme un moyen de lutter contre l’oppression politique

  • La pédagogie des opprimés, N’AUTRE école/n° 12, printemps 2006. Télécharger ici
  • Paulo Freire, Pédagogie des opprimés, Éditions Maspero,1974.

Ferdinand Buisson (1841-1932)

CorteX_Ferdinand_BuissonPhilosophe, éducateur et homme politique, Buisson fut cofondateur et président de la Ligue des droits de l’Homme, ainsi que président de la Ligue de l’enseignement. Directeur de l’Enseignement primaire en France, il a été un fort militant en faveur d’un enseignement laïque à travers la Ligue de l’enseignement. Il a par ailleurs présidé en 1905 la commission parlementaire chargée de mettre en œuvre la séparation des Églises et de l’État.
On nous vante les mérites de Éducation et République. Choix de 111 textes, effectué par Pierre Hayat, avec des notes et une présentation, aux éditions Kimé, Paris (2003).

Normand Baillargeon

CorteX_Normand_BaillargeonDifficile de présenter Normand Baillargeon, contributeur depuis le début du CorteX, notamment par son petit cours d’autodéfense intellectuelle.
Ancien professeur en sciences de l’éducation à l’université du Québec à Montréal (UQAM) de 1989 à 2015, il a fondé en 2005 avec Bernard Cloutier et Michel Virard, l’Association humaniste du Québec, ainsi que le Collectif pour une éducation de qualité, qui s’oppose au renouveau pédagogique (anciennement « la réforme de l’éducation ») qui se met alors en place dans les écoles québécoises.
Il est loisible de l’écouter ici.
CorteX_une_histoire_Pédagogie_BaillargeonNous recommandons chaudement :

  • Normand Baillargeon, Éducation et liberté, Tome 1, Lux (2005).
  • Normand Baillargeon, Histoire philosophique de la pédagogie.

Émission La tête ailleurs, Radio Canada, 11 juin 2011.

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Jacques Rancière

CorteX_Jacques_RancièreNé en 1940, professeur émérite à l’Université de Paris VIII (Saint-Denis). On nous a recommandé L’école ou la démocratie ?, 2010, et Le Maître ignorant : cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, Fayard 1987 (réédition poche, 10/18, 2004), qui aborde la pédagogie de Joseph Jacotot.

Nico Hirtt

CorteX_Nico_HirrtNico Hirtt est un enseignant de sciences physiques que vous avez probablement déjà rencontré dans nos pages Bibliotex par son livre dechiffrer_le_mondeDéchiffrer le monde. Contre-manuel de statistiques pour citoyens militants5. Il est surtout connu pour son combat contre les politiques enseignementales actuelles, et nous avions relayé sa conférence à Grenoble en mai 2012 sur la critique de l’approche par compétences 6.
Fin mai 2012, grâce au professeur des écoles Fabrice Garnier, nous avons pu l’intercepter dans un troquet de la place Saint-Bruno lors de sa venue sur Grenoble.
Entrevue.

  • Présentation de Nico Hirtt et de Fabrice Garnier, co-organisateur.
  • Où Nico Hirtt fait la critique sur les politiques d’enseignement. Il défend l’opinion que ces politiques sont de plus en plus dictées par des organismes internationaux (Organisation de Coopération et de Développement  Économique, Fonds Monétaire International, Banque Mondiale…), et visent à instrumentaliser l’enseignement en vue d’une compétitivité d’entreprise. Idéologie de flexibilité du travail et polarisation haute et basse qualification sont deux aspects parmi les plus délétères, fortement sélectifs et contradictoires avec une démocratisation de la connaissance.
[dailymotion id=xt8mj0]
  • Quelques conseils de résistance.

Au niveau micro : résister aux injonctions médiocrisantes et décontextualisées des programmes d’enseignement, user de pédagogies constructivistes, pousser les revendications syndicales pour réduire les effectifs d’élèves en primaire, car l’efficacité de cette mesure est prouvée (voir l’étude du projet STAR7).
Au niveau macropolitique : revendiquer des programmes d’enseignement non asservis au monde de la productivité ; ne pas laisser le monopole des enjeux de demain entre les seules mains des enfants des classes moyennes et supérieures.
[dailymotion id=xt8n0d]Appel aux enseignants – ne pas rester seuls.

  1. Réseau APED, Appel Pour une École Démocratique.
  2. Revue trimestrielle L’école démocratique (quelques numéros disponibles en ligne).
[dailymotion id=xt8nag]Quelques conseils de lecture de Nico Hirtt.

  • Parmi ses propres écrits,8

CorteX_Hirrt_nouveaux_maitres_ecoleLes Nouveaux Maîtres de l’École, l’enseignement européen sous la coupe des marchés, éditions EPO (Bruxelles) et VO-Éditions (Paris), 2000.
En Europe, les compétences contre le savoir, Le monde diplomatique, pp. 22 et 23, octobre 2010.

  • L’École sacrifiée, la démocratisation de l’enseignement à l’épreuve de la crise du capitalisme, éditions EPO, Bruxelles (1996) (avec G. de Selys).
  • Tableau noir, résister à la privatisation de l’enseignement, éditions EPO, Bruxelles (1998).
  • L’École prostituée. L’offensive des entreprises sur l’enseignement, éditions Labor/Espaces de Liberté, collection « Liberté j’écris ton nom », Bruxelles (2001) .
  • L’École de l’inégalité. Les discours et les faits, éditions Labor/Espaces de Libertés, collection « Liberté j’écris ton nom », Bruxelles (2004).
  • De school van de ongelijkheid, EPO, Anvers (2008).
  • L’École et la peste publicitaire (avec Bernard Legros), Aden, Collection « La Petite Bibliothèque d’Aden », Bruxelles (2007)Je veux une bonne école pour mon enfant, Pourquoi il est urgent d’en finir avec le marché scolaire, Aden, Bruxelles (2009).

Puis, pour les fondamentaux marxistes et pédagogiques,

  • Frederich Engels, Socialisme scientifique et socialisme utopique, CorteX_Engels_Socialisme(1880) Aden (2005).Texte en ligne ici.
  • L’œuvre d’Antonio Gramsci. Nous renvoyons les lecteurs à Écrits politiques (3 tomes), Gallimard, Paris, 1974, dont l’Université du Québec à Chicoutimi met des textes à disposition.
  • L’héritage de Célestin Freinet (cf. Freinet, plus haut).

Sur l’autorité, la domination adulte

Sur l’éducation dite « bienveillante »

  • Adèle Faber Elaine Mazlish, Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Editions du Phare (2012) (outils concrets pour éviter de donner un ordre ou de faire appel à la peur).
  • Les Vendredis intellos, animé par Béatrice Kammerer, espace ouvert aux contributions sur les questions éducatives (donc pas de ligne ou de parti pris précis, et les contenus peuvent être hétérogènes dans leur démarche et leur fiabilité).

Sur l’enseignement en classe et la pédagogie

Ouvrages faciles d’accès

  • Normand Baillargeon, Légendes pédagogiques, Essai libre (2013).
  • Olivier Houdé, Apprendre à résister, Paris, Le pommier (2014) (sur l’héritage de Piaget).
  • Olivier Houdé, Le raisonnement, Paris, PUF, (2014).

On peut écouter Olivier Houdé sur nos modes de raisonnement sur France Culture dans Continent sciences le 5 mai 2014.

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  • Didier Pleux, La Déraison pure : Dolto entre Freud et Pétain, Paris, Autrement (2013).
  • Gérard De Vecchi, André Giordan, L’enseignement scientifique : comment faire pour que « ça marche » ?, Delagrave, 3ème édition (2002).
  • Marc Durand, L’enseignement en milieu scolaire. P.U.F. (1996) (un classique français).
  • Philippe Dessus, Des outils cognitifs qui forment notre compréhension : une présentation de la théorie d’Egan, Penser l’éducation, n°13, pp. 71-87 (théorie de l’intérêt/apprentissage).
  • Kieran Egan, The Educated Mind, how cognitive tools shape our understanding. Chicago: University of Chicago Press. et une revue en français ici (théorie de l’intérêt/apprentissage) (1997).
  • Carl Bereiter, Education and mind in the knowledge age. Mahwah : Erlbaum (2002) (construire des connaissances).
  • Philippe Descamps, Des établissements sans classements ni redoublements En Finlande, la quête d’une école égalitaire, Le Monde diplomatique, janvier 2013.

Pour aller plus loin

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  • Le matériel de Philippe Dessus, du Larac (ex-laboratoire des sciences de l’éducation de Grenoble)
  • Le matériel de Paul Kirschner et Mirjam Neelen, publié par le groupe de travail néerlandais 3-star learning experience
  • R. M. Gagné, W.W. Wager, K.C. Golas, J. M. Keller, Principles of instructional design (5th ed.). Belmont: Wadsworth. (2005) – livre de référence sur la préparation de cours).

Pour aller plus loin en sciences cognitives de l’apprentissage

  • Daniel Kahneman, Système 1 / système 2 : les deux vitesses de la pensée, Flamamarion, 2012.
  • Eric Bruillard, Les machines à enseigner. Hermès (1997) (sur la technologie éducative numérique).
  • Merlin Donald, Les origines de l’esprit moderne, De Boeck (1999).
  • J. Sweller, (2003). Evolution of human cognitive architecture. The Psychology of Learning and Motivation, 43, 215–266.
  • T.K. Landauer, & S.T. Dumais (1997). A solution to Plato’s problem: the Latent Semantic Analysis theory of acquisition, induction and representation of knowledge. Psychological Review, 104(2), 211–240.
  • G. Gergely, G. Csibra, (2006). Sylvia’s recipe: The role of imitation and pedagogy in the transmission of cultural knowledge. In N. J. Enfield & S.Levenson (Eds.) Roots of Human Sociality: Culture, Cognition, and Human Interaction. (pp. 229-255), Oxford: Berg Publishers, (2006).
  •  J. van Merriënboer, & P. Kirschner, Ten steps to complex learning. Mahwah: Erlbaum (2007, mais une nouvelle édition est parue).

Articles pointus

  • J-P. Astolfi, Disciplines et plaisir d’apprendre, La saveur des savoirs, Esf pédagogies (2008).
  • G. Stahl, G.. Group cognition. Computer support for building collaborative knowledge. Cambridge: MIT Press. (2006) (sur la construction collaborative de connaissances).
  • K. Egan, The Educated Mind, how cognitive tools shape our understanding. University of Chicago Press (1997).
  • C. Bereiter, Education and mind in the knowledge age. Mahwah: Erlbaum (2002) (sur la construction des connaissances).
  • T.J. Sabol, S.L. Soliday Hong, R.C. Pianta, & M. Burchinal, Can rating Pre-K programs predict children’s learning? Science, 341, 845–846. (2013) (sur les liens entre climat de classe et apprentissage).
  • C. Levenson (Eds.), Roots of human sociality: Culture, cognition, and human interaction (pp. 229–255). Oxford: Berg. (théorie controversée).

Sur l’éducation populaire

  • Franck Lepage, (In)cultures 1 – L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu…

  • Inculture(s) 2 – Une autre histoire de l’éducation

  • Inculture(s) 5 – Travailler moins pour gagner plus ou l’impensé inouï du droit du travail

Sur l’histoire de la pédagogie

  • Anne Querrien, L’école mutuelle. Une pédagogie trop efficace ?  Les empêcheurs de penser en rond (2005).
  • Jean Houssange, 15 pédagogues, Bordas (2000).
  • Isabelle Pelloux, La pédagogie de la coopération (2014).

Accessoirement

  • Delphine Gardey, Ecrire, calculer, classer. Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940), La Découverte (2008), qui contient des passages passionnants sur la pédagogie, mais qui traite essentiellement de la manière de classer/produire de l’info entre la fin du XIXe et le XXe siècle.

Du 27 au 30 novembre 2017, la fabrique de l’histoire sur France Culture a déroulé un cycle de quatre émissions sur les pédagogies nouvelles.
Volet 1 : y est évoqué le documentaire de Joanna Grudzinska Révolution école (1918-1939) puis la Biennale internationale de l’Éducation nouvelle qui s’est tenue du 2 au 5 novembre 2017.

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Volet 2 : le documentaire évoque l’école Decroly de Saint-Mandé, créée en 1946 et appartenant à ce mouvement d’éducation nouvelle né d’une critique radicale du système éducatif traditionnel. Avec les témoignages d’enseignants et d’anciens élèves : Florence Beaujou, Nicole Christophe, Michel Daubet, Louis Hacquin, Marielle Issartel, Christine et Jean-Paul Morley, Claudine Watigny et Sylvain Wagnon (professeur en sciences de l’éducation à Montpellier III).

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Volet 3 : cette émission d’archives rappelle les pratiques pédagogiques inventées par Célestin Freinet, inséparables de ses expériences de guerre. Il y est question également les spécificités pédagogiques de l’Ecole des Roches.

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Volet 4 : débat historiographique consacré au projet de réforme de l’enseignement datant de 1947, connu sous le nom de « plan Langevin-Wallon ». Un plan à la « fonction quasi-liturgique pour la gauche française », une « référence sacrale » selon l’historien Antoine Prost. Comment et pourquoi cette commission de réforme de l’enseignement a-t-elle été mise en place à l’automne 1944 ? Quelles en étaient ses principaux membres ? Pourquoi une grande partie de ses préconisations liées à la démocratisation de l’enseignement n’ont-elles pas été appliquées dans l’immédiat, tout en inspirant les réformes postérieures de l’enseignement ? Avec les trois invités (Laurent Gutierrez, maître de conférences à l’Université de Rouen, spécialiste de l’éducation nouvelle,Pierre Kahn, professeur à l’université de Caen et André Robert, professeur de philosophie), sont discutés les axes du plan : prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, école divisée en trois cycles, etc ainsi que sur les débats qu’il a suscités.

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Sur l’histoire des idées

  • Peter Watson. Ideas, a history of thought and invention, from fire to Freud. Harper, (2005) (contient quelques petits passages sur la pédagogie)

Sur la critique de l’école

  • Nico Hirtt, L’école prostituée. L’offensive des entreprises sur l’enseignement,  Labor (2001).
  • Christian Laval,  L’école n’est pas une entreprise, La Découverte (2004).
  • Antonella Verdiani, Ces écoles qui rendent nos enfants heureux, Actes sud (2012).

Sur l’éducation « parentale »

  • Catherine Dumonteil Kramer, Une nouvelle autorité sans punition ni fessée, Nathan (2016).
  • John Holt, S’évader de l’enfance (1976).
  • Didier Pleux, Les dix commandements du bon sens éducatif, Paris, Odile Jacob (2014).
  • Didier Pleux, Une journée avec Zoup : des histoires pour éduquer nos enfants, Paris, Odile Jacob (2011).
  • Didier Pleux, Petits caprices et grosses colères : gérer les crises de son enfant, Paris, Eyrolles, coll. « Les consultations du pédopsy » (2012).

Sur le sexisme et la construction genrée

  • Cordelia Fine, Delusions of gender: How Our Minds, Society, and Neurosexism Create Difference, Norton & Cie (2010).
  • Collectif, Contre les jouets sexistes (Ce livre n’est hélas plus édité, mais présent dans les bibliothèques du CORTECS de Chambéry et Grenoble).
  • Marcela Iacub, Patrice Maniglier, Antimanuel d’éducation sexuelle, Bréal, (2005).
  • Collection de livres pour enfants Talents Hauts.

Émissions sur l’éducation des filles :

  • Les femmes, toute une histoire, 2 octobre 2011, avec Marie Duru-Bellat, sociologue.

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  • La fabrique de l’histoire, 10 janvier 2013, avec Rebecca Rogers, Martine Sonnet, Nicole Mosconi et Claude Lelièvre.

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  • Filles et garçons à l’école de Jules Ferry, Concordance des temps, sur France Culture, 12 avril 2014.

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Pour aller plus loin, on pourra consulter Histoires et luttes des femmes.

Sur l’autogestion par les enfants

Sur la philosophie pour enfants

  • Nous attendons une bibliographie de Véronique Delille sur le sujet.
  • Ci-contre, une émission Lectures sceptiques pour enfants, n°359 de Scepticisme scientifique, novembre 2016 (durée 56 mn 22) par Jean-Michel Abrassart.

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Y sont cités les ouvrages suivants (qui ne sont pas forcément des ouvrages sceptiques !)

  • « Les questions des petits sur la mort » de Marie Aubinas & al., Bayard Jeunesse (2010).
  • « Les questions des petits sur les religions » de Marie Aubinas & al. Bayard Jeunesse (2016).
  • « Raconte-moi Jésus » de Gwénaëlle Boulet et Élodie Durand, Bayard Jeunesse (2009).
  • « Coucou ! L’espace » de Anna Milbourne & al. chez Usborne.
  • « Ankylosaur Attack: A Dinosaur Adventure » de Daniel Loxton.
  • « Plesiosaur Peril » de Daniel Loxton
  • « Grandmother Fish: A Child’s First Book of Evolution » de Jonathan Tweet et Karen Lewis
  • “My Name Is Stardust”, de Douglas Harris, Bailey Harris & Natalie Malan.
  • « C Is for Cthulhu: The Lovecraft Alphabet Book » de Greg Murphy et Jason Ciaramella
  • Matthew Lipman (voir plus haut)
  • La série des enfants philosophes, Phileas & Autobule
  • Mathieu Gagnon, Guide pratique pour l’animation d’une communauté de recherche philosophique, PUL (2006) ( plus technique – voire « surtechnique » ! – pour des gens qui veulent travailler la manière d’animer une discussion philosophique).

Sur le développement de l’enfant

  • The Informed Parent : A Science-Based Resource for Your Chilsd’s First Four Years, Tara Haelle, Tarcher Perige (2016) – avec un gros défaut : absolument aucune référence bibliographique n’est appelée dans le texte ni même présente en bibliographie, ce qui est proprement affligeant vu le titre et l’objectif de l’ouvrage.
  • Céline Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant, Les Arènes (2011), avec le bémol introduit à l’onglet Montessori ci-dessus et controverse plus générale, abordée entre autres par Laurence de Cock dans Le Crieur N°6 (Céline Alvarez, le business pédagogique).
  • Michel Desmurget, TV lobotomie, Max Milo (2014).
  • Philippe Bihouix, Karine Mauvilly, Le désastre de l’école numérique, Plaidoyer pour une école sans écrans, Seuil (2016).
  • Catherine Guéguen & Fabrice Midal, Pour une enfance heureuse. Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau, Laffont (2014).
  • Howard Gardner, Les formes de l’intelligence, Odile Jacob (1997) (controversé).

Sur la vie sexuelle des enfants

  • Patrick Doucet, La vie sexuelle des enfants ? Tout ce qu’on aimerait sans doute savoir, mais qu’on ne souhaite peut-être pas entendre, Liber (2016).

Quelques données existent sur la vie sexuelle des enfants, illustrant que des pratiques permettant d’éprouver du plaisir seul·e ou à plusieurs peuvent survenir très tôt dans la vie d’un être humain9.

Romans

On nous recommande (mais personne au CorteX ne les a lus)

  • Les romans de Christiane Rochefort, dans leur ensemble.
  • Witold Gombrowicz, Ferdydurke, 10/18 (1937).

Richard Monvoisin recommande :

  • Jack London, Martin Eden (1909), Folio (1997).
  • Jorgé Amado, Capitaine des sables (1952) Gallimard (1954).
  • William Goldin, Sa majesté des mouches (1956 en français) adapté en film par Peter Brook en 1963.
  • Italo Calvino, Le Baron perché, Seuil (1980).

 Sitographie en vrac

Note : nous mettons le lien vers Question de classe, mais avec circonspection : sur leur demande, nous avions écrit des articles pour eux…. avant d’être éconduits sans ménagement. Raison invoquée ?  (Selon un seul de ses membres qui semble-t’il a « capturé » la disussion) Avoir hébergé des articles faisant référence à Jean Bricmont. Comprendre dans la logique de notre interlocuteur « : J. Bricmont <=> liberté d’expression <=> liberté d’expression pour les négationnistes <=> négationnistes <=> tous les gens qui aiment les travaux de Bricmont en physique / philosophie / morale et politique sont donc des négationnistes qui s’ignorent. Autant dire que nous sommes restés comme deux ronds de flanc, et nos articles non publiés.